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La Hyène Enragée

Chapter 3: I LETTRE AU MINISTRE DE LA MARINE
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About This Book

A collection of loosely connected wartime sketches, letters, and impressions that blend personal appeal, reportage, and small domestic anecdotes. The narrator expresses a desire to take part more actively in the conflict while documenting scenes of civilian distress, exhausted refugees, and vulnerable children, and noting quiet acts of care. The pieces alternate between formal correspondence and intimate vignettes, conveying indignation at violence alongside sustained compassion, with an overall impressionistic, fragmentary tone rather than systematic argumentation.

LA
HYÈNE ENRAGÉE

I
LETTRE AU MINISTRE DE LA MARINE

Le capitaine de vaisseau de réserve J. Viaud, à monsieur le Ministre de la Marine à Paris.

Rochefort, 18 août 1914.

«Monsieur le Ministre,

»Quand j'ai été rappelé à l'activité pour la guerre, j'avais l'espoir de faire quelque chose de plus que le petit service qui m'a été donné dans notre arsenal.

»Je ne récrimine point, veuillez le croire, sachant très bien que la marine n'aura pas le premier rôle et que tous mes camarades du même grade, à peu près inutilisés eux aussi, hélas! faute de place, s'énervent comme moi et souffrent.

»Mais qu'il me soit permis d'invoquer l'autre nom que je porte. Tout le monde n'est pas au courant des règlements maritimes, et ne sera-t-il pas d'un mauvais exemple, dans notre cher pays, où chacun fait si magnifiquement son devoir, que Pierre Loti ne serve à rien? Je suis un officier un peu exceptionnel par ma double situation, n'est-ce pas; pardonnez-moi donc de solliciter une mesure d'exception et de faveur; j'accepterais avec joie, avec orgueil, n'importe quel poste me rapprochant de l'ennemi, fût-ce même un poste très en sous-ordre, très au-dessous de mes cinq galons d'or.

»Ou bien, à la rigueur, ne pourrais-je être envoyé en supplément, en mission, à bord de quelque navire ayant chance de combattre? Je trouverais le moyen de m'y rendre utile, je vous assure. Ou enfin, si trop de règlements ou de lois s'y opposent, voudriez-vous au moins, monsieur le ministre, me laisser libre d'aller et venir, en attendant qu'on puisse avoir besoin de moi dans la flotte, afin que j'essaie, d'ici là, de m'employer n'importe où, ne fût-ce même qu'aux ambulances? Il est cruel pour moi, et personne ne saura comprendre que, du fait seul que je suis capitaine de vaisseau de réserve, je me voie condamné à une presque inaction, quand la France entière est en armes.

»Signé: JULIEN VIAUD

(PIERRE LOTI.)