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La dame de Monsoreau — Tome 2. cover

La dame de Monsoreau — Tome 2.

Chapter 16: CHAPITRE XII
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About This Book

The narrative blends brisk adventure, comic set pieces, and courtly intrigue: drunken and roguish episodes at inns alternate with journeys mounted on animals, private confessions, and abrupt skirmishes, while the royal court stages councils, secret visits, and maneuvering among powerful figures. Shifting loyalties and personal rivalries produce duels, diplomatic gambits, and startling revelations about a woman thought dead. The volume moves between intimate, often farcical scenes and formal political assemblies, maintaining a lively tempo that mixes satire, romance, and the exercise of influence.

Bussy attendit dans ce corridor que nous connaissons déjà, dans ce même corridor où la Mole, une nuit, avait failli être étranglé par Charles IX, Henri III, le duc d'Alençon et le duc de Guise, avec la cordelière de la reine mère. Ce corridor, ainsi que le palier auquel il correspondait, était pour le moment encombré de gentilshommes qui venaient faire leur cour au duc.

Bussy prit place avec eux, et chacun s'empressa de lui faire sa place, autant pour la considération dont il jouissait par lui-même que pour sa faveur près du duc d'Anjou. Le gentilhomme enferma toutes ses sensations en lui-même, et, sans rien laisser apercevoir de la terrible angoisse qu'il concentrait dans son coeur, il attendit le résultat de cette conférence où tout son bonheur à venir était en jeu.

La conversation ne pouvait manquer d'être animée: Bussy avait assez vu de M. de Monsoreau pour comprendre que celui-ci ne se laisserait pas détruire sans lutte. Mais, enfin, il ne s'agissait pour le duc d'Anjou que d'appuyer la main sur lui, et s'il ne pliait pas, eh bien, alors il romprait.

Tout à coup l'éclat bien connu de la voix du prince se fît entendre.
Cette voix semblait commander.

Bussy tressaillit de joie.

—Ah! dit-il, voilà le duc qui me tient parole. Mais à cet éclat il n'en succéda aucun autre, et, comme chacun se taisait en se regardant avec inquiétude, un profond silence régna bientôt parmi les courtisans.

Inquiet, troublé dans son rêve commencé, soumis maintenant au flux des espérances et au reflux de la crainte, Bussy sentit s'écouler minute par minute près d'un quart d'heure.

Tout à coup la porte de la chambre du duc s'ouvrit, et l'on entendit à travers les portières sortir de cette chambre des voix enjouées.

Bussy savait que le duc était seul avec le grand veneur, et que, si leur conversation avait suivi son cours ordinaire, elle ne devrait être rien moins que joyeuse en ce moment.

Cette placidité le fit frissonner.

Bientôt les voix se rapprochèrent, la portière se souleva. Monsoreau sortit à reculons et en saluant. Le duc le reconduisit jusqu'à la limite de sa chambre, en disant:

—Adieu! notre ami. C'est chose convenue.

—Notre ami, murmura Bussy, sangdieu! que signifie cela?

—Ainsi, monseigneur, dit Monsoreau toujours tourné vers le prince, c'est bien l'avis de Votre Altesse; le meilleur moyen à présent, c'est la publicité.

—Oui, oui, dit le duc, ce sont jeux d'enfants que tous ces mystères.

—Alors, dit le grand veneur, dès ce soir je la présenterai au roi.

—Marchez sans crainte, j'aurai tout préparé.

Le duc se pencha vers le grand veneur et lui dit quelques mots à l'oreille.

—C'est fait, monseigneur, répondit celui-ci.

Monsoreau salua une dernière fois le duc, qui, sans voir Bussy, caché qu'il était par les plis d'une portière à laquelle il se cramponnait pour ne pas tomber, examinait les assistants.

—Messieurs, dit Monsoreau se retournant vers les gentilshommes qui attendaient leur tour d'audience, et qui s'inclinaient déjà devant une faveur à l'éclat de laquelle semblait pâlir celle de Bussy; messieurs, permettez que je vous annonce une nouvelle: monseigneur me permet que je rende public mon mariage avec mademoiselle Diane de Méridor, ma femme depuis plus d'un mois, et que, sous ses auspices, je la présente ce soir à la cour.

Bussy chancela; quoique le coup ne fût déjà plus inattendu, il était si violent, qu'il pensa en être écrasé.

Ce fut alors qu'il avança la tête, et que le duc et lui, tous deux pâles de sentiments bien opposés, échangèrent un regard de mépris de la part de Bussy, de terreur de la part du duc d'Anjou.

Monsoreau traversa le groupe des gentilshommes, au milieu des compliments et des félicitations.

Quant à Bussy, il fit un mouvement pour aller au duc; mais celui-ci vit ce mouvement, et le prévint en laissant retomber la portière; en même temps, derrière la portière, la porte se referma, et l'on entendit le grincement de la clef dans la serrure.

Bussy sentit alors son sang affluer chaud et tumultueux à ses tempes et à son coeur. Sa main, rencontrant la dague pendue à son ceinturon, la tira machinalement à moitié du fourreau; car, chez cet homme, les passions prenaient un premier élan irrésistible; mais l'amour, qui l'avait poussé à cette violence, paralysa toute sa fougue; une douleur amère, profonde, lancinante, étouffa la colère: au lieu de se gonfler, le coeur éclata.

Dans ce paroxysme de deux passions qui luttaient ensemble, l'énergie du jeune homme succomba, comme tombent ensemble, pour s'être choquées au plus fort de leur ascension, deux vagues courroucées qui semblaient vouloir escalader le ciel.

Bussy comprit que, s'il restait là, il allait donner le spectacle de sa douleur insensée; il suivit le corridor, gagna l'escalier secret, descendit par une poterne dans la cour du Louvre, sauta sur son cheval et prit au galop le chemin de la rue Saint-Antoine.

Le baron et Diane attendaient la réponse promise par Bussy; ils virent le jeune homme apparaître, pâle, le visage bouleversé et les yeux sanglants.

—Madame, s'écria Bussy, méprisez-moi, haïssez-moi; je croyais être quelque chose dans ce monde, et je ne suis qu'un atome; je croyais pouvoir quelque chose, et je ne peux pas même m'arracher le coeur. Madame, vous êtes bien la femme de M. de Monsoreau, et sa femme légitime reconnue à cette heure, et qui doit être présentée ce soir. Mais je suis un pauvre fou, un misérable insensé, ou plutôt, ou plutôt, oui, comme vous le disiez, monsieur le baron, c'est M. le duc d'Anjou qui est un lâche et un infâme.

Et, laissant le père et la fille épouvantés, fou de douleur, ivre de rage, Bussy sortit de la chambre, se précipita par les montées, sauta sur son cheval, lui enfonça ses deux éperons dans le ventre, et, sans savoir où il allait, lâchant les rênes, ne s'occupant que d'étreindre son coeur grondant sous sa main crispée, il partit, semant sur son passage le vertige et la terreur.

CHAPITRE X

CE QUI S'ÉTAIT PASSÉ ENTRE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU ET LE GRAND VENEUR.

Il est temps d'expliquer ce changement subit qui s'était opéré dans les façons du duc d'Anjou à l'égard de Bussy.

Le duc, lorsqu'il reçut M. de Monsoreau, après les exhortations de son gentilhomme, était monté sur le ton le plus favorable aux projets de ce dernier. Sa bile, facile à s'irriter, débordait d'un coeur ulcéré par les deux passions dominantes dans ce coeur: l'amour-propre du duc avait reçu sa blessure; la peur d'un éclat, dont menaçait Bussy, au nom de M. de Méridor, fouettait plus douloureusement encore la colère de François.

En effet, deux sentiments de cette nature produisent, en se combinant, d'épouvantables explosions, quand le coeur qui les renferme, pareil à ces bombes saturées de poudre, est assez solidement construit, assez hermétiquement clos pour que la compression double l'éclat.

M. d'Alençon reçut donc le grand veneur avec un de ces visages sévères qui faisaient trembler à la cour les plus intrépides, car on savait les ressources de François en matière de vengeance.

—Votre Altesse m'a mandé? dit Monsoreau fort calme et avec un regard aux tapisseries; car il devinait, cet homme habitué à manier l'âme du prince, tout le feu qui couvait sous ces froideurs apparentes, et l'on eût dit, pour transporter la figure de l'être vivant aux objets inanimés, qu'il demandait compte à l'appartement des projets au maître.

—Ne craignez rien, monsieur, dit le duc qui avait compris; il n'y a personne derrière ces tentures; nous pourrons causer librement et surtout franchement.

Monsoreau s'inclina.

—Car vous êtes un bon serviteur, monsieur le grand veneur de France, et vous avez de l'attachement pour ma personne?

—Je le crois, monseigneur.

—Moi, j'en suis sûr, monsieur, c'est vous qui, en mainte occasion, m'avez instruit des complots ourdis contre moi, vous qui avez aidé mes entreprises, oubliant souvent vos intérêts, exposant votre vie.

—Altesse!….

—Je le sais. Dernièrement encore, il faut que je vous le rappelle, car, en vérité, vous avez tant de délicatesse, que jamais chez vous aucune allusion, même indirecte, ne remet en évidence les services rendus. Dernièrement, pour cette malheureuse aventure….

—Quelle aventure, monseigneur?

—Cet enlèvement de mademoiselle de Méridor; pauvre jeune fille!

—Hélas! murmura Monsoreau de façon que la réponse ne fût pas sérieusement applicable au sens des paroles de François.

—Vous la plaignez, n'est-ce pas? dit ce dernier l'appelant sur un terrain sûr.

—Ne la plaindriez-vous pas, Altesse?

—Moi! oh! vous savez si j'ai regretté ce funeste caprice! Et tenez, il a fallu toute l'amitié que j'ai pour vous, toute l'habitude que j'ai de vos bons services, pour me faire oublier que sans vous je n'eusse pas enlevé la jeune fille.

Monsoreau sentit le coup.

—Voyons, se dit-il, seraient-ce simplement des remords? Monseigneur, répliqua-t-il, votre bonté naturelle vous conduit à exagérer: vous n'avez pas plus causé la mort de cette jeune fille, que moi-même….

—Comment cela?

—Certes, vous n'aviez pas l'intention de pousser la violence jusqu'à la mort de mademoiselle de Méridor?

—Oh! non.

—Alors l'intention vous absout, monseigneur; c'est un malheur, un malheur comme le hasard en cause tous les jours.

—-Et, d'ailleurs, ajouta le duc en plongeant son regard dans le coeur de Monsoreau, la mort a tout enveloppé dans son éternel silence….

Il y eut assez de vibration dans la voix du prince pour que Monsoreau levât les yeux aussitôt, et se dit:

—Ce ne sont pas des remords….

—Monseigneur, reprit-il, voulez-vous que je parle franc à Votre
Altesse?

—Pourquoi hésiteriez-vous? dit aussitôt le prince avec un étonnement mêlé de hauteur.

—En effet, dit Monsoreau, je ne sais pas pourquoi j'hésiterais.

—Qu'est-ce à dire?

—Oh! monseigneur, je veux dire qu'avec un prince aussi éminent par son intelligence et sa noblesse de coeur, la franchise doit entrer désormais comme un élément principal dans cette conversation.

—Désormais?… Que signifie?

—C'est que, au début, Votre Altesse n'a pas jugé à propos d'user avec moi de cette franchise.

—Vraiment! riposta le duc avec un éclat de rire qui décelait une furieuse colère.

—Écoutez-moi, monseigneur, dit humblement Monsoreau; je sais ce que
Votre Altesse voulait me dire.

—Parlez donc, alors.

—Votre Altesse voulait me faire entendre que peut-être mademoiselle de Méridor n'était pas morte, et qu'elle dispensait de remords ceux qui se croyaient ses meurtriers.

—Oh! quel temps vous avez mis, monsieur, à me faire faire cette réflexion consolante! Vous êtes un fidèle serviteur, sur ma parole! vous m'avez vu sombre, affligé; vous m'avez ouï parler des rêves funèbres que je faisais depuis la mort de cette femme, moi dont la sensibilité n'est pas banale, Dieu merci… et vous m'avez laissé vivre ainsi, lorsque, avec ce seul doute, vous pouviez m'épargner tant de souffrances!… Comment faut-il que j'appelle cette conduite, monsieur?….

Le duc prononça ces paroles avec tout l'éclat d'un courroux prêt à déborder.

—Monseigneur, répondit Monsoreau, on dirait que Votre Altesse dirige contre moi une accusation….

—Traître! s'écria tout à coup le duc en faisant un pas vers le grand veneur, je la dirige et je l'appuie… Tu m'as trompé! tu m'as pris cette femme que j'aimais.

Monsoreau pâlit affreusement, mais ne perdit rien de son attitude calme et presque fière.

—C'est vrai, dit-il.

—Ah! c'est vrai… l'impudent, le fourbe!

—Veuillez parler plus bas, monseigneur, dit Monsoreau toujours aussi calme. Votre Altesse oublie qu'elle parle à un gentilhomme, à un bon serviteur.

Le duc se mit à rire convulsivement.

—A un bon serviteur du roi! continua Monsoreau aussi impassible qu'avant cette terrible menace.

Le duc s'arrêta sur ce seul mot.

—Que voulez-vous dire? murmura-t-il.

—Je veux dire, reprit avec douceur et obséquiosité Monsoreau, que, si monseigneur voulait bien m'entendre, il comprendrait que j'aie pu prendre cette femme, puisque son Altesse voulait elle-même la prendre.

Le duc ne trouva rien à répondre, stupéfait de tant d'audace.

—Voici mon excuse, dit humblement le grand veneur; j'aimais ardemment mademoiselle de Méridor….

—Moi aussi! répondit François avec une inexprimable dignité.

—C'est vrai, monseigneur, vous êtes mon maître; mais mademoiselle de
Méridor ne vous aimait pas.

—Et elle t'aimait, toi?

—Peut-être, murmura Monsoreau.

—Tu mens! tu mens! tu l'as violentée comme je la violentais.
Seulement, moi, le maître, j'ai échoué; toi, le valet, tu as réussi.
C'est que je n'ai que la puissance, tandis que tu avais la trahison.

—Monseigneur, je l'aimais.

—Que m'importe, à moi?

—Monseigneur….

—Des menaces, serpent?

—Monseigneur! prenez garde! dit Monsoreau en baissant la tête comme le tigre qui médite son élan. Je l'aimais, vous dis-je, et je ne suis pas un de vos valets comme vous disiez tout à l'heure. Ma femme est à moi comme ma terre; nul ne peut me la prendre, pas même le roi. Or j'ai voulu avoir cette femme, et je l'ai prise.

—Vraiment! dit François en s'élançant vers le timbre d'argent placé sur la table, tu l'as prise, eh bien, tu la rendras.

—Vous vous trompez, monseigneur, s'écria Monsoreau en se précipitant vers la table pour empêcher le prince d'appeler. Arrêtez cette mauvaise pensée qui vous vient de me nuire; car, si vous appeliez une fois, si vous me faisiez une injure publique….

—Tu rendras cette femme, te dis-je.

—La rendre, comment?… Elle est ma femme, je l'ai épousée devant
Dieu.

Monsoreau comptait sur l'effet de cette parole, mais le prince ne quitta point son attitude irritée.

—Si elle est ta femme devant Dieu, dit-il, tu la rendras aux hommes!

—Il sait donc tout? murmura Monsoreau.

—Oui, je sais tout. Ce mariage, tu le rompras; je le romprai, fusses-tu cent fois engagé devant tous les dieux qui ont régné dans le ciel.

—Ah! monseigneur, vous blasphémez, dit Monsoreau.

—Demain, mademoiselle de Méridor sera rendue à son père; demain tu partiras pour l'exil que je vais t'imposer. Dans une heure, tu auras vendu ta charge de grand veneur: voilà mes conditions, sinon, prends garde, vassal, je te briserai comme je brise ce verre.

Et le prince, saisissant une coupe de cristal émaillée, présent de l'archiduc d'Autriche, la lança comme un furieux vers Monsoreau qui fut enveloppé de ses débris.

—Je ne rendrai pas la femme, je ne quitterai pas ma charge et je demeurerai en France, reprit Monsoreau en courant à François stupéfait.

—Pourquoi cela… maudit?

—Parce que je demanderai ma grâce au roi de France, au roi élu à l'abbaye de Sainte-Geneviève, et que ce nouveau souverain, si bon, si noble, si heureux de la faveur divine, toute récente encore, ne refusera pas d'écouter le premier suppliant qui lui présentera une requête.

Monsoreau avait accentué progressivement ces mots terribles; le feu de ses yeux passait peu à peu dans sa parole, qui devenait éclatante.

François pâlit à son tour, fît un pas en arrière, alla pousser la lourde tapisserie de la porte d'entrée, puis, saisissant Monsoreau par la main, il lui dit, en saccadant chaque mot comme s'il eût été au bout de ses forces:

—C'est bien… c'est bien…, comte, cette requête, présentez-la-moi plus bas… je vous écoute.

—Je parlerai humblement, dit Monsoreau redevenu tout à coup tranquille, humblement comme il convient au très-humble serviteur de Votre Altesse.

François fit lentement le tour de la vaste chambre, et, quand il fut à portée de regarder derrière les tapisseries, il y regarda chaque fois. Il semblait ne pouvoir croire que les paroles de Monsoreau n'eussent pas été entendues.

—Vous disiez? demanda-t-il.

—Je disais, monseigneur, qu'un fatal amour a tout fait. L'amour, noble seigneur, est la plus impérieuse des passions…. Pour me faire oublier que Votre Altesse avait jeté les yeux sur Diane, il fallait que je ne fusse plus maître de moi.

—Je vous le disais, comte, c'est une trahison.

—Ne m'accablez pas, monseigneur, voilà quelle est la pensée qui me vint. Je vous voyais riche, jeune, heureux; je vous voyais le premier prince du monde chrétien.

Le duc fit un mouvement.

—Car vous l'êtes… murmura Monsoreau à l'oreille du duc; entre ce rang suprême et vous, il n'y a plus qu'une ombre, facile à dissiper…. Je voyais toute la splendeur de votre avenir, et, comparant cette immense fortune au peu de chose que j'ambitionnais, ébloui de votre rayonnement futur qui m'empêchait presque de voir la pauvre petite fleur que je désirais, moi chétif, près de vous, mon maître, je me suis dit: Laissons le prince à ses rêves brillants, à ses projets splendides; là est son but; moi, je cherche le mien dans l'ombre…. A peine s'apercevra-t-il de ma retraite, à peine sentira-t-il glisser la chétive perle que je dérobe à son bandeau royal.

—Comte! comte! dit le duc, enivré malgré lui par la magie de cette peinture.

—Vous me pardonnez, n'est-ce pas, monseigneur?

A ce moment, le duc leva les yeux. Il vit au mur, tapissé de cuir doré, le portrait de Bussy, qu'il aimait à regarder parfois comme il avait jadis aimé à regarder le portrait de la Mole. Ce portrait avait l'oeil si fier, la mine si haute, il tenait son bras si superbement arrondi sur la hanche, que le duc se figura voir Bussy lui-même avec son oeil de feu, Bussy qui sortait de la muraille pour l'exciter à prendre courage.

—Non, dit-il, je ne puis vous pardonner: ce n'est pas pour moi que je tiens rigueur, Dieu m'en est témoin; c'est parce qu'un père en deuil, un père indignement abusé, réclame sa fille; c'est parce qu'une femme, forcée à vous épouser, crie vengeance contre vous; c'est parce que, en un mot, le premier devoir d'un prince est la justice.

—Monseigneur!

—C'est, vous dis-je, le premier devoir d'un prince, et je ferai justice….

—Si la justice, dit Monsoreau, est le premier devoir d'un prince, la reconnaissance est le premier devoir d'un roi.

—Que dites-vous?

—Je dis que jamais un roi ne doit oublier celui auquel il doit sa couronne…. Or, monseigneur….

—Eh bien?…

—Vous me devez la couronne, sire!

—Monsoreau! s'écria le duc avec une terreur plus grande encore qu'aux premières attaques du grand veneur. Monsoreau! reprit-il d'une voix basse et tremblante, êtes-vous donc alors un traître envers le roi comme vous fûtes un traître envers le prince?

—Je m'attache à qui me soutient, sire! continua Monsoreau d'une voix de plus en plus élevée.

—Malheureux!…

Et le duc regarda encore le portrait de Bussy.

—Je ne puis! dit-il… Vous êtes un loyal gentilhomme, Monsoreau, vous comprendrez que je ne puis approuver ce que vous avez fait.

—Pourquoi cela, monseigneur?

—Parce que c'est une action indigne de vous et de moi…. Renoncez à cette femme. Eh! mon cher comte… encore ce sacrifice; mon cher comte, je vous en dédommagerai par tout ce que vous me demanderez….

—Votre Altesse aime donc encore Diane de Méridor? fit Monsoreau pâle de jalousie.

—Non! non! je le jure, non!

—Eh bien, alors, qui peut arrêter Votre Altesse? Elle est ma femme; ne suis-je pas bon gentilhomme? quelqu'un peut-il s'immiscer ainsi dans les secrets de ma vie?

—Mais elle ne vous aime pas.

—Qu'importe?

—Faites cela pour moi, Monsoreau….

—Je ne le puis….

—Alors… dit le duc plongé dans la plus horrible perplexité… alors….

—Réfléchissez, sire!

Le duc essuya son front couvert de la sueur que ce titre prononcé par le comte venait d'y faire monter.

—Vous me dénonceriez?

—Au roi détrôné pour vous, oui, Votre Majesté; car, si mon nouveau prince me blessait dans mon honneur, dans mon bonheur, je retournerais à l'ancien.

—C'est infâme!

—C'est vrai, sire; mais j'aime assez pour être infâme.

—C'est lâche!

—Oui, Votre Majesté, mais j'aime assez pour être lâche.

Le duc fit un mouvement vers Monsoreau. Mais celui-ci l'arrêta d'un seul regard, d'un seul sourire.

—Vous ne gagneriez rien à me tuer, monseigneur, dit-il; il est des secrets qui surnagent avec les cadavres! Restons, vous un roi plein de clémence, moi le plus humble de vos sujets!

Le duc se brisait les doigts les uns contre les autres, il les déchirait avec les ongles.

—Allons, allons, mon bon seigneur, faites quelque chose pour l'homme qui vous a le mieux servi en toute chose.

François se leva.

—Que demandez-vous? dit-il.

—Que Votre Majesté….

—Malheureux! malheureux! tu veux donc que je le supplie?

—Oh! monseigneur!

Et Monsoreau s'inclina.

—Dites, murmura François.

—Monseigneur, vous me pardonnerez?

—Oui.

—Monseigneur, vous me réconcilierez avec M. de Méridor?

—Oui.

—Monseigneur, vous signerez mon contrat de mariage avec mademoiselle de Méridor?

—Oui, fit le duc d'une voix étouffée.

—Et vous honorerez ma femme d'un sourire, le jour où elle paraîtra en cérémonie au cercle de la reine, à qui je veux avoir l'honneur de la présenter?

—Oui, dit François; est-ce tout?

—Absolument tout, monseigneur.

—Allez, vous avez ma parole.

—Et vous, dit Monsoreau en s'approchant de l'oreille du duc, vous conserverez le trône où je vous ai fait monter! Adieu, sire.

Cette fois il le dit si bas, que l'harmonie de ce mot parut suave au prince.

—Il ne me reste plus, pensa Monsoreau, qu'à savoir comment le duc a été instruit.

CHAPITRE XI

COMMENT SE TINT LE CONSEIL DU ROI.

Le jour même, M. de Monsoreau avait, selon son désir manifesté au duc d'Anjou, présenté sa femme au cercle de la reine mère et à celui de la reine.

Henri, soucieux comme à son ordinaire, avait été se coucher, prévenu par M. de Morvilliers que le lendemain il faudrait tenir un grand conseil.

Henri ne fit pas même de questions au chancelier; il était tard, Sa Majesté avait envie de dormir. On prit l'heure la plus commode pour ne déranger ni le repos ni le sommeil du roi.

Ce digne magistrat connaissait parfaitement son maître, et savait qu'au contraire de Philippe de Macédoine le roi endormi ou à jeun n'écouterait pas avec une lucidité suffisante les communications qu'il avait à lui faire.

Il savait aussi que Henri, dont les insomnies étaient fréquentes,—c'est l'apanage de l'homme qui doit veiller sur le sommeil d'autrui de ne pas dormir lui-même,—songerait au milieu de la nuit à l'audience demandée, et la donnerait avec une curiosité aiguillonnée selon la gravité de la circonstance.

Tout se passa comme M. de Morvilliers l'avait prévu.

Après un premier sommeil de trois ou quatre heures, Henri se réveilla; la demande du chancelier lui revint en tête, il s'assit sur son lit, se mit à penser, et, las de penser tout seul, il se laissa glisser le long de ses matelas, passa ses caleçons de soie, chaussa ses pantoufles, et, sans rien changer à sa toilette de nuit, qui le rendait pareil à un fantôme, il s'achemina, à la lueur de sa lampe, qui, depuis que le souffle de l'Éternel était passé dans l'Anjou avec Saint-Luc, ne s'éteignait plus; il s'achemina, disons-nous, vers la chambre de Chicot, la même où s'étaient si heureusement célébrées les noces de mademoiselle de Brissac.

Le Gascon dormait à plein sommeil et ronflait comme une forge.

Henri le tira trois fois par le bras sans parvenir à le réveiller.

A la troisième fois cependant, le roi ayant accompagné le geste de la voix et appelé Chicot à tue-tête, le Gascon ouvrit un oeil.

—Chicot! répéta le roi.

—Qu'y a-t-il encore? demanda Chicot.

—Eh! mon ami, dit Henri, comment peux-tu dormir ainsi quand ton roi veille?

—Ah! mon Dieu! s'écria Chicot, feignant de ne pas reconnaître le roi, est-ce que Sa Majesté a pris une indigestion?

—Chicot, mon ami, dit Henri, c'est moi!

—Qui, toi?

—Moi, Henri.

—Décidément, mon fils, ce sont les bécassines qui t'étouffent. Je t'avais cependant prévenu; tu en as trop mangé hier soir, comme aussi de ces bisques aux écrevisses.

—Non, dit Henri, car à peine y ai-je goûté.

—Alors, dit Chicot, c'est qu'on t'a empoisonné. Ventre de biche! que tu es pâle! Henri.

—C'est mon masque de toile, mon ami, dit le roi.

—Tu n'es donc pas malade?

—Non.

—Alors pourquoi me réveilles-tu?

—Parce que le chagrin me persécute.

—Tu as du chagrin?

—Beaucoup.

—Tant mieux.

—Comment, tant mieux?

—Oui, le chagrin fait réfléchir; et tu réfléchiras qu'on ne réveille un honnête homme à deux heures du matin que pour lui faire un cadeau. Que m'apportes-tu, voyons?

—Rien, Chicot; je viens causer avec toi.

—Ce n'est point assez.

—Chicot, M. de Morvilliers est venu hier soir à la cour.

—Tu reçois bien mauvaise compagnie, Henri; et que venait-il faire?

—Il venait me demander audience.

—Ah! voilà un homme qui sait vivre; ce n'est pas comme toi, qui entres dans la chambre des gens à deux heures du matin sans dire gare.

—Que pouvait-il avoir à me dire, Chicot?

—Comment! malheureux, s'écria le Gascon, c'est pour me demander cela que tu me réveilles?

—Chicot, mon ami, tu sais que M. de Morvilliers s'occupe de ma police.

—Non, ma foi, dit Chicot, je ne le savais pas.

—Chicot, dit le roi, je trouve, au contraire, moi, que M. de
Morvilliers est toujours très-bien renseigné.

—Et quand je pense, dit le Gascon, que je pourrais dormir au lieu d'entendre de pareilles sornettes!

—Tu doutes de la surveillance du chancelier? demanda Henri.

—Oui, corbeuf, j'en doute, dit Chicot, et j'ai mes raisons.

—Lesquelles?

—Si je t'en donne une seule, cela te suffira-t-il?

—Oui, si elle est bonne.

—Et tu me laisseras tranquille après?

—Certainement.

—Eh bien, un jour, non, c'était un soir.

—Peu importe!

—Au contraire, cela importe beaucoup. Eh bien, un soir je t'ai battu dans la rue Froidmantel; tu avais avec toi Quélus et Schomberg….

—Tu m'as battu?

—Oui, bâtonné, bâtonné, tous trois.

—A quel propos?

—Vous aviez insulté mon page, vous avez reçu les coups, et M. de
Morvilliers ne vous en a rien dit.

—Comment! s'écria Henri, c'était toi, scélérat? c'était toi, sacrilège?

—Moi-même, dit Chicot en se frottant les mains; n'est-ce pas, mon fils, que je frappe bien quand je frappe?

—Misérable!

—Tu avoues donc que c'est la vérité?

—Je te ferai fouetter, Chicot.

—Il ne s'agit pas de cela: est-ce vrai, oui ou non? voilà tout ce que je te demande.

—Tu sais bien que c'est vrai, malheureux!

—As-tu fait venir le lendemain M. de Morvilliers?

—Oui, puisque tu étais là quand il est venu.

—Lui as-tu raconté le fâcheux accident qui était arrivé la veille à un gentilhomme de tes amis?

—Oui.

—Lui as-tu ordonné de retrouver le coupable?

—Oui.

—Te l'a-t-il retrouvé?

—Non.

—Eh bien, va donc te coucher, Henri: tu, vois que ta police est mal faite.

Et, se retournant vers le mur, sans vouloir répondre davantage, Chicot se remit à ronfler avec un bruit de grosse artillerie qui ôta au roi toute espérance de le tirer de ce second sommeil.

Henri rentra en soupirant dans sa chambre, et, à défaut d'autre interlocuteur, se mit à déplorer, avec son lévrier Narcisse, le malheur qu'ont les rois de ne jamais connaître la vérité qu'à leurs dépens.

Le lendemain le conseil s'assembla. Il variait selon les changeantes amitiés du roi. Cette fois il se composait de Quélus, de Maugiron, de d'Épernon et de Schomberg, en faveur tous quatre depuis plus de six mois.

Chicot, assis au haut bout de la table, taillait des bateaux en papier, et les alignait méthodiquement, pour faire, disait-il, une flotte à Sa Majesté très-chrétienne, à l'instar de la flotte du roi très-catholique.

On annonça M. de Morvilliers.

L'homme d'État avait pris son plus sombre costume et son air le plus lugubre. Après un salut profond, qui lui fut rendu par Chicot, il s'approcha du roi:

—Je suis, dit-il, devant le conseil de Votre Majesté?

—Oui, devant mes meilleurs amis. Parlez.

—Eh bien, sire, je prends assurance et j'en ai besoin. Il s'agit de dénoncer un complot bien terrible à Votre Majesté.

—Un complot! s'écrièrent tous les assistants.

Chicot dressa l'oreille et suspendit la fabrication d'une superbe galiote à deux têtes, dont il voulait faire la barque amirale de la flotte.

—Un complot, oui, Majesté, dit M. de Morvilliers, baissant la voix avec ce mystère qui présage les terribles confidences.

—Oh! oh! fit le roi. Voyons, est-ce un complot espagnol?

A ce moment M. le duc d'Anjou, mandé au conseil, entra dans la salle, dont les portes se refermèrent aussitôt.

—Vous entendez, mon frère, dit Henri après le cérémonial. M. de
Morvilliers nous dénonce un complot contre la sûreté de l'État.

Le duc jeta lentement sur les gentilshommes présents ce regard si clair et si défiant que nous lui connaissons.

—Est-il bien possible?… murmura-t-il.

—Hélas! oui, monseigneur, dit M. de Morvilliers, un complot menaçant.

—Contez-nous cela, répliqua Chicot en mettant sa galiote terminée dans le bassin de cristal placé sur la table.

—Oui, balbutia le duc d'Anjou, contez-nous cela, monsieur le chancelier.

—J'écoute, dit Henri.

Le chancelier prit sa voix la plus voilée, sa pose la plus courbée, son regard le plus affairé.

—Sire, dit-il, depuis très-longtemps je veillais sur les menées de quelques mécontents….

—Oh! fit Chicot… quelques?… Vous êtes bien modeste, monsieur de
Morvilliers!…

—C'étaient, continua le chancelier, des hommes sans aveu, des boutiquiers, des gens de métiers ou de petits clercs de robe… il y avait de ci, de là, des moines et des écoliers.

—Ce ne sont pas là de bien grands princes, dit Chicot avec une parfaite tranquillité, et en recommençant un nouveau vaisseau à deux pointes.

Le duc d'Anjou sourit forcément.

—Vous allez voir, sire, dit le chancelier; je savais que les mécontents profitent toujours de deux occasions principales, la guerre ou la religion….

—C'est fort sensé, dit Henri. Après?

Le chancelier, heureux de cet éloge, poursuivit:

—Dans l'armée, j'avais des officiers dévoués à Votre Majesté qui m'informaient de tout; dans la religion, c'est plus difficile. Alors j'ai mis des hommes en campagne.

—Toujours fort sensé, dit Chicot.

Et enfin, continua Morvilliers, je réussis à faire décider par mes agents un homme de la prévôté de Paris.

—A quoi faire? dit le roi.

—A espionner les prédicateurs qui vont excitant le peuple contre
Votre Majesté.

—Oh! oh! pensa Chicot, mon ami serait-il connu?

—Ces gens reçoivent les inspirations, non pas de Dieu, sire, mais d'un parti fort hostile à la couronne. Ce parti, je l'ai étudié.

—Fort bien, dit le roi.

—Très-sensé, dit Chicot.

—Et j'en connais les espérances, ajouta triomphalement Morvilliers.

—C'est superbe! s'écria Chicot.

Le roi fit signe au Gascon de se taire.

Le duc d'Anjou ne perdit pas de vue l'orateur.

—Pendant plus de deux mois, dit le chancelier, j'entretins aux gages de Votre Majesté des hommes de beaucoup d'adresse, d'un courage à toute épreuve, d'une avidité insatiable, c'est vrai, mais que j'avais soin de faire tourner au profit du roi; car, tout en les payant magnifiquement, j'y gagnais encore. J'appris d'eux que, moyennant le sacrifice d'une forte somme d'argent, je connaîtrais le premier rendez-vous des conspirateurs.

—Voilà qui est bon, dit Chicot, paye, mon roi, paye!

—Eh! qu'à cela ne tienne, s'écria Henri, voyons… chancelier, le but de ce complot, l'espérance des conspirateurs?…

—Sire! il ne s'agit de rien moins que d'une seconde Saint-Barthélemy.

—Contre qui?

—Contre les huguenots. Les assistants se regardèrent surpris.

—Combien cela vous a-t-il coûté, à peu près? demanda Chicot.

—Soixante-quinze mille livres d'une part, cent mille de l'autre.

Chicot se retourna vers le roi.

—Si tu veux, pour mille écus, je te dis le secret de M. de
Morvilliers, s'écria le Gascon.

Celui-ci fit un geste de surprise; le duc d'Anjou fit meilleur visage qu'on n'eût pu s'y attendre.

—Dis, répliqua le roi.

—C'est la Ligue pure et simple, fit Chicot, la Ligue commencée depuis dix ans. M. de Morvilliers a découvert ce que tout bourgeois parisien sait comme son pater.

—Monsieur… interrompit le chancelier.

—Je dis la vérité… et je le prouverai, s'écria Chicot d'un ton d'avocat.

—Dites-moi le lieu de la réunion des ligueurs, alors.

—Très-volontiers, 1° la place publique; 2° la place publique; 3° les places publiques.

—Monsieur Chicot veut rire, dit en grimaçant le chancelier, et leur signe de ralliement?

—Ils sont habillés en parisiens et remuent les jambes lorsqu'ils marchent, répondit gravement Chicot.

Un éclat de rire général accueillit cette explication. M. de Morvilliers crut qu'il serait de bon goût de céder à l'entraînement, et il rit avec les autres. Mais, redevenant sombre:

—Enfin, dit-il, mon espion a assisté à l'une de leurs séances, et cela dans un lieu que M. Chicot ne connaît pas.

Le duc d'Anjou pâlit.

—Où cela? dit le roi.

—A l'abbaye Sainte-Geneviève!

Chicot laissa tomber une poule en papier qu'il embarquait dans la barque amirale.

—L'abbaye Sainte-Geneviève! dit le roi.

—C'est impossible, murmura le duc.

—Cela est, dit Morvilliers, satisfait de l'effet produit et regardant avec triomphe toute l'assemblée.

—Et qu'ont-ils fait, monsieur le chancelier? qu'ont-ils décidé? demanda le roi.

—Que les ligueurs se nommeraient des chefs, que chaque enrôlé s'armerait, que chaque province recevrait un envoyé de la métropole insurrectionnelle, que tous les huguenots chéris de Sa Majesté, ce sont leurs expressions….

Le roi sourit.

—Seraient massacrés à un jour désigné.

—Voilà tout? demanda Henri.

—Peste! dit Chicot, on voit que tu es catholique.

—Est-ce bien tout? dit le duc.

—Non, monseigneur….

—Peste! je crois bien que ce n'est pas tout. Si nous n'avions que cela pour cent soixante-quinze mille livres, le roi serait volé.

—Parlez, chancelier, dit le roi.

—Il y a des chefs….

Chicot vit s'agiter sur le coeur du duc son pourpoint, que soulevaient les battements.

—Tiens, tiens, tiens, dit-il, un complot qui a des chefs; c'est étonnant. Cependant il nous faut encore quelque chose pour nos cent soixante-quinze mille livres.

—Ces chefs… leurs noms? demanda le roi; comment s'appellent ces chefs?

—D'abord, un prédicateur, un fanatique, un énergumène, dont j'ai acheté le nom dix mille livres.

—Et vous avez bien fait.

—Le frère génovéfain Gorenflot!

—Pauvre diable! fit Chicot avec une commisération véritable. Il était dit que cette aventure ne lui réussirait pas!

—Gorenflot! dit le roi en écrivant ce nom; bien… après….

—Après… dit le chancelier avec hésitation, mais, sire, c'est tout….

Et Morvilliers promena encore sur l'assemblée son regard inquisiteur et mystérieux, qui semblait dire: Si Votre Majesté était seule, elle en saurait bien davantage.

—Dites, chancelier, je n'ai que des amis ici… dites.

—Oh! sire, celui que j'hésite à nommer a aussi des amis bien puissants….

—Près de moi?

—Partout.

—Sont-ils plus puissants que moi? s'écria Henri pâle de colère et d'inquiétude.

—Sire, un secret ne se dit pas à haute voix. Excusez-moi, je suis homme d'État.

—C'est juste.

—C'est fort sensé! dit Chicot, mais nous sommes tous hommes d'État.

—Monsieur, dit le duc d'Anjou, nous allons présenter au roi nos très-humbles respects, si la communication ne peut être faite en notre présence.

M. de Morvilliers hésitait. Chicot guettait jusqu'au moindre geste, craignant que le chancelier, tout naïf qu'il semblait être, n'eût réussi à découvrir quelque chose de moins simple que ses premières révélations.

Le roi fit signe au chancelier de s'approcher, au duc d'Anjou de demeurer en place, à Chicot de faire silence, aux trois favoris de détourner leur attention.

Aussitôt M. de Morvilliers se pencha vers l'oreille de Sa Majesté; mais il n'avait pas fait la moitié du mouvement compassé selon toutes les règles de l'étiquette, qu'une immense clameur retentit dans la cour du Louvre. Le roi se redressa subitement; MM. de Quélus et d'Épernon se précipitèrent vers la fenêtre; M. d'Anjou porta la main à son épée, comme si tout ce bruit menaçant eût été dirigé contre lui.

Chicot, se haussant sur les pieds, voyait dans la cour et dans la chambre.

—Tiens! M. de Guise, s'écria-t-il le premier, M. de Guise qui entre au Louvre!

Le roi fit un mouvement.

—C'est vrai, dirent les gentilshommes.

—Le duc de Guise? balbutia M. d'Anjou.

—Voilà qui est bizarre… n'est-ce pas? que M. le duc de Guise soit à Paris, dit lentement le roi, qui venait de lire dans le regard presque hébété de M. de Morvilliers le nom que ce dernier voulait lui dire à l'oreille.

—Est-ce que la communication que vous vouliez me faire avait trait à mon cousin de Guise? demanda-t-il à voix basse au magistrat.

—Oui, sire, c'est lui qui présidait la séance, répondit le chancelier sur le même ton.

—Et les autres?….

—Je n'en connais pas d'autres….

Henri consulta Chicot d'un coup d'oeil.

—Ventre de biche! s'écria le Gascon en se posant royalement; faites entrer mon cousin de de Guise!

Et, se penchant vers Henri:

—En voilà un, lui dit-il à l'oreille, dont tu connais assez le nom, à ce que je crois, pour n'avoir pas besoin de l'inscrire sur tes tablettes.

Les huissiers ouvrirent la porte avec fracas.

—Un seul battant, messieurs, dit Henri, un seul! les deux sont pour le roi!

Le duc de Guise était assez avant dans la galerie pour entendre ces paroles; mais cela ne changea rien au sourire avec lequel il avait résolu d'aborder le roi.

CHAPITRE XII

CE QUE VENAIT FAIRE M. DE GUISE AU LOUVRE.

Derrière M. de Guise venaient en grand nombre des officiers, des courtisans, des gentilshommes; derrière cette brillante escorte venait le peuple, escorte moins brillante, mais plus sûre et surtout plus redoutable. Seulement les gentilshommes étaient entrés au palais et le peuple était resté à la porte.

C'était des rangs de ce peuple que les cris partaient encore au moment même où le duc de Guise, qu'il avait perdu de vue, pénétrait dans la galerie.

A la vue de cette espèce d'armée qui faisait cortège au héros parisien chaque fois qu'il apparaissait dans les rues, les gardes avaient pris les armes, et, rangés derrière leur brave colonel, lançaient au peuple des regards menaçants, au triomphateur des provocations muettes.

Guise avait remarqué l'attitude de ces soldats que commandait Grillon; il adressa un petit salut plein de grâce au colonel, qui, l'épée au poing, se tenait à quatre pas en avant de ses hommes, et qui demeura roide et impassible dans sa dédaigneuse immobilité.

Cette révolte d'un homme et d'un régiment contre son pouvoir si généralement établi frappa le duc. Son front devint un instant soucieux; mais, à mesure qu'il s'approchait du roi, son front s'éclaircit: si bien que, comme nous l'avons vu arriver au cabinet de Henri III, il y entra en souriant.

—Ah! c'est vous, mon cousin, dit le roi, comme vous menez grand bruit! Est-ce que les trompettes ne sonnent pas? Il m'avait semblé les entendre.

—Sire, répondit le duc, les trompettes ne sonnent à Paris que pour le roi, en campagne que pour le général, et je suis trop familier à la fois avec la cour et avec les champs de bataille pour m'y tromper. Ici les trompettes feraient trop de bruit pour un sujet; là-bas elles n'en feraient point assez pour un prince.

Henri se mordit les lèvres.

—Par la mordieu! dit-il après un silence employé à dévorer des yeux le prince lorrain, vous êtes bien reluisant, mon cousin? est-ce que vous arrivez du siège de la Charité d'aujourd'hui seulement?

—D'aujourd'hui seulement, oui, sire, répondit le duc avec une légère rougeur.

—Ma foi, c'est beaucoup d'honneur pour nous, mon cousin, que votre visite, beaucoup d'honneur, beaucoup d'honneur.

Henri III répétait les mots quand il avait trop d'idées à cacher, comme on épaissit les rangs des soldats devant une batterie de canons qui ne doit être démasquée qu'à un certain moment.

—Beaucoup d'honneur, répéta Chicot avec une intonation si exacte, qu'on eût pu croire que ces deux mots venaient encore du roi.

—Sire, dit le duc, Votre Majesté veut railler sans doute: comment ma visite pourrait-elle honorer celui de qui vient tout honneur?

—Je veux dire, monsieur de Guise, répliqua Henri, que tout bon catholique a l'habitude, au retour de la campagne, d'aller voir Dieu d'abord, dans quelqu'un de ses temples; le roi ne vient qu'après Dieu. Honorez Dieu, servez le roi: vous savez, mon cousin, c'est un axiome moitié religieux, moitié politique.

La rougeur du duc de Guise fut cette fois plus distincte; le roi, qui avait parlé en regardant le duc bien en face, vit cette rougeur, et, son regard, comme guidé par un mouvement instinctif, étant passé du duc de Guise au duc d'Anjou, il vit avec étonnement que son bon frère était aussi pâle que son beau cousin était rouge.

Cette émotion, se traduisant de deux façons si opposées, le frappa. Il détourna les yeux avec affectation, et prit un air affable, velours sous lequel personne mieux que Henri III ne savait cacher ses griffes royales.

—En tout cas, duc, dit-il, rien n'égale ma joie de vous voir échappé à toutes ces mauvaises chances de la guerre, quoique vous cherchiez le danger, dit-on, d'une façon téméraire. Mais le danger vous connaît, mon cousin, il vous fuit.

Le duc s'inclina devant le compliment.

—Aussi je vous dirai, mon cousin, ne soyez pas si ambitieux de périls mortels; car ce serait en vérité bien dur pour des fainéants comme nous, qui dormons, qui mangeons, qui chassons, et qui, pour toutes conquêtes, inventons de nouvelles modes et de nouvelles prières….

—Oui, sire, dit le duc, se rattachant à ce dernier mot. Nous savons que vous êtes un prince éclairé et pieux, et qu'aucun plaisir ne peut vous faire perdre de vue la gloire de Dieu et les intérêts de l'Église. C'est pourquoi nous sommes venus avec tant de confiance vers Votre Majesté.

—Regarde donc la confiance de ton cousin, Henri, dit Chicot en montrant au roi les gentilshommes qui, par respect, se tenaient hors de l'appartement, il en a laissé un tiers à la porte de ton cabinet et les deux autres tiers à celle du Louvre.

—Avec confiance? répéta Henri; ne venez-vous point toujours avec confiance près de moi, mon cousin?

—Sire, je m'entends; cette confiance dont je parle a rapport à la proposition que je compte vous faire.

—Ah! ah! vous avez à me proposer quelque chose, mon cousin? Alors parlez avec confiance, comme vous dites, avec toute confiance. Qu'avez-vous à nous proposer?

—L'exécution d'une des plus belles idées qui aient encore ému le monde chrétien depuis que les croisades sont devenues impossibles.

—Parlez, duc.

—Sire, continua le duc, mais cette fois en haussant la voix de manière à être entendu de l'antichambre, sire, ce n'est pas un vain titre que celui de roi très-chrétien, il oblige à un zèle ardent pour la défense de la religion. Le fils aîné de l'Église, et c'est votre titre, sire, doit être toujours prêt à défendre sa mère.

—Tiens, dit Chicot, mon cousin qui prêche avec une grande rapière au côté et une salade en tête; c'est drôle! ça ne m'étonne plus que les moines veuillent faire la guerre; Henri, je te demande un régiment pour Gorenflot.

Le duc feignit de ne pas entendre; Henri croisa ses jambes l'une sur l'autre, posa son coude sur son genou et emboîta son menton dans sa main.

—Est-ce que l'Église est menacée par les Sarrasins, mon cher duc? demanda-t-il, ou bien aspireriez-vous par hasard au titre de roi… de Jérusalem?

—Sire, reprit le duc, cette grande affluence de peuple qui me suivait en bénissant mon nom ne m'honorait de cet accueil, croyez-le bien, que pour payer l'ardeur de mon zèle à défendre la foi. J'ai déjà eu l'honneur de parler à Votre Majesté, avant son avénement au trône, d'un projet d'alliance entre tous les vrais catholiques.

—Oui, oui, dit Chicot; oui, je m'en souviens, moi, la Ligue, ventre de biche! Henri, la Ligue, par Saint-Barthélemy; la Ligue, mon roi; sur ma parole, tu es bien oublieux, mon fils, de ne point te souvenir d'une si triomphante idée.

Le duc se retourna au bruit de ces paroles, et laissa tomber un regard dédaigneux sur celui qui les avait prononcées, ne sachant pas combien ces paroles avaient de poids sur l'esprit du roi, surchargées qu'elles étaient des révélations toutes récentes de M. de Morvilliers.

Le duc d'Anjou en fut ému, lui, et appuyant un doigt sur ses lèvres, il regarda fixement le duc de Guise, pâle et immobile comme la statue de la Circonspection.

Cette fois le roi ne s'apercevait point du signe d'intelligence qui reliait entre eux les intérêts des deux princes; mais Chicot, s'approchant de son oreille, sous prétexte de planter une de ses deux poules dans les chaînettes en rubis de sa toque, lui dit tout bas:

—Vois ton frère, Henri.

L'oeil de Henri se leva rapide; le doigt du duc s'abaissa presque aussi prompt; mais il était déjà trop tard. Henri avait vu le mouvement et deviné la recommandation.

—Sire, continua le duc de Guise, qui avait bien vu l'action de Chicot, mais qui n'avait pu entendre ses paroles, les catholiques ont, en effet, appelé cette association la sainte Ligue, et elle a pour but principal de fortifier le trône contre les huguenots, ses ennemis mortels.

—Bien dit! s'écria Chicot. J'approuve pedibus et nutu.

—Mais, continua le duc, c'est peu de s'associer, sire, c'est peu de former une masse, si compacte qu'elle soit, il faut lui imprimer une direction. Or, dans un royaume comme la France, plusieurs millions d'hommes ne se rassemblent pas sans l'aveu du roi.

—Plusieurs millions d'hommes! fit Henri n'essayant aucun effort pour dissimuler une surprise qu'on eût pu, avec raison, interpréter comme de la frayeur.

—Plusieurs millions d'hommes, répéta Chicot, léger noyau des mécontents, et qui, s'il est planté, comme je n'en doute point, par des mains habiles, fera pousser de jolis fruits.

Pour cette fois, la patience du duc parut être à bout; il serra ses lèvres dédaigneuses, et, pressant la terre d'un pied dont il n'osait point la frapper:

—Je m'étonne, sire, dit-il, que Votre Majesté souffre qu'on m'interrompe si souvent quand j'ai l'honneur de lui parler de matières si graves.

Chicot, à cette démonstration, dont il parut sentir toute la justesse, tourna autour de lui des yeux furibonds, et, imitant la voix glapissante de l'huissier du Parlement:

—Silence, donc! s'écria-t-il, ou, ventre de biche! on aura affaire à moi.

—Plusieurs millions d'hommes! reprit le roi, qui avait peine à avaler le chiffre, c'est flatteur pour la religion catholique; mais, en face de ces plusieurs millions d'associés, combien y a-t-il donc de protestants dans mon royaume?

Le duc parut chercher.

—Quatre, dit Chicot.

Cette nouvelle saillie fit éclater de rire les amis du roi, tandis que Guise fronçait le sourcil et que les gentilshommes de l'antichambre murmuraient hautement contre l'audace du Gascon.

Le roi se tourna lentement vers la porte d'où venaient ces murmures, et, comme, lorsqu'il le voulait, Henri avait un regard plein de dignité, les murmures cessèrent.

Puis, ramenant ce même regard sur le duc, sans rien changer à son expression:

—Voyons, monsieur, dit-il, que demandez-vous?… Au but… au but….

—Je demande, sire, car la popularité de mon roi m'est plus chère encore peut-être que la mienne, je demande que Votre Majesté montre clairement qu'elle nous est aussi supérieure dans son zèle pour la religion catholique que pour toutes les autres choses, et qu'elle ôte ainsi tout prétexte aux mécontents de recommencer les guerres.

—Ah! s'il ne s'agit que de guerre, mon cousin, dit Henri, j'ai des troupes, et rien que sous vos ordres vous tenez, je crois, dans le camp que vous venez de quitter pour me donner ces excellents conseils, près de vingt-cinq mille hommes.

—Sire, quand je parle de guerre, j'aurais dû peut-être m'expliquer.

—Expliquez-vous, mon cousin; vous êtes un grand capitaine, et j'aurai, vous n'en doutez pas, plaisir à vous entendre discourir sur de pareilles matières.

—Sire, je voulais dire que, par le temps qui court, les rois sont appelés à soutenir deux guerres, la guerre morale, si je puis m'exprimer ainsi, et la guerre politique, la guerre contre les idées et la guerre contre les hommes.

—Mordieu! dit Chicot, comme c'est puissamment exposé!

—Silence! fou, dit le roi.

—Les hommes, continua le duc, les hommes sont visibles, palpables, mortels; on les joint, on les attaque, on les bat; et, quand on les a battus, on leur fait leur procès et on les pend, ou mieux encore.

—Oui, dit Chicot, on les pend sans leur faire leur procès; c'est plus court et plus royal.

—Mais les idées, continua le duc, on ne les rencontre point ainsi. Sire, elles se glissent invisibles et pénétrantes; elles se cachent surtout aux yeux de ceux-là qui veulent les détruire; abritées au fond des âmes, elles y projettent de profondes racines; et plus on coupe les rameaux imprudents qui sortent au dehors, plus les racines intérieures deviennent puissantes et inextirpables. Une idée, sire, c'est un nain géant qu'il faut surveiller nuit et jour; car l'idée qui rampait hier à vos pieds demain dominera votre tête. Une idée, sire, c'est l'étincelle qui tombe sur le chaume, il faut de bons yeux en plein jour pour deviner les commencements de l'incendie, et voilà pourquoi, sire, des millions de surveillants sont nécessaires.

—Voilà les quatre huguenots de France à tous les diables, s'écria
Chicot; ventre de biche! je les plains.

—Et c'était pour veiller à cette surveillance, continua le duc, que je proposais à Votre Majesté de nommer un chef à cette sainte union.

—Vous avez parlé, mon cousin? demanda Henri au duc.

—Oui, sire, et sans détour, comme a pu le voir Votre Majesté.

Chicot poussa un soupir effrayant, tandis que le duc d'Anjou, remis de sa frayeur première, souriait au prince lorrain.

—Eh bien! dit le roi à ceux qui l'entouraient, que pensez-vous de cela, messieurs?

Chicot, sans rien répondre, prit son chapeau et ses gants; puis, empoignant une peau de lion par la queue, il la traîna dans un coin de l'appartement, et se coucha dessus.

—Que faites-vous, Chicot? demanda le roi.

—Sire, dit Chicot, la nuit, prétend-on, est bonne conseillère.
Pourquoi prétend-on cela? parce que la nuit on dort. Je vais dormir,
sire; et demain, à tête reposée, je rendrai réponse à mon cousin de
Guise.

Et il s'allongea jusqu'aux ongles de l'animal.

Le duc lança au Gascon un furieux regard, auquel en rouvrant un oeil celui-ci répondit par un ronflement pareil au bruit du tonnerre.

—Eh bien, sire, demanda le duc, que pense Votre Majesté?

—Je pense que, comme toujours, vous avez, raison, mon cousin; convoquez donc vos principaux ligueurs, venez à leur tête, et je choisirai l'homme qu'il faut à la religion.

—Et quand cela, sire? demanda le duc.

—Demain.

Et, en prononçant ce dernier mot, il divisa habilement son sourire. Le duc de Guise en eut la première partie, le duc d'Anjou la seconde.

Ce dernier allait se retirer avec la cour, mais, au premier pas qu'il fit dans cette intention:

—Restez, mon frère, dit Henri, j'ai à vous parler.

Le duc de Guise appuya un instant sa main sur son front comme pour y comprimer un monde de pensées, et partit avec toute sa suite, qui se perdit sous les voûtes.

Un instant après on entendit les cris de la foule qui saluait sa sortie du Louvre, comme elle avait salué son entrée.

Chicot ronflait toujours, mais nous n'oserions pas répondre qu'il dormait.