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La dame de Monsoreau — Tome 3. cover

La dame de Monsoreau — Tome 3.

Chapter 15: CHAPITRE X
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About This Book

The narrative follows court intrigue and jealous passions as a suspicious noble discovers clandestine meetings and pursues rivals across gardens and estates. A prince's flight unsettles the king and reshapes alliances among courtiers and the queen mother, while a grateful retainer undertakes a risky commission that reveals plots. Public rites and processions alternate with secret watches and ambushes, and the action escalates through betrayals, an assassination, and a fierce duel, leaving lasting consequences for the lovers and the nobles whose honor and ambitions collide.

CHAPITRE VIII

LES PETITES CAUSES ET LES GRANDS EFFETS.

Catherine avait eu, dans cette première partie de l'entretien, un désavantage visible. Ce genre d'échecs était si peu prévu, et surtout si inaccoutumé, qu'elle se demandait si son fils était aussi décidé dans ses refus qu'il le paraissait, quand un tout petit événement changea tout à coup la face des choses.

On a vu des batailles aux trois quarts perdues être gagnées par un changement de vent, et vice versa; Marengo et Waterloo en sont un double exemple. Un grain de sable change l'allure des plus puissantes machines.

Bussy était, comme nous l'avons vu, dans un couloir secret, aboutissant à l'alcôve de M. le duc d'Anjou, placé de façon à n'être vu que du prince; de sa cachette, il passait la tête par une fente de la tapisserie aux moments qu'il croyait les plus dangereux pour sa cause.

Sa cause, comme on le comprend, était la guerre à tout prix: il fallait se maintenir en Anjou tant que Monsoreau y serait, surveiller ainsi le mari et visiter la femme.

Cette politique, extrêmement simple, compliquait cependant au plus haut degré toute la politique de France; aux grands effets les petites causes.

Voilà pourquoi, avec force clins d'yeux, avec des mines furibondes, avec des gestes de tranche-montagne, avec des jeux de sourcils effrayants enfin, Bussy poussait son maître à la férocité. Le duc, qui avait peur de Bussy, se laissait pousser, et on l'a vu effectivement on ne peut plus féroce.

Catherine était donc battue sur tous les points et ne songeait plus qu'à faire, une retraite honorable, lorsqu'un petit événement, presque aussi inattendu que l'entêtement de M. le duc d'Anjou, vint à sa rescousse.

Tout à coup, au plus vif de la conversation de la mère et du fils, au plus fort de la résistance de M. le duc d'Anjou, Bussy se sentit tirer par le bas de son manteau. Curieux de ne rien perdre de la conversation, il porta, sans se retourner, la main à l'endroit sollicité, et trouva un poignet; en remontant le long de ce poignet, il trouva un bras, et après le bras une épaule, et après l'épaule un homme.

Voyant alors que la chose en valait la peine, il se retourna.

L'homme était Remy.

Bussy voulait parler, mais Remy posa un doigt sur sa bouche, puis il attira doucement son maître dans la chambre voisine.

—Qu'y a-t-il donc, Remy? demanda le comte très-impatient, et pourquoi me dérange-t-on dans un pareil moment?

—Une lettre, dit tout bas Remy.

—Que le diable t'emporte! pour une lettre, tu me tires d'une conversation aussi importante que celle que je faisais avec monseigneur le duc d'Anjou!

Remy ne parut aucunement désarçonné par cette boutade.

—Il y a lettre et lettre, dit-il.

—Sans doute, pensa Bussy; d'où vient cela?

—De Méridor.

—Oh! fit vivement Bussy, de Méridor! Merci, mon bon Remy, merci!

—Je n'ai donc plus tort?

—Est-ce que tu peux jamais avoir tort? Où est cette lettre?

—Ah! voilà ce qui m'a fait juger qu'elle était de la plus haute importance, c'est que le messager ne veut la remettre qu'à vous seul.

—Il a raison. Est-il là?

—Oui.

—Amène-le.

Remy ouvrit une porte et fit signe à une espèce de palefrenier de venir à lui.

—Voici M. de Bussy, dit-il en montrant le comte.

—Donne; je suis celui que tu demandes, dit Bussy.

Et il lui mit une demi-pistole dans la main.

—Oh! je vous connais bien, dit le palefrenier en lui tendant la lettre.

—Et c'est elle qui te l'a remise!

—Non, pas elle, lui.

—Qui, lui? demanda vivement Bussy en regardant l'écriture.

—M. de Saint-Luc!

—Ah! ah!

Bussy avait pâli légèrement; car, à ce mot: lui, il avait cru qu'il était question du mari et non de la femme, et M. de Monsoreau avait le privilège de faire pâlir Bussy chaque fois que Bussy pensait à lui.

Bussy se retourna pour lire, et, pour cacher en lisant cette émotion que tout individu doit craindre de manifester quand il reçoit une lettre importante, et qu'il n'est pas César Borgia, Machiavel, Catherine de Médicis ou le diable.

Il avait eu raison de se retourner, le pauvre Bussy, car à peine eût-il parcouru la lettre que nous connaissons, que le sang lui monta au cerveau et battit ses yeux en furie: de sorte que, de pâle qu'il était, il devint pourpre, resta un instant étourdi, et, sentant qu'il allait tomber, fut forcé de se laisser aller sur un fauteuil près de la fenêtre.

—Va-t'en, dit Remy au palefrenier abasourdi de l'effet qu'avait produit la lettre qu'il apportait.

Et il le poussa par les épaules.

Le palefrenier s'enfuit vivement; il croyait la nouvelle mauvaise, et il avait peur qu'on ne lui reprît sa demi-pistole.

Remy revint au comte, et le secouant par le bras:

—Mordieu! s'écria-t-il, répondez-moi à l'instant même; ou, par saint
Esculape, je vous saigne des quatre membres.

Bussy se releva; il n'était plus rouge, il n'était plus étourdi, il était sombre..

—Vois, dit-il, ce que Saint-Luc a fait pour moi.

Et il tendit la lettre à Remy. Remy lut avidement.

—Eh bien, dit-il, il me semble que tout ceci est fort beau, et M. de Saint-Luc est un galant homme. Vivent les gens d'esprit pour expédier une âme en purgatoire; ils ne s'y reprennent pas à deux fois.

—C'est incroyable! balbutia Bussy.

—Certainement, c'est incroyable; mais cela n'y fait rien. Voici notre position changée du tout au tout. J'aurai, dans neuf mois, une comtesse de Bussy pour cliente. Mordieu! ne craignez rien, j'accouche comme Ambroise Paré.

—Oui, dit Bussy, elle sera ma femme.

—Il me semble, répondit Remy, qu'il n'y aura pas grand'chose à faire pour cela, et qu'elle l'était déjà plus qu'elle n'était celle de son mari.

—Monsoreau mort!

—Mort! répéta le Baudoin, c'est écrit.

—Oh! il me semble que je fais un rêve, Remy. Quoi! je ne verrai plus cette espèce de spectre, toujours prêt à se dresser entre moi et le bonheur? Remy, nous nous trompons,

—Nous ne nous trompons pas le moins du monde. Relisez, mordieu! tombé sur des coquelicots, voyez, et cela si rudement, qu'il en est mort! J'avais déjà remarqué qu'il était très-dangereux de tomber sur des coquelicots; mais j'avais cru que le danger n'existait que pour les femmes.

—Mais alors, dit Bussy, sans écouter toutes les facéties de Remy, et suivant seulement les détours de sa pensée, qui se tordait en tous sens dans son esprit; mais Diane ne va pas pouvoir\PG{33} rester à Méridor. Je ne le veux pas… Il faut qu'elle aille autre part, quelque part où elle puisse oublier.

—Je crois que Paris serait assez bon pour cela, dit le Haudoin; on oublie assez bien à Paris.

—Tu as raison, elle reprendra sa petite maison de la rue des Tournelles, et les dix mois de veuvage, nous les passerons obscurément, si toutefois le bonheur peut rester obscur, et le mariage pour nous ne sera que le lendemain des félicités de la veille.

—C'est vrai, dit Remy; mais pour aller à Paris….

—Eh bien!

—Il nous faut quelque chose.

—Quoi?

—Il nous faut la paix en Anjou.

—C'est vrai, dit Bussy; c'est vrai. Oh! mon Dieu! que de temps perdu et perdu inutilement!

—Cela veut dire que vous allez monter à cheval et courir à Méridor.

—Non pas moi, non pas moi, du moins, mais toi; moi, je suis invinciblement retenu ici; d'ailleurs, en un pareil moment, ma présence serait presque inconvenante.

—Comment la verrai-je? me présenterai-je au château?

—Non; va d'abord au vieux taillis, peut-être se promènera-t-elle là en attendant que je vienne; puis, si tu ne l'aperçois pas, va au château.

—Que lui dirai-je?

—Que je suis à moitié fou.

Et, serrant la main du jeune homme sur lequel l'expérience lui avait appris à compter comme sur un autre lui-même, il courut reprendre sa place dans le corridor à l'entrée de l'alcôve derrière la tapisserie.

Catherine, en l'absence de Bussy, essayait de regagner le terrain que sa présence lui avait fait perdre.

—Mon fils, avait-elle dit, il me semblait cependant que jamais une mère ne pouvait manquer de s'entendre avec son enfant.

—Vous voyez pourtant, ma mère, répondit le duc d'Anjou, que cela arrive quelquefois.

—Jamais quand elle le veut.

—Madame, vous voulez dire quand ils le veulent, reprit le duc qui, satisfait de cette fière parole, chercha Bussy pour en être récompensé par un coup d'oeil approbateur.

—Mais je le veux! s'écria Catherine; entendez-vous bien, François? je le veux.

Et l'expression de la voix contrastait avec les paroles, car les paroles étaient impératives et la voix était presque suppliante.

—Vous le voulez? reprit le duc d'Anjou en souriant.

—Oui, dit Catherine, je le veux, et tous les sacrifices me seront aisés pour arriver à ce but.

—Ah! ah! fit François. Diable!

—Oui, oui, cher enfant; dites, qu'exigez-vous, que voulez-vous? parlez! commandez!

—Oh! ma mère! dit François presque embarrassé d'une si complète victoire, qui ne lui laissait pas la faculté d'être un vainqueur rigoureux.

—Écoutez, mon fils, dit Catherine de sa voix la plus caressante; vous ne cherchez pas à noyer un royaume dans le sang, n'est-ce pas? Ce n'est pas possible. Vous n'êtes ni un mauvais Français ni un mauvais frère.

—Mon frère m'a insulté, madame, et je ne lui dois plus rien; non, rien comme à mon frère, rien comme à mon roi.

—Mais moi, François, moi! vous n'avez pas à vous en plaindre, de moi?

—Si fait, madame, car vous m'avez abandonné, vous! reprit le duc en pensant que Bussy était toujours là et pouvait l'entendre comme par le passé.

—Ah! vous voulez ma mort? dit Catherine d'une voix sombre. Eh bien! soit, je mourrai comme doit mourir une femme qui voit s'entre-égorger ses enfants.

Il va sans dire que Catherine n'avait pas le moins du monde envie de mourir.

—Oh! ne dites point cela, madame, vous me navrez le coeur! s'écria
François qui n'avait pas le coeur navré du tout.

Catherine fondit en larmes.

Le duc lui prit les mains et essaya de la rassurer, jetant toujours des regards inquiets du côté de l'alcôve.

—Mais que voulez-vous? dit-elle, articulez vos prétentions au moins, que nous sachions à quoi nous en tenir.

—Que voulez-vous vous-même? voyons, ma mère, dit François; parlez, je vous écoute.

—Je désire que vous reveniez à Paris, cher enfant, je désire que vous rentriez à la cour du roi votre frère, qui vous tend les bras.

—Et, mordieu! madame, j'y vois clair; ce n'est pas lui qui me tend les bras, c'est le pont-levis de la Bastille.

—Non, revenez, revenez, et, sur mon honneur, sur mon amour de mère, sur le sang de notre Seigneur Jésus-Christ (Catherine se signa), vous serez reçu par le roi, comme si c'était vous qui fussiez le roi, et lui le duc d'Anjou.

Le duc regardait obstinément du côté de l'alcôve.

—Acceptez, continua Catherine, acceptez, mon fils; voulez-vous d'autres apanages, dites, voulez-vous des gardes?

—Eh! madame, votre fils m'en a donné, et des gardes d'honneur même, puisqu'il avait choisi ses quatre mignons.

—Voyons, ne me répondez pas ainsi: les gardes qu'il vous donnera, vous les choisirez vous-même; vous aurez un capitaine, s'il le faut, et, s'il le faut encore, ce capitaine sera M. de Bussy.

Le duc, ébranlé par cette dernière offre, à laquelle il devait penser que Bussy serait sensible, jeta un regard vers l'alcôve, tremblant de rencontrer un oeil flamboyant et des dents blanches, grinçant dans l'ombre. Mais, ô surprise! il vit, au contraire, Bussy riant, joyeux, et applaudissant par de nombreuses approbations de tête.

—Qu'est-ce que cela signifie? se demandât-il; Bussy ne voulait-il donc la guerre que pour devenir capitaine de mes gardes?—Alors, dit-il tout haut, et s'interrogeant lui-même, je dois donc accepter?

—Oui! oui! oui! fit Bussy, des mains, des épaules et de la tête.

—Il faudrait donc, continua le duc, quitter l'Anjou pour revenir à
Paris?

—Oui! oui! oui! continua Bussy avec une fureur approbative, qui allait toujours en croissant.

—Sans doute, cher enfant, dit Catherine; mais est-ce donc si difficile de revenir à Paris?

—Ma foi, se dit le duc, je n'y comprends plus rien. Nous étions convenus que je refuserais tout, et voici que maintenant il me conseille la paix et les embrassades.

—Eh bien! demanda Catherine avec anxiété, que répondez-vous?

—Ma mère, je réfléchirai, dit le duc, qui voulait s'entendre avec
Bussy de cette contradiction, et demain….

—Il se rend, pensa Catherine. Allons, j'ai gagné la bataille.

—Au fait, se dit le duc, Bussy a peut-être raison.

Et tous deux se séparèrent après s'être embrassés.

CHAPITRE IX

COMMENT M. DE MONSOREAU OUVRIT, FERMA ET ROUVRIT LES YEUX, CE QUI ÉTAIT UNE PREUVE QU'IL N'ÉTAIT PAS TOUT A FAIT MORT.

Un bon ami est une douce chose, d'autant plus douce qu'elle est rare. Remy s'avouait cela à lui-même, tout en courant sur un des meilleurs chevaux des écuries du prince. Il aurait bien pris Roland, mais il venait, sur ce point, après M. de Monsoreau; force lui avait donc été d'en prendre un autre.

—J'aime fort M. de Bussy, se disait le Haudoin à lui-même; et, de son côté, M. de Bussy m'aime grandement aussi, je le crois. Voilà pourquoi je suis si joyeux aujourd'hui, c'est qu'aujourd'hui j'ai du bonheur pour deux.

Puis il ajoutait, en respirant à pleine poitrine:

—En vérité, je crois que mon coeur n'est plus assez large.

Voyons, continuait-il en s'interrogeant, voyons quel compliment je vais faire à madame Diane.

Si elle est gourmée, cérémonieuse, funèbre, des salutations, des révérences muettes, et une main sur le coeur; si elle sourit, des pirouettes, des ronds de jambes, et une polonaise que j'exécuterai à moi tout seul.

Quant à M. de Saint-Luc, s'il est encore au château, ce dont je doute, un vivat et des actions de grâces en latin. Il ne sera pas funèbre, lui, j'en suis sûr….

Ah! j'approche.

En effet, le cheval, après avoir pris à gauche, puis à droite, après avoir suivi le sentier fleuri, après avoir traversé le taillis et la haute futaie, était entré dans le fourré qui conduisait à la muraille.

—Oh! les beaux coquelicots! disait Remy; cela me rappelle notre grand veneur; ceux sur lesquels il est tombé ne pouvaient pas être plus beaux que ceux-ci. Pauvre cher homme!

Remy approchait de plus en plus de la muraille.

Tout à coup le cheval s'arrêta, les naseaux ouverts, l'oeil fixe; Remy, qui allait au grand trot, et qui ne s'attendait pas à ce temps d'arrêt, faillit sauter par-dessus la tête de Mithridate.

C'était ainsi que se nommait le cheval qu'il avait pris au lieu et place de Roland.

Remy, que la pratique avait fait écuyer sans peur, mit ses éperons dans le ventre de sa monture; mais Mithridate ne bougea point; il avait sans doute reçu ce nom à cause de la ressemblance que son caractère obstiné présentait avec celui du roi du Pont.

Remy, étonné, baissa les yeux vers le sol pour chercher quel obstacle arrêtait ainsi son cheval; mais il ne vit rien qu'une large mare de sang, que peu à peu buvaient la terre et les fleurs, et qui se couronnait d'une petite mousse rose.

—Tiens! s'écria-t-il, est-ce que ce serait ici que M. de Saint-Luc aurait transpercé M. de Monsoreau?

Remy leva les yeux de terre, et regarda tout autour de lui.

A dix pas, sous un massif, il venait de voir deux jambes roides et un corps qui paraissait plus roide encore.

Les jambes étaient allongées, le corps était adossé à la muraille.

—Tiens! le Monsoreau! fit Remy. Hic obiit Nemrod. Allons, allons, si la veuve le laisse ainsi exposé aux corbeaux et aux vautours, c'est bon signe pour nous, et l'oraison funèbre se fera en pirouettes, en ronds de jambe et en polonaise.

Et Remy, ayant mis pied à terre, fit quelques pas en avant dans la direction du corps.

—C'est drôle! dit-il, le voilà mort ici, parfaitement mort, et cependant le sang est là-bas. Ah! voici une trace. Il sera venu de là-bas ici, ou plutôt ce bon M. de Saint-Luc, qui est la charité même, l'aura adossé à ce mur pour que le sang ne lui portât point à la tête. Oui, c'est cela, il est, ma foi! mort, les yeux ouverts sans grimace; mort roide, là, une, deux!

Et Remy passa dans le vide un dégagement avec son doigt.

Tout à coup, il recula stupide, et la bouche béante: les deux yeux qu'il avait vu ouverts s'étaient refermés, et une pâleur, plus livide encore que celle qui l'avait frappé d'abord, s'était étendue sur la face du défunt.

Remy devint presque aussi pâle que M. de Monsoreau; mais, comme il était médecin, c'est-à-dire passablement matérialiste, il marmotta en se grattant le bout du nez:

Credere portentis mediocre. S'il a fermé les yeux, c'est qu'il n'est pas mort.

Et comme, malgré son matérialisme, la position était désagréable, comme aussi les articulations de ses genoux pliaient plus qu'il n'était convenable, il s'assit ou plutôt il se laissa glisser au pied de l'arbre qui le soutenait, et se trouva face à face avec le cadavre.

—Je ne sais pas trop, se dit-il, où j'ai lu qu'après la mort il se produisait certains phénomènes d'action, qui ne décèlent qu'un affaissement de la matière, c'est-à-dire un commencement de corruption.

Diable d'homme, va! il faut qu'il nous contrarie même après sa mort; c'est bien la peine. Oui, ma foi, non-seulement les yeux sont fermés tout de bon, mais encore la pâleur a augmenté, color albus, chroma chlôron comme dit Galien; color albus, comme dit Cicéron qui était un orateur bien spirituel. Au surplus, il y a un moyen de savoir s'il est mort ou s'il ne l'est pas, c'est de lui enfoncer mon épée d'un pied dans le ventre; s'il ne remue pas, c'est qu'il sera bien trépassé.

Et Remy se disposait à faire cette charitable épreuve; déjà même il portait la main à son estoc, lorsque les yeux de Monsoreau s'ouvrirent de nouveau.

Cet accident produisit l'effet contraire au premier, Remy se redressa comme mû par un ressort, et une sueur froide coula sur son front.

Cette fois les yeux du mort restèrent écarquillés.

—Il n'est pas mort, murmura Remy, il n'est pas mort. Eh bien! nous voilà dans une belle position.

Alors une pensée se présenta naturellement à l'esprit du jeune homme.

—Il vit, dit-il, c'est vrai; mais, si je le tue, il sera bien mort.

Et il regardait Monsoreau, qui le regardait aussi d'un oeil si effaré, qu'on eût dit qu'il pouvait lire dans l'âme de ce passant de quelle nature étaient ses intentions.

—Fi! s'écria tout à coup Remy, fi! la hideuse pensée. Dieu m'est témoin que, s'il était là tout droit, sur ses jambes, brandissant sa rapière, je le tuerais du plus grand coeur. Mais tel qu'il est maintenant, sans force et aux trois quarts mort, ce serait plus qu'un crime, ce serait une infamie.

—Au secours! murmura Monsoreau, au secours! je me meurs.

—Mordieu! dit Remy, la position est critique. Je suis médecin, et, par conséquent, il est de mon devoir de soulager mon semblable qui souffre. Il est vrai que le Monsoreau est si laid, que j'aurai presque le droit de dire qu il n'est pas mon semblable, mais il est de la même espèce,—genus homo.

—Allons, oublions que je m'appelle le Haudoin, oublions que je suis l'ami de M. de Bussy, et faisons notre devoir de médecin.

—Au secours! répéta le blessé.

—Me voilà, dit Remy.

—Allez me chercher un prêtre, un médecin.

—Le médecin est tout trouvé, et peut-être vous dispensera-t-il du prêtre.

—Le Haudoin! s'écria M. de Monsoreau, reconnaissant Remy, par quel hasard?

Comme on le voit, M. de Monsoreau était fidèle à son caractère; dans son agonie il se défiait et interrogeait.

Remy comprit toute la portée de cette interrogation. Ce n'était pas un chemin battu que ce bois, et l'on n'y venait pas sans y avoir affaire. La question était donc presque naturelle.

—Comment êtes-vous ici? redemanda Monsoreau, à qui les soupçons rendaient quelque force.

—Pardieu! répondit le Haudoin, parce qu'à une lieue d'ici j'ai rencontré M. de Saint-Luc.

—Ah! mon meurtrier, balbutia Monsoreau en blêmissant de douleur et de colère à la fois.

—Alors il m'a dit: «Remy, courez dans le bois, et, à l'endroit appelé le Vieux-Taillis, vous trouverez un homme mort.»

—Mort! répéta Monsoreau.

—Dame! il le croyait, dit Remy, il ne faut pas lui en vouloir pour cela; alors je suis venu, j'ai vu, vous êtes vaincu.

—Et maintenant, dites-moi, vous parlez à un homme, ne craignez donc rien, dites-moi, suis-je blessé mortellement?

—Ah! diable, fit Remy, vous m'en demandez beaucoup; cependant je vais tâcher, voyons.

Nous avons dit que la conscience du médecin l'avait emporté sur le dévouement de l'ami. Remy s'approcha donc de Monsoreau, et, avec toutes les précautions d'usage, il lui enleva son manteau, son pourpoint et sa chemise.

L'épée avait pénétré au-dessus du téton droit, entre la sixième et la septième côte.

—Hum! fit Rémi, souffrez-vous beaucoup?

—Pas de la poitrine, du dos.

—Ah! voyons un peu, fit Remy, de quelle partie du dos?

—Au-dessous de l'omoplate.

—Le fer aura rencontré un os, fit Remy: de là la douleur.

Et il regarda vers l'endroit que le comte indiquait comme le siège d'une souffrance plus vive.

—Non, dit-il, non, je me trompais; le fer n'a rien rencontré du tout, et il est entré comme il est sorti. Peste! le joli coup d'épée, monsieur le comte; à la bonne heure, il y a plaisir à soigner les blessés de M. de Saint-Luc. Vous êtes troué à jour, mon cher monsieur.

Monsoreau s'évanouit; mais Remy ne s'inquiéta point de cette faiblesse.

—Ah! voilà, c'est bien cela: syncope, le pouls petit; cela doit être. Il tâta les mains et les jambes: froides aux extrémités. Il appliqua l'oreille à la poitrine: absence du bruit respiratoire. Il frappa doucement dessus: matité du son. Diable, diable, le veuvage de madame Diane pourrait bien n'être qu'une affaire de chronologie.

En ce moment, une légère mousse rougeâtre et rutilante vint humecter les lèvres du blessé.

Remy tira vivement une trousse, et de sa poche une lancette, puis il déchira une bande de la chemise du blessé, et lui comprima le bras.

—Nous allons voir, dit-il; si le sang coule, ma foi, madame Diane n'est peut-être pas veuve. Mais s'il ne coule pas!… Ah! ah! il coule, ma foi. Pardon, mon cher monsieur de Bussy, pardon, mais, ma foi! on est médecin avant tout.

Le sang, en effet, après avoir, pour ainsi dire, hésité un instant, venait de jaillir de la veine; presque en même temps qu'il se faisait jour, le malade respirait et ouvrait les yeux.

—Ah! balbutia-t-il, j'ai bien cru que tout était fini.

—Pas encore, mon cher monsieur, pas encore; il est même possible….

—Que j'en réchappe.

—Oh! mon Dieu! oui, voyez-vous, fermons d'abord la plaie. Attendez, ne bougez pas. Voyez-vous, la nature, dans ce moment-ci, vous soigne en dedans comme je vous soigne en dehors. Je vous mets un appareil, elle fait son caillot. Je fais couler le sang, elle l'arrête. Ah! c'est une grande chirurgienne que la nature, mon cher monsieur. Là! attendez, que j'essuie vos lèvres.

Et Remy passa un mouchoir sur les lèvres du comte.

—D'abord, dit le blessé, j'ai craché le sang à pleine bouche.

—Eh bien! voyez, dit Remy, maintenant, voilà déjà l'hémorrhagie arrêtée. Bon! cela va bien, ou plutôt tant pis!

—Comment! tant pis?

—Tant mieux pour vous, certainement; mais tant pis! je sais ce que je veux dire. Mon cher monsieur de Monsoreau, j'ai peur d'avoir le bonheur de vous guérir.

—Comment! vous avez peur?

—Oui, je m'entends.

—Vous croyez donc que j'en reviendrai?

—Hélas!

—Vous êtes un singulier docteur, monsieur Remy.

—Que vous importe, pourvu que je vous sauve?… Maintenant, voyons.

Remy venait d'arrêter la saignée: il se leva.

—Eh bien! vous m'abandonnez? dit le comte.

—Ah! vous parlez trop, mon cher monsieur. Trop parler nuit. Ce n'est pas l'embarras, je devrais bien plutôt lui donner le conseil de crier.

—Je ne vous comprends pas.

—Heureusement. Maintenant vous voilà pansé.

—Eh bien?

—Eh bien! je vais au château chercher du renfort.

—Et moi; que faut-il que je fasse pendant ce temps?

—Tenez-vous tranquille, ne bougez pas, respirez fort doucement; tâchez de ne pas tousser, ne dérangeons pas ce précieux caillot. Quelle est la maison la plus voisine?

—Le château de Méridor.

—Quel est le chemin? demanda Remy, affectant la plus parfaite ignorance.

—Ou enjambez la muraille, et vous vous trouverez dans le parc; ou suivez le mur du parc, et vous trouverez la grille.

—Bien, j'y cours.

—Merci, homme généreux! s'écria Monsoreau.

—Si tu savais, en effet, à quel point je le suis, balbutia Remy, tu me remercierais bien davantage.

Et, remontant sur son cheval, il se lança au galop dans la direction indiquée.

Au bout de cinq minutes, il arriva au château, dont tous les habitants, empressés et remuants comme des fourmis dont on a forcé la demeure, cherchaient dans les fourrés, dans les retraits, dans les dépendances, sans pouvoir trouver la place où gisait le corps de leur maître: attendu que Saint-Luc, pour gagner du temps, avait donné une fausse adresse.

Remy tomba comme un météore au milieu d'eux et les entraîna sur ses pas. Il mettait tant d'ardeur dans ses recommandations, que madame de Monsoreau ne put s'empêcher de le regarder avec surprise.

Une pensée bien secrète, bien voilée, apparut à son esprit, et, dans une seconde, elle ternit l'angélique pureté de cette âme.

—Ah! je le croyais l'ami de M. de Bussy, murmura-t-elle, tandis que Remy s'éloignait emportant civière, charpie, eau fraîche, enfin toutes les choses nécessaires au pansement.

Esculape lui-même n'eût pas fait plus avec ses ailes de divinité.

CHAPITRE X

COMMENT LE DUC D'ANJOU ALLA A MÉRIDOR POUR FAIRE A MADAME DE MONSOREAU DES COMPLIMENTS SUR LA MORT DE SON MARI, ET COMMENT IL TROUVA M. DE MONSOREAU QUI VENAIT AU-DEVANT DE LUI.

Aussitôt l'entretien rompu entre le duc d'Anjou et sa mère, le premier s'était empressé d'aller trouver Bussy pour connaître la cause de cet incroyable changement qui s'était fait en lui.

Bussy, rentré chez lui, lisait pour la cinquième fois la lettre de Saint-Luc, dont chaque ligne lui offrait des sens de plus en plus agréables.

De son côté, Catherine, retirée chez elle, faisait venir ses gens, et commandait ses équipages pour un départ qu'elle croyait pouvoir fixer au lendemain ou au surlendemain au plus tard.

Bussy reçut le prince avec un charmant sourire.

—Comment! monseigneur, dit-il, Votre Altesse daigne prendre la peine de passer chez moi?

—Oui, mordieu! dit le duc, et je viens te demander une explication.

—A moi?

—Oui, à toi.

—J'écoute, monseigneur.

—Comment! s'écria le duc, tu me commandes de m'armer de pied en cap contre les suggestions de ma mère, et de soutenir vaillamment le choc; je le fais, et, au plus fort de la lutte, quand tous les coups se sont émoussés sur moi, tu viens me dire: «Ôtez votre cuirasse, monseigneur; ôtez-la.»

—Je vous avais fait toutes ces recommandations, monseigneur, parce que j'ignorais dans quel but était venue madame Catherine. Mais maintenant que je vois qu'elle est venue pour la plus grande gloire et pour la plus grande fortune de Votre Altesse….

—Comment! fit le duc, pour ma plus grande gloire et pour ma plus grande fortune; comment comprends-tu donc cela?

—Sans doute, reprit Bussy; que veut Votre Altesse, voyons? Triompher de ses ennemis, n'est-ce pas? car je ne pense point, comme l'avancent certaines personnes, que vous songiez à devenir roi de France.

Le duc regarda sournoisement Bussy.

—Quelques-uns vous le conseilleront peut-être, monseigneur, dit le jeune homme; mais ceux-là, croyez-le bien, ce sont vos plus cruels ennemis; puis, s'ils sont trop tenaces, si vous ne savez comment vous en débarrasser, envoyez-les-moi: je les convaincrai qu'ils se trompent.

Le duc fit la grimace.

—D'ailleurs, continua Bussy, examinez-vous, monseigneur, sondez vos reins, comme dit la Bible; avez-vous cent mille hommes, dix millions de livres, des alliances à l'étranger; et puis, enfin, voulez-vous aller contre votre seigneur?

—Monseigneur ne s'est pas gêné d'aller contre moi, dit le duc.

—Ah! si vous le prenez sur ce pied-là, vous avez raison; déclarez-vous, faites-vous couronner et prenez le titre de roi de France, je ne demande pas mieux que de vous voir grandir, puisque, si vous grandissez, je grandirai avec vous.

—Qui te parle d'être roi de France? repartit aigrement le duc; tu discutes là une question que jamais je n'ai proposé à personne de résoudre, pas même à moi.

—Alors tout est dit, monseigneur, et il n'y a plus de discussion entre nous, puisque nous sommes d'accord sur le point principal.

—Nous sommes d'accord?

—Cela me semble, au moins. Faites-vous donc donner une compagnie de gardes, cinq cent mille livres. Demandez, avant que la paix soit signée, un subside à l'Anjou pour faire la guerre. Une fois que vous le tiendrez, vous le garderez; cela n'engage à rien. De cette façon, nous aurons des hommes, de l'argent, de la puissance, et nous irons… Dieu sait où!

—Mais, une fois à Paris, une fois qu'ils m'auront repris, une fois qu'ils me tiendront, ils se moqueront de moi, dit le duc.

—Allons donc! monseigneur, vous n'y pensez pas. Eux, se moquer de vous! N'avez-vous pas entendu ce que vous offre la reine-mère?

—Elle m'a offert bien des choses.

—Je comprends, cela vous inquiète?

—Oui.

—Mais, entre autres choses, elle vous a offert une compagnie de gardes, cette compagnie fût-elle commandée par Bussy.

—Sans doute elle a offert cela.

—Eh bien! acceptez, c'est moi qui vous le dis; nommez Bussy votre capitaine; nommez Antraguet et Livarot vos lieutenants; nommez Ribérac enseigne. Laissez-nous à nous quatre composer cette compagnie comme nous l'entendrons; puis vous verrez, avec cette escorte à vos talons, si quelqu'un se moque de vous, et ne vous salue pas quand vous passerez, même le roi.

—Ma foi, dit le duc, je crois que tu as raison, Bussy, j'y songerai.

—Songez-y, monseigneur.

—Oui; mais que lisais-tu là si attentivement, quand je suis arrivé?

—Ah! pardon, j'oubliais, une lettre.

—Une lettre.

—Qui vous intéresse encore plus que moi; où diable avais-je donc la tête de ne pas vous la montrer tout de suite.

—C'est donc une grande nouvelle.

—Oh! mon Dieu oui, et même une triste nouvelle: M. de Monsoreau est mort.

—Plaît-il! s'écria le duc avec un mouvement si marqué de surprise, que Bussy, qui avait les yeux fixés sur le prince, crut, au milieu de cette surprise, remarquer une joie extravagante.

—Mort, monseigneur.

—Mort, M. de Monsoreau?

—Eh! mon Dieu oui! ne sommes-nous pas tous mortels?

—Oui; mais l'on ne meurt pas comme cela tout à coup.

—C'est selon. Si l'on vous tue.

—Il a donc été tué?

—Il paraît que oui.

—Par qui?

—Par Saint-Luc, avec qui il s'est pris de querelle.

—Ah! ce cher Saint-Luc, s'écria le prince.

—Tiens, dit Bussy, je ne le savais pas si fort de vos amis, ce cher
Saint-Luc!

—Il est des amis de mon frère, dit le duc, et, du moment où nous nous réconcilions, les amis de mon frère sont les miens.

—Ah! monseigneur, à la bonne heure, et je suis charmé de vous voir dans de pareilles dispositions.

—Et tu es sûr….?

—Dame! aussi sûr qu'on peut l'être. Voici un billet de Saint-Luc qui m'annonce cette mort, et, comme je suis aussi incrédule que vous, et que je doutais, monseigneur, j'ai envoyé mon chirurgien Remy, pour constater le fait, et présenter mes compliments de condoléance au vieux baron.

—Mort! Monsoreau mort! répéta le duc d'Anjou; mort tout seul.

—Le mot lui échappait comme le cher Saint-Luc lui avait échappé.
Tous deux étaient d'une effroyable naïveté.

—Il n'est pas mort tout seul, dit Bussy, puisque c'est Saint-Luc qui l'a tué.

—Oh! je m'entends, dit le duc.

—Monseigneur l'avait-il par hasard donné à tuer par un autre? demanda
Bussy.

—Ma foi non, et toi.

—Oh! moi, monseigneur, je ne suis pas assez grand prince pour faire faire cette sorte de besogne par les autres, et je suis obligé de la faire moi-même.

—Ah! Monsoreau, Monsoreau, fit le prince avec son affreux sourire.

—Tiens! monseigneur! on dirait que vous lui en vouliez, à ce pauvre comte?

—Non, c'est toi qui lui en voulais.

—Moi, c'était tout simple que je lui en voulusse, dit Bussy en rougissant malgré lui. Ne m'a-t-il pas un jour fait subir, de la part de Votre Altesse, une affreuse humiliation.

—Tu t'en souviens encore?

—Oh! mon Dieu non, monseigneur, vous le voyez bien; mais vous, dont il était le serviteur, l'ami, l'âme damnée….

—Voyons, voyons, dit le prince, interrompant la conversation qui devenait embarrassante pour lui, fais seller les chevaux, Bussy.

—Seller lés chevaux, et pourquoi faire?

—Pour aller à Méridor, je veux faire mes compliments de condoléance à madame Diane. D'ailleurs, cette visite était projetée depuis longtemps, et je ne sais comment elle ne s'est pas faite encore; mais je ne la retarderai pas davantage. Corbleu! je ne sais pas pourquoi, mais j'ai le coeur aux compliments aujourd'hui.

—Ma foi, se dit Bussy en lui-même, à présent que le Monsoreau est mort et que je n'ai plus peur qu'il vende sa femme au duc, peu m'importe qu'il la revoie; s'il l'attaque, je la défendrai bien tout seul. Allons, puisque l'occasion de la revoir m'est offerte, profitons de l'occasion.

Et il sortit pour donner l'ordre de seller les chevaux.

Un quart d'heure après, tandis que Catherine dormait ou feignait de dormir pour se remettre des fatigues du voyage, le prince, Bussy, dix gentilshommes, montés sur de beaux chevaux, se dirigeaient vers Méridor avec cette joie qu'inspirent toujours le beau temps, l'herbe fleurie et la jeunesse, aux hommes comme aux chevaux.

A l'aspect de cette magnifique cavalcade, le portier du château vint au bord du fossé demander le nom des visiteurs.

—Le duc d'Anjou! cria le prince.

Aussitôt le portier saisit un cor et sonna une fanfare qui fit accourir tous les serviteurs au pont-levis.

Bientôt ce fut une course rapide dans les appartements, dans les corridors et sur les perrons; les fenêtres des tourelles s'ouvrirent; on entendit un bruit de ferrailles sur les dalles, et le vieux baron parut au seuil, tenant à la main les clefs de son château.

—C'est incroyable comme Monsoreau est peu regretté, dit le duc; vois donc, Bussy, comme tous ces gens-là ont des figures naturelles.

Une femme parut sur le perron.

—Ah! voilà la belle Diane, s'écria le duc, vois-tu, Bussy, vois-tu?

—Certainement que je la vois, monseigneur, dit le jeune homme; mais, ajouta-t-il tout bas, je ne vois pas Remy.

Diane sortait en effet de la maison, mais immédiatement derrière Diane sortait une civière, sur laquelle, couché, l'oeil brillant de fièvre ou de jalousie, se faisait porter Monsoreau, plus semblable à un sultan des Indes sur son palanquin qu'à un mort sur sa couche funèbre.

—Oh! oh! Qu'est ceci? s'écria le duc, s'adressant à son compagnon, devenu plus blanc que le mouchoir à l'aide duquel il essayait d'abord de dissimuler son émotion.

—Vive monseigneur le duc d'Anjou, cria Monsoreau en levant, par un violent effort, sa main en l'air.

—Tout beau! fit une voix derrière lui, vous allez rompre le caillot.

—C'était Remy, qui, fidèle jusqu'au bout à son rôle de médecin, faisait au blessé cette prudente recommandation.

Les surprises ne durent pas longtemps à la cour, sur les visages du moins: le duc d'Anjou fit un mouvement pour changer la stupéfaction en sourire.

—Oh! mon cher comte, s'écria-t-il, quelle heureuse surprise!
Croyez-vous qu'on nous avait dit que vous étiez mort?

—Venez, venez, monseigneur, dit le blessé, venez, que je baise la main de Votre Altesse. Dieu merci! non-seulement je ne suis pas mort, mais encore j'en réchapperai, je l'espère, pour vous servir avec plus d'ardeur et de fidélité que jamais.

Quant à Bussy, qui n'était ni prince ni mari, ces deux positions sociales où la dissimulation est de première nécessité, il sentait une sueur froide couler de ses tempes, il n'osait regarder Diane. Ce trésor, deux fois perdu pour lui, lui faisait mal à voir, si près de son possesseur.

—Et vous, monsieur de Bussy, dit Monsoreau, vous qui venez avec Son Altesse, recevez tous mes remercîments, car c'est presque à vous que je dois la vie.

—Comment! à moi! balbutia le jeune homme, croyant que le comte le raillait.

—Sans doute, indirectement, c'est vrai; mais ma reconnaissance n'est pas moindre, car voici mon sauveur, ajouta-t-il en montrant Remy qui levait des bras désespérés au ciel, et qui eût voulu se cacher dans les entrailles de la terre; c'est à lui que mes amis doivent de me posséder encore.

Et, malgré les signes que lui faisait le pauvre docteur pour qu'il gardât le silence, et que lui prenait pour des recommandations hygiéniques, il raconta emphatiquement les soins, l'adresse, l'empressement dont le Haudoin avait fait preuve envers lui.

Le duc fronça le sourcil; Bussy regarda Remy avec une expression effrayante.

Le pauvre garçon, caché derrière Monsoreau, se contenta de répliquer par un geste qui voulait dire:

—Hélas! ce n'est point ma faute.

—Au reste, continua le comte, j'ai appris que Remy vous a trouvé un jour mourant comme il m'a trouvé moi-même. C'est un lien d'amitié entre nous; comptez sur la mienne, monsieur de Bussy: quand Monsoreau aime, il aime bien; il est vrai que, lorsqu'il hait, c'est comme lorsqu'il aime, c'est de tout son coeur.

Bussy crut remarquer que l'éclair qui avait un instant brillé en prononçant ces paroles dans l'oeil fiévreux du comte était à l'adresse de M. le duc d'Anjou. Le duc ne vit rien.

—Allons donc! dit-il en descendant de cheval et en offrant la main à Diane. Veuillez, belle Diane, nous faire les honneurs de ce logis, que nous comptions trouver en deuil, et qui continue au contraire à être un séjour de bénédictions et de joie. Quant à vous, Monsoreau, reposez-vous; le repos sied aux blessés.

—Monseigneur, dit le comte, il ne sera pas dit que vous viendrez chez
Monsoreau vivant, et que, tant que Monsoreau vivra, un autre fera à
Votre Altesse les honneurs de son logis; mes gens me porteront, et,
partout où vous irez, j'irai.

Pour le coup, on eût cru que le duc démêlait la véritable pensée du comte, car il quitta la main de Diane.

Dès lors Monsoreau respira.

—Approchez d'elle, dit tout bas Remy à l'oreille de Bussy.

Bussy s'approcha de Diane, et Monsoreau leur sourit, Bussy prit la main de Diane, et Monsoreau lui sourit encore.

—Voilà bien du changement, monsieur le comte, dit Diane à demi-voix.

—Hélas! murmura Bussy, que n'est-il plus grand encore!

Il va sans dire que le baron déploya, à l'égard du prince et des gentilshommes qui l'accompagnaient, tout le faste de sa patriarcale hospitalité.

CHAPITRE XI

DU DÉSAGRÉMENT DES LITIÈRES TROP LARGES ET DES PORTES TROP ÉTROITES.

Bussy ne quittait point Diane; le sourire bienveillant de Monsoreau lui donnait une liberté dont il se fût bien gardé de ne point user. Les jaloux ont ce privilège qu'ayant rudement fait la guerre pour conserver leur bien ils ne sont point épargnés, quand une fois les braconniers ont mis le pied sur leurs terres.

—Madame, disait Bussy à Diane, je suis en vérité le plus misérable des hommes. Sur la nouvelle de sa mort, j'ai conseillé au prince de retourner à Paris et de s'accommoder avec sa mère; il a consenti, et voilà que vous restez en Anjou.

—Oh! Louis, répondit la jeune femme en serrant du bout de ses doigts effilés la main de Bussy, osez-vous dire que nous sommes malheureux? Tant de beaux jours, tant de joies ineffables dont le souvenir passe comme un frisson sur mon coeur, vous les oubliez donc, vous?

—Je n'oublie rien, madame; au contraire, je me souviens trop, et voilà pourquoi, pendant ce bonheur, je me trouve si fort à plaindre. Comprenez-vous ce que je vais souffrir, madame, s'il faut que je retourne à Paris, à cent lieues de vous! Mon coeur se brise, Diane, et je me sens lâche.

Diane regarda Bussy; tant de douleur éclatait dans ses yeux, qu'elle baissa la tête et qu'elle se prit à réfléchir.

Le jeune homme attendit un instant, le regard suppliant et les mains jointes.

—Eh bien! dit tout à coup Diane, vous irez à Paris, Louis, et moi aussi.

—Comment! s'écria le jeune homme, vous quitteriez M. de Monsoreau?

—Je le quitterais, répondit Diane, que lui ne me quitterait pas; non, croyez-moi, Louis, mieux vaut qu'il vienne avec nous.

—Blessé, malade comme il est, impossible!

—Il viendra, vous dis-je.

Et aussitôt, quittant le bras de Bussy, elle se rapprocha du prince, lequel répondait de fort mauvaise humeur à Monsoreau, dont Ribérac, Antraguet et Livarot entouraient la litière.

A l'aspect de Diane, le front du comte se rasséréna; mais cet instant de calme ne fut pas de longue durée, il passa comme passe un rayon de soleil entre deux orages.

Diane s'approcha du duc, et le comte fronça le sourcil.

—Monseigneur, dit-elle avec un charmant sourire, on dit Votre Altesse passionnée pour les fleurs. Venez, je veux montrer à Votre Altesse les plus belles fleurs de tout l'Anjou.

François lui offrit galamment la main.

—Où conduisez-vous donc monseigneur, madame? demanda Monsoreau inquiet.

—Dans la serre, monsieur.

—Ah! fit Monsoreau. Eh bien! soit, portez-moi dans la serre.

—Ma foi, se dit Remy, je crois maintenant que j'ai bien fait de ne pas le tuer; Dieu merci! il se tuera bien tout seul.

Diane sourit à Bussy d'une façon qui promettait merveilles.

—Que M. de Monsoreau, lui dit-elle tout bas, ne se doute pas que vous quittez l'Anjou, et je me charge du reste.

—Bien! fit Bussy.

Et il s'approcha du prince, tandis que la litière du Monsoreau tournait derrière un massif.

—Monseigneur, dit-il, pas d'indiscrétion surtout; que le Monsoreau ne sache pas que nous sommes sur le point de nous accommoder.

—Pourquoi cela?

—Parce qu'il pourrait prévenir la reine-mère de nos intentions pour s'en faire une amie, et que, sachant la résolution prise, madame Catherine pourrait bien être moins disposée à nous faire des largesses.

—Tu as raison, dit le duc. Tu t'en défies donc?

—Du Monsoreau? parbleu!

—Eh bien! moi aussi; je crois, en vérité, qu'il a fait exprès le mort.

—Non, par ma foi, il a bel et bien reçu un coup d'épée à travers la poitrine; cet imbécile de Remy, qui l'a tiré d'affaire, l'a cru lui-même mort un instant; il faut, en vérité, qu'il ait l'âme chevillée dans le corps.

On arriva devant la serre. Diane souriait au duc d'une façon plus charmante que jamais.

Le prince passa le premier, puis Diane. Monsoreau voulut venir après; mais, quand sa litière se présenta pour passer, on s'aperçut qu'il était impossible de la faire entrer: la porte, de style ogival, était longue et haute, mais large seulement comme les plus grosses caisses, et la litière de M. de Monsoreau avait six pieds de largeur.

A la vue de cette porte trop étroite et de cette litière trop large, le Monsoreau poussa un rugissement.

Diane entra dans la serre sans faire attention aux gestes désespérés de son mari.

Bussy, pour qui le sourire de la jeune femme, dans le coeur de laquelle il avait l'habitude de lire par les yeux, devenait parfaitement clair, demeura près de Monsoreau en lui disant avec une parfaite tranquillité:

—Vous vous entêtez inutilement, monsieur le comte; cette porte est trop étroite, et jamais vous ne passerez par là.

—Monseigneur! monseigneur! criait Monsoreau, n'allez pas dans cette serre; il y a de mortelles exhalaisons, des fleurs étrangères qui répandent les parfums les plus vénéneux. Monseigneur!….

Mais François n'écoutait pas. Malgré sa prudence accoutumée, heureux de sentir dans ses mains la main de Diane, il s'enfonçait dans les verdoyants détours.

Bussy encourageait Monsoreau à patienter avec la douleur; mais, malgré les exhortations de Bussy, ce qui devait arriver arriva: Monsoreau ne put supporter, non pas la douleur physique, sous ce rapport il semblait de fer, mais la douleur morale. Il s'évanouit.

Remy reprenait tous ses droits; il ordonna que le blessé fût reconduit dans sa chambre.

—Maintenant, demanda Remy au jeune homme, que dois-je faire?

—Eh! pardieu! dit Bussy, achève ce que tu as si bien commencé: reste près de lui, et guéris-le.

Puis il annonça à Diane l'accident arrivé à son mari.

Diane quitta aussitôt le duc d'Anjou et s'achemina vers le château.

—Avons-nous réussi? lui demanda Bussy lorsqu'elle passa à ses côtés.

—Je le crois, dit-elle. En tout cas, ne partez point sans avoir vu
Gertrude.

Le duc n'aimait les fleurs que parce qu'il les visitait avec Diane. Aussitôt que Diane fût éloignée, les recommandations du comte lui revinrent à l'esprit, et il sortit du bâtiment.

Ribérac, Livarot et Antraguet le suivirent.

Pendant ce temps, Diane avait rejoint son mari, à qui Remy faisait respirer des sels.

Le comte ne tarda pas à rouvrir les yeux.

Son premier mouvement fut de se soulever avec violence; mais Remy avait prévu ce premier mouvement, et le comte était attaché sur son matelas.

Il poussa un second rugissement; mais, en regardant autour de lui, il aperçut Diane debout à son chevet.

—Ah! c'est vous, madame, dit-il; je suis bien aise de vous voir pour vous dire que ce soir nous partons pour Paris.

Remy jeta les hauts cris; mais Monsoreau ne fit pas plus attention à
Remy que s'il n'était pas là.

—Y pensez-vous, monsieur? dit Diane avec son calme habituel, et votre blessure?

—Madame, dit le comte, il n'y a pas de blessure qui tienne, j'aime mieux mourir que souffrir, et, dusse-je mourir par les chemins, ce soir nous partirons.

—Eh bien! monsieur, dit Diane, comme il vous plaira.

—Il me plaît ainsi; faites donc vos préparatifs, je vous prie.

—Mes préparatifs seront vite faits, monsieur. Mais puis-je savoir quelle cause a amené cette subite détermination?

—Je vous le dirai, madame, quand vous n'aurez plus de fleurs à montrer au prince, ou quand j'aurai fait construire des portes assez larges pour que ma litière entre partout.

Diane s'inclina.

—Mais, madame, dit Remy.

—M. le comte le veut, répondit Diane, mon devoir est d'obéir.

Et Remy crut reconnaître, à un signe de la jeune femme, qu'il devait cesser ses observations.

Il se tut tout en grommelant:

—Ils me le tueront, et puis on dira que c'est la faute de la médecine.

Pendant ce temps, le duc d'Anjou s'apprêtait à quitter Méridor. Il témoigna la plus grande reconnaissance au baron de l'accueil qu'il lui avait fait et remonta à cheval.

Gertrude apparut en ce moment. Elle venait annoncer tout haut au duc que sa maîtresse, retenue près du comte, ne pouvait avoir l'honneur de lui présenter ses hommages, et tout bas, à Bussy, que Diane partait le soir.

On partit.

Le duc avait les volontés dégénérescentes, ou plutôt les perfectionnements de ses caprices.

Diane cruelle le blessait et le repoussait de l'Anjou; Diane souriante lui fut une amorce.

Comme il ignorait la résolution prise par le grand veneur, tout le long du chemin il ne cessa de méditer sur le danger qu'il y aurait à obéir trop facilement aux désirs de la reine-mère.

Bussy avait prévu cela, et il comptait bien sur ce désir de rester.

—Vois-tu, Bussy, lui dit le duc, j'ai réfléchi.

—Bon! monseigneur. Et à quoi? demanda le jeune homme.

—Qu'il n'est pas bon de me rendre ainsi tout de suite aux raisonnements de ma mère.

—Vous avez raison; elle se croit déjà bien assez profonde politique comme cela.

—Tandis que, vois-tu, en lui demandant huit jours, ou plutôt en traînant huit jours; en donnant quelques fêtes auxquelles nous appellerons la noblesse, nous montrerons à notre mère combien nous sommes forts.

—Puissamment raisonné, monseigneur. Cependant il me semble….

—Je resterai ici huit jours, dit le duc, et, grâce à ce délai, j'arracherai de nouvelles conditions à ma mère; c'est moi qui te le dis.

Bussy parut réfléchir profondément.

—En effet, monseigneur, dit-il, arrachez, arrachez; mais tâchez qu'au lieu de profiter par ce retard, vos affaires n'en souffrent pas. Le roi, par exemple….

—Eh bien! le roi?

—Le roi, ne connaissant pas vos intentions, peut s'irriter. Il est très-irascible, le roi.

—Tu as raison; il faudrait que je pusse envoyer quelqu'un pour saluer mon frère de ma part, et pour lui annoncer mon retour: cela me donnera les huit jours dont j'ai besoin.

—Oui; mais ce quelqu'un court grand risque, dit Bussy.

Le duc d'Anjou sourit de son mauvais sourire.

—Si je changeais de résolution, n'est-ce pas? dit-il.

—Eh! malgré la promesse faite à votre frère, vous en changerez si l'intérêt vous y pousse, n'est-ce pas?

—Dame! fit le prince.

—Très-bien! et alors on enverra votre ambassadeur à la Bastille.

—Nous ne le préviendrons pas de ce qu'il porte, et nous lui donnerons une lettre.

—Au contraire, dit Bussy, ne lui donnez pas de lettre et prévenez-le.

—Mais alors personne ne voudra se charger de la mission.

—Allons donc!

—Tu connais un homme qui s'en chargera, toi?

—Oui, j'en connais un.

—Lequel?

—Moi, monseigneur.

—Toi?

—Oui, moi… J'aime les négociations difficiles.

—Bussy, mon cher Bussy, s'écria le duc, si tu fais cela, tu peux compter sur mon éternelle reconnaissance.

Bussy sourit. Il connaissait la mesure de cette reconnaissance dont lui parlait Son Altesse.

Le duc crut qu'il hésitait.

—Et je te donnerai dix mille écus pour ton voyage, ajouta-t-il.

—Allons donc! monseigneur, dit Bussy, soyez plus généreux: est-ce que l'on paye ces choses-là?

—Ainsi tu pars?

—Je pars.

—Pour Paris?

—Pour Paris.

—Et quand cela?

—Dame! quand vous voudrez.

—Le plus tôt serait le mieux.

—Oui, eh bien!

—Eh bien?

—Ce soir, si vous voulez, monseigneur.

—Brave Bussy, cher Bussy, tu consens donc réellement?

—Si je consens? dit Bussy; mais, pour le service de Votre Altesse, vous savez bien, monseigneur, que je passerais dans le feu. C'est donc convenu, je pars ce soir. Vous, vivez joyeusement ici, et attrapez-moi de la reine-mère quelque bonne abbaye.

—J'y songe déjà, mon ami.

—Alors adieu, monseigneur.

—Adieu, Bussy… Ah! n'oublie pas une chose.

—Laquelle?

—Prends congé de ma mère.

—J'aurai cet honneur.

En effet, Bussy, plus leste, plus joyeux, plus léger qu'un écolier pour lequel la cloche vient de sonner l'heure de la récréation, fit sa visite à Catherine, et s'apprêta pour partir aussitôt que le signal du départ lui viendrait de Méridor.

Le signal se fit attendre jusqu'au lendemain matin. Monsoreau s'était senti si faible après cette émotion éprouvée, qu'il avait jugé lui-même qu'il avait besoin de cette nuit de repos.

Mais, vers sept heures, le même palefrenier qui avait apporté la lettre de Saint-Luc vint annoncer à Bussy que, malgré les larmes du vieux baron et les oppositions de Remy, le comte venait de partir pour Paris dans une litière qu'escortaient à cheval Diane, Remy et Gertrude.

Cette litière était portée par huit hommes qui, de lieue en lieue, devaient se relayer.

Bussy n'attendait que cette nouvelle. Il sauta sur un cheval sellé depuis la veille et prit le même chemin.