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La dernière nuit de Don Juan: poème dramatique en deux parties et un prologue cover

La dernière nuit de Don Juan: poème dramatique en deux parties et un prologue

Chapter 13: SCÈNE PREMIÈRE
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About This Book

The work stages a poetic drama in a prologue and multiple scenes that tracks a legendary libertine's final reckoning with supernatural forces. A statuary avenger and infernal presences compel him into an infernal bargain, and, after a ten-year interval, he resumes seductions in Venice while exchanging witty, ironic dialogue with his valet. The verse drama mixes comic bravado and lyrical monologues as it probes themes of transgression, desire, mortality, and theatrical illusion, culminating in a metaphysical confrontation that determines the hero's ultimate fate.

DEUXIÈME PARTIE

[Même décor. Le jour commence à poindre. Don Juan, dans la foule des Ombres, cherche toujours en prononçant des noms.]

SCÈNE PREMIÈRE

DON JUAN, LE DIABLE, LES MILLE ET TROIS OMBRES, puis L'OMBRE BLANCHE
DON JUAN.
. . . . . . . . . .
LE DIABLE.
L'Aurore
Va-t-elle te trouver cherchant la Femme encore,
Diogène de pourpre au flambeau de vermeil?
DON JUAN.
Oh!
Il jette le candélabre.
Et dans tous ces bras j'ai goûté le sommeil!
LE DIABLE.
Oui…
DON JUAN.
J'ai lancé des noms toute la nuit!… et j'erre
D'étrangère…
Il essaie une dernière fois.
Lucile?
UNE OMBRE.
Non!
DON JUAN.
… en étrangère!
Comme un vol effrayant j'entends s'entre-croiser
Tous ces noms dont pas un ne sait où se poser!
Nous nous sommes aimés, pourtant?
LES OMBRES.
Nous nous aimâmes!
DON JUAN.
Je suis seul au milieu de la forêt des âmes.
Elles sont toutes là. J'ai cherché! J'ai cherché!
De sorte que, ma vie ayant toujours lâché
Pour l'amour dans lequel on ne peut se connaître
L'amitié dans laquelle on se connaît peut-être,
Je mourrai sans avoir un seul être connu!
LE DIABLE.
Tu n'as rien vu! Tu n'as rien su! Tu n'as rien eu!
UNE OMBRE.
Pêcheur qui veux la perle et qui jamais ne plonges,
Tu n'as eu que ce qu'on a vite…
DON JUAN.
Vos mensonges!
UNE AUTRE OMBRE.
Depuis quand est-ce la vérité qu'il vous faut?
Mais la Femme, quand l'Homme a dit le premier mot,
Connaît dans quel mensonge il veut qu'elle l'embarque!
UNE AUTRE.
Tu voulais un bas bleu: j'ai parle de Pétrarque.
UNE AUTRE.
La femme étrange étant ton désir du moment,
J'eus ce je ne sais quoi qu'on fait je sais comment.
UNE AUTRE.
Je vis que vous cherchiez la pecque de province:
Et j'avalai ma bouche afin qu'elle fût mince.
UNE AUTRE.
Sentant qu'il vous fallait qu'un bonheur fût flétri,
Je souris devant vous un soir à mon mari.
UNE AUTRE.
Car l'homme ayant créé les Agnès, les Omphale,
Être femme consiste à resservir au mâle,
A l'heure où le désir ne le rend pas malin,
L'éternel féminin, ouvrage masculin!
LE DIABLE.
Donc, tu n'as fréquenté que quelques logogriphes…
Et je peux t'emporter maintenant!
DON JUAN.
Bas les griffes!
Avaient-ils moins conquis les Indes, mes aïeux,
Parce que les Indiens restaient mystérieux?
LE DIABLE.
Donc, posséder?…
DON JUAN.
C'est dominer. Mon énergie
A satisfait l'esprit que la théologie
Appelle l'esprit de… de…
LE DIABLE.
De principauté.
DON JUAN.
J'ai dominé, ceci ne peut plus m'être ôté.
Prince en qui Machiavel à l'Arétin s'allie…
LE DIABLE.
Ce que c'est que d'avoir passé par l'Italie!
Bon petit Andalou sensuel et léger,
Comme tu t'encombras, en croyant voyager,
De ce que chaque peuple ajoute à la luxure!
DON JUAN.
J'ai corrompu.
LE DIABLE.
C'est là ta gloire la plus sûre?
Aux Ombres.
Quand eûtes-vous du crime un désir conscient?
LES OMBRES.
Le premier jour!—Le premier soir!—En te voyant!
—Avant de t'avoir vu j'en avais eu l'idée.
—C'est quand je t'eus choisi que tu m'as regardée.
DON JUAN.
Il est des vierges…
LE DIABLE.
Oui, l'on nomme ainsi, je sais,
Celles qui font leur choix avec les yeux baissés.
DON JUAN, bondissant vers les Ombres.
Mais je vous séduisis!
UNE OMBRE.
Quand nous t'y décidâmes!
DON JUAN.
Par?…
UNE AUTRE OMBRE.
Le signe.
PLUSIEURS.
Le signe.
DON JUAN.
Il est de grandes dames.
UNE AUTRE OMBRE.
Ce sont celles qui font le geste plus petit!
DON JUAN.
Mais…
LES OMBRES.
Souviens-toi: tout!—Rien!…—Un flacon trop senti!…
—Une fleur que l'on casse…—Un enfant qu'on embrasse…
—Un rire qui s'espace…
LE DIABLE.
—Un silence où je passe…
DON JUAN.
Mais alors?…
LES OMBRES.
Souviens-toi!
DON JUAN.
Non, c'est faux! vous mentez!
UNE OMBRE.
Tu nous as fièrement dicté nos volontés!
DON JUAN.
Il est des Cendrillons à la fuite éperdue…
UNE OMBRE.
Avec, toujours, un peu de pantoufle perdue!
UNE AUTRE.
Tes échelles, Don Juan, ne seraient-elles pas
Des toiles d'araignée auxquelles tu grimpas?
DON JUAN, avec un rire amer.
Quoi! j'ai passé ma vie?…
LE DIABLE.
A croire t'introduire
Dans des cœurs où je t'attendais…
DON JUAN.
Alors, séduire?
LE DIABLE.
«Oh! comme j'ai séduit l'aimant!» se dit le fer.
UNE AUTRE.
Vous n'êtes que celui qu'on s'est le plus offert!
UNE AUTRE.
Qu'on se passe en riant!
UNE AUTRE.
Où donc est-il? Un gage!
DON JUAN.
Je me suis cru le loup de la forêt sauvage,
Et je n'étais que le furet du Bois-Joli!
TOUTES LES OMBRES chantant autour de Don Juan.
Il court, il court, le furet,
Le furet du bois, mesdames!…
Il court, il court, le furet,
Le furet du Bois-Joli!
LE DIABLE, tapant de son archet sur le cœur d'un fantôme.
Il a passé par ici!
Sur le cœur d'un autre.
Il repassera par là!…
Et se jetant brusquement sur Don Juan:
Et je t'emporte, dupe, humilié, modeste…
DON JUAN, se dégageant.
Pas encore!
LE DIABLE, reculant et le regardant.
Il te reste un orgueil?
DON JUAN, s'adossant, les bras croisés, au haut fauteuil.
Il me reste…
LE DIABLE.
Ah! tu veux te reprendre?
DON JUAN.
Ah! tu veux me nier?
Il chancelle, passe la main sur son front en sueur et se dit tout bas:
C'est ici mon plus grand duel.
LE DIABLE.
Et le dernier!
Quel est cet orgueil neuf?
DON JUAN.
Celui du fer!
LE DIABLE.
Qu'on lime!
DON JUAN.
Qui sent qu'il doit avoir quelque vertu sublime
Pour qu'à tous les métaux l'ait préféré l'aimant!
LE DIABLE, redevenu doux.
Donc, il te reste d'avoir plu?
DON JUAN.
Terriblement!
Comment veux-tu qu'au doute un être s'abandonne
Qui sent sa profondeur au vertige qu'il donne?
Plaire est le plus grand don pour l'homme!
LE DIABLE.
Chi lo sa?
Le dédain d'une sotte a créé Spinoza,
Et c'est son nez cassé qui nous vaut Michel-Ange!
DON JUAN.
Plaire est le plus grand signe, et c'est le plus étrange.
LE DIABLE.
Demande-leur pourquoi tu leur plaisais…
DON JUAN, à une Ombre.
Vous?
L'OMBRE, s'avançant avec un petit rire.
Moi?
DON JUAN, tout d'un coup.
Non! Peut-être il vaut mieux ne pas savoir pourquoi!
LE DIABLE, la main déjà sur lui.
Ah! tu trembles?
DON JUAN, à l'Ombre.
Parlez.
L'OMBRE.
Pour un parfum…
DON JUAN.
D'abîme?
L'OMBRE.
De tabac blond, d'alcôve et de salle d'escrime.
UNE AUTRE.
Pour les raisons qui font qu'aux hommes tu déplus.
UNE AUTRE.
Parce que c'est de toi que l'on rougit le plus.
UNE AUTRE.
A cause que la femme est ton métier.
UNE AUTRE.
A cause
Qu'on ne te sent jamais occupé d'autre chose.
UNE AUTRE.
Pour l'orgueil d'affronter tant de comparaisons.
UNE AUTRE.
Pour ton affreuse habileté.
PLUSIEURS AUTRES.
Pour les façons
Dont tu décoiffes!—Dont tu mens!—Dont tu rhabilles!
UNE AUTRE, d'une voix sombre.
Car la femme a Don Juan comme l'homme a les filles!
LE DIABLE.
Eh bien, s'il peut suffire, au moment que l'on meurt,
D'avoir, Prince Charmant, été ce vil charmeur,
Si cette gloire-là te plaît…
DON JUAN.
Je la déteste!
LE DIABLE.
Que te reste-t-il donc?
DON JUAN.
Il me reste… il me reste…
Ah! je sens qu'on va tout m'arracher peu à peu!
LE DIABLE.
Avant de le rôtir je plume l'Oiseau Bleu!
DON JUAN.
Il me reste l'intrépidité. Je me moque
De tout, et qu'on m'ait pris pour un être équivoque:
Je sais le secoueur de torche que j'étais.
C'est vous qui me preniez, c'est moi qui vous quittais!
LES OMBRES.
Il a passé par ici,
Il repassera par là!
DON JUAN.
Il ne repasse pas, celui qui se surpasse
En s'arrachant sans cesse à l'habitude basse,
Et qui, n'obéissant jamais qu'à son instinct,
Fait dangereusement bondir un grand destin
Par-dessus toutes les morales sottisières!
Crois-tu que, transgresseur de toutes les lisières,
J'ai bien couru ma vie, hein! sans régie et sans loi…
LE DIABLE.
Je crois que tu lis trop ce qu'on écrit sur toi!
DON JUAN.
Et que j'ai bien fourni pendant dix ans de suite
Cette course en avant…
LE DIABLE.
Qui n'était qu'une fuite!
DON JUAN.
Moi, peur?
LE DIABLE.
De t'arrêter, oui!
DON JUAN.
Peur?
LE DIABLE.
D'aimer un jour!
Le héros de l'amour fuyait devant l'amour!
DON JUAN.
Peur?
LE DIABLE.
D'être le premier au rendez-vous.
UNE OMBRE.
D'attendre.
DON JUAN.
Moi, l'insolent joyeux!…
UNE AUTRE.
Qui tremblait d'être tendre!
DON JUAN.
Qui chantait dans l'amour!
UNE AUTRE.
Comme on siffle la nuit!
UNE AUTRE, de plus en plus haut.
Vous avez fui de femme en femme, comme on fuit
D'arbre en arbre devant un archer qu'on redoute!
UNE AUTRE, d'une voix aiguë.
De chaque nouveau corps rencontré sur sa route
Il s'est fait un rempart contre quelque ancien cœur!
UNE AUTRE.
Il avait peur!
TOUTES, criant.
Il avait peur!
UNE AUTRE, gravement.
De la douleur!
UNE AUTRE.
Du ciseau de douleur que, pour sculpter son âme,
L'homme a presque le droit d'exiger de la femme!
UNE AUTRE.
Lâche, qui promenas sous le ciel escroqué
La honte d'une tempe où rien ne s'est marqué!
TOUTES.
Lâche!
DON JUAN, montrant le poing aux Ombres.
Oui, vous m'insultez, folles et rancunières
De n'avoir jamais pu vous enfuir les premières!
LE DIABLE, abattant la main sur son épaule.
Donc, c'est cela qui fut ta surhumanité:
Savoir fuir le premier?
DON JUAN, se redressant.
Non.
LE DIABLE.
Qu'as-tu donc été?
DON JUAN.
Oh!
LE DIABLE, le secouant dans un rire de triomphe.
Dans quel sens vas-tu sur toi-même te tordre
Pour trouver un destin où ne fut qu'un désordre?
Cherche! Il n'y a plus rien qui te reste?
DON JUAN, essayant de se redresser.
Il y a…
LE DIABLE, ironique.
Bataille encor?
DON JUAN, se remettant debout, avec désespoir.
Bataille!
LE DIABLE, froidement.
En grec, Agonia!
DON JUAN, se redressant.
Mon agonie empoigne une fierté nouvelle.
LE DIABLE, souriant.
Tu changes de bâton comme Polichinelle!
DON JUAN.
Il y a que je fus toujours, férocement,
L'homme qui prend la femme à l'autre homme: l'amant!
Je n'ai jamais pâli quand on nommait un homme!
LE DIABLE.
Pour te faire pâlir, il suffit que l'on nomme…
DON JUAN.
Qui?
LA MOITIÉ DES OMBRES.
Roméo!
L'AUTRE MOITIÉ.
Tristan!
DON JUAN.
Ah! taisez-vous!
LES OMBRES, à droite.
Tristan!
LES OMBRES, à gauche.
Roméo!
UNE OMBRE.
Les amants, c'est eux! Toi, profitant
Des langueurs par ces noms dans nos âmes laissées,
Maraudeur, tu n'as fait qu'achever des blessées!
DON JUAN.
Ce n'est pas vrai! Mon nom est dans vos souvenirs…
UNE OMBRE.
Le nom de nos baisers, mais pas de nos soupirs!
DON JUAN.
Oh!
LES OMBRES.
Roméo!—Tristan!
UNE OMBRE.
Ah! même lorsqu'on t'aime,
C'est eux qui sont les dieux, car c'est eux qu'on blasphème!
LES OMBRES.
Roméo!
UNE OMBRE.
Va! poursuis le rival immortel!
LES OMBRES.
Tristan!
UNE OMBRE.
Tu ne peux pas les tuer en duel,
Ceux-là!
DON JUAN.
Vous tairez-vous?
UNE OMBRE.
Leur gloire t'importune!
Tu n'as eu que toutes les femmes,—mais pas une!
DON JUAN.
Mais j'ai, du moins,—ceci ne peut pas m'être pris,—
Fait les femmes souffrir…
LE DIABLE.
Où tu n'as rien compris!
DON JUAN.
Bah! qu'importe? Comme Attila les paysages,
J'ai, sans les déchiffrer, ravagé les visages!
Du plus puissant des dieux je reste le fléau!
Hein! c'est plus que Tristan? c'est plus que Roméo?
L'amour, c'est l'un qui souffre et l'autre qui regarde,
Et je fus toujours l'autre, et, cela, je le garde!
Voir pleurer d'un œil froid!
LE DIABLE.
Ce que c'est que d'avoir
Passé par l'Angleterre!
DON JUAN.
On compte son pouvoir.
LE DIABLE.
Fais la quête!
DON JUAN.
Comment?
LE DIABLE, [prenant sur la table une coupe et la lui tendant.]
Prends cette frêle vasque.
Chaque spectre d'amour porte, au coin de son masque,
Ce soir, comme un bijou, son plus grand pleur durci:
Quête, et l'on entendra dans la coupe…
DON JUAN, quêtant.
Merci.
LE DIABLE.
… Le pleur cristallisé tinter comme une offrande.
DON JUAN.
Pour l'âme de Don Juan! Le Diable vous le rende!
Merci!
LE DIABLE.
Pour abréger, larmes…
DON JUAN.
Merci beaucoup!
LE DIABLE.
Venez toutes tomber dans la coupe d'un coup!
DON JUAN.
Merci!—La coupe est pleine! Elle étincelle! Lune,
Ma vieille associée, argente ma fortune!
J'ai tiré tout cela des femmes!
Parlant aux pleurs.
Tu souffrais?
Tu souffrais?
[Au Diable.]
Dans l'enfer ces pleurs me tiendront frais!
C'est pour moi qu'il y eut tout cela sur des joues!
LE DIABLE.
Donc, c'est avec cela, maintenant, que tu joues?
DON JUAN.
Que je gagne, Démon! Pour ceux de ton métier,
Une coupe de pleurs c'est presque un bénitier!
LE DIABLE.
Oui… le Diable se brûle en touchant une larme.
Il fouille dans les poches de son grand habit.
Mais j'ai sur moi…
Il sort une lentille énorme montée d'acier noir.
DON JUAN.
Quoi donc?
LE DIABLE.
La loupe. C'est mon arme.
Il se met à ranger les pleurs sur la table.
Nous mettrons là les vrais, les purs, les sans défauts;
Et là, les faux.
DON JUAN, sursautant.
Comment, les faux?
LE DIABLE, poussant les pleurs avec sa loupe.
Faux. Faux. Faux. Faux.
DON JUAN.
Et ça?
LE DIABLE.
Ça, c'est un pleur qu'un retour improviste
Aurait trouvé riant avec sa camériste.
DON JUAN.
Ce gros-là?
LE DIABLE.
Fut versé pour un chapeau manqué;
Mais par un virement on te l'a rappliqué.
DON JUAN.
Ces deux larmes si longues?…
LE DIABLE.
Peuh!…
DON JUAN.
Tu le décrètes!
Il en saisit une tout d'un coup.
Ah!… quelles sont les plus limpides?
LE DIABLE.
Les secrètes!
DON JUAN, lui montrant celle qu'il tient.
Une secrète, tiens!
LE DIABLE.
Non. Je peux la toucher.
C'est une qu'on a fait semblant de te cacher.
D'où vient que tous ces pleurs, ceux même où souffre une âme,
Je les touche?…
UNE OMBRE.
C'est qu'ils étaient dans le programme.
DON JUAN.
Hein?
L'OMBRE.
Quand on prend Don Juan, mon cher, c'est pour s'offrir
Le luxe de savoir comment il fait souffrir!
UNE AUTRE.
Et le goût que prendront nos larmes sur sa bouche!
UNE AUTRE.
Il n'est pas étonnant que le Diable les touche,
Des pleurs où le plaisir entre pour un carat!
UNE AUTRE.
Les larmes qu'on voulut qu'un cruel nous tirât,
Ce sont des larmes…
DON JUAN.
Qu'on dévore!
UNE OMBRE.
Qu'on déguste!
LE DIABLE.
Ovide savait ça déjà du temps d'Auguste!
UNE AUTRE.
Sur le programme, avec les bonbons et les fleurs…
LE DIABLE.
Des pleurs dont on jouit ne sont pas de vrais pleurs!
—Eh bien, te reste-t-il quelque sceptre de paille?
Cherche! Cherche!
DON JUAN.
Ce cri répété qui me fouaille
Me l'apprend, quelle fut ma grandeur: j'ai cherché!
J'étais celui qui croit qu'un trésor est caché,
Qu'une fleur bleue existe au haut d'une montagne…
LE DIABLE.
Ce que c'est que d'avoir passé par l'Allemagne!
DON JUAN.
Mais quand on trouve, c'est qu'on n'avait pas rêvé!
LE DIABLE.
Donc, ce fut ta grandeur de n'avoir pas trouvé?
DON JUAN.
Oui.
LE DIABLE.
Ay!
DON JUAN.
Qu'est-ce?
LE DIABLE.
En posant la main sur cette table,
Je viens de me brûler…
DON JUAN.
Oh!
LE DIABLE.
Elle est véritable!
DON JUAN.
Qu'est-ce que c'est que ça?
LE DIABLE.
C'est une larme, ça!
DON JUAN.
Oh! de blancheur, toi-même, elle t'éclaboussa!
LE DIABLE.
Viens la voir!
[Tous deux se penchent sur la larme.]
Pour Rembrandt, hein, quel sujet de toile
Deux profils de damnés penchés sur une étoile!
DON JUAN.
Une femme aurait pu laisser tomber?…
UNE VOIX, qui est celle de l'Ombre Blanche.
Oui!
DON JUAN.
Bah!