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La dame de Monsoreau — Tome 2. cover

La dame de Monsoreau — Tome 2.

Chapter 10: CHAPITRE VI
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About This Book

The narrative blends brisk adventure, comic set pieces, and courtly intrigue: drunken and roguish episodes at inns alternate with journeys mounted on animals, private confessions, and abrupt skirmishes, while the royal court stages councils, secret visits, and maneuvering among powerful figures. Shifting loyalties and personal rivalries produce duels, diplomatic gambits, and startling revelations about a woman thought dead. The volume moves between intimate, often farcical scenes and formal political assemblies, maintaining a lively tempo that mixes satire, romance, and the exercise of influence.

Le moine ne fut pas dupe, comme on le comprend bien, d'une pareille réponse, et il se préparait à le faire voir à son compagnon, lorsque sa paresse naturelle l'emporta, lui soufflant à l'oreille de n'entrer dans aucune discussion.

Il se contenta donc de répondre, sans même cacher sa mauvaise humeur:

—N'importe, je suis fort las, et j'ai très-faim.

—Eh bien, qu'à cela ne tienne, reprit Chicot en frappant gaillardement sur l'épaule du frocard, moi aussi je suis las, moi aussi j'ai faim, et à la première hôtellerie que nous trouverons sur notre….

—Eh bien, demanda Gorenflot, qui avait peine à croire au retour qu'annonçaient les premières paroles du Gascon.

—Eh bien, dit celui-ci, nous commanderons une grillade de porc, un ou deux poulets fricassés et un broc du meilleur vin de la cave.

—Vraiment! reprit Gorenflot; est-ce bien sûr, cette fois? voyons.

—Je vous le promets, compère.

—Eh bien! alors, dit le moine en se relevant, mettons-nous sans retard à la recherche de cette bienheureuse hôtellerie. Viens, Panurge, tu auras du son.

L'âne se mit à braire de plaisir.

Chicot remonta sur son cheval, Gorenflot conduisit son âne par la longe.

L'auberge tant désirée apparut bientôt à la vue des voyageurs; elle s'élevait entre Corbeil et Melun; mais, à la grande surprise de Gorenflot, qui en admirait de loin l'aspect affriolant, Chicot ordonna au moine de remonter sur son âne, et commença d'exécuter un détour par la gauche pour passer derrière la maison; au reste, par un seul coup d'oeil, Gorenflot, dont la compréhension faisait de rapides progrès, se rendit compte de cette bizarrerie; les trois mules des voyageurs, dont Chicot paraissait suivre les traces, étaient arrêtées devant la porte.

—C'est donc au gré de ces voyageurs maudits, pensa Gorenflot, que vont se disposer les événements de notre voyage et se régler les heures de nos repas? C'est triste.

Et il poussa un profond soupir.

Panurge, qui, de son côté, vit qu'on l'écartait de la ligne droite, que tout le monde, même les ânes, sait être la plus courte, s'arrêta court, et se roidit sur les quatre pieds, comme s'il était décidé à prendre racine à l'endroit même où il se trouvait.

—Voyez, dit Gorenflot d'un ton lamentable, mon âne lui-même ne veut plus avancer.

—Ah! il ne veut plus avancer, dit Chicot, attends! attends!

Et il s'approcha d'une haie de cornouillers, où il tailla une baguette longue de cinq pieds, grosse comme le pouce, solide et flexible à la fois.

Panurge n'était pas un de ces quadrupèdes stupides qui ne se préoccupent point de ce qui se passe autour d'eux et qui ne pressentent les événements que lorsque ces événements leur tombent sur le dos. Il avait suivi la manoeuvre de Chicot, pour lequel il commençait sans doute à ressentir la considération qu'il méritait, et dès qu'il avait cru remarquer ses intentions, il avait déroidi ses jambes et était parti au pas relevé.

—Il va, il va! cria le moine à Chicot.

—N'importe, dit celui-ci, pour qui voyage en compagnie d'un âne et d'un moine, un bâton n'est jamais inutile.

Et le Gascon acheva de cueillir le sien.

CHAPITRE IV

COMMENT FRÈRE GORENFLOT TROQUA SON ÂNE CONTRE UNE MULE, ET SA MULE CONTRE UN CHEVAL.

Cependant les tribulations de Gorenflot touchaient à leur terme, pour cette journée du moins; après le détour fait, on reprit le grand chemin, et l'on s'arrêta à trois quarts de lieue plus loin, dans une auberge rivale. Chicot prit une chambre qui donnait sur la route et commanda le souper, qui lui fut servi dans la chambre; mais on voyait que la nutrition n'était que la préoccupation secondaire de Chicot. Il ne mangeait que de la moitié de ses dents, tandis qu'il regardait de tous ses yeux et écoutait de toutes ses oreilles. Cette préoccupation dura jusqu'à dix heures; cependant, comme à dix heures Chicot n'avait rien vu ni rien entendu, il leva le siége, ordonnant que son cheval et l'âne du moine, renforcés d'une double ration d'avoine et de son, fussent prêts au point du jour.

A cet ordre, Gorenflot, qui depuis une heure paraissait endormi et qui n'était qu'assoupi dans cette douce extase qui suit un bon repas arrosé d'une quantité suffisante de vin généreux, poussa un soupir.

—Au point du jour? dit-il.

—Eh! ventre de biche! reprit Chicot, tu dois avoir l'habitude de te lever à cette heure-là!

—Pourquoi donc? demanda Gorenflot.

—Et les matines?

—J'avais une exemption du supérieur, répondit le moine.

Chicot haussa les épaules, et le mot fainéants avec un s, lettre qui indiquait la pluralité, vint mourir sur ses lèvres.

—Mais oui, fainéants, dit Gorenflot; mais oui, pourquoi pas donc?

—L'homme est né pour le travail, dit sentencieusement le Gascon.

—Et le moine pour le repos, dit le frère; le moine est l'exception de l'homme.

Et, satisfait de cet argument, qui avait paru toucher Chicot lui-même,
Gorenflot fit une sortie pleine de dignité et gagna son lit, que
Chicot, de peur de quelque imprudence sans doute, avait fait dresser
dans la même chambre que le sien.

Le lendemain, en effet, à la pointe du jour, si frère Gorenflot n'eût point dormi du plus profond sommeil il eût pu voir Chicot se lever, s'approcher de la fenêtre et se mettre en observation derrière le rideau.

Bientôt, quoique protégé par la tenture, Chicot fit un pas rapide en arrière, et, si Gorenflot, au lieu de continuer de dormir, eût été éveillé, il eût entendu claqueter sur le pavé les fers des trois mules.

Chicot alla aussitôt à Gorenflot, qu'il secoua par le bras jusqu'à ce que celui-ci ouvrit les yeux.

—Mais n'aurai-je donc plus un instant de tranquillité? balbutia
Gorenflot, qui venait de dormir dix heures de suite.

—Alerte! alerte! dit Chicot, habillons-nous et parlons.

—Mais le déjeuner? fit le moine.

—Il est sur la route de Montereau.

—Qu'est-ce que c'est que cela, Montereau? demanda le moine, fort ignare en géographie.

—Montereau, dit le Gascon, est la ville où l'on déjeune; cela vous suffit-il?

—Oui, répondit laconiquement Gorenflot.

—Alors, compère, fit le Gascon, je descends pour payer notre dépense et celle de nos bêtes; dans cinq minutes, si vous n'êtes pas prêt, je pars sans vous.

Une toilette de moine n'est pas longue à faire; cependant Gorenflot mit six minutes. Aussi, en arrivant à la porte, vit-il Chicot qui, exact comme un Suisse, avait déjà pris les devants.

Le moine enfourcha Panurge, qui, excité par la double ration de foin et d'avoine que venait de lui faire administrer Chicot, prit le galop de lui-même, et eut bientôt conduit son cavalier côte à côte du Gascon.

Le Gascon était droit sur les étriers, et de la tête aux pieds ne faisait pas un pli.

Gorenflot se dressa sur les siens, et vit à l'horizon les trois mules et les trois cavaliers qui descendaient derrière un monticule.

Le moine poussa un soupir en songeant combien il était triste qu'une influence étrangère agît ainsi sur sa destinée.

Cette fois Chicot lui tint parole, et l'on déjeuna à Montereau.

La journée eut de grandes ressemblances avec celle de la veille; et celle du lendemain présenta à peu près la même série d'événements. Nous passerons donc rapidement sur les détails; et Gorenflot commençait à se faire tant bien que mal à cette existence accidentée, quand, vers le soir, il vit Chicot perdre graduellement toute sa gaieté; depuis midi, il n'avait pas aperçu l'ombre des trois voyageurs qu'il suivait; aussi soupa-t-il de mauvaise humeur et dormit-il mal.

Gorenflot mangea et but pour deux, essaya ses meilleures chansons.
Chicot demeura dans son impassibilité.

Le jour naissait à peine, qu'il était sur pied, secouant son compagnon; le moine s'habilla, et, dès le départ, on prit un trot qui se changea bientôt en galop frénétique.

Mais on eut beau courir, pas de mules à l'horizon.

Vers midi, âne et cheval étaient sur les dents.

Chicot alla droit à un bureau de péage établi sur le pont de
Villeneuve-le-Roi pour les bêtes à pied fourchu.

—Avez-vous vu, demanda-t-il, trois voyageurs montés sur des mules, qui ont dû passer ce matin?

—Ce matin, mon gentilhomme? répondit le péager; non; hier, à la bonne heure.

—Hier?

—Oui, hier soir, à sept heures.

—Les avez-vous remarqués?

—Dame! comme on remarque des voyageurs.

—Je vous demande si vous vous souvenez de la condition de ces hommes.

—Il m'a paru qu'il y avait un maître et deux laquais.

—C'est bien cela, dit Chicot.

Et il donna un écu au péager.

Puis, se parlant à lui-même:

—Hier soir, à sept heures, murmura-t-il; ventre de biche! ils ont douze heures d'avance sur moi. Allons, du courage!

—Écoutez, monsieur Chicot, dit le moine, du courage, j'en ai encore pour moi; mais je n'en ai plus pour Panurge.

En effet, le pauvre animal, surmené depuis deux jours, tremblait sur ses quatre jambes et communiquait à Gorenflot l'agitation de son pauvre corps.

—Et votre cheval lui-même, continua Gorenflot, voyez dans quel état il est.

En effet, le noble animal, si ardent qu'il fût et à cause même de son ardeur, était ruisselant d'écume, et une chaude fumée sortait par ses naseaux, tandis que le sang paraissait prêt à jaillir de ses yeux.

Chicot examina rapidement les deux bêtes, et parut se ranger à l'avis de son compagnon.

Gorenflot respirait, quant tout à coup:

—Là! frère quêteur, dit Chicot: il s'agit ici de prendre une grande résolution.

—Mais nous ne prenons que cela depuis quelques jours! s'écria Gorenflot, dont le visage se décomposa d'avance sans même qu'il sût ce qui allait lui être proposé.

—Il s'agit de nous quitter, dit Chicot, prenant du premier coup, comme on dit, le taureau par les cornes.

—Bah! fit Gorenflot; toujours la même plaisanterie! Nous quitter, et pourquoi?

—Vous allez trop doucement, compère.

—Vertudieu! dit Gorenflot; mais je vais comme le vent; mais nous avons galopé ce matin cinq heures de suite!

—Ce n'est point encore assez.

—Alors repartons; plus nous irons vite, plus nous arriverons tôt; car enfin je présume que nous arriverons.

—Mon cheval ne veut pas aller, et votre âne refuse le service.

—Alors comment faire?

—Nous allons les laisser ici, et nous les reprendrons en passant.

—Mais nous? Comptez-vous donc continuer la route à pied?

—Nous monterons sur des mules.

—Et en avoir?

—Nous en achèterons.

—Allons, dit Gorenflot en soupirant, encore ce sacrifice,

—Ainsi?

—Ainsi, va pour la mule.

—Bravo! compère, vous commencez à vous former; recommandez Bayard et Panurge aux soins de l'aubergiste; moi, je vais faire nos acquisitions.

Gorenflot s'acquitta en conscience du soin dont il était chargé; pendant les quatre jours de relations qu'il avait eues avec Panurge, il avait apprécié, nous ne dirons pas ses qualités, mais ses défauts, et il avait remarqué que ces trois défauts éminents étaient ceux auxquels lui-même était enclin, la paresse, la luxure et la gourmandise. Cette remarque l'avait touché, et ce n'était qu'avec regret que Gorenflot se séparait de son âne; mais Gorenflot était non-seulement paresseux, luxurieux et gourmant, il était de plus égoïste, et il préférait encore se séparer de Panurge que se séparer de Chicot, attendu, nous l'avons dit, que Chicot portait la bourse.

Chicot revint avec deux mules, sur lesquelles on fit vingt lieues ce jour-là: de sorte que le soir, à la porte d'un maréchal, Chicot eut la joie d'apercevoir les trois mules.

—Ah! fit-il, respirant pour la première fois.

—Ah! soupira à son tour le moine.

Mais l'oeil exercé du Gascon ne reconnut ni les harnais des mules, ni leur maître, ni ses valets; les mules en étaient réduites à leur ornement naturel, c'est-à-dire qu'elles étaient complètement dépouillées; quant au maître et aux laquais, ils étaient disparus.

Bien plus, autour de ces animaux étaient des gens inconnus qui les examinaient et semblaient en faire l'expertise: c'était un maquignon d'abord, et puis le maréchal avec deux franciscains; ils faisaient tourner et retourner les mules, puis ils regardaient les dents, les pieds et les oreilles; en un mot, ils les essayaient.

Un frisson parcourut tout le corps de Chicot.

—Va devant, dit-il à Gorenflot, approche-toi des franciscains; tire-les à part, interroge-les; de moines à moines, vous n'aurez pas de secrets, j'espère; informe-toi adroitement de qui viennent ces mules, le prix qu'on veut les vendre et ce que sont devenus leurs propriétaires; puis reviens me dire tout cela.

Gorenflot, inquiet de l'inquiétude de son ami, partit au grand trot de sa mule, et revint l'instant d'après.

Voilà l'histoire, dit-il. D'abord, savez-vous où nous sommes?

—Eh! morbleu! nous sommes sur la route de Lyon, dit Chicot, c'est la seule chose qu'il m'importe de savoir.

—Si fait, il vous importe encore de savoir, à ce que vous m'avez dit du moins, ce que sont devenus les propriétaires de ces mules.

—Oui, va.

—Celui qui semble un gentilhomme….

—Bon.

—Celui qui semble un gentilhomme a pris ici la route d'Avignon, une route qui raccourcit le chemin, à ce qu'il paraît, et qui passe par Château-Chinon et Privas.

—Seul?

—Comment, seul?

—Je demande s'il a pris cette route seul.

—Avec un laquais.

—Et l'autre laquais?

—L'autre laquais à continué son chemin.

—Vers Lyon?

—Vers Lyon.

—A merveille. Et pourquoi le gentilhomme va-t-il à Avignon? Je croyais qu'il allait à Rome. Mais, reprit Chicot, comme se parlant à lui-même, je te demande là des choses que tu ne peux savoir.

—Si fait… je le sais, répondit Gorenflot. Ah! voilà qui vous étonne!

—Comment, tu le sais?

—Oui, il va à Avignon, parce que S.S. le pape Grégoire XIII a envoyé à Avignon un légat chargé de ses pleins pouvoirs.

—Bon, dit Chicot, je comprends… et les mules?

—Les mules étaient fatiguées; ils les ont vendues à un maquignon, qui veut les revendre à des franciscains.

—Combien?

—Quinze pistoles la pièce.

—Comment donc ont-ils continué leur route?

—Sur des chevaux qu'ils ont achetés.

—A qui?

—A un capitaine de reîtres qui se trouve ici en remonte.

—Ventre de biche! compère, s'écria Chicot; tu es un homme précieux, et c'est d'aujourd'hui seulement que je t'apprécie.

Gorenflot fit la roue.

—Maintenant, continua Chicot, achève ce que tu as si bien commencé.

—Que faut-il faire?

Chicot mit pied à terre, et, jetant la bride au bras du moine:

—Prends les deux mules et va les offrir pour vingt pistoles aux franciscains; ils te doivent la préférence.

—Et ils me la donneront, dit Gorenflot, ou je les dénonce à leur supérieur.

—Bravo, compère, tu te formes.

—Ah! mais, demanda Gorenflot, comment continuerons-nous notre route?

—A cheval, morbleu, à cheval!

—Diable! fit le moine en se grattant l'oreille.

—Allons donc, dit Chicot, un écuyer comme toi!

—Bah! dit Gorenflot, au petit bonheur! Mais où vous retrouverai-je?

—Sur la place de la ville.

—Allez m'y attendre.

Et le moine s'avança d'un pas résolu vers les franciscains, tandis que Chicot, par une rue de traverse, gagnait la place principale du petit bourg.

Là il trouva, dans l'auberge du Coq-Hardi, le capitaine de reîtres qui buvait d'un jolit petit vin d'Auxerre que les amateurs de second ordre confondaient avec les crus de Bourgogne; il prit de lui de nouveaux renseignements, qui confirmèrent en tous points ceux que lui avait donnés Gorenflot.

En un instant, Chicot eut traité avec le remonteur de deux chevaux que celui-ci porta à l'instant même comme morts en route, et que, grâce à cet accident, il put donner pour trente-cinq pistoles les deux.

Il ne s'agissait plus que de faire prix pour les selles et les brides, quand Chicot vit, par une petite rue latérale, déboucher le moine portant les deux selles sur sa tête et les deux brides à ses mains.

—Oh! oh! fit-il, qu'est-ce que cela, compère?

—Eh bien, dit Gorenflot, ce sont les selles et les brides de nos mules.

—Tu les as donc retenues, frocard? dit Chicot avec son large sourire.

—Oui-da! fit le moine.

—Et tu as vendu les mules?

—Dix pistoles chacune.

—Qu'on t'a payées?

—Voici l'argent.

Et Gorenflot fit sonner sa poche pleine de monnaies de toute espèce.

—Ventre de biche! s'écria Chicot, tu es un grand homme, compère.

—Voilà comme je suis, dit Gorenflot avec une modeste fatuité.

—A l'oeuvre! dit Chicot.

—Ah! mais j'ai soif, dit le moine.

—Eh bien, bois pendant que je vais aller seller nos bêtes; mais pas trop.

—Une bouteille.

—Va pour une bouteille.

Gorenflot en but deux, et vint rendre le reste de l'argent à Chicot.

Chicot eut un instant l'idée de laisser au moine les vingt pistoles diminuées du prix des deux bouteilles; mais il réfléchit que, du jour où Gorenflot posséderait deux écus, il n'en serait plus le maître. Il prit donc l'argent sans que le moine s'aperçut même du moment d'hésitation qu'il venait d'éprouver, et se mit en selle.

Le moine en fit autant, avec l'aide de l'officier des reîtres, qui était un homme craignant Dieu, et qui tint le pied de Gorenflot, service en échange duquel, aussitôt qu'il fut juché sur son cheval, Gorenflot lui donna sa bénédiction.

—A la bonne heure, dit Chicot en mettant sa monture au galop, voilà un gaillard bien béni!

Gorenflot, voyant courir son souper devant lui, lança son cheval sur ses traces; d'ailleurs, il faisait des progrès en équitation; au lieu d'empoigner la crinière d'une main et la queue de l'autre, comme il faisait autrefois, il saisit à deux mains le pommeau de selle, et, avec ce seul point d'appui, il courut tant que Chicot le voulut bien.

Il finit par y mettre plus d'activité que son patron, car toutes les fois que Chicot changeait d'allure et modérait son cheval, le moine, qui préférait le galop au trot, continuait son chemin en criant hurrah à sa monture.

De si nobles efforts méritaient d'être récompensés; le lendemain soir, un peu en avant de Châlons, Chicot avait retrouvé maître Nicolas David, toujours déguisé en laquais, qu'il ne perdit plus de vue jusqu'à Lyon, dont tous trois franchirent les portes vers le soir du huitième jour après leur départ de Paris.

C'était à peu près le moment où, suivant une route opposée, Bussy, Saint-Luc et sa femme arrivaient, comme nous l'avons dit, au château de Méridor.

CHAPITRE V

COMMENT CHICOT ET SON COMPAGNON S'INSTALLÈRENT A L'HÔTELLERIE DU CYGNE DE LA CROIX, ET COMMENT ILS Y FURENT REÇUS PAR L'HÔTE.

Maître Nicolas David, toujours déguisé en laquais, se dirigea vers la place des Terreaux et choisit la principale hôtellerie de la place, qui était celle du Cygne de la Croix.

Chicot l'y vit entrer et demeura un instant en observation pour s'assurer qu'il y avait trouvé de la place et que, par conséquent, il n'en sortirait pas.

—As-tu quelque objection contre l'auberge du Cygne de la Croix? dit le Gascon à son compagnon de voyage.

—Pas la moindre, répondit celui-ci.

—Tu vas donc entrer là, tu feras prix pour une chambre retirée: tu diras que tu attends ton frère, et, en effet, tu m'attendras sur le seuil de la porte; moi, je vais me promener et je ne rentrerai qu'à la nuit close; à la nuit close je reviendrai, je te trouverai à ton poste, et, comme tu auras fait sentinelle, que tu connaîtras le plan de la maison, tu me conduiras à la chambre sans que je me heurte aux gens que je ne veux pas voir. Comprends-tu?

—Parfaitement, dit Gorenflot.

—Choisis la chambre spacieuse, gaie, abordable, contiguë, s'il est possible, à celle du voyageur qui vient d'arriver; fais en sorte qu'elle ait des fenêtres sur la rue, afin que je voie qui entre et qui sort, ne prononce mon nom sous aucun prétexte, et promets des monts d'or au cuisinier.

En effet, Gorenflot s'acquitta merveilleusement de la commission. La chambre choisie, la nuit vint, et, la nuit venue, il alla prendre Chicot par la main et le conduisit à la chambre en question. Le moine, rusé comme l'est toujours un homme d'Église, si sot d'ailleurs que la nature l'ait créé, fit observer à Chicot que leur chambre, située sur un autre palier que celle de Nicolas David, était contiguë à cette chambre, et qu'elle n'en était séparée que par une cloison de bois et de chaux, facile à percer, si on le voulait.

Chicot écouta le moine avec la plus grande attention, et quelqu'un qui eût écouté l'orateur et vu l'auditeur aurait pu suivre à l'épanouissement de l'un les paroles de l'autre.

Puis, lorsque le moine eut fini:

—Tout ce que tu viens de me dire mérite récompense, répondit Chicot, tu auras ce soir du vin de Xérès à souper, Gorenflot; oui, tu en auras, morbleu! ou je ne suis pas ton compère.

—Je ne connais pas l'ivresse de ce vin, dit Gorenflot; elle doit être agréable.

—Ventre de biche! répliqua Chicot en prenant possession de la chambre, tu la connaîtras dans deux heures, c'est moi qui te le dis.

Chicot fit demander l'hôte.

On trouvera peut-être que le narrateur de cette histoire promène, à la suite de ses personnages, son récit dans un bien grand nombre d'hôtelleries: à ceci il répondra que ce n'est point sa faute si ses personnages, les uns pour servir les désirs de leur maîtresse, les autres pour fuir la colère du roi, vont, les uns au nord et les autres au midi. Or, placé qu'il est entre l'antiquité, qui se passait d'auberge grâce à l'hospitalité fraternelle, et la vie moderne, où l'auberge s'est transformée en table d'hôte, force lui est de s'arrêter dans les hôtelleries où doivent se passer les scènes importantes de son livre; d'ailleurs, les caravansérais de notre Occident se présentaient à cette époque sous une triple forme qui n'était pas à dédaigner, et qui de nos jours a perdu beaucoup de son caractère: cette triple forme était l'auberge, l'hôtellerie et le cabaret. Notez que nous ne parlons point ici de ces agréables maisons de baigneurs qui n'ont point leur équivalent de nos jours, et qui, léguées par la Rome des empereurs au Paris de nos rois, empruntaient à l'antiquité le multiple agrément de ses profanes tolérances.

Mais ces établissements étaient encore renfermés, sous le règne du roi Henri III, dans les murs de la capitale: la province n'avait encore que l'hôtellerie, l'auberge et le cabaret.

Or nous sommes dans une hôtellerie.

C'est ce que fit très-bien sentir l'hôte, lorsqu'il répondit à Chicot, qui l'avait fait demander, comme nous l'avons dit, qu'il eût à prendre patience, attendu qu'il causait avec un voyageur qui, arrivé avant lui, avait le droit de priorité.

Chicot devina que ce voyageur était son avocat.

—Que peuvent-ils se dire? demanda Chicot.

—Vous croyez donc que l'hôte et votre homme en sont aux secrets?

—Dame! vous le voyez bien, puisque cette figure rogue que nous avons aperçue, et qui, je le présume, est celle de l'hôte….

—Elle-même, dit le moine.

—Consent à causer avec un homme habillé en laquais.

—Ah! dit Gorenflot, il a changé d'habit; je l'ai aperçu: il est maintenant vêtu tout de noir.

—Raison de plus, dit Chicot. L'hôte est sans doute de l'intrigue.

—Voulez-vous que je tâche de confesser sa femme? dit Gorenflot.

—Non, dit Chicot, j'aime mieux que tu ailles faire un tour par la ville.

—Bah! et le souper? dit Gorenflot.

—Je le ferai préparer en ton absence, tiens, voilà un écu pour te mettre en train.

Gorenflot prit l'écu avec reconnaissance.

Le moine, dans le courant du voyage, s'était déjà plus d'une fois livré à ces excursions demi-nocturnes qu'il adorait, et que, grâce à son titre de frère quêteur, il risquait de temps en temps à Paris. Mais, depuis sa sortie du couvent, ces excursions lui étaient encore plus chères. Gorenflot maintenant aspirait la liberté par tous les pores, et il en était arrivé à ce que son couvent ne se présentât déjà plus à son souvenir que sous l'aspect d'une prison.

Il sortit donc avec la robe retroussée sur le côté et son écu dans sa poche.

A peine Gorenflot fut-il hors de la chambre, que Chicot, sans perdre un instant, prit une vrille et fit un trou dans la cloison à la hauteur de l'oeil. Cette ouverture, grande comme celle d'une sarbacane, ne lui permettait pas, à cause de l'épaisseur des planches, de voir distinctement les différentes parties de la chambre; mais, en collant son oreille à ce trou, il entendait assez distinctement les voix.

Cependant, grâce à la disposition des personnages et à la place qu'ils occupaient dans l'appartement, le hasard voulut que Chicot pût voir distinctement l'hôte, qui causait avec Nicolas David.

Quelques mots échappaient, comme nous l'avons dit, à Chicot; mais ce qu'il saisit de la conversation cependant suffit à lui prouver que David faisait grand étalage de sa fidélité envers le roi, parlant même d'une mission qui lui était confiée par M. de Morvilliers.

Tandis qu'il parlait ainsi, l'hôte écoutait respectueusement sans doute, mais avec un sentiment qui était au moins de l'indifférence, car il répondait peu. Chicot crut même remarquer, soit dans ses regards, soit dans l'intonation de sa voix, une ironie assez marquée chaque fois qu'il prononçait le nom du roi.

—Eh! eh! dit Chicot, notre hôte serait-il ligueur, par hasard? mordieu, je le verrai bien!

Et, comme il ne se disait rien de bien important dans la chambre de maître Nicolas David, Chicot attendit que l'hôte lui vînt rendre visite à son tour.

Enfin la porte s'ouvrit.

L'hôte tenait son bonnet à la main, mais il avait absolument la même physionomie goguenarde qui venait de frapper Chicot lorsqu'il l'avait vu causant avec l'avocat.

—Asseyez-vous là, mon cher monsieur, lui dit Chicot, et, avant que nous fassions un arrangement définitif, écoutez, s'il vous plaît, mon histoire.

L'hôte parut écouter défavorablement cet exorde, et fit même signe de la tête qu'il désirait rester debout.

—A votre aise, mon cher monsieur, reprit Chicot.

L'hôte fit un signe qui voulait dire que, pour prendre ses aises, il n'avait besoin de la permission de personne.

—Vous m'avez vu ce matin avec un moine, continua Chicot.

—Oui, monsieur, dit l'hôte.

—Silence! il n'en faut rien dire… ce moine est proscrit.

—Bah! fit l'hôte, serait-ce donc quelque huguenot déguisé?

Chicot prit un air de dignité offensée.

—Huguenot! dit-il avec dégoût, qui donc a dit huguenot? Sachez que ce moine est mon parent, et que je n'ai point de parents huguenots. Allons donc! brave homme, vous devriez rougir de dire de pareilles énormités.

—Ah! monsieur, reprit l'hôte, cela s'est vu.

—Jamais dans ma famille, seigneur hôtelier! Ce moine, au contraire, est l'ennemi le plus acharné qui se soit jamais déchaîné contre les huguenots, de sorte qu'il est tombé dans la disgrâce de S.M. Henri III, qui les protège, comme vous savez.

L'hôte paraissait commencer à prendre un vif intérêt à la persécution de Gorenflot.

—Silence! dit-il en approchant un doigt de ses lèvres.

—Comment, silence! demanda Chicot, est-ce que vous auriez ici des gens du roi, par hasard?

—J'en ai peur, dit l'hôte avec un signe de tête; là, à côté, il y a un voyageur.

—C'est qu'alors, reprit Chicot, nous nous sauverions tout de suite, mon parent et moi; car, proscrit, menacé…

—Et où iriez-vous?

—Nous avons deux ou trois adresses que nous a données un aubergiste de nos amis, maître la Hurière.

—La Hurière, vous connaissez la Hurière?

—Chut! il ne faut pas le dire; mais nous avons fait connaissance le soir de la Saint-Barthélemy.

—Allons, dit l'hôte, je vois que vous êtes tous deux, votre parent et vous, de saintes gens; moi aussi je connais la Hurière. J'avais même envie, quand j'achetai cette hôtellerie, de prendre en témoignage d'amitié la même enseigne que lui: A la Belle-Étoile; mais l'hôtellerie était connue sous la dénomination de l'hôtellerie du Cygne de la Croix; j'ai eu peur que ce changement ne me fit tort; ainsi vous dites donc, monsieur, que votre parent…

—A eu l'imprudence de prêcher contre les huguenots; qu'il a eu un succès énorme, et que Sa Majesté Très-Chrétienne, furieuse de ce succès, qui lui dévoilait la disposition des esprits, le cherchait pour le faire emprisonner.

—Et alors? demanda l'hôte avec un accent d'intérêt auquel il n'y avait point à se tromper.

—Ma foi, je l'ai enlevé, dit Chicot.

—Et vous avez bien fait, pauvre cher homme.

—M. de Guise m'avait bien offert de le protéger.

—Comment, le grand Henri de Guise? Henri le Balafré?

—Henri le saint.

—Oui, vous l'avez dit, Henri le saint.

—Mais j'ai craint la guerre civile.

—Alors, dit l'hôte, si vous êtes des amis de M. de Guise, vous connaissez ceci?

Et l'hôte fit de la main à Chicot un espèce de signe maçonique à l'aide duquel les ligueurs se reconnaissaient.

Chicot, dans la fameuse nuit qu'il avait passée au couvent Sainte-Geneviève, avait remarqué, non-seulement ce signe, qui avait été vingt fois répété devant lui, mais encore le signe qui y répondait.

—Parbleu, dit-il, et vous ceci?

Et Chicot à son tour fit le second signe.

—Alors, dit l'aubergiste avec le plus complet abandon, vous êtes ici chez vous: ma maison est la vôtre; regardez-moi comme un ami, je vous regarde comme un frère, et, si vous n'avez pas d'argent…

Chicot, pour toute réponse, tira de sa poche une bourse qui, quoique déjà un peu entamée, présentait encore une corpulence assez honorable.

La vue d'une bourse bien rondelette est toujours agréable, même à l'homme généreux qui vous offre de l'argent, et qui apprend ainsi que vous n'en avez pas besoin; de sorte qu'il conserve le mérite de son offre sans avoir eu besoin de la mettre à exécution.

—Bien, dit l'hôte.

—Je vous dirai, ajouta Chicot, pour vous tranquilliser davantage encore, que nous voyageons pour la propagation de la foi, et que notre voyage nous est payé par le trésorier de la Sainte-Union. Indiquez-nous donc une hôtellerie où nous n'ayons rien à craindre.

—Morbleu, dit l'hôte, vous ne serez nulle part plus en sûreté qu'ici, messieurs: c'est moi qui vous le dis.

—Mais vous parliez tout à l'heure d'un homme qui logeait là, à côté.

—Oui; mais qu'il se tienne bien, car, au premier espionnage que je lui vois faire, foi de Bernouillet, il déménagera.

—Vous vous nommez Bernouillet? demanda Chicot.

—C'est mon propre nom, monsieur, et il est connu parmi les fidèles, peut-être pas de la capitale, mais de la province. Je m'en vante aussi. Dites un mot, un seul, et je le mets à la porte.

—Pourquoi cela? dit Chicot; laissez-le, au contraire; mieux vaut avoir ses ennemis près de soi; on les surveille au moins.

—Vous avez raison, dit Bernouillet avec admiration.

—Mais qui vous fait croire que cet homme est notre ennemi? je dis notre ennemi, continua le Gascon avec un tendre sourire, parce que je vois bien que nous sommes frères.

—Oh! oui, bien certainement, dit l'hôte; ce qui me le fait croire….

—Je vous le demande.

—C'est qu'il est arrivé ici déguisé on laquais, puis, qu'il a passé une espèce d'habit d'avocat; or il n'est pas plus avocat que laquais, attendu que, sous un manteau jeté sur une chaise, j'ai vu passer la pointe d'une longue rapière. Puis il m'a parlé du roi comme personne n'en parle; puis enfin il m'a avoué qu'il avait une mission de M. de Morvilliers, qui est, comme vous savez, un ministre du Nabuchodonosor.

—De l'Hérode, comme je l'appelle.

—Du Sardanapale!

—Bravo!

—Ah! je vois que nous nous entendons, dit l'hôte.

—Pardieu, fit Chicot, ainsi je reste.

—Je le crois bien.

—Mais pas un mot de mon parent.

—Pardieu.

—Ni de moi?

—Pour qui me prenez-vous? Mais, silence, voici quelqu'un.

Gorenflot parut sur le seuil.

—Oh! c'est lui, le digne homme! s'écria l'hôte.

Et il alla au moine, et lui fit le signe des ligueurs.

Ce signe frappa Gorenflot d'étonnement et d'effroi.

—Répondez, répondez donc, mon frère, dit Chicot. Notre hôte sait tout, il en est.

—Il en est, dit Gorenflot, de quoi est-il?

—De la Sainte-Union, dit Bernouillet à demi-voix.

—Vous voyez bien que vous pouvez répondre; répondez donc.

Gorenflot répondit, ce qui combla de joie l'aubergiste.

—Mais, dit Gorenflot, qui avait hâte de changer la conversation, on m'a promis du xérès.

—Du vin de Xérès, du vin de Malaga, du vin d'Alicante, tous les vins de ma cave sont à votre disposition, mon frère.

Gorenflot promena son regard de l'hôte à Chicot et de Chicot au ciel. Il ne comprenait rien à ce qui lui arrivait, et il était évident que, dans son humilité toute monacale, il reconnaissait que son bonheur dépassait de beaucoup ses mérites.

Trois jours de suite Gorenflot s'enivra: le premier jour avec du xérès, le second jour avec du malaga, le troisième jour avec de l'alicante; mais, de toutes ces ivresses, Gorenflot avoua que c'était encore celle du bourgogne qui lui semblait la plus agréable, et il en revint au chambertin.

Pendant ces quatre jours où Gorenflot avait fait ses expériences oenophiles, Chicot n'était pas sorti de sa chambre, et avait guetté du soir au matin l'avocat Nicolas David.

L'hôte, qui attribuait cette réclusion de Chicot à la peur qu'il avait du prétendu royaliste, s'évertuait à l'aire mille tours à celui-ci.

Mais rien n'y faisait, du moins en apparence. Nicolas David, qui avait donné rendez-vous à Pierre de Gondy à l'hôtellerie du Cygne de la Croix, ne voulait point quitter son domicile provisoire, de peur que le messager de messieurs de Guise ne le retrouvât point, de sorte qu'en présence de l'hôte il paraissait insensible à tout. Il est vrai que, la porte fermée derrière maître Bernouillet, Nicolas David donnait à Chicot, qui ne quittait pas son trou, le spectacle divertissant de ses fureurs solitaires.

Dès le lendemain de son installation dans l'auberge, s'apercevant déjà des mauvaises intentions de son hôte, il lui était échappé de dire, en lui montrant le poing, on plutôt en montrant le poing à la porte par laquelle il était sorti:

—Encore cinq ou six jours, drôle, et tu me le payeras.

Chicot en savait assez, il était sûr que Nicolas David ne quitterait pas l'hôtellerie qu'il n'eût la réponse du légat.

Mais, à l'approche de ce sixième jour, qui était le septième de l'arrivée dans l'auberge, Nicolas David, à qui l'hôte, malgré les instances de Chicot, avait signifié le prochain besoin qu'il aurait de sa chambre, Nicolas David, disons-nous, tomba malade.

L'hôte insista pour qu'il quittât son logement tandis qu'il pouvait marcher encore; l'avocat demanda jusqu'au lendemain, prétendant que le lendemain il serait mieux certainement; le lendemain il était plus mal.

Ce fut l'hôte qui vint annoncer cette nouvelle à son ami le ligueur.

—Eh bien, dit-il en se frottant les mains, notre royaliste, noire ami d'Hérode, il va passer la revue de l'amiral, ran tan plan plan plan plan plan.

On appelait, parmi les ligueurs, passer la revue de l'amiral, enjamber de ce monde dans l'autre.

—Bah! fit Chicot, vous croyez qu'il va mourir?

—Fièvre abominable, mon cher frère, fièvre tierce, fièvre quartaine, avec des redoublements qui le font bondir dans son lit; il a une faim de démon, il a voulu m'étrangler et bat mes valets; les médecins n'y comprennent rien.

Chicot réfléchit.

—L'avez-vous vu? demanda-t-il.

—Certainement, puisque je vous dis qu'il a voulu m'étrangler!

—Comment était-il?

—Pâle, agité, défait, criant comme un possédé.

—Que criait-il?

—Prenez garde au roi. On veut du mal au roi.

—Le misérable!

—Le gueux! Puis de temps en temps il dit qu'il attend un homme qui vient d'Avignon, et qu'il veut voir cet homme avant de mourir.

—Voyez-vous cela! dit Chicot. Ah! il parle d'Avignon!

—A chaque minute.

—Ventre de biche! dit Chicot, laissant échapper son juron favori.

—Dites donc, reprit l'hôte; ce serait drôle s'il allait mourir.

—Très-drôle, dit Chicot; mais je voudrais qu'il ne mourût pas avant l'arrivée de l'homme d'Avignon.

—Pourquoi cela? plus tôt mourra-t-il, plus tôt en serons-nous débarrassés.

—Oui; mais je ne pousse pas la haine jusqu'à vouloir perdre l'âme et le corps; et, puisque cet homme vient d'Avignon pour le confesser….

—Eh! vous voyez bien que c'est quelque fantaisie de sa fièvre, quelque imagination que la maladie lui a mise en tête, et il n'attend personne.

—Bah! qui sait? dit Chicot.

—Ah! vous êtes d'une bonne pâte de chrétien, vous! répliqua l'hôte.

—Rends le bien pour le mal, dit la loi divine.

L'hôte se retira émerveillé.

Quant à Gorenflot, demeuré parfaitement en dehors de toutes ces préoccupations, il engraissait à vue d'oeil: au bout de huit jours, l'escalier qui conduisait à sa chambre criait sous son poids et commençait de l'enserrer entre la rampe et le mur, si bien que Gorenflot annonça un soir, avec terreur, à Chicot que l'escalier maigrissait. Au reste, David, ni la Ligue, ni l'état déplorable où était tombée la religion, ne l'occupait: il n'avait d'autre soin que de varier les menus et d'harmoniser les différents crus de Bourgogne avec les différents mets qu'il se faisait servir, tandis que l'hôte ébahi répétait, chaque fois qu'il le voyait rentrer ou sortir:

—Et dire que c'est un torrent d'éloquence que ce gros père!

CHAPITRE VI

COMMENT LE MOINE CONFESSA L'AVOCAT, ET COMMENT L'AVOCAT CONFESSA LE MOINE.

Enfin, le jour qui devait débarrasser l'hôtellerie de son hôte arriva ou parut arriver. Maître Bernouillet se précipita dans la chambre de Chicot avec des éclats de rire tellement immodérés, que celui-ci dut attendre quelque temps avant d'en connaître la cause.

—Il se meurt, s'écriait le charitable aubergiste, il expire, il crève enfin!

—Et cela vous fait rire à ce point? demanda Chicot.

—Je crois bien; c'est que le tour est merveilleux.

—Quel tour?

—Non. Avouez que c'est vous qui le lui avez joué, mon gentilhomme.

—Moi, un tour au malade?

—Oui!

—De quoi s'agit-il? que lui est-il arrivé?

—Ce qui lui est arrivé! Vous savez qu'il criait toujours après son homme d'Avignon!

—Eh bien, cet homme serait-il venu enfin?

—Il est venu.

—L'avez-vous vu?

—Parbleu! est-ce qu'il entre ici une seule personne sans que je la voie?

—Et comment était-il?

—L'homme d'Avignon? petit, mince et rose.

—C'est cela! laissa échapper Chicot.

—Là, vous voyez bien que c'est vous qui le lui avez envoyé, puisque vous le reconnaissez.

—Le messager est arrivé! s'écria Chicot en se levant et en frisant sa moustache, ventre de biche! contez-moi donc cela, compère Bernouillet.

—Rien de plus simple, d'autant plus que, si ce n'est pas vous qui avez fait le tour, vous me direz qui cela peut être. Il y a une heure donc, je suspendais un lapin au volet, quand un grand cheval et un petit homme s'arrêtèrent devant la porte.

—Maître Nicolas est-il ici? demanda le petit homme. Vous savez que c'est sous ce nom que cet infâme royaliste s'est fait inscrire.

—Oui, monsieur, répondis-je.

—Dites-lui alors que la personne qu'il attend d'Avignon est arrivée.

—Volontiers, monsieur, mais je dois vous prévenir d'une chose.

—De laquelle?

—Que maître Nicolas, comme vous l'appelez, se meurt.

—Raison de plus pour que vous fassiez ma commission sans retard.

—Mais vous ne savez peut-être pas qu'il se meurt d'une fièvre maligne.

—Vraiment! fit l'homme, alors je ne saurais vous recommander trop de diligence.

—Comment? vous persistez?

—Je persiste.

—Malgré le danger?

—Malgré tout, je vous dis qu'il faut que je le voie.

Le petit homme se fâchait et parlait avec un ton impératif qui n'admettait pas de réplique; en conséquence, je le conduisis à la chambre du moribond.

—De sorte qu'il est là? dit Chicot en étendant la main dans la direction de cette chambre.

—Il y est; n'est-ce pas que c'est drôle?

—Excessivement drôle, dit Chicot.

—Quel malheur de ne pas pouvoir entendre!

—Oui, c'est un malheur.

—La scène doit être bouffonne.

—Au dernier degré; mais qui donc vous empêche d'entrer?

—Il m'a renvoyé.

—Sous quel prétexte?

—Sous prétexte qu'il allait se confesser.

—Qui vous empêche d'écouter à la porte?

—Eh! vous avez raison, dit l'hôte en s'élançant hors de la chambre.

Chicot, de son côté, courut à son trou.

Pierre de Gondy était assis au chevet du lit du malade: mais ils parlaient si bas tous deux, que Chicot ne put entendre un seul mot de leur conversation.

D'ailleurs, l'eût-il entendue, cette conversation, tirant à sa fin, lui eût appris peu de chose; car, après cinq minutes, M. de Gondy se leva, prit congé du mourant et sortit.

Chicot courut à la fenêtre.

Un laquais, monté sur un courtaud, tenait en bride le grand cheval dont avait parlé l'hôte: un instant après l'ambassadeur de MM. de Guise parut, se mit en selle et tourna l'angle de la rue qui conduisait à la grande rue de Paris.

—Mordieu! dit Chicot, pourvu qu'il n'emporte pas la généalogie; en tout cas, je le rejoindrai toujours, dussé-je crever dix chevaux pour le rejoindre.

Mais non, dit-il, ces avocats sont de fins renards, le nôtre surtout, et je soupçonne… Je vous demande un peu, continua Chicot frappant du pied avec impatience, et rattachant sans doute dans son esprit son idée à une autre, je vous demande un peu où est ce drôle de Gorenflot.

En ce moment l'hôte rentra.

—Eh bien? demanda Chicot.

—Il est parti, dit l'hôte.

—Le confesseur?

—Qui n'est pas plus un confesseur que moi.

—Et le malade?

—Il s'est évanoui après la conférence.

—Vous êtes sûr qu'il est toujours dans sa chambre?

—Parbleu! il n'en sortira probablement que pour se faire conduire au cimetière.

—C'est bon; allez, et envoyez-moi mon frère aussitôt qu'il reparaîtra.

—Même s'il est ivre?

—En quelque état qu'il soit.

—C'est donc urgent?

—C'est pour le bien de la chose.

Bernouillet sortit précipitamment: c'était un homme plein de zèle.

C'était au tour de Chicot d'avoir la fièvre; il ne savait s'il devait courir après Gondy ou pénétrer chez David; si l'avocat était aussi malade que le prétendait l'aubergiste, il était probable qu'il avait chargé M. de Gondy de ses dépêches. Chicot arpentait donc sa chambre comme un fou, se frappant le front et cherchant une idée parmi les millions de globules bouillonnant dans son cerveau.

On n'entendait plus rien dans la chambre de son observatoire, Chicot ne pouvait apercevoir que l'angle du lit enveloppé dans ses rideaux.

Tout à coup une voix retentit dans l'escalier. Chicot tressaillit: c'était celle du moine.

Gorenflot, poussé par l'hôte, qui voulait inutilement le faire taire, montait une à une les marches de l'escalier, en chantant d'une voix avinée:

             Le vin
          Et le chagrin
      Se battent dans ma tête;
      Ils y font un tel train
       Que c'est une tempête.
      Mais l'un est le plus fort:
          C'est le vin!
      Si bien que le chagrin
            En sort
          Grand train.

Chicot courut à la porte.

—Silence donc, ivrogne! cria-t-il.

—Ivrogne, dit Gorenflot, parce qu'on a bu!

—Voyons! viens ici, et vous, Bernouillet, vous savez….

—Oui, dit l'aubergiste en faisant un signe d'intelligence et en descendant les escaliers quatre à quatre.

—Viens ici, te dis-je, continua Chicot en tirant le moine dans sa chambre, et causons sérieusement, si tu peux.

—Parbleu! dit Gorenflot, vous raillez, compère. Je suis sérieux comme un âne qui boit.

—Ou qui a bu, dit Chicot en levant les épaules.

Puis il le conduisit à un siège sur lequel Gorenflot se laissa aller en poussant un ah! plein de jubilation.

Chicot alla fermer la porte et revint à Gorenflot avec un visage si sérieux, que celui-ci comprit qu'il s'agissait d'écouter.

—Voyons, qu'y a-t-il encore? dit le moine, comme si ce mot résumait toutes les persécutions que Chicot lui faisait endurer.

—Il y a, répondit Chicot fort rudement, que tu ne songes pas assez aux devoirs de ta profession; tu te vautres dans la débauche, tu pourris dans l'ivrognerie, et, pendant ce temps, la religion devient ce qu'elle peut, corboeuf!

Gorenflot leva ses deux gros yeux étonnés sur son interlocuteur.

—Moi? dit-il.

—Oui, toi; regarde, tu es ignoble à voir. Ta robe est déchirée, tu t'es battu en chemin, tu as l'oeil gauche cerclé de noir.

—Moi! reprit Gorenflot, de plus en plus étonné des reproches auxquels
Chicot ne l'avait point habitué.

—Sans doute; tu as de la boue par-dessus les genoux, et quelle boue! de la boue blanche, ce qui prouve que tu as été t'enivrer dans les faubourgs.

—C'est ma foi vrai, dit Gorenflot.

—Malheureux! un moine génovéfain! si tu étais cordelier encore!

—Chicot, mon ami, je suis donc bien coupable? dit Gorenflot attendri.

—C'est-à-dire que tu mérites que le feu du ciel te consume jusqu'aux sandales; prends garde, si cela continue, je t'abandonne.

—Chicot, mon ami, dit le moine, tu ne ferais pas cela.

—Il y a aussi des archers à Lyon.

—Oh! grâce, mon cher protecteur! balbutia le moine, qui se mit non pas à pleurer, mais à beugler comme un taureau.

—Fi! la laide brute! continua Chicot, et dans quel moment, je le le demande, te livres-tu à de pareils déportements? quand nous avons un voisin qui se meurt.

—C'est vrai, dit Gorenflot d'un air profondément contrit.

—Voyons, es-tu chrétien, oui ou non?

—Si je suis chrétien! s'écria Gorenflot en se levant, si je suis chrétien! tripes du pape! je le suis; je le proclamerais sur le gril de saint Laurent.

Et, le bras étendu comme pour jurer, il se mit à chanter, de façon à briser les vitres:

    Je suis chrétien,
    C'est mon seul bien.

—Assez, dit Chicot en le bâillonnant avec la main, si tu es chrétien, ne laisse pas mourir ton frère sans confession.

—C'est juste, où est mon frère? que je le confesse, dit Gorenflot, c'est-à-dire quand j'aurai bu, car je meurs de soif.

Et Chicot passa au moine un pot plein d'eau, que celui-ci vida presque entièrement.

—Ah! mon fils, dit-il en reposant le pot sur la table, je commence à voir clair.

—C'est bien heureux, répondit Chicot, décidé à profiter de ce moment de lucidité.

—Maintenant, mon tendre ami, continua le moine, qui faut-il que je confesse?

—Notre malheureux voisin qui se meurt.

—Qu'on lui donne une pinte de vin au miel, dit Gorenflot.

—Je ne dis pas non; mais il a plus besoin des secours spirituels que des secours temporels. Tu vas l'aller trouver.

—Croyez-vous que je sois suffisamment préparé, monsieur Chicot? demanda timidement le moine.

—Toi! je ne t'ai jamais vu si plein d'onction qu'en ce moment. Tu le ramèneras au bien s'il est égaré, tu l'enverras droit au paradis s'il en cherche la route.

—J'y cours.

—Attends donc, il faut que je t'indique la marche à suivre.

—Pourquoi faire? on sait son état peut-être, depuis vingt ans qu'on est moine.

—Oui, mais ce n'est pas seulement ton état qu'il faut que tu fasses aujourd'hui, c'est aussi ma volonté.

—Votre volonté?

—Et si tu l'exécutes ponctuellement, entends-tu bien? je te place cent pistoles à la Corne d'Abondance, à boire ou à manger, à ton choix.

—A boire et à manger, j'aime mieux cela.

—Eh bien, soit, cent pistoles, tu entends? si tu confesses ce digne moribond.

—Je le confesserai, ou la peste m'étouffe. Comment faut-il que je le confesse?

—Écoute: ta robe te donne une grande autorité, tu parles au nom de Dieu et au nom du roi; il faut, par ton éloquence, contraindre cet homme à te remettre les papiers qu'on vient de lui apporter d'Avignon.

—Pourquoi faire le contraindre à me remettre ces papiers?

Chicot regarda en pitié le moine.

—Pour avoir mille livres, double brute, lui dit-il.

—C'est juste, fit Gorenflot; j'y vais.

—Attends donc, il te dira qu'il vient de se confesser.

—Alors, s'il vient de se confesser?

—Tu lui répondras qu'il en a menti; que celui qui sort de sa chambre n'est point un confesseur, mais un intrigant comme lui.

—Mais il se fâchera.

—Que t'importe, puisqu'il se meurt?

—C'est juste.

—Alors, tu comprends, tu parleras de Dieu, tu parleras du diable, tu parleras de ce que tu voudras; mais, d'une façon ou de l'autre, tu lui tireras des mains des papiers qui viennent d'Avignon.

—Et s'il refuse?

—Tu lui refuseras l'absolution, tu le maudiras, tu l'anathématiseras.

—Ou je les lui prendrai de force.

—Eh bien, encore, soit; mais, voyons, es-tu suffisamment dégrisé pour exécuter ponctuellement mes instructions?

—Ponctuellement, vous allez voir.

Et Gorenflot, passant une main sur son large visage, sembla en effacer les traces superficielles de l'ivresse; ses yeux devinrent calmes, bien qu on eût pu, avec de l'attention, les trouver hébétés; sa bouche n'articula plus que des paroles scandées avec modération, son geste devint sobre, tout en demeurant un peu tremblant.

Puis il se dirigea vers la porte avec solennité.

—Un moment, dit Chicot; quand il t'aura donné les papiers, serre-les bien dans une main et frappe de l'autre à la muraille.

—Et s'il me les refuse?

—Frappe encore.

—Alors, dans l'un et l'autre cas, je dois frapper?

—Oui.

—C'est bien.

Et Gorenflot sortit de la chambre, tandis que Chicot, en proie à une émotion indéfinissable, collait son oreille à la muraille, afin de percevoir jusqu'au moindre bruit.

Dix minutes après, le craquement du plancher lui annonça que Gorenflot entrait chez son voisin, et bientôt il le vit apparaître dans le cercle que son rayon visuel pouvait embrasser.

L'avocat se souleva dans son lit, et regarda s'approcher l'étrange apparition.

—Eh! bonjour, mon frère, dit Gorenflot s'arrêtant au milieu de la chambre et équilibrant ses larges épaules.

—Que venez-vous faire ici, mon père? murmura le malade d'une voix affaiblie.

—Mon fils, je suis un religieux indigne, j'apprends que vous êtes en danger, et je viens vous parler des intérêts de votre âme.

—Merci, dit le moribond; mais je crois votre soin inutile. Je vais un peu mieux.

Gorenflot secoua la tête.

—Vous le croyez? dit-il.

—J'en suis sûr.

—Ruse de Satan, qui voudrait vous voir mourir sans confession.

—Satan serait attrapé, dit le malade; je viens de me confesser à l'instant même.

—A qui?

—A un digne prêtre qui vient d'Avignon.

Gorenflot secoua la tête.

—Comment! ce n'est pas un prêtre?

—Non.

—Comment le savez-vous?

—Je le connais.

—Celui qui sort d'ici?

—Oui, dit Gorenflot avec un accent plein d'une telle conviction, que, si difficiles à démonter que soient en général les avocats, celui-ci se troubla.

—Or, comme vous n'allez pas mieux, dit Gorenflot, et comme cet homme n'était pas un prêtre, il faut vous confesser.

—Je ne demande pas mieux, dit l'avocat d'une voix un peu plus forte; mais je veux me confesser à qui me plaît.

—Vous n'avez pas le temps d'en envoyer chercher un autre, mon fils, et puisque me voilà….

—Comment! je n'aurai pas le temps! s'écria le malade avec une voix qui se développa de plus en plus; quand je vous dis que je vais mieux! quand je vous affirme que je suis sûr d'en réchapper!

Gorenflot secoua une troisième fois la tête.

—Et moi, dit-il avec le même flegme, je vous affirme à mon tour, mon fils, que je ne compte sur rien de bon à votre égard; vous êtes condamné par les médecins et aussi par la divine Providence; c'est cruel à vous dire, je le sais bien; mais enfin nous en arrivons tous là, soit un peu plus tôt, soit un peu plus tard; il y a la balance, la balance de la justice; et puis c'est consolant de mourir en cette vie, puisque l'on ressuscite dans l'autre. Pythagoras lui-même le disait, mon fils, et ce n'était qu'un païen. Allons, confessez-vous, mon cher enfant.

—Mais je vous assure, mon père, que je me sens déjà plus fort, et c'est probablement un effet de votre sainte présence.