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La Duchesse de Châteauroux et ses soeurs

Chapter 31: NOTES:
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About This Book

A detailed social and archival study reconstructs the lives and courtly ascent of a favorite and her sisters, tracing their origins, relationships, and influence within the monarch's circle. Using unpublished letters, official records, and contemporary memoirs, it interweaves personal anecdotes, political manoeuvres, and descriptions of court ritual to show how private networks shaped public power. The authors situate these biographies within wider eighteenth-century manners, gender expectations, and patronage systems, analyzing scandals, public opinion, and moral judgment. Chapters alternate biographical narrative with documentary transcriptions and commentary to evoke the atmosphere of a vanished courtly world.

«La D. de Châteauroux.»

«Je reçois votre lettre, monsieur, par le courrier. Je vous en suis tres obligée. Tout ce que vous me mandé m'enchante.»

À Lille, ce 28 juin.

«C'est a faire a vous, monsieur le maréchal, de prendre des villes; il me paroît que vous n'aves qu'a les regarder. Je vous assure que je vous en fais mon compliment de bien bon cœur, et que tout ce qui peut vous arriver de glorieux et de flateur me fait un plaisir extrême. Vous ne devés pas etre surpris de cette façon de penser, car il y a long tems que vous deves connoitre l'amitie veritable que j'ay pour vous, et qui ne changera jamais.

«La D. de Châteauroux[606].»

TABLE DES CHAPITRES

I

Louis XV pubère dans le courant du mois de février 1721.—Amour de la chasse et sauvagerie du jeune Roi.—Son éloignement de la femme.—Le duc de Bourbon forme le projet de marier Louis XV.—État dressé des cent princesses à marier en Europe.—Les dix-sept princesses dont le Conseil examine les titres.—Mademoiselle de Vermandois et les causes qui l'empêchèrent de devenir Reine de France.—Marie, fille de Leczinski, Roi de Pologne.—Certificat des médecins sur ses aptitudes à donner au Roi de France des enfants.—Déclaration de son mariage par le Roi à son petit lever.—Contrat de mariage de Louis XV et de Marie Leczinska.—Épousailles par procuration de la princesse polonaise à Strasbourg.—Arrivée de la Reine à Moret.—Célébration du mariage de Louis XV dans la chapelle de Fontainebleau, le 5 septembre 1725.—Amour du Roi pour sa femme.—Dépêche du duc de Bourbon sur la nuit de noces de Louis XV.

II

Maison de la Reine.—Brevet de dame d'atours, octroyé à la belle-mère de madame de Mailly.—Portrait physique de Marie Leczinska.—Caractère de la femme.—Le jeune homme chez Louis XV.—Entrevue du Roi et du duc de Bourbon obtenue par la Reine.—Disgrâce de M. le Duc.—Lettre de cachet remise par M. de Fréjus à la Reine.—Les rancunes du premier ministre contre la Reine.—La Reine obligée de lui demander la permission de faire un souper avec ses dames.—Maladie de Marie Leczinska et indifférence du Roi.—La Reine ne trouvant pas dans son salon un coupeur au lansquenet.—Louis XV abandonnant l'intérieur de Marie Leczinska pour la société de jeunes femmes.—Mademoiselle de Charolais.—Passion qu'elle affiche pour le Roi.—Madame la comtesse de Toulouse.—La petite cour de Rambouillet.—Froideurs des relations du Roi et de la Reine.—Les manies de la Reine.—Lassitude de son métier d'épouse et de mère.

III

L'attente universelle de l'infidélité du Roi.—L'Œil-de-Bœuf et l'antichambre.—Les alarmes de Fleury d'un retour d'influence de la Reine.—Les suppositions des courtisans.—La santé du Roi à l'Inconnue.—Le devoir refusé par la Reine au Roi.—Bachelier écartant le capuchon de madame de Mailly.—Son portrait physique.—L'ancienneté de la famille des de Nesle-Mailly.—Le contrat de mariage de Louise-Julie de Mailly-Nesle avec son cousin germain.—Sa liaison avec le marquis de Puisieux.—Ses relations secrètes avec le Roi depuis 1733.—Souper du Roi chez madame de Mailly à Compiègne le 14 juillet 1738.—La facile et commode maîtresse qu'était madame de Mailly.—Les soupers des petits appartements.—Tempérament atrabilaire de Louis XV.

IV

Bachelier, le valet de chambre du Roi.—Les entretiens avec le Roi, le premier rideau tiré.—Le choix fait par Bachelier d'une favorite sans ambition et sans cupidité.—Le Roi souffrant du peu de beauté de sa maîtresse.—Les tribulations de madame de Mailly avec son père et son mari.—L'inconstance du Roi.—Sa maladie de l'hiver 1738.—Madame Amelot, la jolie bourgeoise du Marais.—Les immunités et les distinctions de la favorite.—Les quarante louis des premiers rendez-vous.—Les chemises trouées et la misère de madame de Mailly après la disgrâce de Chauvelin.—Mademoiselle de Charolais et madame d'Estrées travaillant à gouverner le Roi par madame de Mailly.—Humeurs de la favorite.—Quand vous déferez-vous de votre vieux précepteur?.

V

Mademoiselle de Nesle, pensionnaire à Port-Royal.—Son plan dès le couvent de gouverner le Roi et la France.—Le besoin qu'avait madame de Mailly d'une confidente de son sang à Versailles.—Installation de mademoiselle de Nesle à la cour en mai 1739.—Sa laideur.—Son caractère folâtre et audacieux.—Louis XV faisant à madame de Mailly l'aveu de son amour pour sa sœur.—Mariage de mademoiselle de Nesle avec M. de Vintimille, neveu de l'archevêque.—Célébration du mariage en septembre.—Le Roi donne la chemise au marié.—Les complaisances de madame de Mailly.—Madame de Vintimille faisant abandonner à sa sœur la société de mademoiselle de Charolais pour la pousser dans la société de la comtesse de Toulouse.

VI

Le comte de Gramont nommé au commandement du régiment des gardes sur la recommandation de madame de Vintimille.—La mort du duc de la Trémoille.—Le duc de Luxembourg porté par les deux sœurs.—Menaces de retraite du Cardinal.—Lettre dictée à madame de Mailly par madame de Vintimille.—Fleury le neveu du Cardinal nommé premier gentilhomme de la Chambre.—Les protégés des deux sœurs.—Le maréchal de Belle-Isle.—La fraternité du duc et du chevalier.—Les projets de démembrement de l'Empire de Marie-Thérèse.—Louis XV entraîné à la guerre par les favorites.—Belle-Isle nommé ministre extraordinaire et plénipotentiaire à la diète de Francfort.—Le Cardinal forcé de faire marcher Maillebois en Bohême.—Chauvelin.—Son passé mondain et galant.—Ses manières de fripon.—Il est exilé à Bourges.—Son pouvoir occulte sur les événements politiques.—Il est à la tête du parti des honnêtes gens.

VII

Le château de Choisi.—La vie intérieure.—Louis XV ne passant plus qu'un jour plein à Versailles par semaine.—Les tentatives de madame de Vintimille pour donner au Roi le goût du gouvernement de sa maison et de son royaume.—Ses moqueries à l'endroit de la déférence de Louis XV pour son valet de chambre.—Grossesse laborieuse de la favorite.—Elle est prise d'une fièvre continue.—Colère du Roi à propos de son mutisme obstiné.—Retour à Versailles.—Madame de Vintimille accouche d'un fils.—Sa mort (9 septembre 1741).—Son cadavre servant de jouet à la populace de Versailles.—Madame de Vintimille, la femme à idées et à imagination de la famille de Nesle.—Grâce maniérée et précieux sentimental de ses lettres.

VIII

Les deux portes de l'Œil-de-Bœuf restent fermées toute la journée de la mort de madame de Vintimille.—Chagrin du Roi partant pour Saint-Léger.—Louis XV relisant la correspondance de la morte.—Le Roi est heureux de souffrir d'un rhumatisme en expiation de ses péchés.—Le petit appartement de M. de Meuse.—Les tristes soupers du petit appartement.—Mademoiselle de Charolais ne réussissant pas à rentrer dans l'intimité de madame de Mailly.—Influence de la comtesse de Toulouse et des Noailles sur le Roi.—Les emportements de madame de Mailly contre Maurepas.—L'aversion du cardinal de Fleury pour le maréchal de Belle-Isle.—Le maréchal fait duc héréditaire par la protection de madame de Mailly.—Chaleur de l'obligeance de madame de Mailly.—Son billet de recommandation en faveur de Meuse.—Sa délicatesse en matière d'argent.—L'anecdote des fourrures de la Czarine.

IX

Le Roi las de madame de Mailly.—Introduction de Richelieu dans les petits appartements.—Richelieu travaille à faire renvoyer la favorite.—Exclamation d'admiration du Roi à Petit-Bourg devant madame de la Tournelle.—Mariage de Marie-Anne de Mailly-Nesle avec le marquis de la Tournelle.—Dévotion du mari.—Apparition de madame de la Tournelle à la cour en 1740.—Inquiétude de Fleury.—Entretien du Cardinal avec la duchesse de Brancas.—Maurepas, l'ennemi des maîtresses.—Il s'efforce de détruire madame de la Tournelle dans l'esprit du Roi, en même temps qu'il joue l'amoureux de sa personne.

X

Mort de madame de Mazarin.—L'histoire de la chaise aux brancards ôtés de madame de Flavacourt.—Les deux logements donnés à Versailles à mesdames de la Tournelle et de Flavacourt.—La demande d'une place de dame du palais de la Reine faite par madame de la Tournelle.—Embarras du Cardinal et ses efforts, avec Maurepas, pour empêcher la nomination.—Généreuse et imprudente démission de madame de Mailly en faveur de sa sœur madame de Lauraguais.—L'ancien sentiment de madame de la Tournelle pour le duc d'Agénois et sa lettre pour ravoir sa correspondance.—Les timidités du Roi dans son rôle d'amoureux.—Sa conversation avec le duc de Richelieu.—Les souffrances de madame de Mailly pendant six semaines.—Ses lâchetés amoureuses pour être gardée par le Roi.—Mes sacrifices sont consommés.—La déclaration du Roi à madame de la Tournelle, en grande perruque.—La sortie désespérée de madame de Mailly.—Lettre de madame de la Tournelle sur le renvoi de sa sœur.—Les conditions éclatantes posées par la nouvelle favorite.—La retraite de madame de Mailly à l'hôtel de Noailles.—Ses journées et ses nuits de larmes.—La visite que lui fait le duc de Luynes dans l'appartement de madame de Ventadour.

XI

Refus de la duchesse de Luynes de faire partie du voyage de Choisi.—Le souper, les jeux de quadrille et de cavagnole.—Madame de la Tournelle proposant à madame de Chevreuse de changer de chambre.—Le Roi grattant en vain à la porte de madame de la Tournelle.—Lettre de la favorite donnant à Richelieu le pourquoi de son refus.—Louis XV malade d'amour.—L'aigreur et les allusions de la Reine.—Les représentations du Cardinal.—Lettre faisant appel aux sentiments religieux du Roi.—Les calotines de Maurepas.—Second voyage de madame de la Tournelle à Choisi.—La chanson l'Alleluia chantée par la favorite.—Troisième voyage à Choisi.—La tabatière du Roi tirée par madame de la Tournelle de dessous le chevet de son lit.—Départ de Richelieu, dans sa dormeuse, pour les États du Languedoc.—La favorite à l'Opéra.—Chronique des petits appartements envoyée par madame de la Tournelle à Richelieu.—Post-scriptum polisson d'une lettre de Louis XV.

XII

Mort du cardinal de Fleury.—L'ambition sans vivacité de la favorite.—Interception d'une lettre du duc de Richelieu à madame de la Tournelle.—Disgrâce momentanée du duc.—Le pot-au-feu des deux sœurs dans un cabinet de garde-robe.—Le mutisme affecté de madame de la Tournelle sur les affaires d'État.—Elle abandonne Belle-Isle et Chauvelin.—La nouvelle société formée autour de la favorite.—La Princesse, la Poule, la Rue des Mauvaises-Paroles.—Croquis de la Poule.—Madame de Lauraguais, la grosse réjouie.—Les physionomies des ministres.—Crédit de madame de Lauraguais.—Émulation amoureuse entre les deux sœurs.—La beauté de madame de la Tournelle.—Son portrait sous l'allégorie de la Force.—Les bains de la favorite.—Voyage de la Cour à Fontainebleau en septembre.—Commencement de la maison montée de madame de la Tournelle.—Le cercle restreint des soupeurs et des soupeuses.—La jalousie de madame de Maurepas empêchant pendant neuf mois madame de la Tournelle d'être élevée au rang de duchesse.—Lettre de madame de la Tournelle sur son duché.—Sa nomination et sa présentation le 22 octobre 1743.—Lettres patentes de l'érection du duché de Châteauroux en faveur de madame de la Tournelle.

XIII

Refus de Louis XV de désigner à Maurepas le successeur du duc de Rochechouart.—Richelieu nommé premier gentilhomme de la chambre.—Les Parisiens le baptisant: le Président de la Tournelle.—Portrait moral du duc.—Appropriation par l'amant des qualités et des dons supérieurs de ses maîtresses.—Action dirigeante de madame de Tencin.—Curieux type de cette femme d'intrigue.—Ses axiomes de la vie pratique du monde.—Son activité fiévreuse.—La religion de l'esprit.—Madame de Tencin organise la ligue des Noailles avec les Rohan.—Guerre qu'elle mène contre Maurepas.—Ses jugements sur le contrôleur général, le maréchal de Belle-Isle, de Noailles, d'Argenson.—La surveillance de l'entourage de la favorite.—Ses mépris de Louis XV et son instinct d'une grande politique.—Madame de Tencin donne à la duchesse de Châteauroux l'idée d'engager Louis XV à se mettre à la tête de ses armées.

XIV

Transformation de la duchesse de Châteauroux.—Ses efforts pour ressusciter le Roi.—La nomination du duc de Noailles au commandement de l'armée de Flandre.—La vieille maréchale de Noailles.—Le sermon du Père Tainturier sur la vie molle.—La grande faveur de la duchesse de Châteauroux.—Elle est nommée surintendante de la maison de la Dauphine.—La nomination de toutes les places accordées au bon plaisir de la favorite.

XV

M. de Rottembourg, mari de la fille de madame de Parabère.—Son entrevue secrète avec Richelieu, place Royale.—Offre de la coopération armée de Frédéric pour la campagne de 1744.—Conseil tenu à Choisi entre le Roi, madame de Châteauroux et Richelieu.—L'alliance du roi de Prusse acceptée, et rédaction du traité confiée au cardinal de Tencin.—Entrevues de madame de Châteauroux et de Rottembourg.—Le traité de juin 1741 précédé du renvoi d'Amelot.—Lettre de remerciements de Frédéric à madame de Châteauroux pour sa participation aux négociations.—Lettre de la duchesse de Châteauroux au maréchal de Noailles pour obtenir son adhésion à sa présence à l'année.—Réponse du parrain de la Ritournelle.—Billet ironique de la duchesse.—Les représentations de Maurepas à Louis XV.—Départ du Roi pour l'armée sans sa maîtresse.—Madame Enroux en Flandre.

XVI

Madame de Châteauroux à Champs et à Plaisance après la départ du Roi.—Lettre de la duchesse contre Maurepas.—Jalousie de la duchesse pour sa sœur madame de Flavacourt.—Départ des deux sœurs pour l'armée.—Mauvais accueil de la ville de Lille.—Lettre de la duchesse sur la capitulation d'Ypres.—Voyage du Roi et de sa maîtresse de Dunkerque à Metz.—Le Roi tombant malade le 8 août.—La chambre du Roi fermée aux princes du sang et aux grands officiers de la couronne.—Le comte de Clermont forçant la porte.—Conférence de la favorite avec le confesseur Pérusseau.—Journée du mercredi 12.—Le Roi prévenant la favorite qu'il faudra peut-être se séparer.—Le duc de Bouillon, sur l'annonce que Richelieu fait que le Roi ne veut pas donner l'ordre, se retire chez lui.—Le jeudi 13, Louis XV, au milieu de la messe appelant son confesseur.—Expulsion des deux sœurs.—Le viatique seulement donné au Roi lorsque la concubine est hors les murs.—Louis XV demandant, par la bouche de l'évêque de Soissons, pardon du scandale de ses amours.

XVII

Fuite des deux sœurs de Metz.—La duchesse de Châteauroux décidée un moment à ne pas aller plus loin que Sainte-Menehould.—Ses lettres fiévreuses à Richelieu.—Les périls et humiliations du voyage.—Rentrée à Paris.—Nouvelles lettres.—État successif de découragement et de surexcitation de la femme.—Travail de Richelieu auprès du Roi, toujours amoureux de la favorite.—Les chances de retour de la duchesse au mois d'octobre.—Entrevue du Roi et de la duchesse dans la nuit du 14 novembre.—Les têtes demandées par la favorite.—Exils de Châtillon, de Balleroy, de Fitz-James, de la Rochefoucauld, de Bouillon.—Maurepas chargé de la commission de rappeler la duchesse de Châteauroux à Versailles.—Soudaine maladie.—Délire furieux.—La malade est saignée onze fois.—Sa mort (8 décembre 1744).—Son enterrement.—Les accusations d'empoisonnement du temps.—La dissertation de l'abbé Galiani sur l'aqua tofana.—Conversation du médecin Vernage.—Maurepas encore plus incapable de crimes que de vertus.

XVIII

Conversion de madame de Mailly à un sermon du P. Renaud.—Elle quitte le rouge et les mouches.—Le lavement des pieds du Jeudi-Saint de 1743.—Les charités de l'ancienne favorite.—Sa vie de pénitence.—Son testament et sa mort.

Appendice.

FIN DE LA TABLE.

NOTES:

[1: Journal et Mémoires de Mathieu Marais sur la Régence et le règne de Louis XV, publiés par M. de Lescure, t. I.—Voici le récit de Mathieu Marais: «Le Roi a eu un mal fort plaisant et qu'il n'avoit point encore senti: il s'est trouvé homme. Il a cru être bien malade et en a fait confidence à un de ses valets de chambre qui lui a dit que cette maladie-là était un signe de santé. Il en a voulu parler à Maréchal, son premier chirurgien, qui lui a répondu que ce mal n'affligeroit personne, et qu'à son âge il ne s'en plaindroit pas. On appelle cela en plaisantant le mal du Roi.»]

[2: Villars dit dans son Journal: «Il (le Roi) est plus fort et plus avancé à quatorze ans et demi que tout autre jeune homme à dix-huit ans.» Et au conseil tenu au sujet de son mariage, le duc prononce ces paroles: «Dieu pour la consolation des François a donné un Roy si fort qu'il y a plus d'un an que nous pourrions en espérer un Dauphin.»]

[3: Louis XV mangeait effroyablement dans sa jeunesse. Narbonne, le commissaire de police de Versailles, raconte que le lundi 22 juillet 1726, Louis XV, après avoir bien dîné, allait à la Muette et qu'il y mangeait beaucoup de figues, d'abricots, de lait, puis un levraut, puis une grande omelette au lard qu'il faisait lui-même, après quoi il revenait à Versailles où il soupait comme à l'ordinaire.]

[4: Nous avons déjà indiqué dans le «Louis XV enfant» donné dans les Portraits intimes du XVIIIe siècle l'espèce de méchanceté innée qui existe chez Louis XV. En 1724, Mathieu Marais nous le montre faisant mille mauvais et cruels tours à tout ce qui l'approche, coupant les sourcils à ses écuyers, et tirant une flèche dans le ventre de M. de Sourches.]

[5: Expression d'un seigneur du temps recueillie par Soulavie.]

[6: En juin 1724, Mathieu Marais note ceci sur son journal: «Le propre jour, que le maréchal de Villeroy est venu à Versailles, on a découvert que le jeune duc de la Trémoille, premier gentilhomme du Roi, lui servait plus que de gentilhomme et avoit fait de son maître son Ganymède. Ce secret amour est devenu bientôt public et l'on a envoyé le duc à l'académie pour apprendre à régler ses mœurs… Le lendemain, on a proposé de marier ce jeune homme avec mademoiselle d'Évreux, sa cousine germaine, fille du duc de Bouillon et de sa première femme qui était la Trémoille, ce qui a été agréé du Roi qui a bientôt sacrifié ses amours.»]

[7: À propos de ce voyage où il était question de déniaiser le Roi, et où madame de la Vrillière qui était chargée de la commission, emmenait la jeune et jolie duchesse d'Épernon, Barbier dit: «On espère que cela le rendra plus traitable, plus poli.»]

[8: Le Roi venait tout récemment d'être saigné du bras et du pied dans une indisposition qui avait donné des inquiétudes à la cour; et l'on avait entendu le duc de Bourbon dire: «Je n'y serai plus pris; s'il guérit, je le marierai.»]

[9: Ce renvoi de l'Infante fut une très-grosse affaire. Le Roi et la Reine d'Espagne donnaient l'ordre a l'abbé de Livry, porteur de la nouvelle de sortir des terres d'Espagne, renvoyaient en France mademoiselle de Beaujolais qui était fiancée à Don Carlos, laissaient publiquement insulter les Français par la populace, contractaient un traité d'alliance avec l'Empereur, massaient des troupes à la frontière, tenaient pendant un certain temps la France sous la menace d'une déclaration de guerre. Quant à l'Infante, cette petite fille aux jolies reparties, et en laquelle perçait déjà, dans de gentilles paroles, le dépit enfantin de ne se sentir point aimée du Roi, et bientôt la grosse honte de se voir préférer une autre Reine de France, elle partait le 5 avril 1725 pour retourner en Espagne.]

[10: Archives nationales. Monuments historiques, carton K 139-140. La plus grande partie de ces pièces ont été publiées dans la Revue rétrospective, t. XV.]

[11: La chemise qui renferme cet état porte: Raisons de marier le Roy. 1° La Religion. 2° La santé du Roy. 3° Les vœux des peuples. 4° La tranquillité dans l'intérieur. 5° La confiance des puissances étrangères. 6° Les entreprises funestes. Le second paragraphe intitulé: La santé du Roy est rédigé en ces termes: «Son état actuel a presque la consistance d'un homme formé. La dissipation d'esprit que procure le mariage apportera des fruits utiles à sa personne et à son royaume, sans altérer sa santé, au lieu que les dissipations du célibat y sont presque toujours contraires et donnent une inquiétude nouvelle à ceux qui s'intéressent sincèrement à la conservation du Roy.»]

[12: Nous donnons ces observations d'après le rapport du duc de Bourbon au Roy sur le mémoire rédigé sur son ordre.]

[13: Le duc repoussait surtout cette princesse parce que sa mère était une d'Orléans.]

[14: La véritable raison de son exclusion était le mariage de mademoiselle de Valois, fille du Régent, qui avait épousé le duc de Modène.]

[15: On ne voulait pas de cette princesse parce qu'on disait dans le public que sa mère accouchait alternativement d'une fille ou d'un lièvre.]

[16: Les papiers que nous citons réduisent complètement à néant le mémoire de Lemontey publié dans le t. IV de la Revue rétrospective, mémoire où il traite le projet de mariage entre Louis XV et mademoiselle de Vermandois de fable inventée par l'auteur des Mémoires secrets pour servir à l'histoire de Perse, et copiée depuis par Voltaire et Duclos.]

[17: Au rapport du duc de Bourbon, qui ne craignait pas de proposer d'une manière si nette sa sœur, est joint un mémoire destiné à être mis sous les yeux du Roi qui, faisant le plus grand éloge de la princesse, presse le duc de faire célébrer ce mariage comme le meilleur à faire dans la situation actuelle de l'Europe. Le rapport s'exprime ainsi: «Est-il question de faire une alliance plutôt qu'une autre, pour nous tirer de quelque grand embarras? Faut-il rompre une ligue formidable et, par quelque traité de mariage, attirer dans notre parti quelque grande puissance? Non, notre royaume tranquille au dehors comme au dedans nous permet de choisir ce qui nous paraîtra le meilleur et n'exige que de voir marier le Roi, premièrement avec une princesse qui puisse avoir vraisemblablement des enfants; secondement qui puisse, par toutes qualités de l'esprit et du corps, laisser espérer à tous les bons Français qu'elle fera le bonheur de son mari et celui de l'État. Toutes ces bonnes qualités se rassemblent d'un coup d'œil dans la personne de mademoiselle de Vermandois… Si vous choisissez une princesse étrangère, vous ne connaîtrez ni son âme, ni son corps. Quant au corps, je veux qu'elle soit suivant toutes les apparences dans les conditions requises; qui est-ce qui me répondra de ce que l'on ne voit pas, des défauts du tempérament et des infirmités qu'on a tant de soin à cacher, surtout celles qui ont rapport aux enfants? Qui peut répondre si la figure plaira au Roi? Quant à l'âme, que savez-vous ce que vous prendrez? Tout le monde sait qu'il n'y a rien de pareil à tous les artifices que l'on emploie pour plâtrer une fille à marier. Il me semble qu'elles sont toutes des anges avant leurs noces, comme elles sont des diables fort peu après… Mais voici le triomphe de la cause que je plaide; par un miracle unique, nous sommes dans un cas qui ne peut avoir rien de pareil.—Le corps et l'esprit de mademoiselle de Vermandois sont à découvert; V. A. S. les peut connaître aussi bien que l'anatomiste et le confesseur.»]

[18: Un émissaire du duc de Bourbon était allé trouver le maréchal d'Uxelles dans sa retraite, et dans une longue conférence sur la nécessité de marier le Roi, amenait la conversation sur mademoiselle de Vermandois. Et comme le maréchal lui objectait, ainsi que le croyait tout le monde, qu'elle voulait se faire religieuse, l'envoyé secret du duc laissait échapper que si la volonté de la princesse était bien décidée, ce serait un empêchement sans réplique, mais que rarement la vocation tenait à de certaines épreuves. À quoi le maréchal, qui semblait se soucier médiocrement de cette alliance, répliquait que le duc s'exposait à ce que tous ceux qui étaient opposés au renvoi de l'infante diraient qu'il ne s'était déterminé à prendre cette résolution que pour la satisfaction de ses intérêts personnels, et que la maison d'Orléans allait acquérir autant d'amis qu'il y avait de personnes jalouses ou mécontentes.]

[19: Archives nationales. Monuments historiques. Carton K, 139-140.]

[20: On répandait dans le public qu'une des conditions de ce mariage était la reddition à l'Espagne de Mahon et de Gibraltar, et que le Parlement anglais s'y était opposé.]

[21: Histoire de France pendant le dix-huitième siècle, par C. Lacretelle, Paris, 1812, t. II.]

[22: Madame de Prie, reconnaissant l'insuffisance politique du duc de Bourbon, avait formé un conseil intime des quatre frères Paris. Le rôle que jouèrent ces quatre frères sous les sœurs de Nesle et madame de Pompadour mérite qu'on raconte leur origine.

Le père Paris tenait au pied des Alpes une auberge ayant pour enseigne À la Montagne, aidé dans le service des voyageurs par quatre vigoureux garçons. En 1710, un munitionnaire cherchant à travers les Alpes un passage pour faire passer promptement des vivres en Italie au duc de Vendôme, tomba dans l'auberge et confia son embarras à l'aubergiste. Le père Paris lui dit que ses fils connaissaient tous les défilés et lui feraient passer son convoi; en effet, le convoi passa. Le munitionnaire présenta les jeunes gens au duc de Vendôme qui les fit entrer dans les vivres. Nés avec le génie des affaires, un abord plaisant, actifs, unis et agissant de concert sur un plan suivi, ils réussirent tout de suite. Devenus suspects à Law dont ils critiquaient les opérations, ils étaient un moment exilés, mais rentraient bientôt en France où leur fortune était déjà assez bien établie en 1722, pour que Paris l'aîné fût nommé garde du Trésor royal. La disgrâce de M. le Duc entraînait celle des Paris, mais ils reprenaient faveur en 1730, époque où Paris de Montmartel, le cadet des quatre, était fait garde du Trésor royal. Devenu banquier de la cour, pendant tout le cours du siècle il influe tellement sur la finance du royaume, qu'il fixe le taux de l'intérêt et qu'on ne place ni on ne déplace sans le consulter un contrôleur général.—Disons que la proposition de Paris-Duverney rencontra, peut-être pour son adoption et sa réussite, les louanges que lors de la négociation à Rastadt du mariage de la duchesse d'Orléans, le comte d'Argenson avait faites de la princesse Marie, voulant la donner comme femme au duc d'Orléans.]

[23: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. IV.]

[24: Barbier dit tenir les faits des gens de la maison.]

[25: Dans l'état des princesses à marier Marie Leczinska avait été comprise dans la liste des dix princesses rejetées tout d'abord parce qu'elles étaient de branches cadettes ou trop pauvres.—Voici la note qui la concerne: «Marie fille du Roi de Pologne Leczinski.—21 ans. Le père et la mère de cette princesse et leur suite viendraient demeurer en France.»]

[26: Mémoires secrets sur les règnes de Louis XIV et de Louis XV, par Duclos, t. II.—En l'excès de sa reconnaissance, Stanislas, dans la lettre en réponse (avril 1725) à la lettre de notification du duc de Bourbon, lui écrivait qu'il lui transmettait sa qualité de père et qu'il voulait que le Roi tînt sa fille de la main du duc.]

[27: Journal et Mémoires de Mathieu Marais, publiés par M. de Lescure, t. III. On chantonnait:

     Par l'avis de Son Altesse
     Louis fait un beau lien;
     Il épouse une princesse
     Qui ne lui apporte rien
     Que son mirliton.
]

[28: Lettre communiquée par M. de Châteaugiron, Revue rétrospective, t. XV.]

[29: On parlait aussi d'un mal à la main.]

[30: Archives nationales. Monuments historiques. Carton K, 139-140.]

[31: Journal et Mémoires de Mathieu Marais, t. III.—Mathieu Marais dit que, devant cette déclaration de mariage, la cour se montrait triste comme si on était venu lui dire que le Roi était tombé en apoplexie. La cour éprouvait une humiliation de ce mariage et n'était pas sans inquiétudes sur les difficultés que pouvait nous susciter avec le concours de l'Empire, du roi d'Espagne, de l'Angleterre, Auguste, le vrai Roi de Pologne.]

[32: Archives nationales. Monuments historiques. Carton K, 139-140.—Le même jour le duc de Bourbon écrivait à Marie Leczinska: «Votre mariage avec le Roi n'étant pas déclaré, je n'ai pas osé jusqu'à présent vous écrire et je me suis contenté de supplier le Roi votre père de vous assurer du désir que j'avais de voir sur le trône de France une princesse dont les vertus retentissantes dans toute l'Europe ne pourraient pas manquer de faire le bonheur de l'État, la satisfaction du Roi et la consolation de ses sujets; mais aujourd'hui que le Roi vient de rendre publique cette grande et importante affaire, ce serait manquer à mon devoir, si je différais un moment de vous marquer ma joie d'avoir été assez heureux pour qu'il se trouvât, durant mon ministère, l'occasion de rendre à ma patrie le service le plus essentiel qu'elle pût attendre de moi.»]

[33: Il s'agissait de renseignements sans doute demandés à cause des bruits qui commençaient à courir en France sur les prédilections de la princesse pour les jésuites, et à propos de ce surnom d'Unigenita qu'on était en train de lui donner. Marie Leczinska préparait pour présent de noces au Roi un livre d'heures écrit de sa main et dont elle avait fait acheter pour la reliure le maroquin à Paris.]

[34: Revue rétrospective, t. XV.]

[35: Archives nationales. Monuments historiques. Carton K. 139-140.]

[36: Mémoires du comte de Maurepas Buisson, 1792, t. II.—Le Mercure de France dit à la date du 9 août: Les princes et princesses de la Maison Royale se rendirent dans le Cabinet du Roi à Versailles pour la signature du contrat de mariage de S. M. avec la princesse Marie, fille du Roi Stanislas. Le contrat ayant été lu par le comte de Morville, il fut signé par le Roi etc… et par le comte de Tarlo chargé des pleins pouvoirs de Stanislas et de la princesse Marie pour remplir ces fonctions, lequel partit le lendemain pour porter ce contrat au Roi Stanislas à Strasbourg.]

[37: Dans les lettres du duc de Bourbon conservées aux Archives, se montre une grande indécision sur le personnage qui doit épouser Marie Leczinska au nom du Roi. Le duc songe d'abord à faire épouser la Reine par son père, puis par le duc d'Antin; il réfléchit enfin qu'il serait plus convenant de charger de ce rôle un prince du sang, et il pensait au duc de Charolais, quand le duc d'Orléans réclamait cet honneur comme premier prince du sang.]

[38: Voici le récit que donne de ce mariage la Gazette de France du 5 août 1725.

«De Strasbourg, le 16 aoust 1725.

«Le 14 de ce mois après midy, le duc d'Orléans nommé par le Roy pour épouser en son nom la princesse Marie, fille du Roy Stanislas, estant accompagné du duc d'Antin et du marquis de Beauvau, ambassadeurs de Sa Majesté Très-Chrétienne, alla au Gouvernement dans les caerosses du Roy Stanislas. Ils montèrent dans l'appartement de la princesse Marie qui s'y rendit, aussitôt après leur arrivée, avec le Roy Stanislas, et la Reine son épouse. Après la lecture des pleins pouvoirs donnés par le Roy au duc d'Orléans, le cardinal de Rohan, grand Aumônier de France, fit la cérémonie des fiançailles.

«Le 15, vers onze heures du matin, la princesse Marie se rendit avec le Roy Stanislas et la Reine son épouse à l'Église Cathédrale où le duc d'Orléans l'épousa au nom de Sa Majesté Très-Chrétienne. Cette cérémonie fut faite par le Cardinal de Rohan, grand Aumônier de France, en présence des deux ambassadeurs. Après la célébration du mariage, le duc de Noailles, Capitaine des Gardes du Corps, et les officiers qui composoient la maison de la Reine entrèrent en fonctions de leurs charges auprès de Sa Majesté qui revint au Gouvernement, où elle trouva mademoiselle de Clermont, princesse du sang, Surintendante de sa Maison, qui luy présenta les dames que le Roy a envoyées au-devant d'Elle. La Reine disna en public avec le Roy Stanislas et la Reine son épouse; et Elle fut servie par les officiers du Roy de France.»

Le Mercure de France dit que mademoiselle de Clermont était partie le 25 juillet, suivie de dix carrosses du Roi attelés de huit chevaux, accompagnée de la dame d'honneur qui était la maréchale de Boufflers, de la dame d'atours qui était la comtesse de Mailly, et de la duchesse de Béthune, et de la comtesse d'Egmont et des marquises de Nesle et de Rupelmonde. Le Mercure ajoute que toutes ces dames, par respect pour la princesse et par bienséance pour les carrosses du Roi, firent le voyage sans écharpes et en manteaux troussés. Quant à la marquise de Prie, elle avait pris les devants avec la marquise de Tallard, et était partie le 19 juillet pour Strasbourg.]

[39: Journal de Barbier, édition Charpentier, t. I.—Le duc d'Antin représenta son maître et souverain avec la plus grande magnificence, étonnant la ville de Strasbourg par le luxe de ses équipages et la tenue de ses douze pages en habits galonnés d'argent et de soie, aux parements de velours vert garnis de réseaux d'argent.]

[40: Avis salutaires du Roi Stanislas à la Reine de France sa fille, au mois d'août 1725:

«Écoutez, ma chère fille, oyez et prestez l'oreille, oubliez votre peuple et la maison de votre père; j'emprunte la parole du Saint-Esprit, ma chère enfant, pour vous dire un adieu, puisque dans l'événement d'aujourd'hui, je ne contemple que son ouvrage et la droite du Tout-Puissant qui nous conduit au travers de toute la prudence humaine, de toutes les spéculations politiques, de toute attente.

«Répondez aux espérances du Roy par toute l'attention à sa personne, par une entière complaisance en ses volontez, par la confiance en ses sentimens, et par votre douceur naturelle à ses désirs; que de luy plaire soit toute votre envie, de luy obéir tout votre plaisir, et d'éviter tout ce qui peut lui faire la moindre peine soit votre étude, et que sa vie précieuse, sa gloire et son intérest soient toujours votre unique et aimable objet.»… (Archives nationales. Monuments historiques, K, 138.)]

[41: La Reine partait le 17 de Strasbourg, couchait ce jour-là à Saverne chez le cardinal de Rohan, arrivait à Metz le 21, en repartait le 24, se trouvait à Châlons le 28, gagnait Montereau le 3 septembre, d'où le lendemain 4, elle se mettait en Marche pour Moret où elle arrivait avec le Roi qui était allé au-devant d'elle.]

[42: Journal et Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t.1.—Barbier raconte qu'il y eut un retard à Moret, parce que le carrosse de la Reine était embourbé de telle façon qu'il fallut y mettre trente chevaux pour le retirer d'une fondrière.]

[43: Mémoires de Barbier, édition Charpentier, t. I.—Soulavie parle, au moment du mariage du Roi, d'une série de peintures érotiques commandées par Bachelier à Mademoiselle R…, célèbre par ses belles nudités, pour éveiller chez le jeune Roi le goût de la femme. C'était une lascive pastorale, où l'amitié innocente d'un berger et d'une bergère était menée en douze toiles, par la succession de curiosités entreprenantes et d'amoureux attouchements, au grand dénouement. Une série de peintures identiques et auxquelles la tradition attribuait la même destination aurait été vue par M. Thoré et existait sous l'Empire dans un coin caché d'un château royal. On ne doutait pas que ces peintures ne fussent de Boucher qui les aurait peintes un ou deux ans après avoir remporté le premier prix à l'Académie de peinture.]

[44: Dans cette année de pluie diluvienne, de misère et de famine, où le pain coûtait dans certaines provinces de France jusqu'à sept sols la livre, il avait été question de ne point faire affiche de luxe dans ce mariage; mais la noblesse de France ne put se résigner à n'être point magnifique en ses habits, et Narbonne raconte que la plupart des seigneurs avaient des bas de fil d'or pur trait de la valeur de 300 livres.]

[45: Marie Leczinska s'était mariée à Strasbourg—c'est le Mercure de France qui nous l'apprend—en habit d'étoffe d'or à fond noir avec une mante en point d'Espagne d'or.]

[46: Gazette de France, n° 37 de l'année 1725.]

[47: Lettre du duc de Bourbon au Roi Stanislas le 4 septembre 1725.—Une lettre du duc de Noailles, qui fut chargé d'aller au-devant de la Reine, et qui l'accompagnait pendant son voyage, témoigne également des sentiments amoureux du Roi:

«Sire, je n'ay point voulu importuner Votre Majesté de mes lettres pendant le cours du voyage de la Reyne, sçachant que Votre Majesté étoit informée de ce qui s'y passoit et que je n'aurois fait que grossir le nombre de ceux qui avoient l'honneur de lui en rendre compte, mais je ne puis garder le silence après avoir consommé la fonction dont j'ay eu l'honneur d'estre chargé et ayant autant de sujets de félicitations à faire à Votre Majesté. La Reyne est arrivée en parfaite santé, et la manière dont elle a été reçue du Roy doit combler Votre Majesté de la joie la plus vive; elle surpasse mesme, s'il est permis de le dire, l'attente que l'on en avoit et renferme une infinité des circonstances des plus flatteuses dont l'étendue d'une lettre ne me permet pas de faire le détail à Votre Majesté…» (Musée des Archives nationales. Plon, 1872.)]

[48: Journal de Barbier; édition Charpentier, tom. I.]

[49: On jouait ce soir-là à Fontainebleau l'Amphitryon et le Mariage forcé, de Molière.]

[50: Barbier dit: «Le Roi, étant tout déshabillé se jeta dans le lit avec une vivacité extraordinaire. Ils ont été depuis onze heures du soir jusqu'à dix heures du matin. Le Roi alla ensuite se mettre dans son lit jusqu'à une heure pour se reposer.»—Voir la lettre de Voltaire du 7 septembre 1725.]

[51: Lettre du duc de Bourbon au roi Stanislas en date du 6 septembre 1725, tirée des Archives nationales et publiée par la Revue rétrospective, t. XV]

[52: Nous trouvons aux Archives nationales dans le registre du secrétariat de la maison du Roy, année 1725, un brevet à la date du 21 may de 50,000 livres de pension pour Mademoiselle de Clermont, chef du Conseil et surintendante de la Maison de la Reine pour en jouir sa vie durant par-dessus les autres pensions qu'elle a et sur ses simples quittances.]

[53: La charge avait une grande importance. La dame d'honneur avait le pouvoir «de commander sur le fait de la chambre de la Reine, de recevoir les serments des femmes de chambre et autres officiers de la chambre, de leur ordonner et commander tout ce qu'elle verra nécessaire pour le service de la Reine, de les admonester selon que leurs fautes le requerront, de disposer et d'ordonner du fait et dépense de l'argenterie et autres dépenses pour son service; de faire prendre toutes sortes de marchandises pour ce nécessaires et d'en faire arrêter le prix avec les marchands comme elle verra bon et être juste et raisonnable, désigner les rôles et autres acquits…» Je ne trouve pas le traitement que recevait la dame d'honneur en 1726, mais en 1769 elle recevait 16,558 francs qui se décomposaient ainsi, sçavoir: Gages 1,200 fr.—Pour son plat, 7,200 fr.—Habillement, 930 fr.—Jetons et Tapis, 148 fr.—Charrois, 1,080. fr.—Pensions, 6,000 fr. Cy. 16,558 francs.]

[54: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie. Londres, 1790, t. IV.]

[55: Journal et Mémoires de Mathieu Marais, publiés par M. de Lescure. Didot, 1868, t. III.—On lit à la fin du brevet de nomination: «Aujourd'huy six septembre mil sept cent vingt-cinq, la Reine étant à Fontainebleau, la dame maréchale duchesse de Boufflers a presté entre les mains de Sa Majesté le serment dont elle est tenue.»]

[56: Archives nationales. Registres du Secrétariat du Roi. Registre O/69. Dans l'état de 1769 nous trouvons que la dame d'atours recevait neuf mille quatre-vingt-six livres, qui se décomposaient ainsi, savoir: Gages, 600 liv.—Plat, 3,600 liv.—Charrois, 886. liv.—Pension, 4,000 liv. Cy. 9,086 livres.]

[57: Soulavie donne très-positivement madame de Mailly comme nommée dame d'atours à la formation de la maison de la Reine.]

[58: Dans l'état de 1769, la première femme de chambre a six mille francs se décomposent ainsi, savoir: Gages, 150 fr.—Nourriture, 1297 fr. 10.—Entretenement 385 fr.—Et pour tous autres droits et profits, 4,167 fr. 10. Cy 6,000.]

[59: Archives nationales. Maison de Marie Leczinska. Carton O/3742.]

[60: Mémoires du Président Hénault. Dentu, 1855.—Mémoires du duc de Luynes, passim.]

[61: C'est la Reine qui dira quand elle apprendra la part prise par la vieille et galante princesse de Conti à l'intrigue de madame de Mailly: «Ce vieux cocher aime encore à entendre claquer le fouet.» C'est elle qui dira en 1738 à la maîtresse venant lui demander la permission de se rendre à Compiègne: «Vous êtes la maîtresse.»]

[62: Mémoires de d'Argenson, édition Janet, t. I.]

[63: Le marquis d'Argenson dit: «Le Roi fait véritablement un travail de chien pour ses chiens; dès le commencement de l'année il arrange tout ce que les animaux feront jusqu'à la fin. Il a cinq ou six équipages de chiens. Il s'agit de combiner leur force de chasse, de repos et de marche; je ne parle pas seulement du mélange et des ménagements des vieux et des jeunes chiens, de leurs noms et qualités que le Roi possède comme jamais personne de ses équipages ne l'a su, mais l'arrangement de toute cette marche, suivant les voyages projetés et à projeter, se fait avec des cartes, avec un calendrier combiné, et on prétend que Sa Majesté mènerait les finances et l'ordre de la guerre à bien moins de travail que tout ceci.»—À propos des chiens du Roi, on me communique, relié dans un petit volume en maroquin vert, aux armes, un manuscrit de la main du Roi intitulé: «État des chiens du Roy du 1er janvier 1738 et des jeunes chiens entrés depuis 17… Ce petit volume portant sur son dos: État des troupes, est curieux par les noms et les` appellations des chiens et des chiennes de Sa Majesté. C'est Triomphante, Pucelle, Sultane, Gaillarde, Topaze, Volage, Furibonde, Gambade, Princesse, Mascarade, Bacchante, Gogaille, Tonnerre, Soldat, Nicanor, Tintamarre, Naufrage, Ravage et toute la suite des terminaisons ronflantes en aux: Fialaux, Favinaux, Fanfaraux, Garçonneaux, Rapidaux, Merveillaux, Barbaraux, Demonaux, Cerberaux, etc.]

[64: Mémoires du duc de Luynes, t. II et III.—Mémoires du duc de Richelieu, par Soulavie, t. IV et V.]

[65: Dans le choix de ses soupeurs qui ne comprenait qu'un petit nombre des seigneurs qui avaient chassé avec lui dans la journée, le Roi mettait un despotisme taquin, cruel parfois. Un jour, ayant accepté du duc de Crillon un mouton venant du midi et dont la chair passait pour excellente, il se complaisait à ne pas l'inviter à manger de son mouton avec les autres chasseurs. Un autre jour, le prince de Léon qui était fort gourmand et désirait manger d'un poisson que l'on devait servir le soir, ayant été oublié sur la liste du souper, se mettait intrépidement à table avec le Roi. Aussitôt Louis XV de dire: «Nous sommes treize, et je n'ai demandé que douze couverts; il y a quelqu'un de trop et je crois que c'est M. de Léon; donnez-moi la liste, je veux le savoir.» Le duc de Gesvres, désirant sauver M. de Léon, faisait semblant d'aller chez Duport, huissier de l'appartement, et revenait disant qu'il n'avait trouvé ni Duport, ni la liste. «Je le crois bien, reprenait le Roi piqué, car Duport est à droite et vous avez été à gauche, allez donc le chercher où il est.» La liste fatale, où n'était pas M. de Léon, était apportée. Il restait néanmoins à table, mais le Roi ne lui disait pas un mot, ne lui offrait de rien, affectait même de faire le tour à droite en servant un plat de rougets barbets, et en finissant ce plat au voisin de M. de Léon. Le malheureux gourmand, dit Soulavie, eut la bonté de mourir de douleur pour cet affront.]

[66: Vie privée de Louis XV, à Villefranche, chez la veuve Liberté, 1782, t. V.]

[67: Journal de Barbier. Édition Charpentier, t. I.]

[68: Mémoires du Président Hénault, publiés par le baron de Vigan. Dentu, 1855.]

[69: Journal de Barbier, t. I.]

[70: Histoire de la Régence, par Lemontey, t. II.—Un manuscrit de l'Arsenal, Histoire de France, n° 220, donne une version un peu différente.—«Madame, ne soyez pas surprise des ordres que je donne. Faites attention à ce que M. de Fréjus vous dira de ma part; je vous en prie et vous l'ordonne.»]

[71: À propos du néant absolu auquel a été réduite Marie Leczinska après la chute du duc de Bourbon, donnons cette lettre de la Reine adressée à M. de Fréjus et que veut bien me communiquer M. Boutron.

«31 août 1726.

«Vous ne doutez pas, Monsieur, du plaisir avec lequel j'ay receu votre lettre, vous m'en avez fait infiniment en me mandant des nouvelles de la santé du roy, pour laquelle il m'est naturel d'être toujours inquiète; je suis bien fâchée que la peine qu'il a eue de se lever si matin aye esté inutile, ayant eu une si vilaine chasse, remercié (le) de la bonté qu'il a pour la femme du monde la plus ataché et qui la resent le plus vivement et dont le seul désir est de le mériter; toute mon impatience est de l'en aler au plutôt assurer moi-même, ce que j'espère ne tardera point, me portant de mieux en mieux; j'ay esté fort afoiblie par le chaud qu'il a fait, mais depuis qu'il est cessé, mes forces me reviennent; je n'envoye à Fontainebleau que lundi, comme nous sommes convenus, crainte d'incomoder le roy. Si je suivois mon inclination, vous i veyrez des couriers plus souvent; je suis fort contente de ce que vous me dites de mon entresol, vous connoissez mon gout a estre seule, ainsi vous pouvez juger par là qu'il ne me déplaira pas. Vous avez raison de dire que l'on ne fait point la même chose à ma cour qu'à celle du roy, au lieu que l'on ne fait que bailler à Fontainebleau, à Versailles on ne fait que dormir; pour moi, en mon particulier, je m'en fait une occupation et de jour et de nuit, m'ennuyant beaucoup, cela ne déplaît point à mes dames que vous sçavez estre très paresseuses. À propos desquelles je vous dirai que j'ay fait comme je vous dit qui esté comme elles sont toute la journée chez moy de leur donner la permission d'estre habillé plus commodément, et pour celles qui ne sont point dames du palais ont eu ordre d'estre en grand habit. Comme il m'est revenue de plusieurs endroits que cela faisoit de la peine aux autres, et que plusieurs même qui sont resté à Paris, ont tenue quelque discours sur cela; j'ay résolue aujourd'hui et j'est même dit à la maréchalle que me portant bien et sortant demain à la chapelle, qu'elles se missent toutes en grand habit. J'espère que vous approuverez cela, d'autant plus que effectivement, il n'y a ici, outre mes dames que très peu d'autres, et que l'on prétend que c'est cette raison qui les empêche de venir.

«Je souhaiteroit de sçavoir aussi les intentions du roy, sur mon ajustement et de celles qui me suiveront en arrivant à Fontainebleau; couchant à Petitbourg, cela fait une espèce de voyage; enfin vous me ferez plaisir de me donner vos conseils en tout, et celui qui me sera le plus sensible de tout est que vous soyez persuadé de ma parfaite estime pour vous.

«MARIE.»

«À Versailles.

«Je vous aurez escrit plutôt sur le mécontentement des dames, mais, j'ay esté trop foible, je crois que vous ne désaprouverez pas ce j'ay fait d'autant plus que me portant bien présentement elle n'ont pas besoin d'être si assidue, je ne doute point que vous n'ayez de la peine à lire ma lettre, ma main estant encore un peu tremblante.

«À Monsieur,

«Monsieur l'ancien Évêque de Fréjus,

«En Cour.» ]

[72: Journal de Barbier, t. II.]

[73: Journal des règnes de Louis XIV et Louis XV, par Narbonne, premier commissaire de police de Versailles, édité par le Roi. Versailles, 1866.]

[74: Ce sera une amusante comédie, quand madame de Mailly sera devenue la maîtresse, de la voir le soir, au jeu quotidien de cavagnole de la Reine, après la visite d'un demi-quart d'heure du Roi, aussitôt le Roi sorti, demander à la Reine la permission de quitter et passer son tableau à une autre joueuse.]

[75: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. I.]

[76: Le marquis d'Argenson dit: «Pour ce qui est de la société, au commencement de son mariage, le Roi voulait passer ses soirées chez la Reine, y jouer et y causer. La Reine, au lieu de l'y attirer, de l'y mettre à son aise, de l'y amuser, faisait toujours la dédaigneuse. Aussi le Roi en prit-il du dégoût, et s'habitua à passer ses soirées chez lui d'abord avec des hommes, puis avec des femmes, sa cousine Charolais, madame la comtesse de Toulouse.» Disons que les dédains, attribués à Marie Leczinska par d'Argenson, étaient de l'embarras, de la gêne, de la peur.]

[77: C'est elle qui, faisant enlever une échelle ayant tout l'air d'une potence au moment d'une visite de Law à Saint-Maur, disait à madame la Duchesse: «Belle maman, il faut la faire ôter, il prendrait cela pour une incivilité.» C'était encore elle qui disait, à propos de madame Amelot, la prétentieuse femme du secrétaire d'État, qui se plaignait de ne pouvoir se rendre de sitôt à Versailles, parce qu'elle avait à meubler sa maison de Versailles, de Fontainebleau, de Compiègne: «Il ne faut pas s'étonner, c'est la tapissière du Marais.»]

[78: Mémoires du duc de Richelieu, par Soulavie, t. IV.]

[79: Ibid., t. V.]

[80: On la disait malade pendant les six dernières semaines de sa grossesse, et l'on allait savoir de ses nouvelles sans en demander plus. Malheureusement, un jour, un Suisse tout neuf répondait à un domestique qui venait s'informer de la santé de mademoiselle: «Aussi bien que son état peut le permettre et l'enfant aussi.»]

[81: Soulavie, sans donner aucune preuve de son dire, affirme que la liaison du Roi avec mademoiselle de Charolais est incontestable, mais qu'elle n'a duré que très-peu de temps, parce que Louis XV voulait trouver de la solidité dans les sentiments qu'on lui témoignait, solidité dont mademoiselle de Charolais était absolument incapable.]

[82: Marie-Victoire-Sophie de Noailles, née le 6 mai 1688, fille d'Anne, duc et maréchal de Noailles, et de Marie-Françoise de Bournonville, avait épousé en premières noces Louis Pardaillan d'Antin, marquis de Gondrin, avec lequel elle avait vécu seulement trois ans, et s'était remariée le 22 février 1728 avec Louis-Alexandre légitimé de France, comte de Toulouse.]

[83: Mémoires du duc de Richelieu, par Soulavie, t. IV.]

[84: Le Glaneur historique et moral, juin 1732.]

[85: Peut-être à la fatigue, au dégoût de ces plaisirs que sollicitait sans se lasser le tempérament du Roi, se joignaient des suggestions, des conseils à voix basse, des paroles tombées au fond de l'âme chrétienne de la Reine, maintenant mère d'un Dauphin, l'inspiration d'étranges scrupules sur le respect dû à la sainteté du sacrement, et le doigt d'un confesseur, montrant les anges qui gardent le lit nuptial purifié par la continence.]

[86: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, t. IV.]

[87: Mémoires du marquis d'Argenson, édition Renouard, t. II.—«Madame de Mazarin entretenait publiquement le beau du Mesnil, un joueur pour lequel elle était obligée de vendre un jour, dit d'Argenson, son hôtel, ses nippes, ses pôts-à-oille, ce qu'elle avait tiré de ses amants l'abbé de Broglie et M. de Maugis, ce qu'elle avait volé à la Reine.»]

[88: Madame de Gontaut, belle-fille du maréchal de Biron qui, au dire de Besenval, avait le visage le plus beau et le plus parfait qu'ait jamais formé la nature, s'était mise sur les rangs pour enlever le Roi à sa femme, quatre ou cinq ans après son mariage. Et l'intrigue, aidée par une cabale, touchait à la conclusion de si près que le vieux ménage des Biron, pour ne pas être témoin du déshonneur de sa belle-fille, se préparait à se retirer dans sa terre. Dans ce temps, M. de Gesvres, célèbre par son impuissance, et dont les manières de femmelette étaient si moquées, chargé d'un message pour le maréchal, était par lui retenu à souper. Madame de Gontaut, qui n'aimait pas le duc, apostrophait tout à coup, au milieu du repas, son fils, le jeune Lauzun: «Je vous trouve bien des couleurs aujourd'hui, par hasard auriez-vous mis du rouge?» Le jeune homme se défendant d'en avoir mis: «Eh bien, si vous dites vrai, reprenait madame de Gontaut, frottez-vous avec votre serviette pour faire voir à tout le monde que vous n'en avez pas, car rien n'est si affreux pour un homme et ne le couvre d'un plus grand ridicule.» Au retour de son message, comme le Roi vantait la figure de madame de Gontaut, le duc de Gesvres faisait chorus avec le Roi sur les charmes de la jeune femme, ajoutant que «c'était bien dommage que des dehors si séduisants couvrissent un sang entièrement gâté par la plus affreuse débauche.» Il n'en fallut pas davantage pour que le Roi ne songeât plus à madame de Gontaut.]

[89: Mémoires du duc de Richelieu, t. III.]

[90: Mémoires de Maurepas, t. II.]

[91: Mémoires du comte de Maurepas, t. II.—Le public faisait grand bruit autour du nom de madame Portail, la femme du premier président, mais Versailles n'ignorait pas que sa malice, sa folie, les allures entreprenantes de toute sa personne avaient effrayé le Roi qui s'était fait remplacer au rendez-vous par M. de Lugeac. On citait encore une madame d'Ancézune et d'autres, mais la cour savait qu'aucune de ces femmes, amenées au Roi pour tromper ses sens et le distraire des froideurs de la Reine, n'étaient faites pour toucher son cœur. Aucune n'était de taille à continuer son rôle au-delà d'un caprice, à étendre son rêve au-delà du réveil.]

[92: Mémoires du marquis d'Argenson, édition Renouard, t. II.]

[93: Mémoires du duc de Luynes, t. II.]

[94: Narbonne, le commissaire de police qui a fait un relevé des séjours du Roi hors de Versailles, nous apprend qu'en 1730 le Roi ne demeure que 102 jours à Versailles, en 1731, 116 jours, en 1732, 105 jours, en 1733, 125 jours.]

[95: Madame de Toulouse qui, au dire d'un contemporain, était d'une avarice égale à son père le maréchal de Noailles, tirait de temps en temps de Louis XV pour s'indemniser de ses séjours chez elle, des ordonnances de 150,000 à 300,000 livres.]

[96: Mademoiselle de Charolais acquérait au commencement de 1733 de M. de Pezé, gouverneur et capitaine de Madrid et du Bois de Boulogne, une maison dans la cour du château… Elle faisait de cette habitation à mi-chemin de Versailles et de Paris sa principale demeure et s'y réjouissait fort. Dans les jours gras de cette année, ayant renvoyé après le souper tout son monde, le petit duc de Nivernais, jeune homme de quinze ou seize ans, ennuyé de quitter la partie, se cachait derrière une portière, et était témoin d'un tête à tête très-vif de la princesse avec le comte de Coigny. Il était surpris et réprimandé par la princesse, dont il se vengeait par la chanson

     La fille la plus vénérable,
         Sans contredit,
     S'ajoute un titre respectable,
         Dont chacun rit.
     Demoiselle par excellence.
     . . . . . . . . . .
     Deux mille à qui Coigny succède
         Diront ici.
     Ce qu'à la fée qui l'obsède
         Dit Tanzaï.
]

[97: Le marquis d'Argenson raconte ainsi le fait dans ses Remarques en lisant, n° 2103: «Un domestique principal de la Reine m'a dit que c'était cette princesse qui avait la première fait divorce avec le Roi; que depuis deux ans il avait madame de Mailly; quand la Reine en fut informée, elle s'imagina sottement qu'il y avait du risque pour sa santé, puisque madame de Mailly avait eu accointance avec des libertins de la cour. Elle refusa donc les droits de mari au Roi, car il allait souvent coucher avec elle. La dernière fois, il passa quatre heures dans son lit sans qu'elle voulût se prêter à aucun de ses désirs. Il ne la quitta qu'à trois heures du matin en disant: «Ce sera la dernière fois que je tenterai l'aventure;» et ce fut la dernière fois.]

[98: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. V.—Il n'y a pas pour ainsi dire de bibliographie à faire des biographies des demoiselles de Nesle; l'histoire de leur vie est éparse dans de Luynes, dans d'Argenson, dans les Mémoires de Richelieu. Et je ne trouve guère jusqu'à nos temps que deux morceaux de biographie spéciale consacrés à la plus jeune: la notice de deux pages sur la duchesse de Châteauroux insérée dans les Portraits et caractères de personnages distingués de la fin du XVIIIe siècle, par Senac de Meilhan, Dentu, 1813, et le Fragment des mémoires de la duchesse de Brancas, publié dans les Lettres de Lauraguais à madame ***. Buisson, an X (1802).

Je citerai cependant un petit volume très-rare publié, en Allemagne, sans indication de localité, intitulé: Remarquable histoire de la vie de la défunte Anne-Marie de Mailly, duchesse de Châteauroux, favorite de Louis quinzième, roi de France, 1746 (en allemand), volume contenant quelques anecdotes qui ne se trouvent que là.

En dehors de cela, il n'y a pas autre chose à consulter que les imbéciles romans allégorico-historiques qui contiennent si peu de vérité vraie. C'est Tanastès, Conte allégorique, la Haye, 1745, où madame de Mailly, madame de Châteauroux, madame de Lauraguais sont désignées sous les surnoms d'une fée antique, d'Ardentine, de Phelinette. Ce sont les Mémoires secrets sur l'histoire de Perse, Amsterdam, 1749; où Retima, Zélinde, Fatmé, sont les pseudonymes sous lesquels se dissimulent madame de Mailly, la comtesse de Toulouse, mademoiselle de Charolais. Ce sont enfin les Amours de Zeokinizul, Roi des Kofirans, Amsterdam, 1747, qui désignent la comtesse de la Tournelle sous l'anagramme de Lenourtella, madame de Vintimille sous celui de Lentinimil, madame de Mailly, sous celui de Liamil.

Et c'est là, je crois, presque tout. Cependant il ne faut pas oublier surtout pour l'histoire de madame de la Tournelle le curieux et rare livre intitulé: Correspondance du cardinal de Tencin et de madame de Tencin sa sœur avec le duc de Richelieu. Sur les intrigues de la cour de France depuis 1742 jusqu'en 1757, et surtout pendant la faveur des dames de Mailly, de Vintimille, de Lauraguais, de Châteauroux, de Pompadour, 1770. Ce livre cité, nous tombons dans le roman et les correspondances apocryphes comme celle-ci: Correspondance inédite de madame de Châteauroux avec le duc de Richelieu, le maréchal de Belle-Isle, de Chavigni, madame de Flavacourt, etc., par madame Gacon Dufour, Paris, Collin, 1806, 5 vol. in-16, etc.]

[99: Mélanges historiques, par M. B… Jourdain, t. II.—Boisjourdain, opposant la beauté de madame de Mailly à la beauté charnue et matérielle de madame de Vintimille, dit que c'était une beauté maigre et efflanquée.]

[100: Un grand nombre de peintres firent le portrait de madame de Mailly, puisqu'à la date de décembre 1739, le duc de Luynes écrit: «L'on peint actuellement madame de Mailly en pastel. C'est un nommé Latour. Madame de Mailly disait ce matin que c'était le seizième peintre qui a fait son portrait.»

De ces seize portraits et de ceux qui suivirent, il n'y en a pas un seul d'existant aujourd'hui dans les musées et les collections particulières.

Comme portrait gravé, nous n'avons qu'une misérable gravure exécutée pour l'édition de Soulavie de 1793.

Madame de Mailly est représentée en robe montante bordée de fourrure, avec sur la tête une espèce de fanchon noire nouée sous le menton, et le buste enveloppé d'un grand voile jouant autour d'elle.

Ce portrait porte dans le tournant du cadre: MADAME DE MAILLY: dans la tablette: Puisque vous la connaissez si bien, priez donc Dieu pour elle. Au-dessous de la tablette, on lit à la pointe sèche, sans indication de nom de peintre: N. V. I. Masquelier sc. 1702. Ce portrait figure dans le volume 7, page 88.]

[101: Voici le curieux récit du duc de Luynes (12 août 1739): «Le mercredi, le Roi partit de la Meute sur le midi, il alla à Madrid, où il entra chez Mademoiselle qui dormait; ne s'étant point réveillée, le Roi alla chez mademoiselle de Clermont qui se réveilla, mais la visite ne fut pas longue. Le Roi passa ensuite à l'appartement de madame de Mailly; elle était éveillée, mais dans son lit, toute coiffée et la tête pleine de diamants, mais elle couche toujours ainsi; elle avait sur son lit la jupe de son habit pour le mariage de Madame, et dans sa chambre un joaillier nommé Lemagnan qui a beaucoup de pierreries et qui prête des parures valant deux ou trois millions. Il y avait aussi des marchands de Paris de parure d'habits que l'on appelle de Charpes (Duchapt) et que madame de Mailly appelle ses petits chats. Le Roi entra dans la plaisanterie et les appela de même, examina la jupe et les pierreries du sieur Lemagnan fort en détail.»]

[102: «Le Roi, encore sauvage et délicat en 1732 (époque de ses premières passions pour madame de Mailly), ne recherchant alors aucune femme s'il n'en était recherché lui-même… Madame de Mailly, qui n'était ni entreprenante, ni dévergondée, avait fait toutes les avances pour séduire le Roi qui n'en fut pas séduit. Attendant le moment indiqué, assise sur un canapé, affectant une posture voluptueuse, montrant la plus belle jambe qu'il y eût à la cour et dont la jarretière se détachait; cette affectation même repoussa le jeune monarque. Bachelier voulut lui faire apercevoir des objets délicieux, et le Roi, honteux ou distrait, n'y prit pas garde. Madame de Mailly l'agaça et le prince fut froid; alors Bachelier voyant que tout était perdu sans une entreprise déterminante, prit le Roi sous les aisselles et l'obligea… et le Roi qui jouait à cheval fondu avec Bachelier et Lebel et autrefois avec le cardinal, dans l'intérieur de ses appartements quand il était seul avec eux, se laissa précipiter sur madame de Mailly par son valet de chambre.»

Au récit de Soulavie, ajoutons le récit de Boisjourdain, qui diffère sur les détails, mais qui témoigne d'une certaine violence exercée sur les sens du Roi: «Le duc de Richelieu fut chargé par le cardinal de Fleury de lui proposer madame de Mailly. Ce seigneur, qui savait se plier à tout et qui plaisait au Roi, trouva le moyen de le mettre adroitement dans la conversation sur le compte de la Reine; lui parla du vide qu'elle laissait dans son cœur, de son ingratitude et de la nécessité de remplacer la passion qu'il avait pour elle par une autre; enfin détermina le Roi à une entrevue avec madame de Mailly; mais elle fut infructueuse; le Roi, soit timidité, soit par un reste d'attachement pour la Reine, ne fut pas ébranlé. La dame en fut désespérée et se plaignit qu'on l'eût exposée à une sorte d'affront. L'on eut bien de la peine à la décider à un second tête-à-tête; on la prévint qu'il fallait oublier le monarque et ne s'occuper que de l'homme. La facilité du jeune prince à revenir à elle l'encouragea et l'enhardit elle-même. On assure que, dans ce rendez-vous, pour triompher et parvenir à son but, elle ne se borna pas aux agaceries ordinaires, mais qu'elle se laissa aller aux moyens et aux avances des plus habiles courtisanes. Alors le jeune homme se livra à des emportements d'autant plus violents qu'ils avaient été longtemps contraints. Enfin madame de Mailly sortit dans une espèce de désordre amoureux du lieu où elle avait été seule avec le Roi, et, passant devant ceux qui avaient intérêt à connaître le résultat de la démarche, elle ne leur dit autre chose que ces mots très-expressifs: «Voyez, de grâce, comme ce paillard m'a accommodée.»

Enfin, le marquis d'Argenson, tout en se trompant sur la date de l'aventure et sur l'introducteur, la raconte en ces termes: «Cela s'est accompli dans les entresols du Roi; un nommé Lazure en est le concierge; il a sous lui un second qui amena au Roi cette dame, c'était l'hiver dernier; elle parut derrière un paravent. Le Roi était honteux, il la tira par sa robe; elle dit qu'elle avait grand froid aux pieds, elle s'assit au coin du feu. Le Roi lui prit la jambe et le pied qu'elle a fort joli, de là il lui prit la jarretière. Comme elle avait ses instructions de ne pas résister à un homme si timide, elle dit: «Eh! mon Dieu! je ne savais pas que Votre Majesté me fît venir pour cela, je n'y serais pas venue!» Le Roi lui sauta au cou, etc.».]

[103: Mémoires du duc de Richelieu, par Soulavie, t. V.]

[104: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. I.]

[105: Mémoire signifié par Louis de Mailly, marquis de Nesle, chevalier des ordres du Roy, demandeur, contre les syndics et directeurs de ses prétendus créanciers, défendeur.—Mémoire pour les syndics.—Mémoire pour les syndics et directeurs des créanciers du marquis de Nesle contre le marquis de Nesle.—Les papiers séquestrés de la famille de Mailly aux Archives nationales contiennent plusieurs cartons de pièces imprimées ou manuscrites: procédures, saisies, ventes de vaisselle plate, etc., de l'infortuné marquis.]

[106: Papiers séquestrés. Famille Mailly de Nesle.—Contrat de M. le comte et madame la comtesse de Mailly, 30 may 1726. Carton 1/1-10.]

[107: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. I.—Le duc de Luynes nous apprend qu'en mars 1740, par suite de partage, les quatre sœurs—il y avait des arrangements particuliers pour mademoiselle de la Tournelle—avaient chacune 7,500 liv. de rente ou environ, savoir 100,000 écus à rente constituée au denier-vingt, 200,000 liv. qui étaient au denier-quarante, et 200,000 liv. d'argent comptant. Outre cela madame de Mailly, à qui M. de Nesle en la mariant avait promis 8,000 liv. de rente et qui n'en avait jamais rien touché, devait être payée de quatorze ou quinze années d'arrérages qui lui étaient dus.]

[108: Journal des règnes de Louis XIV et de Louis XV, par Pierre Narbonne, premier commissaire de police de Versailles, édité par Le Roi. Versailles, 1866.]

[109: Mémoires du duc de Richelieu, par Soulavie, t. V.]

[110: Journal de Barbier, édition Charpentier, t. III.]

[111:

     Notre monarque enfin
     Se distingue à Cythère;
     De son galant destin
     L'on ne fait plus mystère
     Mailly, dont on babille,
     La première éprouva
     La royale béquille
     Du père Barnaba!
]

[112: Journal des règnes de Louis XIV et de Louis XV, par Pierre Narbonne, Versailles, 1866.—Cette affiche publique de la liaison du Roi avec madame de Mailly venait à la suite d'une brouille. D'Argenson dit, à la date du 16 juin 1738: «Madame de Mailly a été brouillée avec le Roi pendant la semaine de la Pentecôte, et personne ne sait pourquoi, mais elle est raccommodée et bien mieux que jamais. Amantium iræ amoris integratio est, dit Térence.»]

[113: Journal des règnes de Louis XIV et Louis XV, par Pierre Narbonne, Versailles, 1866.]

[114: En fait d'ingénuité, Barbier raconte celle-ci: «Le seigneur de la Roque qui fait le Mercure galant a été à l'extrémité avant le voyage de Fontainebleau… Fuzelier, poëte qui a fait plusieurs pièces, garçon d'esprit et mal à l'aise, a fait des mouvements auprès de M. de Maurepas, de qui cela dépend pour avoir cette commission. Comme il est de tout temps ami du marquis de Nesle et de madame de Mailly sa fille, il l'alla trouver un matin dans son lit et lui dit: «Madame, je viens vous prier de me rendre un service.» Elle se défendit d'abord sur ce qu'elle ne demandoit quoi que ce soit; il la tourmenta tant, qu'elle lui dit: «As-tu un mémoire?—Oui, madame.» Elle le prit, le lut. «Qu'on me lève, dit-elle: mes porteurs! Va m'attendre chez M. de Maurepas, j'y vais dans le moment.» Elle y arrive. M. de Maurepas n'étoit pas chez lui. Elle dit à son valet de chambre qu'elle reviendra, et de prier M. de Maurepas de l'attendre, et par un effort d'imagination, pour servir plus chaudement Fuzelier, elle va tout de suite chez M. de la Peyronie premier chirurgien du Roi. «Je viens, lui dit-elle, vous demander une grâce qu'il faut que vous m'accordiez absolument. Je vous demande pour Fuzelier, que je protège, un privilège exclusif pour distribuer le Mercure.» M. de la Peyronie tomba de son haut; il lui témoigna la disposition de lui accorder tout ce qui dépendoit de lui, mais en même temps l'impossibilité de le faire sur cet article… Malgré ses instances, madame de Mailly, persuadée que la demande était ridicule, s'en retourne chez M. de Maurepas tout en colère et lui dit: «Je venois vous demander une grâce pour Fuzelier, mais il faut qu'il soit fou pour me faire faire des démarches pour une chose qui ne se peut pas. Je viens de chez M. de la Peyronie qui me l'a bien assuré.—Mais, Madame, je suis informé de ce que demande Fuzelier, cela n'a point de rapport avec M. de la Peyronie.—Comment! dit-elle, il demande le privilège exclusif du Mercure.—«Cela est vrai, lui répondit le ministre, c'est le Mercure galant, qui est un ouvrage d'esprit.—Oh! dit-elle, que ne s'explique-t-il donc, cet animal-là! Si cela est ainsi, je vous le recommande très-fort.» L'anecdote est-elle vraie? Plus tard on prête, toujours sur le Mercure, une bévue à peu près pareille à madame du Barry.]