WeRead Powered by ReaderPub
La fiancée du rebelle: Épisode de la Guerre des Bostonnais, 1775 cover

La fiancée du rebelle: Épisode de la Guerre des Bostonnais, 1775

Chapter 24: ÉPILOGUE
Open in WeRead

About This Book

The narrative follows Marc Evrard and his beloved Alice as military and political upheaval surround their community after the British conquest and contested imperial measures that provoke American insurgency. Military maneuvers, sieges, and the advance of invading forces create peril and divided loyalties among local inhabitants; officials' corruption and legal changes add social strain. The plot interweaves personal anxieties and romantic concern with the larger struggle between occupying authorities and rebellious provinces, portraying how high politics and wartime violence reshape ordinary lives.

—Tu es un ange! dit-il, dans ce baiser empreint d'autant de respect que de tendresse.

Il cassa ce pain durci, et puis en offrit la moitié à sa compagne en lui disant:

—Si tu n'acceptes pas, jamais ce morceau que je tiens ne touchera mes lèvres.

Elle comprit qu'il serait inutile de lui résister. Quand il la vit porter le pain à sa bouche, il entama le sien.

—Tiens, dit-il en lui présentant la gourde, bois un peu, cela te donnera des forces.

Quand elle en eut pris quelques gouttes il saisit la gourde et but rapidement à son tour. Pas un muscle de sa figure ne trahit l'embrasement qui dévora soudain sa poitrine. Seulement il lui sembla qu'il allait mourir.

Alice le regardait pâlir avec effroi. Il lui sourit, laissa tomber la gourde vide, et dès qu'il put parler:

—Cela me fait du bien, murmura-t-il. J'en suis tout ragaillardi… Donne-moi la main… Tout à l'heure je serai plus fort,… quand l'effet se fera sentir.

Après un immense effort il se trouva debout. Il lui parut que les arbres dansaient autour de lui et que le sol se dérobait sous ses pieds.

Alice le sentit chanceler et le retint dans ses bras. Mais il finit par se remettre. Il se cramponnait à la vie avec toute l'énergie du désespoir.

—Marchons! dit-il.

Momentanément stimulés par ces quelques bouchées de pain et le peu d'eau-de-vie qu'ils venaient de prendre, ils se mirent tous deux en marche. C'était pitié que de les voir, appuyés l'un sur l'autre, marchant à petits pas, le corps fléchissant sur leurs jambes tremblantes, tels que deux vieillards qui essaient leurs derniers pas avant de se coucher dans la tombe.

Les efforts inouïs qu'ils faisaient pour marcher leur paralysaient la voix, et ils haletaient tous deux chacun écoutant avec effroi la respiration pénible de l'autre.

Ils s'en allaient donc, la tête basse, les yeux rivés par terre pour éviter le moindre obstacle qui pouvait embarrasser leurs pieds, se traînant, machinalement poussés par l'instinct confus de la conservation, n'ayant plus de forces que ce qu'il leur en fallait pour s'empêcher de choir, lorsque Marc entendit un bruit de pas devant lui et releva la tête.

—Encore lui! toujours lui! s'écria-t-il avec emportement.

La première pensée d'Alice fut que le délire le reprenait avec plus de violence, mais à peine eut-elle levé les yeux qu'elle jeta aussi un cri de terreur.

Evil, l'homme fatal, était là, à dix pas devant eux. A côté de lui se tenait un inconnu.

—Puisque l'enfer t'a poussé jusqu'ici, cria Evrard, nous allons du moins mourir ensemble!

Et avec une force dont on ne l'eut pas cru capable, il dégagera son bras de sous celui d'Alice, qui le retenait, tira son épée qu'il n'avait point voulu quitter, et marcha sur Evil.

Alice, comme pétrifiée par la terreur, resta à l'endroit où elle s'était arrêtée, sans voix, sans force et sans volonté.

Evil et Gauthier se trouvaient sur le bord d'un rocher coupé perpendiculairement derrière eux et dominant d'une trentaine de pieds un ruisseau qui coulait en bas sur un lit de cailloux.

En voyant monter vers lui ce mourant armé d'une épée qu'il pouvait à peine tenir, Evil eut un sourire d'infernal contentement. Il fit signe à Gauthier qui venait d'armer son mousquet, de déposer son arme, et, attendit sans bouger, avec le rire satanique de la vengeance aux lèvres, ce spectre vivant qui se traînait vers lui.

—Attends…, balbutiait Evrard en approchant, il me reste encore… assez de force pour te tuer!

Le bras tendu, l'épé au poing il arriva enfin près d'Evil.

—O mon Dieu! dit Evrard, donnez-m'en la force!

Evil bondit sur Marc, lui arracha son épée qu'il jeta loin d'eux, saisit Evrard par les poignets et la gorge, et traînant le malheureux jusqu'au bord du rocher:

—Tu as tort d'invoquer Dieu en ce moment! lui dit-il. L'esprit de la vengeance est Satan, et c'est mon Dieu, à moi. Vois-tu comme il ta jeté sans défense dans mes mains vengeresses! Tu m'as vaincu d'abord, et pourtant je vais rester le dernier sur la brèche. Mais avant que de piétiner sur ton cadavre, je veux, là, sous tes regards mourants, que le feu infernal de la jalousie te ronge aussi le coeur. Avant que tu rendes au diable ton âme maudite, ta femme, entends-tu, ta femme sera la mienne, ici, sous tes yeux.

Dans un dernier effort, Evrard se débattit pour échapper à l'étreinte de son ennemi. Mais Evil le souleva de terre et le poussa dans le vide.

L'infortuné jeta un cri étouffé, et s'en alla tomber au fond du ravin.

—Maintenant, la belle enfant, dit l'officier, d'une voix horrible, à nous deux!

Et il descendit vers elle.

Le cri d'horreur que poussa la misérable femme ne saurait étre rendu par aucun mot. Il n'avait plus rien d'humain, et retentit au loin dans la solitude, appel déchirant, épouvantable.

—Au secours, mon Dieu! au secours! criait-elle en courant pour échapper à l'infâme.

Lui, tout en la poursuivant répondit avec un ricanement de démon:

—Je m'en moque pas mal de ton Dieu, attends!….

Chacun de ses pas le rapprochait d'Alice. Comme il proférait ce blasphème, il rejoignait la jeune femme, il allait la saisir, quant un bruit de branches cassées se fit entendre, tandis qu'une vois rude, bien connue d'Alice, criait à vingt pas de là:

—Jetez-vous par terre, madame!

Elle obéit. Avant que Evil stupéfait eut pu faire un seul geste, un coup de feu retentit et le capitaine atteint en pleine poitrine roula sur le sol.

Gauthier, qui l'observait à distance, le vit tomber; saisi de frayeur il se jeta derrière les arbres et disparut en courant.

—Sauve-toi si tu veux, je te retrouverai bien, toi! dit Tranquille en sortant du fourré.

Se tordant dans les convulsion de l'agonie, Evil labourait la terre des ses ongles, et, dans les transports d'une impuissante fureur, comme un loup enragé frappé d'un coup mortel, il arrachait à pleine bouche l'herbe et les racines.

—Où est monsieur Marc? demanda Tranquille à la jeune femme qui se relevait.

—Là! fit-elle en désignant le rocher.

Elle courut dans cette direction.

Avant de s'éloigner du capitaine, Tranquille lui broya la tête d'un coup de crosse de fusil.

—Que le diable ait ton âme! dit le Canadien en essuyant sur des feuilles sèches son arme couverte de sang.

Et puis il courut à la suite d'Alice.

Celle-ci, du bas du versant, n'avait pu juger de la présence et de la profondeur du ravin creusé derrière le rocher. Elle accourant en toute hâte, autant que le lui permettaient ses forces surexitées par l'émotion du moment, quant elle se trouva inopinément sur le faîte du rocher qui surplombait le ravin. La vue de son mari gisant tout au fond la frappa d'épouvante, et le vertige l'empoigna et la précipita du haut en bas du rocher.

—Malédiction! cria Tranquille qui arriva comme elle tombait.

Il avisa quelques crans saillants de la roche et s'en aida pour descendre. Lorsque, tremblant de douleur, il arriva près de ses maîtres, il vit immédiatement qu'ils étaient perdus. La chute d'Evrard avait déterminé chez lui une lésion intérieure du poumon déjà blessé; il perdait le sang à pleine bouche. Quant à la jeune femme, outre les meurtrissures de sa chute, la faiblesse, la misère, le douleur et l'effroi, venaient de la jeter dans une syncope mortelle.

A travers le nuage de l'agonie qui voilait à demi ses yeux, Marc aperçut son fidèle serviteur et le reconnut.

—Evil? demanda-t-il.

—Mort! répondit Tranquille.

Evrard lui serra la main, et lui fit signe de le rapprocher d'Alice étendue à quelques pieds de lui.

Quand ils furent à côté l'un de l'autre, Evrard enlaça de ses bras le corps de sa chère femme et le pressa sur son coeur dans une étreinte suprême. Elle tressaillit, ouvrit les yeux et lui sourit; leurs lèvres se cherchèrent, et leur vie s'exhala dans un dernier baiser.

ÉPILOGUE

Après l'expédition des Trois-Rivières, les restes de la petite armée du général Thomas s'était enfuis à Sorel pour y rejoindre le général Sullivan. Les troupes du roi s'y étant rendues le 14 juin, les Américains évacuèrent Sorel et se retirèrent sur Chambly. Mais Burgoyne, qui commandait en second l'armée anglaise, les suivait de près, et l'armée américaine dut faire sauter le fort pour retraiter sur Saint-Jean, dont il lui fallut déloger aussi pour se replier successivement sur l'Ile-aux-Noix, sur Crown-Point et enfin sur Ticonderoga; d'où elle était partie huit mois auparavant et où elle revenait après une campagne dont les succès et les défaites avaient varié suivant les changements des Canadiens![42].

[Note 42: Garneau.]

Après avoir jeté les Américains hors des frontières, les Anglais lancèrent une flottille sur le lac Champlain. De leur côté les Américains s'empressèrent d'armer quelques vaisseaux. Les deux flottilles se rencontrèrent pour la première fois sous l'île de Valcourt, et le capitaine anglais Pringle fut forcé de battre en retraite devant Arnold. Mais deux jours plus tard Arnold fut complètement défait à son tour, et les troupes royales restèrent définitivement maîtresses du lac Champlain.

Ainsi finit la campagne de 1776. L'année suivante, Burgoyne envahit les provinces révoltées, où, après plusieurs alternatives de victoires et de défaites, il finit par être entouré par seize mille hommes sur les hauteurs de Saratoga, et obligé d'y mettre bas les armes avec les cinq mille huit cents soldats qu'il commandait, ce qui acheva d'assurer l'indépendance des États-Unis, que le Congrès avait hautement proclamée dès le 7 juin 1776.

Un an après que les Américains avaient évacué le Canada, l'on pouvait voir errer dans les rues de Québec un malheureux, objet de pitié pour les uns et de raillerie pour les autres. Vieilli, cassé encore plus par le chagrin et les remords que par l'âge, tout le jour ce corps sans âme s'en allait par la ville, cherchant et sa raison absente et quelqu'un qu'il ne devait plus revoir. Voyait-il de loin onduler la taille souple de quelque jeune femme, il pressait le pas pour la rejoindre te s'arrêtait devant elle en la dévorant d'un regard hébêté. Sans doute lui restait-il encore une lueur d'intelligence, mais une seule; car en ne reconnaissant pas celle que, dans son idée fixe, il allait cherchant toujours, il baissait la tête et reprenait sa marche inquiète. Ses poursuites incessantes, les yeux hagards qu'il promenait sur elles, effrayaient les femmes qui tachaient de l'éviter d'aussi loin qu'elles le voyaient venir.

Les gamins, toujours sans pitié, s'attroupaient derrière lui en le raillant sur sa folie et le désordre de se vêtements qui tombaient en haillons. Quand il se retournait pour les menacer de sa canne, les pierre commençaient à pleuvoir sur lui, tandis que les chiens, excités par ces clameurs, le poursuivaient en aboyant à ses talons.

Malgré ces huées, ces pierres et ces menaces, le misérable n'en reprenait pas moins chaque jour son pénible pélerinage de la veille. Si vous eussiez demandé aux passant le nom de cet infortuné qui finit, après plusieurs années de souffrances, par achever de rendre l'âme dans sa maison déserte, on vous eût dit que c'était Nicholas Cognard qui cherchait sa fille perdue par la coupable ambition d'un père dénaturé.

Enfin, voici, en peu de mots, la relation d'un fait qui est le dénouement naturel de notre récit. Cet évènement, mystérieux et terrible, arrivé à la Pointe-du-Lac en 1777, frappa tellement la population de l'endroit que l'on en parle encore aujourd'hui. Demandez plutôt à quelque vieillard de la Pointe-du-Lac, des Trois-Rivières ou des environs, et voici ce qu'il vous racontera, pour l'avoir appris de son père qui, lui, en avait eu connaissance.

Dans la nuit du huit juin 1777, un an jour pour jour après l'attaque et la défaite des Américains aux Trois-Rivières, le fils aîné de ce même Antoine Gauthier, qui avait si bien joué les Bostonnais, revenait d'une maison voisine où il avait passé la veillée. C'était un jeune gars dont le coeur s'éveillait à l'amour et qui allait chaque soir pousser de gros soupirs auprès de la fille du voisin.

Il s'en revenait donc le coeur épanoui et chantant à plein gosier, selon l'habitude des paysans lorsqu'ils marchent seuls le soir par la campagne, quand il aperçut, à quelques pas de la maison paternelle un homme qui descendait vers la grève en courant. Intrigué, le jeune homme s'arrêta pour épier l'inconnu et le suivit tout en ayant soin de se tenir à distance. Arrivé sur la grève le personnage mystérieux rejoignit trois autres individus qu'on entrevoyait confusément dans l'ombre et qui devaient l'attendre ou l'avoir précédé de bien près. Tous les quatre se jetèrent aussitôt dans une chaloupe et s'éloignèrent à force de rames en gagnant le large.

—Encore des voleurs de moutons! murmura le jeune homme. C'est dommage que j'aie été seul; on aurait pu pincer ces gars-là!

Il remonta vers son logis tout en prêtant une oreille distraite au bruit cadencé des rames, qui se perdait peu à peu dans l'éloignement.

A sa grande surprise, quant il touche le seuil, la porte de la maison de son père était entr'ouverte, et il lui sembla entendre un gémissement qui venait de l'intérieur. Alarmé, il prêta l'oreille, mais n'entendit plus rien.

—Bah! je suis fou, pensa-t-il. La père aura oublié de fermer la porte et je viens de l'entendre ronfler.

Il se faisait ces réflexions pour se rassurer quand il entra. Il n'avait point fait trois pas dans les ténèbres qu'il mit le pied sur un corps étendu par terre. Il recula de surprise et tressaillit. Et puis il se pencha, tâta le corps, reconnut son père. Horreur! sa main en se promenant sur la tête de celui qui gisait à ses pieds, s'enfonça dans une blessure profonde qui trouait le crâne, et il lui dégoutta des doigts un liquide chaud, épais et âcre qui devait être du sang!

Il fut épouvanté.

—Papa! cria-t-il

Rien ne lui répondit qu'un silence de mort.

Saisi des plus sinistres pressentiments, il fit deux pas de côté pour s'approcher d'une table où il était accoutumé de trouver un briquet et de l'amadou pour allumer la chandelle qu'on lui laissait sur la table, quand il sortait le soir. Son pied s'appuya en plein sur une poitrine humaine. C'était une femme, c'était sa mère!

Éperdu d'épouvante, il s'élança hors de la maison en jetant des cris de terreur.

Il courut chez le plus proche voisin qui était couché mais qui ne fut pas lent à se lever en entendant le vacarme que l'on faisait dans sa porte. Encore à moitié endormi il vint ouvrir en grommelant; mais quand il demanda au jeune homme ce qui l'amenait à pareille heure, celui-ci, qui avait à peine eu la force de lui crier son nom, ne put parvenir à lui répondre. Les dents lui claquaient dans la bouche. L'autre intrigué, comme bien on pense, fit aussitôt de la lumière. La figure qui lui apparut dans le cadre de la porte avait une telle expression d'effarement, un pâleur telle qu'il en resta lui-même tout saisi.

—Mais, pour l'amour de Dieu! qu'est-ce que tu as donc, Jean, lui demanda-t-il.

—Porte ouverte… chez nous, balbutia le jeune homme, père étendu dans la place… mère aussi… du sang… Regardez…

Du sang, il en avait jusqu'au poignet.

—Vite, Pierre, Baptiste, levez-vous! cria le maître à ses garçons.

Ceux-ci, qui étaient éveillés déjà, se montrèrent aussitôt.

—Allume le fanal, Pierre, dit le maître.

L'instant d'après ils sortaient tous les quatre.

Quand ils pénétrèrent dans la maison de Gauthier, un spectacle épouvantable s'offrit à leurs yeux.

A deux pas de l'entrée le maître de la maison, Antoine Gauthier, la tête fendue jusqu'aux yeux, gisait dans une mare de sang.

Tout à côté sa femme était étendue, le crâne ouvert, morte aussi.

Au fond de la pièce il y avait un autre cadavre, celui du plus jeune fils de Gauthier, garçon de douze ans; comme les autres il avait la tête fracassée, de plus son bras gauche était coupé par le milieu et ne tenait plus que par un lambeau de chair.

En travers d'une porte qui donnait sur la seconde pièce, le cadavre de la fille de la maison barrait le passage.

Enfin, au fond de cette chambre, on trouva la servante, robuste paysanne, aussi assassinée. Mais celle-ci avait dû défendre sa vie avec acharnement. Une table derrière laquelle elle avait cherché un abri, était fendue, cassée en pièces. Quant au corps de la pauvre fille, il était criblé de coups. Les bras, les épaules, la tête, étaient coupés, hachés, broyés affreusement.

A la largeur, à la profondeur des blessures, on reconnut que le meurtrier s'était servi d'une hache.—On la retrouva effectivement le lendemain matin, près du seuil de la porte.

Le père avait dû étre assommé le premier, à l'improviste, en ouvrant la porte. Quand au jeune garçon, il avait été frappé sans doute comme ils accourait appelé par les cris de ses parents. Averti du danger il avait dû s'avancer le bras gauche instinctivement levé pour parer les coups. La hache en s'abattant lui avait d'abord coupé le bras et puis brisé la tête.

La jeune fille s'était certainement évanouie avant que de recevoir le coup fatal; elle était tombée à la renverse et la hache de l'assassin avait porté en plein visage, fracassant l'os frontal qui était complètement séparé du crâne.

Pour ce qui est de la servante, le bruit sinistre des coups de hache, les cris et les lamentations des victimes, lui avaient donné le temps de se mettre sur ses gardes. Elle avait lutté de toutes ses forces et il avait fallu plusieurs coups pour l'abattre.

Comme il n'y avait pas eu un seul objet enlevé, et que, à part les désordres occasionnés par la lutte des victimes, il n'y avait rien de dérangé dans la maison, il était évident que le vol n'avait pas été le mobile de ce crime épouvantable.

La trahison de Gauthier étant bien connue de tous, on estima que les Américains avaient fait le coup pour se venger. Telle est encore aujourd'hui l'opinion des gens de l'endroit.

Cependant, les circonstances mystérieuses de ce crime ne font-elles pas soupçonner que l'idée d'une vengeance particulière dut plutôt inspirer cette effroyable tuerie? Tout en acceptant peut-être l'aide des Américains chez lesquels il s'était réfugié depuis qu'ils avaient laissé le Canada, Tranquille n'avait-il pas voulu venger personnellement la mort de ses maîtres?… Toujours est-il que jamais ni Célestin ni sa femme ne reparurent ostensiblement dans le pays.

JOSEPH MARMETTE

Québec, Octobre 1875.

End of Project Gutenberg's La fiancée du rebelle, by Joseph Marmette