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La gardienne de l'idole noire cover

La gardienne de l'idole noire

Chapter 12: X
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About This Book

An aging veteran living in a convent looks back on a life shaped by passion and greed, narrating travels to distant lands, military service, and slender fortunes. He recalls campaigns under foreign banners, wounds and exile, and employment with a Moorish commander besieging a pagan city, where his appetite for wealth and women drives risky choices. The narrative unfolds as a framed memoir that mixes vivid travel episodes and moral reflection on desire and avarice with a central extraordinary adventure involving an idol in an Eastern city, whose dangers and consequences force the narrator to reckon with his past as he approaches death.

X

L’allégresse des deux filles de l’Inde ne fut surpassée que par leur colère contre le détestable ennemi que j’avais si heureusement abattu. Je ne crois d’ailleurs pas mentir en assurant que ce danger fut le plus considérable entre tous ceux que j’ai courus en ma vie, féconde en aventures remarquables. Ce singe — car j’ai appris depuis que cet animal était un vrai singe d’une espèce autant rare que gigantesque — était certainement aussi grand que moi, et personne n’a jamais douté que ma taille n’ait été, en son temps, des plus avantageuses. Ses bras dépassaient sa hauteur, et ses jambes, courtes et robustes, soutenaient un corps plus difforme, puissant et ventru que celui des brahmes ; c’est tout dire.

Souriadévi ne ménagea à la sanglante carcasse ni les invectives ni les railleries. Menaçant du poing la brute éventrée vers laquelle les fourmis se hâtaient déjà à la file, elle criait :

— La voici donc détruite par la redoutable épée d’un dieu de l’Occident, la bête impure venue des îles de la mer ! Puisse ton sang venimeux étouffer ta race, démon subtil et pervers, plus implacable que Niroudi qui régit le Sud-Ouest, plus rapide que Garouda aux ailes de milan, pernicieux à l’égal des Asouras, capable de dicter la loi, en enfer, à Yama lui-même ! Te voilà donc et sans force et sans voix, toi à qui l’on livrait les vierges tchatrias, en cette nuit solennelle où les cruels prêtres de ce temple fêtent la victoire de Parassourama, leur vengeur !… Tu ne te réjouiras plus dans l’opprobre, tu ne chanteras plus la chanson des larmes ! Bourreau des femmes, tu ne broieras plus les membres délicats, tu ne lacéreras plus de ta griffe immonde les corps sans tache, maudit, esclave de la nuit, père de l’épouvante !

Et, non contente d’injurier la brute expirante, elle voulut la piétiner. Me plaisant à flatter son caprice, je l’enlevai à force de bras jusqu’à la bonne hauteur, et son pied fièrement cambré foula la masse rousse qui pantelait au fond du cloaque. Et Souriadévi cracha sur le cadavre, et la princesse Mangamalle voulut cracher aussi. Cette matinée aura compté dans la vie de mes amies indiennes.

Et, sans cesse, lorsque nous nous fûmes remis à marcher, toutes deux se retournaient, jetant l’anathème vers le porche bas où les corneilles se pressaient avec des croassements de joyeuse impatience. Un accident de terrain nous cacha enfin le portique du grand singe.