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La dernière nuit de Don Juan: poème dramatique en deux parties et un prologue cover

La dernière nuit de Don Juan: poème dramatique en deux parties et un prologue

Chapter 14: SCÈNE II
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About This Book

The work stages a poetic drama in a prologue and multiple scenes that tracks a legendary libertine's final reckoning with supernatural forces. A statuary avenger and infernal presences compel him into an infernal bargain, and, after a ten-year interval, he resumes seductions in Venice while exchanging witty, ironic dialogue with his valet. The verse drama mixes comic bravado and lyrical monologues as it probes themes of transgression, desire, mortality, and theatrical illusion, culminating in a metaphysical confrontation that determines the hero's ultimate fate.

Un fantôme plus blanc et plus argenté s'avance en glissant.
L'OMBRE BLANCHE.
Celle qui comme un pleur elle-même tomba!
DON JUAN.
Comme un pleur?
L'OMBRE BLANCHE.
De pitié.
DON JUAN.
Sur ta vertu qu'on froisse?
L'OMBRE BLANCHE.
Non. Sur ton angoisse.
DON JUAN.
Ah?
L'OMBRE BLANCHE.
Car tu n'es qu'une angoisse!
Une angoisse, malgré l'orgueil que tu cabras,
Une angoisse qui veut autour d'elle des bras!
DON JUAN.
Qui donc es-tu, qui mets un astre sur ta faute?
L'OMBRE BLANCHE.
Je suis celle qui dit ce qu'elle est à voix haute.
DON JUAN.
Ton esprit?
L'OMBRE BLANCHE.
C'est mon cœur!
DON JUAN.
Ton âme?
L'OMBRE BLANCHE.
C'est mon cœur!
DON JUAN.
Tes sens?
L'OMBRE BLANCHE.
C'était mon cœur!
DON JUAN.
Quel est ton nom, Blancheur?
L'OMBRE BLANCHE.
Je suis celle qui dit son nom, mais à voix basse.
Elle murmure un nom à l'oreille de Don Juan.
DON JUAN.
Je ne me souviens pas de ce nom plein de grâce.
L'OMBRE BLANCHE.
Je suis celle qui se démasque simplement.
[Elle ôte son masque.]
DON JUAN.
Je ne reconnais pas ce visage charmant.
Tu t'es donnée à moi?
L'OMBRE BLANCHE.
Quand tu m'as désirée.
DON JUAN, cherchant, la main sur le front.
Quel jour? Dans quel pays?
Il fouille machinalement dans son pourpoint.
Ma liste est déchirée!
LE DIABLE, souriant.
J'en ai toujours un fac-similé…
Il a tiré vivement d'une de ses poches un étrange portefeuille, d'où ses longs doigts cueillent une autre liste qu'il présente avec grâce à Don Juan.
DON JUAN, saisissant la liste.
Donne!
Il se met à chercher.
Non?
Non?… Je l'ai rencontrée… Elle existe… et son nom?
LE DIABLE.
Cherche!
DON JUAN, avec une nervosité croissante.
Son nom… son nom… son nom… Ah! que c'est triste!
C'est le seul que je n'ai pas écrit sur la liste!
LE DIABLE.
Tu n'en oublias qu'une…
DON JUAN, à l'Ombre blanche.
Et c'est toi!
L'OMBRE BLANCHE.
Que veux-tu!…
LE DIABLE.
Chercheur qui trouves sans savoir, t'ai-je abattu?
DON JUAN.
J'ai calligraphié les noms des moindres folles,
Et… Mais quand tous ces noms devenaient des gondoles,
De quoi donc es-tu née, alors, au flot tremblant?
L'OMBRE BLANCHE.
La liste déchirée avait un morceau blanc!
DON JUAN, se relevant tout à coup.
Mais je n'ai laissé fuir—est-ce de quoi m'abattre?—
L'idéal qu'une fois, du moins, sur mille et quatre!
L'OMBRE BLANCHE, qui s'est mêlée à la foule des Ombres à gauche.
Qu'une fois?
DON JUAN.
Elle a fui.
L'OMBRE BLANCHE, passant à droite.
Qu'une fois?
DON JUAN.
Tiens! sa voix
S'éloigne?… Où donc es-tu?… Pourquoi donc…
L'OMBRE BLANCHE.
Qu'une fois?
DON JUAN.
… M'obliger, comme on suit d'arbre en arbre un bruit d'ailes,
A poursuivre ta voix de femme en femme?
L'OMBRE BLANCHE.
Pour
T'apprendre…
DON JUAN.
Où donc es-tu?
L'OMBRE BLANCHE, reparaissant.
… Que dans chacune d'elles
Tu m'aurais pu trouver avec un peu d'amour!
DON JUAN, la saisissant.
Tu n'existais qu'en une!
L'OMBRE BLANCHE.
Et j'attendais dans toutes!
Et tu passas ta vie à passer à côté!
Car notre cœur ne bat que lorsque tu l'écoutes,
Et tu dormais sur lui sans l'avoir écouté!
Tu l'aurais fait jaillir, la compagne suprême,
De chacune de nous, peut-être, en essayant…
D'AUTRES OMBRES.
Et de moi-même!—Et de moi-même!—Et de moi-même!
L'OMBRE BLANCHE.
Elle était dans chacune…
DON JUAN.
Oh! non!
L'OMBRE BLANCHE, tristement.
Si!
TOUTES LES OMBRES.
Si, Don Juan!
DON JUAN.
Quel immense sanglot, submergeant leur rancune,
Fait se tendre vers moi des bras à l'infini?
DES OMBRES.
Elle était dans chacune!—Elle était dans chacune!
—Don Johnny!—Don Johann!—Don Juan!—Don Giovanni!
LE DIABLE.
Un attendrissement me reprendrait leur âme?
Debout, chiennes! rentrez dans votre haine! Holà!
Il redescend.
Comme l'Homme éternel et l'éternelle Femme
Se réconcilieraient si je n'étais pas là!
DON JUAN, à l'Ombre blanche.
J'aurais voulu t'aimer!
LE DIABLE.
Meurs, sachant qu'elle existe!
L'OMBRE BLANCHE.
Non! Tant que dans ce pleur une flamme persiste,
Don Juan peut essayer de se trouver un cœur!
LE DIABLE.
Cherche!… Et, s'il peut aimer, je ne suis pas vainqueur!
L'OMBRE BLANCHE.
Aime, fût ce un instant, l'ombre d'une maîtresse!
Prends ma tête dans tes deux mains, comme ceci,
Et dis: «Je veux tresser… je veux tresser… je tresse
«Tous les cheveux rêvés sur un seul front choisi!»
DON JUAN.
Je veux…
LE DIABLE.
Trop tard! Tu fus trop longtemps l'adversaire.
L'OMBRE BLANCHE.
Dis: «Je m'offre à l'amour…» Serre-moi bien…
DON JUAN.
Je serre,
Et je m'offre à l'amour…
LE DIABLE.
Comme un bretteur trop fort
Qui pare malgré lui lorsqu'il cherche la mort!
DON JUAN.
Non! je t'emporte enfin sur mon cœur plein de joie
Et fidèle!
TOUTES LES OMBRES, se démasquant.
Fidèle?
DON JUAN.
Ah! les masques de soie
Sont tombés! Je vois les visages!
L'OMBRE BLANCHE.
Toutes ces
Figures que tu sais qui t'ont menti?
DON JUAN.
Je sais
Que toutes m'ont menti, que toutes… Ah!…
LES OMBRES.
Fidèle?
DON JUAN.
Si toutes m'ont menti, chacune est donc nouvelle!
Non, je n'ai plus de cœur pour une seule tant
Qu'un visage nouveau m'intrigue…
LES OMBRES.
Ah! ah!
DON JUAN, à l'Ombre blanche.
Va-t'en!
Aux autres.
Mais ne triomphez pas, je demeure invincible!
LE DIABLE.
Donc, vous cherchiez pour ne pas trouver?
DON JUAN.
C'est possible!
Car, si j'avais trouvé, je serais mort d'ennui.
Don Juan n'a rien cherché que la recherche et lui!
Moi, la femme n'était que mon prétexte, en somme!
Non, ne triomphez pas! Je vous ai prises comme,
Pour bondir au-dessus de soi-même plus beau,
On prend une arme, un thyrse, une coupe, un flambeau!
UNE OMBRE.
C'est le dernier orgueil dans lequel tu te glisses?
DON JUAN.
Oui! Vous n'avez été que mes exaltatrices!
UNE AUTRE.
Il se peut qu'en effet, Don Juan, nous le fussions:
Mais alors, qu'as-tu fait des exaltations?
DON JUAN.
Mais…
UNE AUTRE.
Si tu pris de nous tout ce que tu racontes,
Alors, Don Juan…
UNE AUTRE.
Alors, Don Juan, rends-nous des comptes!
Qu'as-tu fait de ce soir où l'orgueil t'étouffait
Quand tu sortais de ma gondole?
UNE AUTRE.
Qu'as-tu fait
Des nuits où tu m'as dû ce délire lucide
Dans lequel il convient qu'un exploit se décide?
TOUTES.
Rends-nous des comptes!
UNE OMBRE.
S'il est vrai que, grâce à moi,
Tu bondis au-dessus de toi-même, vers quoi?
Qu'as-tu fait d'immortel avec une seconde?
UNE AUTRE.
De quelle œuvre mes yeux font-ils une Joconde?
DON JUAN.
Taisez-vous!
LE DIABLE.
Cette fois, c'est le son d'un vrai cri!
UNE AUTRE.
Dans quelle ode la rose a-t-elle refleuri
Qu'en partant, le matin, tu cueillais dans ma haie?
DON JUAN.
Ah! vous avez touché la plus secrète plaie!
UNE AUTRE.
Quand prête à succomber, j'ai dit: «Où tu voudras!»
Quels drapeaux enlevés m'as-tu donnés pour draps?
DON JUAN.
Silence!
UNE OMBRE.
Et de notre belle heure de Sicile,
Qu'en as-tu fait de grand? de beau? de difficile?
LE DIABLE.
A longs coups de regret poignardez tour à tour
Ce cœur ambitieux détourné dans l'amour!
UNE OMBRE.
Les femmes t'ont aimé: de ce jardin suprême
Qu'on porte en soi sitôt que l'on sent qu'on vous aime,
Qu'as-tu fait, Boabdil gaspilleur d'Alhambras?
UNE AUTRE.
En voyant que toujours tu sortais de nos bras,
Les hommes t'ont haï: qu'as-tu fait de leur haine?
UNE AUTRE.
Qu'as-tu fait d'un baiser qui, puisque j'étais reine,
Aurait dû t'obliger à devenir un roi?
UNE AUTRE.
Qu'as-tu fait—car j'étais comédienne, moi,—
Des souffles respirés aux voiles des Électres?
TOUTES.
Don Juan! Don Juan!
DON JUAN.
Quelle est cette émeute de spectres?
LES OMBRES.
Si nous fûmes pour toi ces choses, en effet…
LE DIABLE.
Poignardez le César futile!
LES OMBRES.
… Qu'as-tu fait
Du thyrse?—du flambeau?—de la coupe?—de l'arme?
L'OMBRE BLANCHE.
Don Juan…
DON JUAN.
Et toi aussi!
L'OMBRE BLANCHE.
Qu'as-tu fait de ma larme?
DON JUAN.
Oui, ta larme sur mon angoisse avait raison.
Les cœurs ne savent pas tous les regrets qu'ils ont!
De tant d'occasions d'être grand, fort ou triste,
Je n'ai fait qu'une liste…
LE DIABLE.
A genoux sur sa liste!
LES OMBRES.
A genoux! A genoux!—Ah! qu'il reste à genoux,
Pour avoir fait de nous, en ne voulant que nous,
La Femme qui jamais ne conduit qu'à la Femme!
DON JUAN.
J'ai froid!
UNE OMBRE.
Pour avoir fait, de l'amour qu'il diffame,
Un moment qui ne peut mener qu'à des moments!
DON JUAN.
Je ne me repens pas… Ah! quels sont ces tourments?
Et l'on dit un «Don Juan» pour nommer la victoire
Mais tout homme eut son jour! le jour où l'on peut croire
Que l'on se réalise, où l'on se dit: «Je suis!»
Je n'ai pas eu mon jour!
LE DIABLE.
Tu n'as eu que leurs nuits!
DON JUAN.
Ah! Don Juan!… Ce n'est pas qu'au moins je me repente…
Mais Don Juan, c'est Don Juan d'Autriche après Lépante!
Pourquoi, devant la mort, veut-on se souvenir
D'une action qui vous rattache à l'avenir?
Je ne me repens pas… Quels sont ces feux étranges?…
Aimes-tu donc la vie au point que tu la venges,
Mort! et doit-il mourir, le coureur renversé,
Brûlé par le flambeau qu'il n'a pas repassé!
LE DIABLE.
Eh bien, le ver est-il dans tous les fruits de l'arbre?
DON JUAN.
Ah! si la volonté sculpte des fruits de marbre,
Si l'on peut, en faisant quelque chose de beau,
Vaincre le ver du fruit et le ver du tombeau!…
LE DIABLE.
Eh bien, vous suffit-il, pendant qu'on agonise,
D'avoir sur ses reflets vécu comme Venise?
DON JUAN.
Non! au moment qu'on meurt il faut avoir créé.
Tu ne peux pas savoir ce que je souffre.
LE DIABLE.
Hé! hé!
DON JUAN.
Oh! que rien de vivant de mon souffle ne vienne!
La connais-tu, cette souffrance?
LE DIABLE.
C'est la mienne!
C'est ça, l'enfer. Aucun créateur n'est là-bas.
DON JUAN.
Tu me plains?
LE DIABLE.
Je comprends. Plaindre, je ne peux pas.
[Voulant entraîner Don Juan.]
Allons! viens, viens! Tu es de ceux dont rien ne reste,
Pas un mot! pas un geste!
DON JUAN.
Ah! si, quand même, un geste!
Un mot! Le fameux mot et le geste par quoi
J'annonçai la tempête au siècle! Souviens-toi
Qu'un jour où, mon manteau jeté sur mon visage,
Je fuyais les sergents au fond d'un paysage,
J'ai rencontré le Pauvre…
LE DIABLE.
Oui, parlons-en un peu.
DON JUAN.
Il demandait un sou pour l'amour de son Dieu,
Et j'ai dit, lui faisant d'un louis d'or l'aumône,
Ce mot qui mit du feu dans cette pièce jaune:
«Pour l'amour de l'humanité!»
LE DIABLE.
L'humanité!
DON JUAN.
J'ai, le premier, ce mot dans l'histoire jeté!
LE DIABLE.
Ce que c'est que d'avoir passé par la France!
DON JUAN.
Ouvre
Ta griffe! Mon destin, cette fois, se découvre.
L'avenir me devra quelque chose, je crois.
C'est moi qui, rencontrant le Pauvre au coin d'un bois,
L'ai détroussé de sa résignation! Place!
Des libertins la Liberté tient son audace!
Je n'ai pas vainement vécu. Je peux aller
Le retrouver, ce Pauvre!
LE DIABLE.
Ose donc lui parler!
[Le Pauvre apparaît.]

SCÈNE II

DON JUAN, LE DIABLE, LES MILLE ET TROIS OMBRES, L'OMBRE BLANCHE, LE PAUVRE
DON JUAN.
Mon or luit dans sa main qu'il semble encor me tendre…
Spectre, que me veux-tu?
LE PAUVRE.
Ça, d'abord: vous le rendre!
[Il lui jette à la tête sa pièce d'or.]
DON JUAN, chancelant, blessé au front.
Ah!
LE DIABLE.
Tu devais périr de cette aumône-là!
DON JUAN, au Pauvre qui marche silencieusement vers lui, les mains ouvertes.
Mais je veux t'expliquer… La liberté…
LE PAUVRE, levant son énorme main.
Holà!
C'est un souci trop grand qui soudain vous occupe.
DON JUAN.
Le Peuple…
LE PAUVRE.
Non, Don Juan, pas plus haut que la jupe!
DON JUAN.
Mais l'avenir…
LE DIABLE, au Pauvre.
Étouffe au gosier du menteur
Le couplet social et revendicateur!
Ah! ah! les débauchés finiraient en apôtres?
DON JUAN.
Je me suis révolté, pourtant!
LE PAUVRE.
Pas pour les autres!
DON JUAN.
Tu ne vas pas?…
LE PAUVRE.
Je vais t'étrangler, pour avoir
Osé souiller les mots dont se sert notre espoir!
DON JUAN.
Le second Commandeur qui retrousse ses manches?
LE PAUVRE.
Le premier Commandeur avait les mains trop blanches
Pour tuer le héros de ceux qui ne font rien!
DON JUAN.
Écoute-moi, je peux te servir, Plébéien!
Je peux…
L'OMBRE BLANCHE.
Oh! tant qu'il reste en ce pleur une flamme,
Don Juan peut essayer de se trouver une âme…
LE DIABLE.
Fais vite, il va s'éteindre!
DON JUAN.
Oui, j'ai l'audace…
LE PAUVRE, ricanant.
Ah?
DON JUAN.
La
Ruse…
LE PAUVRE.
Ah?
DON JUAN.
L'œil d'un chef…
LE PAUVRE.
Ah?
DON JUAN.
L'esprit destructeur…
LE PAUVRE.
Ah?
DON JUAN.
Et puis, s'il faut du sang…
LE PAUVRE, tout à coup sérieux et terrible.
Il se peut qu'il en faille!
DON JUAN.
Je peux commettre…
TOUTES LES OMBRES, rejetant leurs manteaux.
Un crime?
DON JUAN.
Ah! les manteaux de faille
Tombent!… Je disais…
LE DIABLE.
Cherche!
DON JUAN.
Ah! vous m'en empêchez!
LE PAUVRE.
Tu parlais de commettre?…
LES FEMMES.
Un crime?
DON JUAN.
Ah! des péchés!
Je ne peux plus songer à servir une cause
Tant qu'une épaule est blonde et qu'une gorge est rose!
Tuez-moi!
LE DIABLE.
Rien ne pousse où le bouc a brouté.
Voilà le fond. Le reste était surajouté.
J'imprime le sabot de corne à ton front pâle.
DON JUAN.
Ah! laissez-moi bramer la souffrance du mâle!
Ah! qu'il faille toujours tout trahir pour cela!
Ceux qui pouvaient chercher autre chose! Il y a
Autre chose, pourtant, à chercher sur la terre!
Ah! que, pour usurper la place du mystère,
Il suffise à la chair d'un peu de voile autour!
Qu'un grand cœur qui pouvait nourrir un grand vautour
Devienne le repas du moineau de Lesbie!
Qu'on me tue! ou, repris par ma morne lubie,
De ces ombres encor mendiant le frisson,
J'y retourne comme le chien retourne à son…
LE DIABLE.
T'ai-je décortiqué de ta dernière écorce?
La voilà, cette intelligence!…
DON JUAN.
Ah!
LE DIABLE.
Cette force!
DON JUAN.
Ah!
LE DIABLE.
Cette volonté!
DON JUAN.
Ah!
LE DIABLE.
Cette liberté!
Tu sais le mot que Polichinelle a jeté?
DON JUAN.
Tais-toi!
LA VOIX DE POLICHINELLE, au fond.
La paillardise!
DON JUAN.
Ah! c'était bien la peine
De se croire un des fronts de l'insolence humaine
Pour que le dernier mot reste à Pulcinella!
L'OMBRE BLANCHE.
Ah! il y eut pourtant un peu plus que cela.
Il cache par orgueil son excuse suprême…
DON JUAN.
Pas d'excuse!
L'OMBRE BLANCHE.
Il n'a pu s'entendre avec lui-même:
Ceux qui ne s'aiment pas ont besoin d'être aimés.
DON JUAN.
Pas d'excuse! Je meurs, du moins, les poings fermés.
Sans t'avoir supplié!… L'Enfer! J'en suis avide!
LE DIABLE, au Pauvre.
Traîne-moi jusqu'ici ce beau costume vide
Où chacun glissera son rêve…
DON JUAN.
Hein?
LE DIABLE.
Tu vas voir
Quel drôle de petit enfer tu vas avoir!
DON JUAN.
L'enfer des monstres… de Néron… d'Héliogabale?
LE DIABLE.
Non! un petit enfer de toile qu'on trimbale.
DON JUAN.
Le guignol?… Je veux être un damné!
LE DIABLE.
Tu seras
Une marionnette, et tu ressasseras
L'adultère éternel dans un carré bleuâtre.
DON JUAN.
Grâce! l'éternel feu!
LE DIABLE.
Non! l'éternel théâtre!
DON JUAN.
Je ne veux pas…
LE DIABLE, au Pauvre.
Viens sur le sac me l'étrangler!
DON JUAN, [se débattant entre les mains du Pauvre.]
… Aller dans le guignol… Je ne veux pas aller…
LE DIABLE, à Don Juan.
Viens aux doigts des montreurs abdiquer ta personne!
DON JUAN.
Dans le guignol!
LE DIABLE.
Nous commençons! La cloche sonne!
Asseyez-vous, toutes les femmes, sur le sol!
LE PAUVRE.
Allons!
DON JUAN.
Je ne veux pas aller dans le guignol!
LE DIABLE, au Pauvre.
Traîne-le jusqu'ici!
DON JUAN.
Non, pas cette guérite!
Le grand cercle de feu que mon orgueil mérite!
LE PAUVRE.
Allons!
DON JUAN.
Je veux souffrir! Je n'ai jamais souffert!
J'ai gagné mon enfer! J'ai droit à mon enfer!
LE DIABLE.
L'enfer est où je veux, c'est moi qui le situe:
Certains hommes fameux le font dans leur statue;
Tu le feras dans ton pantin!
DON JUAN.
En te bravant,
Du moins! Le marbre est mort, le pantin est vivant!
Il faudra là-dedans, quand même…
LE DIABLE.
Que tu brilles?