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La Comédie humaine - Volume 17. Études de mœurs cover

La Comédie humaine - Volume 17. Études de mœurs

Chapter 5: TABLE DES MATIÈRES.
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About This Book

The volume presents two paired novellas that examine Parisian social life, ambition, and the double faces of virtue and vice. One narrative follows an embittered, unmarried relative who, confined by poverty and resentment, orchestrates intrigues that destabilize a proud household and reveal the corrosive effects of envy and revenge. The companion tale portrays a kindly, solitary man devoted to art and music whose generosity and weaknesses make him vulnerable to flattery, manipulation, and familial avarice. Together the pieces map networks of social ambition, monetary dependence, moral compromise, and the personal tragedies that attend shifting reputations and fortunes.

«A la requête de, etc....., je passe le verbiage.

«Attendu qu’il a été déposé entre les mains de monsieur le président du tribunal de première instance un testament reçu par maître Léopold Hannequin et Alexandre Crottat, notaires à Paris, accompagnés de deux témoins, les sieurs Brunner et Schwab, étrangers domiciliés à Paris, par lequel testament le sieur Pons, décédé, a disposé de sa fortune au préjudice du requérant, son héritier naturel et légal, au profit d’un sieur Schmucke, Allemand;

»Attendu que le requérant se fait fort de démontrer que le testament est l’œuvre d’une odieuse captation, et le résultat de manœuvres réprouvées par la loi; qu’il sera prouvé par des personnes éminentes que l’intention du testateur était de laisser sa fortune à mademoiselle Cécile, fille de mondit sieur de Marville; et que le testament, dont le requérant demande l’annulation, a été arraché à la faiblesse du testateur quand il était en pleine démence;

»Attendu que le sieur Schmucke, pour obtenir ce legs universel, a tenu en chartre privée le testateur, qu’il a empêché la famille d’arriver jusqu’au lit du mort, et que, le résultat obtenu, il s’est livré à des actes notoires d’ingratitude qui ont scandalisé la maison et tous les gens du quartier qui, par hasard, étaient témoins pour rendre les derniers devoirs au portier de la maison où est décédé le testateur;

»Attendu que des faits plus graves encore, et dont le requérant recherche en ce moment les preuves, seront articulés devant messieurs les juges du tribunal;

»J’ai, huissier soussigné, etc., etc., audit nom, assigné le sieur Schmucke, parlant, etc., à comparaître devant messieurs les juges composant la première chambre du tribunal, pour voir dire que le testament reçu par maîtres Hannequin et Crottat, étant le résultat d’une captation évidente, sera regardé comme nul et de nul effet, et j’ai, en outre, audit nom, protesté contre la qualité et capacité de légataire universel que pourrait prendre le sieur Schmucke, entendant le requérant s’opposer, comme de fait il s’oppose, par sa requête en date d’aujourd’hui, présentée à monsieur le président, à l’envoi en possession demandée par ledit sieur Schmucke, et je lui ai laissé copie du présent, dont le coût est de...» etc.

—Je connais l’homme, madame la présidente, et quand il aura lu ce poulet, il transigera. Il consultera Tabareau, Tabareau lui dira d’accepter nos propositions! Donnez-vous les mille écus de rente viagère?

—Certes, je voudrais bien en être à payer le premier terme.

—Ce sera fait avant trois jours. Car cette assignation le saisira dans le premier étourdissement de sa douleur, car il regrette Pons, ce pauvre bonhomme. Il a pris cette perte très au sérieux.

—L’assignation lancée peut-elle se retirer? dit la présidente.

—Certes, madame, on peut toujours se désister.

—Eh bien! monsieur, dit madame Camusot, faites!... allez toujours! Oui, l’acquisition que vous m’avez ménagée en vaut la peine! J’ai d’ailleurs arrangé l’affaire de la démission de Vitel, mais vous payerez les soixante mille francs à ce Vitel sur les valeurs de la succession Pons... Ainsi, voyez, il faut réussir...

—Vous avez sa démission?

—Oui, monsieur; monsieur Vitel se fie à monsieur de Marville...

—Eh bien! madame, je vous ai déjà débarrassée de soixante mille francs que je calculais devoir être donnés à cette ignoble portière, cette madame Cibot. Mais je tiens toujours à avoir le débit de tabac pour la femme Sauvage, et la nomination de mon ami Poulain à la place vacante de médecin en chef des Quinze-Vingts.

—C’est entendu, tout est arrangé.

—Eh bien! tout est dit... Tout le monde est pour vous dans cette affaire, jusqu’à Gaudissard, le directeur du théâtre, que je suis allé trouver hier, et qui m’a promis d’aplatir le gagiste qui pourrait déranger nos projets.

—Oh! je le sais! monsieur Gaudissart est tout acquis aux Popinot!

Fraisier sortit. Malheureusement il ne rencontra pas Gaudissard, et la fatale assignation fut lancée aussitôt.

Tous les gens cupides comprendront, autant que les gens honnêtes l’exécreront, la joie de la présidente, à qui, vingt minutes après le départ de Fraisier, Gaudissart vint apprendre sa conversation avec le pauvre Schmucke. La présidente approuva tout, elle sut un gré infini au directeur du théâtre de lui enlever tous ses scrupules par des observations qu’elle trouva pleines de justesse.

—Madame la présidente, dit Gaudissard, en venant, je pensais que ce pauvre diable ne saurait que faire de sa fortune! C’est une nature d’une simplicité de patriarche! C’est naïf, c’est allemand, c’est à empailler, à mettre sous verre comme un petit Jésus de cire!... C’est-à-dire que, selon moi, il est déjà fort embarrassé de ses deux mille cinq cents francs de rente, et vous le provoquez à la débauche...

—C’est d’un bien noble cœur, dit la présidente, d’enrichir ce garçon qui regrette notre cousin. Mais moi je déplore la petite bisbille qui nous a brouillés, monsieur Pons et moi; s’il était revenu, tout lui aurait été pardonné. Si vous saviez, il manque à mon mari. Monsieur de Marville a été au désespoir de n’avoir pas reçu d’avis de cette mort, car il a la religion des devoirs de famille, il aurait assisté au service, au convoi, à l’enterrement, et moi-même je serais allée à la messe...

—Eh bien! belle dame, dit Gaudissard, veuillez faire préparer l’acte; à quatre heures, je vous amènerai l’Allemand... Recommandez-moi, madame, à la bienveillance de votre charmante fille, la vicomtesse Popinot; qu’elle dise à mon illustre ami, son bon et excellent père, à ce grand homme d’État, combien je suis dévoué à tous les siens, et qu’il me continue sa précieuse faveur. J’ai dû la vie à son oncle, le juge, et je lui dois ma fortune... Je voudrais tenir de vous et de votre fille la haute considération qui s’attache aux gens puissants et bien posés. Je veux quitter le théâtre, devenir un homme sérieux.

—Vous l’êtes!... monsieur, dit la présidente.

—Adorable! reprit Gaudissard en baisant la main sèche de madame de Marville.

A quatre heures, se trouvaient réunis dans le cabinet de monsieur Berthier, notaire, d’abord Fraisier, rédacteur de la transaction, puis Tabareau, mandataire de Schmucke, et Schmucke lui-même, amené par Gaudissard. Fraisier avait eu soin de placer en billets de banque les six mille francs demandés, et six cents francs pour le premier terme de la rente viagère, sur le bureau du notaire et sous les yeux de l’Allemand qui, stupéfait de voir tant d’argent, ne prêta pas la moindre attention à l’acte qu’on lui lisait. Ce pauvre homme, saisi par Gaudissard, au retour du cimetière où il s’était entretenu avec Pons, et où il lui avait promis de le rejoindre, ne jouissait pas de toutes ses facultés déjà bien ébranlées par tant de secousses. Il n’écouta donc pas le préambule de l’acte où il était représenté comme assisté de maître Tabareau, huissier, son mandataire et son conseil, et où l’on rappelait les causes du procès intenté par le président dans l’intérêt de sa fille. L’Allemand jouait un triste rôle, car, en signant l’acte, il donnait gain de cause aux épouvantables assertions de Fraisier; mais il fut si joyeux de voir l’argent pour la famille Topinard, et si heureux d’enrichir, selon ses petites idées, le seul homme qui aimât Pons, qu’il n’entendit pas un mot de cette transaction sur procès. Au milieu de l’acte, un clerc entra dans le cabinet.

—Monsieur, il y a là, dit-il à son patron, un homme qui veut parler à monsieur Schmucke...

Le notaire, sur un geste de Fraisier, haussa les épaules significativement.

—Ne nous dérangez donc jamais quand nous signons des actes. Demandez le nom de ce... Est-ce un homme ou un monsieur? est-ce un créancier...

Le clerc revint et dit:—Il veut absolument parler à monsieur Schmucke.

—Son nom?

—Il s’appelle Topinard.

—J’y vais. Signez tranquillement, dit Gaudissard à Schmucke. Finissez, je vais savoir ce qu’il nous veut.

Gaudissard avait compris Fraisier, et chacun d’eux flairait un danger.

—Que viens-tu faire ici? dit le directeur au gagiste. Tu ne veux donc pas être caissier? Le premier mérite d’un caissier... c’est la discrétion.

—Monsieur!...

—Va donc à tes affaires, tu ne seras jamais rien si tu te mêles de celles des autres.

—Monsieur, je ne mangerai pas de pain dont toutes les bouchées me resteraient dans la gorge!...—Monsieur Schmucke! criait-il...

Schmucke, qui avait signé, qui tenait son argent à la main, vint à la voix de Topinard.

Voici pir la bedite Allemande et pir fus...

—Ah! mon cher monsieur Schmucke, vous avec enrichi des monstres, des gens qui veulent vous ravir l’honneur. J’ai porté cela chez un brave homme, un avoué qui connaît ce Fraisier, et il dit que vous devez punir tant de scélératesse en acceptant le procès et qu’ils reculeront... Lisez.

Et cet imprudent ami donna l’assignation envoyée à Schmucke, cité Bordin. Schmucke prit le papier, le lut, et en se voyant traité comme il l’était, ne comprenant rien aux gentillesses de la procédure, il reçut un coup mortel. Ce gravier lui boucha le cœur. Topinard reçut Schmucke dans ses bras; ils étaient alors tous deux sous la porte cochère du notaire. Une voiture vint à passer, Topinard y fit entrer le pauvre Allemand, qui subissait les douleurs d’une congestion séreuse au cerveau. La vue était troublée; mais le musicien eut encore la force de tendre l’argent à Topinard. Schmucke ne succomba point à cette première attaque, mais il ne recouvra point la raison; il ne faisait que des mouvements sans conscience; il ne mangea point; il mourut en dix jours sans se plaindre, car il ne parla plus. Il fut soigné par madame Topinard, et fut obscurément enterré côte à côte avec Pons, par les soins de Topinard, la seule personne qui suivit le convoi de ce fils de l’Allemagne.

Fraisier, nommé juge de paix, est très-intime dans la maison du président, et très-apprécié par la présidente, qui n’a pas voulu lui voir épouser la fille à Tabareau; elle promet infiniment mieux que cela à l’habile homme à qui, selon elle, elle doit non-seulement l’acquisition des prairies de Marville et le cottage, mais encore l’élection de monsieur le président, nommé député à la réélection générale de 1846.

Tout le monde désirera sans doute savoir ce qu’est devenue l’héroïne de cette histoire, malheureusement trop véridique dans ses détails, et qui, superposée à la précédente, dont elle est la sœur jumelle, prouve que la grande force sociale est le caractère. Vous devinez, ô amateurs, connaisseurs et marchands, qu’il s’agit de la collection de Pons! Il suffira d’assister à une conversation tenue chez le comte Popinot, qui montrait, il y a peu de jours, sa magnifique collection à des étrangers.

—Monsieur le comte, disait un étranger de distinction, vous possédez des trésors!

—Oh! milord, dit modestement le comte Popinot, en fait de tableaux, personne, je ne dirai pas à Paris, mais en Europe, ne peut se flatter de rivaliser avec un inconnu, un Juif nommé Élie Magus, vieillard maniaque, le chef des tableaumanes. Il a réuni cent et quelques tableaux qui sont à décourager les amateurs d’entreprendre des collections. La France devrait sacrifier sept à huit millions et acquérir cette galerie à la mort de ce richard... Quant aux curiosités, ma collection est assez belle pour qu’on en parle...

—Mais comment un homme aussi occupé que vous l’êtes, dont la fortune primitive a été si loyalement gagnée dans le commerce...

—De drogueries, dit Popinot, a pu continuer à se mêler de drogues...

—Non, reprit l’étranger, mais où trouvez-vous le temps de chercher? Les curiosités ne viennent pas à vous...

—Mon père avait déjà, dit la vicomtesse Popinot, un noyau de collection, il aimait les arts, les belles œuvres; mais la plus grande partie de ses richesses vient de moi!

—De vous! madame?... si jeune! vous aviez ces vices-là, dit un prince russe.

Les Russes sont tellement imitateurs, que toutes les maladies de la civilisation se répercutent chez eux. La bricabracomanie fait rage à Pétersbourg, et par suite du courage naturel à ce peuple, il s’ensuit que les Russes ont causé dans l’article, dirait Rémonencq, un renchérissement de prix qui rendra les collections impossibles. Et ce prince était à Paris uniquement pour collectionner.

—Prince, dit la vicomtesse, ce trésor m’est échu par succession d’un cousin qui m’aimait beaucoup et qui avait passé quarante et quelques années, depuis 1805, à ramasser dans tous les pays, et principalement en Italie, tous ces chefs-d’œuvre...

—Et comment l’appelez-vous? demanda le milord.

—Pons! dit le président Camusot.

—C’était un homme charmant, reprit la présidente de sa petite voix flûtée, plein d’esprit, original, et avec cela beaucoup de cœur. Cet éventail que vous admirez, milord, et qui est celui de madame de Pompadour, il me l’a remis un matin en me disant un mot charmant que vous me permettrez de ne pas répéter...

Et elle regarda sa fille.

—Dites-nous le mot, demanda le prince russe, madame la vicomtesse.

—Le mot vaut l’éventail!... reprit la vicomtesse dont le mot était stéréotypé. Il a dit à ma mère qu’il était bien temps que ce qui avait été dans les mains du vice restât dans les mains de la vertu.

Le milord regarda madame Camusot de Marville d’un air de doute extrêmement flatteur pour une femme si sèche.

—Il dînait trois ou quatre fois par semaine chez moi, reprit-elle, il nous aimait tant! nous savions l’apprécier, les artistes se plaisent avec ceux qui goûtent leur esprit. Mon mari était d’ailleurs son seul parent. Et quand cette succession est arrivée à monsieur de Marville, qui ne s’y attendait nullement, monsieur le comte a préféré acheter tout en bloc plutôt que de voir vendre cette collection à la criée; et nous aussi nous avons mieux aimé la vendre ainsi, car il est si affreux de voir disperser de belles choses qui avaient tant amusé ce cher cousin. Élie Magus fut alors l’appréciateur, et c’est ainsi, milord, que j’ai pu avoir le cottage bâti par votre oncle, et où vous nous ferez l’honneur de venir nous voir.

Le caissier du théâtre, dont le privilége cédé par Gaudissard a passé depuis un an dans d’autres mains, est toujours monsieur Topinard; mais monsieur Topinard est devenu sombre, misanthrope, et parle peu; il passe pour avoir commis un crime, et les mauvais plaisants du théâtre prétendent que son chagrin vient d’avoir épousé Lolotte. Le nom de Fraisier cause un soubresaut à l’honnête Topinard. Peut-être trouvera-t-on singulier que la seule âme digne de Pons se soit trouvée dans le troisième dessous d’un théâtre des boulevards.

Madame Rémonencq, frappée de la prédiction de madame Fontaine, ne veut pas se retirer à la campagne, elle reste dans son magnifique magasin du boulevard de la Madeleine, encore une fois veuve. En effet, l’Auvergnat, après s’être fait donner par contrat de mariage les biens au dernier vivant, avait mis à portée de sa femme un petit verre de vitriol, comptant sur une erreur, et sa femme, dans une intention excellente, ayant mis ailleurs le petit verre, Rémonencq l’avala. Cette fin, digne de ce scélérat, prouve en faveur de la Providence que les peintres de mœurs sont accusés d’oublier, peut-être à cause des dénoûments de drames qui en abusent.

Excusez les fautes du copiste!

Paris, juillet 1846. — mai 1847.

FIN.

TABLE DES MATIÈRES.


SCÈNES DE LA VIE PARISIENNE.


Premier épisode: La cousine Bette 2
Deuxième épisode: Le cousin Pons 380

FIN DE LA TABLE.

Au lecteur.

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