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La Jérusalem médiévale

Chapter 10: 7. L'ARCHITECTURE MAMELOUKE
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About This Book

L'étude offre une synthèse historique et architecturale de Jérusalem médiévale, organisée en grandes périodes successives, et explique comment conflits, reconstructions et pratiques religieuses ont façonné la physionomie urbaine. Elle décrit les grands monuments — sanctuaires, mosquées, églises, temples, palais et mausolées — et examine les traits formels de l'architecture musulmane, croisée, ayyoubide et mamelouke, ainsi que les réemplois de fondations et vestiges. Des chapitres sur les premiers albums photographiques, une bibliographie et un index accompagnent l'analyse, enrichis de photographies et de notices documentaires.

Lors de la prise de Jérusalem en 1187, Saladin, comme pour le Dôme du Rocher, fait enlever les icônes et l'autel, ainsi que les constructions des Templiers au nord de la mosquée. Il contribue à la décoration du mirhâb en offrant une magnifique chaire de bois sculpté. Cette chaire, réalisée en 1170, est l'oeuvre de son prédécesseur Nur al-Din, gouverneur de Syrie. Elle est détruite par le feu en 1969, un geste fou d'un touriste chrétien, qui pensait que le retour du Christ ne pourrait avoir lieu avant la disparition des "abominations" musulmanes du Mont du Temple.

Les sultans mamelouks restaurent les deux côtés de la mosquée. Entre 1345 et 1350, ils ajoutent deux baies de chaque côté du porche croisé. On ne les voit qu'à l'íntérieur, du côté ouest, parce que la nef et le côté occidental sont reconstruits entre 1938 et 1942.

Comme l'attestent des inscriptions sur la mosaïque du dôme, les premières restaurations sont l'oeuvre du roi mamelouk Qalaoun en 1327. Le dôme et les colonnes sont consolidés entre 1922 et 1927. Une deuxième consolidation a lieu après les tremblements de terre de 1928 et 1937. La mosquée et ses baies sont restaurées en 1943 par le roi d'Egypte Farouk.

On voit des traces de la mosquée originale d'Omar, décorée d'une double rangée de colonnes, dans l'angle sud-est d'Al-Aksa. La superficie de cette mosquée était de 8 m x 30 m. Les seuls vestiges de la période omeyyade sont les colonnes situées à l'est du mirhâb.

La mosquée est divisée en une nef centrale et deux transepts. La nef, de direction nord-sud, est supportée par 7 arcades reposant sur des colonnes de marbre et de pierre avec des chapiteaux stylisés surmontés de baies. La mosquée comprend 114 colonnes et 135 baies. Sa longueur est de 80 m et sa largeur de 55 m. La façade nord a 7 arcades et 7 grandes entrées construites pendant la période fatimide. Les 4 autres portes sont situées ainsi: deux à l'ouest, une au sud et une à l'est. Le dôme a une hauteur de 17,7 m. Comme pour le Dôme du Rocher, l'intérieur est en bois et l'extérieur en plomb. Le dôme est supporté par 4 arcs et 8 piliers, restaurés en 1927.

L'élément le plus ancien est la mosaïque du tambour supportant le dôme et celle de la façade de l'arche surplombant l'aile du centre. Une inscription permet de dater ces mosaïques de 1035. Leur qualité artistique est inférieure à celle du Dôme du Rocher, mais il existe une certaine ressemblance dans les motifs, sans doute copiés sur une mosaïque omeyyade.

La période croisée a laissé sa marque, avec les trois baies centrales du porche, refaites en 1217, les baies de verre rose et bleu à l'ouest, le mirhâb de Zacharie, ancienne chapelle croisée, et enfin les pièces voûtées à l'ouest, dans la mosquée des Femmes. La tradition chrétienne veut que cette mosquée ait été l'oratoire des Templiers.

C'est de l'époque de Saladin que datent les grandes dalles de marbre claires et foncées recouvrant les murs. La couverture intérieure du dôme en mosaïques de verre coloré date de la même époque. Cette couverture ressemble à celle du Dôme du Rocher.

= Notes

[1] Le Strange (G.). Palestine under the Moslems, 1890. Reprint: Beirout, Khayats, 1965, p. 139-143.

[2] Le Strange (G.). Palestine under the Moslems, 1890. Reprint: Beirout, Khayats, 1965, p. 161.

[3] Al-Muqaddasi. Description of Syria, including Palestine. Palestine Pilgrims Text Society, volume 3, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 41-46.

[4] Nasir-I Khusraw. Diary of a Journey Through Syria and Palestine. Palestine Pilgrims Text Society, volume 4, 1893. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 29-42.

[5] Evliya Tshelebi's Travels in Palestine. Jerusalem, Ariel, 1980, p. 86.

[6] Le Strange (G.). Palestine Under the Moslems. 1890. Reprint: Beirut, Khayats, 1965, p. 120-121.

[7] Evliya Tshelebi's Travels in Palestine. Jerusalem, Ariel, 1980, p. 86.

[8] Gätje (H.). The Qu'ran and its Exegesis. Berkeley and Los Angeles, University of California Press, 1976, p. 75-77.

[9] Deux historiens, I. Goldziher et O. Grabar, ont étudié l'origine et les motifs possibles de cette association. Voir: Goldziher (I.), Muslim Studies. London, G. Allen and Unwin, 1971, volume II, p. 45-46. Voir aussi: Grabar (O.). The Formation of Islamic Art. New Haven and London, Yale University Press, 1973, p. 50-52.

[10] Har-El (M.). This is Jerusalem. Jerusalem, Steimatsky, 1985, p. 333.

[11] Le Strange (G.). Palestine under the Moslems. 1890. Reprint: Beirut, Khayats, 1965, p. 120-121. Les mesures données sont tout à fait fantaisistes.

[12] Gautier-van Berchem (M.) et Ory (S.). La Jérusalem musulmane. Lausanne, éditions des Trois Continents, 1978, p. 32.

[13] Murphy-O'Connor (J.). The Holy Land. Jerusalem, Oxford University Press, 1986, figure 24, p. 77.

[14] Van Berchem (M.). The Mosaics of the Dome of the Rock in Jerusalem and of the Great Mosque in Damascus, in: Early Muslim Architecture. By K.A.C. Creswell. Oxford University Press, 1962.

[15] Idem, 2nd edition, 1969.

[16] L'étude a été publiée pour la première fois par K.A.C. Creswell en 1932, dans Early Muslim Architecture, avec de nombreuses photographies.

[17] Le Strange (G.). Palestine under the Moslems. 1890. Reprint: Beirout, Khayats, 1965, p. 139-143.

[18] Hamilton (W.). The Structural History of the Aqsa Moque. Jerusalem, 1947. Ce livre traite de l'histoire complexe de la destruction et de la reconstruction d'Al-Aqsa.

[19] Al-Muqaddasi. Description of Syria, including Palestine. Palestine Pilgrims Text Society, volume 3, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 41-44.

[20] William of Tyre. A History of Deeds Deone Beyond the Sea. New York, Columbia University Press, 1943, volume 1, p. 524-525.

4. L'ARCHITECTURE CROISEE CIVILE

[Citadelle / Mauristan / Portes / Notes]

L'architecture croisée n'est pas seulement présente dans nombre d'édifices religieux. On la retrouve aussi dans la Citadelle et la Tour de David, le quartier du Mauristan et quelques portes des remparts.

= Citadelle

La citadelle est située sur le rempart ouest de la Vieille Ville, à côté de la porte de Jaffa. Selon la tradition musulmane, la Tour de David, appelée aussi Tour de Goliath, aurait été le siège du combat de David et de Goliath. Quand Hérode le Grand (37-4 avant Jésus-Christ) fortifie Jérusalem, l'entourant d'un double rempart, il construit son palais sur le site le plus haut et le mieux fortifié, à 777 m au-dessus du niveau de la mer. La citadelle est dégagée entre 1934 et 1939 par l'archéologue C.N. Johns, membre du Département des Antiquités durant le mandat britannique [1]. Dans la cour de la tour sud, C.N. Johns découvre les restes d'un mur et d'une tour ronde, qu'il attribue à la construction du 8e siècle.

Plusieurs fois détruite et reconstruite, la citadelle est utilisée au fil des siècles par les gouverneurs successifs de la ville: romains, byzantins, arabes, séleucides, croisés, ayyubides kurdes, mamelouks, turcs et jordaniens.

En 1099, les Fatimides de Jérusalem ont toute confiance dans les fortifications de la ville. Ses remparts sont réputés parmi les plus solides du monde. La citadelle, appelée aussi Tour de David, est un fort dans un fort, avec un mur de 12 mètres de haut. Le 15 juillet 1099, les Croisés remplissent les douves et attaquent la ville en quatre points vers le rempart nord et en un point vers le mur sud. Ils font d'abord une brèche près de la Porte d'Hérode, puis deux autres brèches près de la Porte de Sion et près de la Nouvelle Porte, dans la zone de la Tour de David. Il s'ensuit un massacre de tous les habitants juifs et musulmans, hommes, femmes et enfants.

Au 12e siècle, les rois croisés de Jérusalem élargissent les limites de la citadelle et construisent de nouveaux remparts tout autour. La citadelle est pour eux une bonne place stratégique et elle n'est pas loin du Saint-Sépulcre. La Tour de David est appelée aussi Tour de Tancrède. C'est dans cette tour que luttent les troupes du prince croisé Tancrède pendant le siège de Jérusalem en 1099. La tour est reconstruite durant la première moitié du 12e siècle, pour protéger le point faible formé par l'angle nord-ouest des remparts dans la défense de la ville. Les Croisés divisent la citadelle en deux parties: une partie intérieure qui englobe les tours occidentales dans les limites de la Vieille Ville, et une partie extérieure, avec les tours orientales, à l'extérieur du rempart.

Saladin l'Ayyubide marche d'abord sur Jérusalem en 1177, mais il est arrêté en route, à Gézer. En 1187, il réussit à prendre la ville, à la fin d'une campagne victorieuse en Terre Sainte, et les Francs partent après le paiement d'une rançon. Saladin reconstruit ensuite le rempart situé entre les Portes de Damas et de Jaffa, par lequel il a attaqué la ville. En 1219, les remparts sont en grande partie détruits par le gouverneur musulman Al-Muazzem, afin de prévenir le retour des Croisés. Pour la même raison, la forteresse est détruite en 1238 et 1239, puis rebâtie en 1247 par Al-Malik al-Salih Ayyub.

Une nouvelle forteresse est reconstruite par le Mamelouk Al-Nasir ibn Kalaoun en 1310. Le mur qui sépare la Citadelle en deux parties est détruit, et de nouveaux bâtiments sont construits sur ses fondations. La forme générale de la citadelle est restée inchangée depuis, à l'exception de quelques ajouts ottomans aux 16e et 17e siècles. Le sultan turc Soliman le Magnifique ajoute ensuite la mosquée, la tourelle et la porte principale de la citadelle.

Quant aux remparts, ils sont en partie reconstruits par le roi Al-Adel Zein al-Din en 1295, puis par Al-Malik al-Mansour Qalaoun en 1330. Ils sont à nouveau reconstruits entre 1536 et 1540, dans leur totalité, avec l'ajout de plusieurs tours.

= Mauristan

Le Mauristan est une zone carrée au sud du Saint-Sépulcre, zone délimitée d'un
côté par l'église la plus récente de la Vieille Ville, l'église luthérienne du
Rédempteur, et de l'autre par l'église la plus ancienne, l'église
Saint-Jean-Baptiste.

Ce secteur est le Forum de la Ville pendant les temps romains et byzantins. Les marchands d'Amalfi, habitants du quartier, font ensuite construire trois églises attenant à des hôpitaux-hospices: Saint-Marie-la-Latine pour les hommes, Sainte-Marie-la-Grande pour les femmes et Saint-Jean-Baptiste pour les pauvres. La charge en revient à l'ordre bénédictin.

Guillaume de Tyr pense que le monastère de Sainte-Marie vient de la fondation de Charlemagne. Les marchands d'Amalfi restaurent l'ensemble après la destruction d'Al-Hakim, probablement entre 1063 et 1071, date à laquelle les Chrétiens réparent les remparts de la ville [2]. Le secteur est donné aux Chevaliers de Saint-Jean de l'Hôpital, devenus ensuite l'ordre des Hospitaliers, et dont le siège reste au cours des années la petite église Saint-Jean-Baptiste, en souvenir de leurs modestes origines. Le premier maître de l'Hôpital Latin est Gérald. Son successeur et véritable fondateur de l'ordre est Raymond du Puy (1120-1160). La Règle des Hospitaliers date de 1153. C'est à partir de cette date qu'ils ont aussi des activités militaires.

Le Mauristan est décrit dans un texte anonyme chrétien, The City of Jerusalem: "A gauche du marché sont les boutiques des bijoutiers latins, et au bout de ces boutiques on trouve un couvent de religieuses qui est appelé Sainte-Marie-la-Grande; et à côté un monastère de moines appelé Sainte-Marie-la-Latine. Ensuite vient la résidence de l'hôpital, avec son entrée principale. A la droite de l'hôpital se trouve l'entrée principale du Sépulcre." [3]

Quand Saladin prend Jérusalem, il autorise dix Hospitaliers à rester un an pour soigner les malades de l'hôpital. Les bâtiments sont ensuite utilisés pour d'autres besoins. Le neveu de Saladin, Shihab al-Dîn, en fait à nouveau un hôpital en 1219. Le nom de Mauristan, qui signifie hôpital en kurde, date de cette époque.

Au 15e siècle, le bâtiment peut recevoir 400 pèlerins, mais il commence à tomber en ruines, des ruines qui impressionnent le voyageur Felix Fabri: "A côté du bâtiment dans lequel séjournent les pèlerins, existait autrefois un grand palais, l'habitation majestueuse des nobles chevaliers de Saint-Jean… comme cela peut encore être vu par ces ruines, et par le bâtiment qui est seulement en partie ruiné, qui est si grand que quatre cents pèlerins peuvent y vivre. En face de l'hôpital sont les ruines de vastes remparts, les restes de la maison des Chevaliers Teutoniques, avec lesquels étaient hébergés autrefois les pèlerinages de nobles allemands. A côté de cette même maison se trouvait une autre grande salle, dans laquelle devaient séjourner les femmes pèlerins, puisqu'elles n'étaient en aucun cas autorisées à vivre avec leur mari dans le grand hôpital." [4]

Au 16e siècle, les maçons de Soliman le Magnifique utilisent les immenses ruines comme carrières pour reconstruire les remparts de Jérusalem. Plus tard, une partie de cette zone adandonnée est donnée aux Allemands, qui construisent l'Eglise du Rédempteur à l'emplacement de l'Eglise Sainte-Marie-Latine. La partie ouest est donnée aux Grecs en 1905, et ils y bâtissent leur zone commerciale.

= Portes

La Porte de Damas est ouverte dans le rempart sud de la ville. Sous la construction actuelle, datant de l'époque de Soliman le Magnifique, on trouve les fondations de la porte croisée qui suit la ligne de la porte romaine, mais qui était fortifiée. Juste après la porte elle-même, la construction croisée forme un angle droit avec la porte des remparts. Cet angle droit permettait de réduire le flot des ennemis entrant dans la ville.

Deux des trois portes visibles dans le mur sud du Mont du Temple datent de la période croisée. Ce sont la Porte Simple et la Porte Triple, portes par lesquelles les Croisés accèdent à leurs écuries, les écuries de Salomon. La Porte Simple, située à 37 m de l'angle sud-est du mur, est une construction croisée remaniée par les Mamelouks. La Porte Triple, située à 183 m de l'angle sud-ouest et à 90 m de l'angle sud-est, est une porte double hérodienne transformée à l'époque croisée.

= Notes

[1] Ses conclusions sont publiées dans: Excavations at the Citadel, in: Palestine Exploration Quarterly, avril 1940.

[2] William of Tyre. A History of Deeds Done Beyond The Sea. New York, Columbia University Press, 1943, volume 2, p. 240-245.

[3] The City of Jerusalem. Palestine Pilgrims Text Society, volume 6, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 7.

[4] The Book of the Wanderings of Felix Fabri. Palestine Pilgrims Text Society, volumes 7-10, 1893. Reprint: New York, AMS Press, 1971, volume 1, p. 395.

5. L'ARCHITECTURE CROISEE RELIGIEUSE

[Eglise de la Croix / Gethsémani / Saint-Etienne / Saint-Jacques /
Saint-Jean-Baptiste / Saint-Sépulcre / Sainte-Anne / Sainte-Marie-Latine /
Tombeau de la Vierge / Notes]

De nombreuses églises de Jérusalem témoignent de l'architecture croisée, dans sa splendeur ou ses vestiges.

= Eglise de la Croix

Le monastère de la Croix est niché dans la verdure d'une vallée de Jérusalem, à côté de l'avenue ben-Zvi, en contrebas de la Knesset et du Musée d'Israël. C'est une relique des jours où cette vallée était le vignoble des rois croisés de Jérusalem.

Le monastère est construit entre 1039 et 1056 par le roi Bagrat de Géorgie, sur le site d'une église du 5e siècle. La légende chrétienne veut qu'ait poussé à cet endroit l'arbre dans lequel est taillée la croix de Jésus. L'église actuelle date en grande partie du 11e siècle.

Les Géorgiens ont d'excellentes relations avec les Mamelouks. Ceux-ci perdent le monastère en 1300 suite à l'invasion tartare. Restauré en 1305, le monastère est vendu aux Grecs orthodoxes en 1685.

= Gethsémani

Gethsémani est situé sur le Mont des Oliviers. C'est l'endroit où Jésus se recueille avant d'être arrêté suite à la trahison de Judas. Appelée Eglise de toutes les nations, l'église actuelle date de 1924. Elle est la dernière de toute une série d'églises.

La première église fut construite entre 379 et 384 par la communauté chrétienne pré-constantinienne pour commémorer la prière du Christ. Cette église est détruite par un tremblement de terre en 745.

Les Croisés construisent ensuite un oratoire dans les ruines, puis le remplacent par une église en 1170. Ils lui donnent une orientation un peu différente afin d'avoir une part de rocher dans chaque abside, une manière d'interpréter matériellement la triple prière du Christ. Le destin de cette église est inconnu. Toujours utilisée en 1323, elle est abandonnée en 1345.

= Saint-Etienne

L'église Saint-Etienne est située route de Naplouse, à l'est de la Porte de Damas. Construite en 1900, elle est incluse dans les bâtiments de l'Ecole biblique et archéologique française.

La première église est construite à l'endroit présumé de la lapidation du saint. Des fouilles révèlent le plan de l'église byzantine, qui appartenait à un immense monastère détruit par les Perses en 614. Une petite chapelle est construite avant 638 par le patriarche Sophronius. Cette chapelle est restaurée par les Chevaliers Hospitaliers. Ils construisent des écuries et des âneries à côté de la chapelle. Ils détruisent l'ensemble pendant l'été 1187 pour éviter que Saladin n'utilise ce point stratégique situé près des remparts.

= Saint-Jacques

L'église Saint-Jacques est le plus bel édifice religieux du quartier arménien de la Vieille Ville.

Selon la tradition arménienne, une église abrite depuis le 4e siècle la tête de Saint Jacques, frère de Saint Jean l'apôtre, décapité par Agrippa Ier en 44. Sa tête est enterrée sous le pavement actuel d'une petite pièce située au nord de la nef de l'église. Toujours selon la tradition arménienne, un deuxième Saint Jacques est enterré sous l'autel principal de l'église. Il s'agirait d'un des trois Jacques de la tradition chrétienne: Jacques fils de Zébédée, l'un des douze apôtres, Jacques fils d'Alpheus, un autre apôtre, ou encore Jacques frère de Jésus [1].

Jusqu'au 7e siècle, le patriarche grec orthodoxe est à la tête de l'Eglise arménienne. Elle a ensuite son propre patriarche. Le patriarche arménien de Jérusalem est considéré comme le successeur de saint Jacques, frère de Jésus. Dans une charte conservée à la bibliothèque du patriarcat arménien, Omar ibn al-Khattab reconnaît les droits du patriarche arménien sur les lieux saints chrétiens de Jérusalem, Bethléem, Naplouse et Samarie.

Jean de Wurzbourg, pèlerin chrétien, visite l'église à l'époque croisée: "En bas de la descente et au-delà d'une autre rue, se trouve une grande église construite en l'honneur de saint Jacques le Grand, habitée par des moines arméniens, et ils ont au même endroit un grand hospice pour recevoir les pauvres de leur nation." [2]

Le patriarche arménien est en faveur auprès des Croisés, qui comptent des Arméniens venant de Cilicie. Les Arméniens sont les seuls alliés des Croisés au Moyen-Orient. De nombreux mariages ont lieu entre chevaliers croisés et femmes arméniennes. Les Croisés coopèrent avec enthousiasme à la reconstruction de l'église Saint-Jacques. L'authenticité de la première église est établie puisqu'ils y retrouvent la tête de saint Jacques et la main de saint Etienne.

Plus tard, toujours selon la tradition arménienne, Saladin accorde aux Arméniens un firman, à savoir un permis concernant les lieux saints. Après la conquête turque de 1517, le sultan Sélim Ier leur accorde également un firman les assurant de leurs droits et leur donnant autorité sur les communautés syriennes, coptes et éthiopiennes de la ville.

A l'origine, l'église Saint-Jacques était très large. Elle est en partie détruite par l'invasion perse, et restaurée au 8e siècle. L'église actuelle, qui date du 11e siècle, est bâtie par les Croisés après la prise de Jérusalem en 1099.

On ne voit pas l'abside de l'extérieur. L'arcade romane est haute et étroite, avec une coupole elle aussi tout en hauteur. La superficie est de 17,5 m x 24 m. L'abside est divisée par quatre larges colonnes carrées recouvertes de faïences bleues pour former une nef centrale et des portiques. Les colonnes supportent les huit arches de la coupole. Les murs sont recouverts de carreaux bleus sur une hauteur de deux mètres.

Dans le choeur, les trois autels sont: au centre celui de saint Jacques, frère de Jésus, à droite celui de saint Jean-Baptiste, à gauche celui de la Vierge Marie. L'intérieur de l'église est entièrement médiéval. La voûte de la coupole centrale est typiquement arménienne. Les travaux du 12e siècle ont servi à consolider l'édifice des 10e et 11e siècles. La chapelle Saint-Etienne, qui date du 11e siècle, sert à la fois de sacristie et de baptistère. La chapelle de Echmiadzin était sans doute le narthex de l'église médiévale. La porte, à la décoration élaborée, était probablement l'entrée principale.

= Saint-Jean-Baptiste

Située dans une zone en retrait du Mauristan, l'église est en partie enterrée autour de rues dont le niveau a grimpé avec les siècles. On y entre par la rue du quartier chrétien.

Une église existe dès le milieu du 5e siècle. Après sa destruction par les
Perses en 614, elle est restaurée par Jean l'Aumônier. Les fondations du 5e
siècle sont utilisées par les marchands d'Amalfi pour l'église du 11e siècle.
L'église devient ensuite le berceau des Chevaliers Hospitaliers.

Voici la description qu'en fait Jean de Wurzbourg, pèlerin chrétien à l'époque croisée: "En face de l'église du Saint-Sépulcre, sur le côté opposé, on trouve une belle église construite en l'honneur de Jean le Baptiste, à côté de laquelle un hôpital reçoit dans plusieurs pièces une multitude énorme de malades, à la fois hommes et femmes, qui sont secourus et soignés chaque jour à très grands frais…" [3]

La façade actuelle avec ses deux petits clochers est une addition moderne.

= Saint-Sépulcre

Le Saint-Sépulcre est situé au coeur du quartier chrétien, dans la partie nord-ouest de la Vieille Ville, au bout de la Via Dolorosa. Construit à l'endroit où Jésus-Christ a été crucifié et enterré, il est considéré comme "la" grande église de la chrétienté.

En 326, l'impératrice Hélène, mère de Constantin, fait construire plusieurs églises pour commémorer les grandes étapes de la vie du Christ. Erigée entre 326 et 335, l'église constantinienne reste en place pendant trois cents ans. Elle était la plus grande de Jérusalem, avec une longueur de 115 m. On y entrait par trois portails situés à l'est. L'abside de l'église était à l'ouest, en direction de la tombe de Jésus, celle-ci étant considérée comme le principal site sacré de la chrétienté.

Sur la partie supérieure droite de la mosaïque de Madaba, qui montre Jérusalem vers 570, le Saint- Sépulcre est représenté au centre d'une Vieille Ville entourée de remparts. On voit son escalier, ses trois portes, sa basilique et sa coupole. Considéré au 6e siècle comme le monument le plus important de Jérusalem, il a sur la mosaïque une importance considérable par rapport aux 19 autres bâtiments.

L'église constantinienne est détruite par les Perses en 614. Le patriarche Modestus utilise les matériaux de l'église pour construire un édifice plus petit. Grâce au pèlerin chrétien Arculfe, on a une description de l'édifice de 680 et un plan, résultat des diagrammes qu'Arculfe fait sur des tablettes de cire [4].

Cette seconde église est détruite par un tremblement de terre en 746. En 967, les Musulmans brûlent la nouvelle église et tuent le patriarche. En 1009, Al-Hakim, gouverneur fatimide d'Egypte, ordonne la destruction de toutes les églises chrétiennes, y compris celle du Saint-Sépulcre.

La reconstruction a sans doute lieu entre 1030 et 1048, sous les auspices de l'empereur byzantin Constantin IX Monomaque. Les architectes byzantins sauvent les lignes de la rotonde au-dessus du Sépulcre. Mais ils ne reconstruisent pas l'immense basilique de Constantin le Grand, qui allait du Calvaire à la grande rue du marché. L'emplacement reste un champ de ruines jusqu'à l'arrivée des Croisés. Une galerie supérieure est ajoutée dans la rotonde, ainsi qu'une abside sur le côté est.

Le voyageur musulman Nasir-I Khusraw décrit le Saint-Sépulcre de 1047: "L'église actuelle est une très grande construction qui peut contenir 8.000 personnes. L'édifice est très habilement construit de marbres colorés, avec une ornementation et des sculptures. A l'intérieur, l'église est partout ornée de broderie byzantine travaillée avec de l'or et de tableaux. Et ils ont représenté Jésus - que la paix soit avec lui - qui est parfois montré montant un âne. Il existe aussi des tableaux représentant d'autres prophètes, Abraham, par exemple, et Ishmael et Isaac, et Jacob avec son fils - que la paix soit avec eux tous… Dans l'église on trouve une peinture divisée en deux parties représentant le Ciel et l'Enfer. Une partie montre les sauvés au Paradis, alors que l'autre décrit les damnés en Enfer, avec tout ce qu'il y a là-bas. Assurément il n'existe pas d'autre lieu au monde avec une peinture semblable. Dans l'église sont assis un grand nombre de prêtres et de moines qui lisent l'Evangile et disent des prières, jour et nuit ils sont occupés de cette façon." [5]

Nasir-I Khusraw s'intéresse beaucoup aux peintures et les décrit en détail, comme nombre de voyageurs musulmans pendant la période croisée. La religion musulmane interdisant l'art figuratif, ces voyageurs sont fortement intrigués par toutes ces représentations de personnages et scènes bibliques.

C'est dans cette église que pleurent les Croisés le 15 juillet 1099 après avoir conquis la ville. Ils restaurent le Dôme de l'église byzantine et la crypte Sainte-Hélène. L'Igoumène Daniel visite la ville en 1106: "L'église de la Résurrection est de forme circulaire; elle comprend douze colonnes monolithiques et six piliers, et elle est pavée de très belles dalles de marbre. Il existe six entrées et galeries avec soixante colonnes. Sous les plafonds, au-dessus des galeries, les saints prophètes sont représentés en mosaïque comme s'ils étaient vivants; l'autel est surmonté d'un portrait du Christ en mosaïque. Le dôme de l'église n'est pas fermé par une voûte de pierre, mais il est formé d'une structure de poutres en bois, de façon que l'église soit ouverte dans sa partie supérieure. Le Saint Sépulcre est sous ce dôme ouvert." [6]

En 1144, la cour intérieure est absorbée par un édifice roman composé d'une basilique surmontée d'un dôme, entre l'église Sainte-Hélène et la Rotonde. Depuis cette époque, l'église du Saint-Sépulcre possède deux dômes, et les cinq sites les plus sacrés du christianisme sont sous un toit. Ancune rénovation majeure n'a été entreprise depuis.

Suite à la prise de Jérusalem en 1187, et après de nombreux débats, Saladin décide de laisser le Saint-Sépulcre aux Chrétiens grecs et aux Chrétiens orientaux [7].

En 1555, on rénove les plaques de marbre recouvrant le Tombeau. En 1648, le dôme est restauré. Il menace à nouveau de s'effondrer en 1719, si bien qu'il est consolidé. La mosaïque qui le couvre est découpée en petits morceaux, qui sont vendus comme souvenirs. L'église est endommagée par un incendie en 1808 et réparée l'année suivante. Le dôme actuel est construit entre 1863 et 1868 grâce aux aides financières des gouvernements français, russe et turc.

A l'heure actuelle, le Saint-Sépulcre se divise en cinq grandes sections: le Golgotha, la Tombe, la Basilique, le Corridor et la Crypte de la Croix. Il a six occupants: les Catholiques latins, les Grecs orthodoxes, les Catholiques arméniens, les Syriens, les Coptes et les Ethiopiens.

Dans l'édifice actuel, la rotonde se trouve sur la gauche de l'entrée du Saint-Sépulcre. Située au-dessus de la tombe de Jésus, la Rotonde est formée de 18 piliers ronds en marbre, qui supportent le dôme. Les piliers sont pris dans de larges blocs carrés pour résister aux tremblements de terre. Le diamètre de la Rotonde est de 20,9 m et la coupole culmine à 21,5 m du sol. Dans la Rotonde, la Tombe de Jésus inclut la Chapelle de l'Ange (de la Résurrection).

L'arche byzantine relie la Rotonde, construction du 6e siècle, à l'ouest et l'église croisée, du 12e siècle, à l'est. Dans l'église Sainte-Hélène, les piliers supportant le dôme sont des piliers du 7e siècle. La coupole est restaurée par les Croisés.

L'église croisée est située entre l'église Sainte-Hélène et la Rotonde. L'abside de l'église, tournée vers l'est, est restaurée en 1850, puis restaurée à nouveau dans les années 1980. Le centre de l'église est marqué d'une pierre ronde, qui représente l'Omphalos Mundi, le centre du monde pour les Chrétiens, de la même façon que le Rocher de la Fondation sur le Mont du Temple représente le centre du monde pour les Juifs.

La façade sud, érigée par les Croisés, se divise en plusieurs parties: portails principaux, dôme du Golgotha et clocher. Les portails principaux sont ornés d'archivoltes sculptées de feuilles d'acanthe et de médaillons. A la droite des portails, le dôme du Golgotha s'élève au-dessus des deux étages du bâtiment. A la gauche des portails, les six étages du clocher sont ramenés à quatre aujourd'hui.

A la droite de l'entrée, un escalier conduit au Golgotha. Les marches sont recouvertes de plaques de marbre pour éviter les dépradations. A l'est de l'église Sainte-Hélène, treize marches conduisent à une chapelle croisée, la Chapelle de la Découverte de la Croix, qui est la cave dans laquelle la croix de Jésus et celles des deux voleurs ont été retrouvées.

= Sainte-Anne

L'église Sainte-Anne, construite en 1140, est le plus bel exemple d'art roman croisé en Terre Sainte. Elle est située dans le quartier musulman de la Vieille Ville, à côté de la porte Saint-Etienne. A l'époque, elle se trouvait être au sud-est de l'église byzantine et de la piscine de Béthesda.

Selon la tradition byzantine, la crypte est située à l'endroit où habitaient Marie et ses parents Joachim et Anne. Une église est construite au milieu du 5e siècle. Elle est détruite lors du passage du calife Al-Hakim en 1009. Les Croisés construisent la belle église romane de Sainte-Anne pour commémorer la maison de la Vierge et desservir une communauté de religieuses. Bientôt trop petite pour contenir une communauté toujours croissante, la façade est repoussée de 7 mètres pour gagner de la place.

Saladin conquiert Jérusalem en 1187. Le 25 juillet 1192, il transforme l'église en école théologique musulmane appelée Salahiyeh. Au-dessus du portail d'entrée, l'inscription de 588 (1192 selon le calendrier chrétien) invoque l'aide de Dieu pour tous les croyants.

Arnold von Harff, pèlerin chrétien, visite Jérusalem à la fin du 15e siècle et force l'interdiction faite aux Chrétiens de pénétrer dans les lieux musulmans: "Nous allâmes vers l'est et arrivâmes à la Maison de Sainte Anne, dont les Chrétiens avaient fait une belle église autrefois, mais maintenant le païen (à savoir le musulman, ndlr) l'a transformé en maison de prière ou mosquée, de façon que les Chrétiens ne puissent y entrer. Mais grâce à une aide secrète nous fûmes autorisés à y entrer. Nous traversâmes le transept, et sur le côté de l'église nous grimpâmes à travers un trou étroit dans l'arcade d'une large fenêtre, forcés de porter des bougies allumées pour y voir, et nous arrivâmes dans une petite pièce voûtée où sainte Anne, la mère de notre Dame Bénie, quitta ce monde. Ensuite nous arrivâmes dans une autre pièce voûtée dans laquelle naquit notre Dame Bénie. Ici est le pardon de tous les péchés… Le jour suivant, le Mamelouk me ramena à l'église du Mont Sion, et personne ne sut que je n'avais pas passé la nuit dans la maison du Mamelouk." [8]

Plus tard, les Turcs commencent à construire un minaret, mais ce projet est abandonné. Après la guerre de Crimée, en 1856, le Sultan Abd-al-Majid donne le site à l'Eglise catholique française, et l'église est restaurée entre 1863 et 1877. Depuis cette époque, elle est la propriété des Pères Blancs, qui fondent aussi un séminaire de théologie et un musée d'antiquités. La Guerre des Six Jours provoque quelques dégâts dont les réparations sont payées par le gouvernement d'Israël.

Le plan de l'église est cruciforme. La nef et les deux côtés du transept sont terminés par des absides, comme c'est la coutume dans les églises croisées. L'église a une largeur de 18,5 m et une longueur de 34 m. Sur le mur nord, on voit bien l'endroit à partir duquel la nef a été allongée de 7 mètres pour agrandir l'édifice.

La façade penche légèrement vers la gauche pour symboliser la tête penchée du Christ sur la croix. La crypte est plus ancienne que l'église. Les fondations des piliers se confondent avec la structure originale du sanctuaire primitif.

= Sainte-Marie-Latine

Située dans le Mauristan, l'église du Rédempteur, construite en 1898, épouse le plan de l'église croisée Sainte-Marie-Latine. Elle possède quelques vestiges croisés. La porte de l'entrée nord est médiévale. Elle est décorée des signes du Zodiaque et des symboles des mois. Dans l'hospice attenant au sud de l'église, un magnifique cloître à doubles piliers date du 11e siècle, avec une restauration de l'époque ayyubide datant du 13e siècle.

= Tombeau de la Vierge

Le Tombeau de la Vierge est situé à Gethsémani, sur le Mont des Oliviers. On l'appelle aussi l'église de l'Assomption. La tombe de la Vierge peut être vue dans une crypte assez profonde qui ressemble à la grotte de la Croix dans l'église du Saint-Sépulcre. Le Nouveau Testament ne dit rien de la mort de Marie. C'est Transitus Mariae, un ouvrage anonyme datant du 2e ou du 3e siècle, qui mentionne son enterrement dans une grotte de la vallée de Jehosaphat.

L'existence d'une église est attestée par des auteurs de la fin du 6e siècle. L'église est probablement détruite par les Perses en 614, et reconstruite par la suite puisqu'elle est décrite par Arculfe en 670.

Les Croisés trouvent les ruines laissées par le calife Al-Hakim en 1009. En 1130, les Bénédictins reconstruisent une double église, à l'emplacement probable de l'église byzantine. Les Chrétiens l'appellent l'église de l'Assomption, conformément à la croyance chrétienne qui veut que Marie soit montée au ciel.

En 1187, Saladin détruit partiellement léglise. Celle-ci est restaurée par les Franciscains au 14e siècle, puis reconstruite par l'Eglise grecque orthodoxe en 1757.

La façade et l'escalier monumental datent du début du 12e siècle. On voit aussi la tombe de la Reine Mélisende, morte en 1161, et la niche où sont enterrés d'autres membres de la famille de Baudouin II. Un linteau médíéval surplombe la deuxième porte. Les murs de la grotte de Gethsémani ont été peints au 12e siècle. La superficie de la grotte est de 17 m x 9 m, avec une hauteur maximale de 3,5 m. Le sol était recouvert d'une mosaïque dont il ne subsiste que quelques vestiges.

= Notes

[1] Har-El (M.). This is Jerusalem. Jerusalem, Steimatsky, 1985, p. 31.

[2] John of Wurzburg. Description of the Holy Land. Palestine Pilgrims Text Society, volume 5, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 45.

[3] John of Wurzburg. Description of the Holy Land. Palestine Pilgrims Text Society, volume 5, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 44.

[4] Arculfe I, 2-3, 6, 7-8. Cité dans: Peters (F.E.). Jerusalem. Princeton University Press, 1985, p. 204-206.

[5] Nasir-I Khusraw. Diary of a Journey Through Syria and Palestine. Palestine Pilgrims Text Society, volume 4, 1893. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 60.

[6] The Pilgrimage of the Russian Abbot Daniel in the Holy Land. Palestine Pilgrims Text Society, volume 4, 1895. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 11-15.

[7] Gabrieli (F.). Arab Historians of the Crusades. Berkeley and Los Angeles, University of California Press, 1969, p. 174-175.

[8] The Pilgrimage of Arnold von Harff, 1496-1499. London, The Harkluyt Society, NS 94, 1946, p. 211-212.

6. L'ARCHITECTURE AYYUBIDE

[Dôme de l'Ascension / Dôme Yûsuf / Koursi `Aïsa / Mosquée de l'Ascension /
Notes]

La période ayyubide se caractérise par des édifices circulaires tels que le Dôme de l'Ascension, le Dôme Yûsuf, Koursi 'Aïsa ou la mosquée de l'Ascension.

= Dôme de l'Ascension

Le Dôme de l'Ascension (Qubbat al-Mi'raj) est édifié au nord-ouest du Dôme du Rocher pour commémorer l'ascension au ciel du Prophète Mahomet. Le texte de la construction, qui la date de 1200, fait état d'un monument plus ancien qui aurait été restauré. Le bâtiment est constitué d'une coupole de bois recouverte de feuilles de plomb et reposant sur un octogone formé d'une série d'arcatures aveugles.

Voici la description qu'en fait Chelebi, voyageur musulman, qui visite Jérusalem dans les années 1650: "A la droite d'une niche de prière (le Dôme du Prophète, ndlr) se trouve un joli édifice octogonal avec un dôme, le Dôme de l'Ascension. Chaque côté a deux colonnes d'albâtre, mises en place par un maître maçon. Sa structure est recouverte de marbre blanc, et le dôme est couvert de plomb de qualité, avec un croissant doré sur le haut. Sa porte regarde vers le nord, mais il est maintenant fermé de tous les côtés. Son contenu est inconnu. Il n'a pas de fenêtres, Cels paraîtrait indiscret d'y entrer, puisqu'il a été fermé." [1]

= Dôme Yûsuf

Le Dôme Yûsûf (Qubbat Yûsûf) est édifié sur le côté sud de l'esplanade du Haram, à l'ouest de la mosquée al-Aksa. Construit en 1191 par Saladin, il est restauré en 1681. La petite coupole repose sur un carré constitué de trois arcs brisés et d'un mur dans lequel est aménagé un mihrâb sur le côté sud.

= Koursi 'Aïsa

Koursi 'Aïsa est situé dans le Haram, vers l'extrémité nord-ouest de l'esplanade. Koursi 'Aïsa, qui signifie Siège de Jésus ou Trône de Jésus, est appelé aussi Qubbet Sakfeh Sakhrah, coupole de fragement de roche, ou encore - improprement - Qubbet Souleiman, du nom du calife. Son architecture ressemble au Dôme de l'Ascension, sur le Haram, ou à la mosquée de l'Ascension, sur le Mont des Oliviers.

D'après les pères Vincent et Abel, il s'agirait d'un édifice d'origine chrétienne datant du dernier quart du 12e siècle, pendant la période florissante du Royaume Latin. Il pourrait s'agir aussi d'une oeuvre arabe réalisée selon les principes et traditions de l'architecture franque, peu après la reprise de la ville par Saladin [2].

= Mosquée de l'Ascension

La mosquée de l'Ascension se dresse au sommet du Mont des Oliviers, à 818 m au-dessus du niveau de la mer. Le Mont des Oliviers est consacré très tôt par les Chrétiens. C'est ici que Jésus assure l'éducation de ses disciples, et qu'a lieu son ascension vers le ciel. Au centre de la mosquée se trouve la pierre selon laquelle, selon la tradition chrétienne, le pied de Jésus se serait appuyé lors de son ascension.

Ce site a une telle importance pour les Chrétiens que Constantin érige au 8e siècle une église de l'Ascension. Dans l'esprit des Chrétiens de l'époque, c'est la troisième église par ordre d'importance, après le Saint-Sépulcre et l'église de la Nativité de Bethléem. Arculfe, pèlerin chrétien qui visite Jérusalem en 680, mentionne l'existence de cet édifice juste après sa description de l'église du Saint-Sépulcre, et il fait un dessin du plan de l'église de l'Ascension [3]. Rien ne subsiste de cette église circulaire dont le centre était ouvert sur le ciel.

A l'époque médiévale, la construction est entourée d'un monastère fortifié. L'édifice actuel, octogonal et non plus circulaire, date sans doute en grande partie de la période croisée. Il est entouré d'un mur circulaire à l'íntérieur duquel une ligne concentrique de colonnes supporte la coupole. En 1198, Saladin fait don de l'édifice à son successeur. Un toit et un mirhâb sont ajoutés lors de la restauration musulmane de 1200.

= Notes

[1] Evliya Tshelebi's Travels in Palestine. Jerusalem, Ariel, 1980, p. 86.

[2] Vincent (L.H.) et Abel (F.M.). Jérusalem nouvelle. Paris, J. Gabalda, 1914-1926, volume 3, p. 604-609.

[3] Arculfe, I, 23. Cité dans: Peters (F.E.). Jerusalem. Princeton University Press, 1985, p. 206-207.

7. L'ARCHITECTURE MAMELOUKE

[Haram al-Sharif mamelouk / Bâb al-Qattânin / Madrasa al-Arghûniyya / Madrasa al-Ashrafiyya / Minaret Bâb al-Asbât / Minaret Fakhriyya / Minaret Ghawânima / Sabîl Qâytbây / Turba al-Sa'diyya / Zâwika al-Kubakiyya / Notes]

Les bâtiments mamelouks, nombreux, sont essentiellement situés dans le Haram al-Sharif et autour. En voici quelques-uns [1] dans les pages qui suivent.

= Haram al-Sharif mamelouk

Les Mamelouks donnent au Haram al-Sharif sa forme présente, en construisant la plupart des bâtiments situés le long du mur occidental. Ils investissent ensuite régulièrement de grosses sommes d'argent pour restaurer et embellir le Haram. Vers 1260, le sultan Baybars fait refaire les mosaïques des huit faces extérieures du Dôme du Rocher. Vingt ans plus tard, le sultan Qalaoun fait réparer le toit d'Al-Aksa. Le fils de Qalaoun, Al-Nasir Mohammad, verse la somme nécessaire à la redorure des coupoles du Dôme du Rocher et d'Al-Aksa.

Le Haram n'est pas accessible aux Chrétiens et aux Juifs, qui encourent de grands dangers s'ils s'y aventurent. Certains, qui connaissent les rites musulmans, s'y risquent malgré tout, comme Arnold von Harff en 1496: "Nous arrivâmes au Temple de Salomon (le Dôme du Rocher, ndlr) qui est situé à 160 pas du Temple du Christ (le Saint-Sépulcre, ndlr). Au moyen de dons et d'une aide amicale, je fus introduit dans ce Temple par un Mamelouk. Mais aucun Chrétien ou Juif n'est admis à entrer ici ou à s'approcher de près, parce qu'ils disent et assurent que nous sommes des chiens, et nous ne sommes pas admis à aller dans les lieux saints, sous menace de mort, ce dont j'avais peur. Mais ce Mamelouk me dit que si je voulais aller avec lui un soir, habillé de cette manière, il m'emmènerait au Temple, et que si j'étais reconnu, je devais répondre comme un païen (musulman, ndlr) avec les mots et le langage voulus, et que je devais utiliser les mots et faire les signes que je fus forcé d'utiliser quand j'étais emprisonné à Gaza… grâce à quoi le païen s'excuserait et me laisserait partir, ce qui évidemment arriva. Le Mamelouk vint me chercher une nuit au monastère de Sion et m'emmena dans sa maison, pour pouvoir assurer que j'avais passé la nuit avec lui. Là il me mit des vêtements et m'apprêta comme un Mamelouk. Ensuite nous nous dirigeâmes tous deux vers le Temple de Salomon." [2]

= Bâb al-Qattânin

La Bâb al-Qattânin, ou Porte des Cotonniers, est ouverte au milieu du mur ouest du Haram, presqu'en face du Dôme du Rocher, et donne accès au Sûq al-Qattânin, qui s'étend entre le Haram et Tariq al-Wad.

Le Sûq al-Qattânin, marché des marchands de coton, est communément appelé ainsi depuis des siècles. Il est le centre commercial du sultan Al-Nasir Mohammad ibn Qalaun et de l'émir Tankiz al-Nasari. En 1336 et 1337, l'émir Tankiz restaure cette porte construite au début de l'ère mamelouke. Elle est la seule entrée du Haram à posséder une façade monumentale sur l'esplanade.

L'historien Al-Umari en fait une description en 1347. "C'est une grande Porte qui vient d'être construite et qui est récemment ouverte. Elle comprend dix marches. Sur chaque côté s'élèvent des tribunes… La construction de la porte est parfaite… Son arc est à double voussure et fait de pierre sculptée et colorée. Son inscription est dorée et incrustée dans la pierre. Ses deux portails sont couverts de plaques dorées et en cuivre ciselé." [3]

= Madrasa al-Arghûniyya

Une madrasa est une école supérieure où l'on enseigne le Coran, l'exégèse coranique, la Sunna ou tradition du Prophète, le droit religieux et ses applications dans la vie pratique. La madrasa al-Arghûniyya est située en bordure ouest du Haram, sur le côté sud de la Tariq Bab al-Hadid, à côté de la Porte de Fer. Cette madrasa est constituée de plusieurs bâtiments scolaires et de mausolées.

Al-Argûniyya est à la fois la madrasa et la tombe d'Argun al-Kamili. Son nom moderne est Dar al-Afifi. Elle est terminée en 1358, un an après la mort de son constructeur Argun al-Kamili, gouverneur de Syrie, enterré ici en octobre 1357. Argun al-Kamili est d'abord gouverneur de Damas et à deux reprises gouverneur d'Alep. La lutte constante des Mamelouks pour le pouvoir le conduit ensuite dans les prisons d'Alexandrie, puis au banissement à Jérusalem. Il meurt en exil à trente ans.

= Madrasa al-Ashrafiyya

La madrasa Al-Ashrafiyya est en bordure ouest du Haram, entre le minaret Bâb al-Silsila au sud et Al-Uthmaniyya au nord. Al-Ashrafiyya est la madrasa du sultan Qâytbây, terminée en 1482. Avec sa belle façade mamelouke du 15e siècle, cette madrasa est le bâtiment mamelouk le plus connu de Jérusalem. Construite par l'émir Hassan al-Dahari, elle devient la propriété du sultan Qâytbây puis celle de la secte soufique.

Démolie en 1475, la madrasa est reconstruite par le sultan Al-Malik al-Ashraf Qâytbây, et terminée en août 1482. L'historien Mujir al-Din la considère comme le troisième joyau du Haram, après le Dôme du Rocher et Al-Aksa. "Quelque temps après, dans l'année 800 (1475-1476 d'après le calendrier chrétien, ndlr), Al-Malik al-Ashraf Qa'it Bay vint à Jérusalem et ne trouva pas le bâtiment à son goût. C'est pourquoi en 884 (1479, ndlr) il envoya les gens de son entourage officiel pour le démolir et pour l'agrandir en le rattachant aux autres constructions. Ils commencèrent à creuser les fondations de l'actuelle madrasa le 14 Sha'ban 885 (19 octobre 1480, ndlr). Les architectes s'acharnèrent au travail, et elle fut terminée le mois de Rajab de 887 (août 1482, ndlr). Ils couvrirent son toit de la même manière que celui de la mosquée al-Aqsa, avec de solides plaques de plomb. Mais ce qui constituait son attrait le plus grand était sa position sur ce noble terrain où elle était devenue le troisième joyau. Ces trois joyaux sont: le Dôme du Rocher, le dôme de l'Aqsa, et cette madrasa." [4]

= Minaret Bâb al-Asbât

Dans l'enceinte du Temple, des minarets permettent aux muezzins d'exhorter à la prière cinq fois par jour. On les trouve près des zones habitées de la Vieille Ville et à côté des portes de l'enceinte. Le minaret Bâb al-Asbât est le minaret nord du Haram, sur le portique entre Bâb al-Asbât et Bâb Hitta. Sur le mur nord situé à l'est de la Porte des Tribus, Al-Nasir ibn Qalaoun fait construire une tour vers 1367. La partie supérieure, endommagée par un tremblement de terre, est restaurée en 1927.

= Minaret Fakhriyya

Le minaret Fakhriyya est le minaret à l'angle sud-ouest du Haram. Il est construit en 1278 par Sharaf al-Din Abdul Rahman, fils de Fakhr al-Din al-Khalili. Il est restauré en 1345 puis en 1922.

= Minaret Ghawânima

Le minaret Ghawânima est à l'angle nord-ouest du Haram. Au-dessus de la Porte Ghawânima, un minaret est construit en 1297 et 1298 par ordre du sultan mamelouk Al-Mansur Husam al-Din Lajin. Il est restauré en 1329 par Qalaoun. Ses matériaux de construction sont trouvés dans les ruines des bâtiments byzantins détruits par les Perses. Sa façade est décorée de colonnettes comprenant de petites scènes d'art chrétien. Le minaret est restauré à nouveau en 1927.

= Sabîl Qâytbây

Les fontaines, ou sabîl, sont en général situées auprès des entrées principales du Mont du Temple, pour les ablutions des fidèles se rendant à la mosquée. Le sabîl Qâytbây est sur l'esplanade du Haram, entre le Dôme du Rocher et le mur ouest, à 15 m au nord-est d'Al-Ashrafiyya. Cette fontaine publique est offerte par le sultan Qâytbây en 1482.

Des artisans égyptiens la construisent sous la conduite d'un maître d'oeuvre chrétien. La grande taille de la fontaine, qui correspond à celle d'une tombe, vient peut-être du fait que ces artisans étaient des experts en architecture funéraire. Cette fontaine, considérée par certains comme le plus bel édifice du Haram après le Dôme du Rocher, est un superbe exemple d'architecture décorative mamelouke. A l'intérieur, l'inscription ornée courant sur les quatre côtés est composée de citations du Coran. L'inscription donne le nom et la date de la fontaine, et mentionne une restauration en 1883.

= Turba al-Sa'diyya

La turba Al-Sa'diyya est située sur le côté nord de Tariq Bab al-Silsila, tout près de la porte du Haram. Datée de 1311, cette turba est la tombe de Burhân al-Dîn, juge célèbre qui donne son nom à une chaire de l'époque dite musulmane, restaurée pendant la période mamelouke. Le nom moderne de la turba est Dar al-Khalidi. La tombe possède un bel ornement en stalactites, le plus ancien de ce genre à Jérusalem. La porte est surmontée d'une mosaïque de marbre coloré.

= Zâwika al-Kubakiyya

La zâwika Al-Kubakiyya est située dans le cimetière musulman de Mamilla, à l'extrémité orientale du parc de l'Indépendance, et à 400 m environ du rempart ouest de la Vieille Ville. Une inscription datée de 1289 l'identifie comme la tombe de l'émir Aidughdi Kubaki. D'abord esclave en Syrie, Aidughdi Kubaki devient le gouverneur de Safed et d'Alep. Un sultan mamelouk nouveau venu l'emprisonne et l'exile à Jérusalem. Il meurt à 60 ans.

La construction est formée d'une pièce carrée surmontée d'un dôme, avec réutilisation de matériaux croisés, notamment pour les colonnes d'angle supportant le porche. Les arcades au-dessus de la porte et des baies sont en fait des monolithes qui ont été travaillés pour simuler des assemblages de pierres.

= Notes

[1] Les noms propres sont orthographiés d'après: Burgoyne (M.H.). Mameluk Jerusalem: An Architectural Study. London, World of Islam Festival Trust, 1987. Cet ouvrage monumental a demandé seize années de recherches à la British School of Archaeology in Jerusalem, créée en 1919. La transcription utilisée est celle de l'Encyclopaedia of Islam, mais 'q' remplace 'k', et 'j' remplace 'dj'.

[2] The Pilgrimage of Arnold von Harff, 1496-1499. London, The Hakluyt Society, NS 94, 1946, p. 207-210.

[3] Golvin (L.). Quelques notes sur le Suq al-Qattanin et ses annexes à Jérusalem. Bulletin d'études orientales, volume 20, 1967, p. 101-102.

[4] Histoire de Jérusalem et d'Hébron: fragments de la Chronique de Mujir al-Din. Paris, Ernest Lanoux, 1876, p. 143-144, 286-288.

8. PREMIERS ALBUMS DE PHOTOGRAPHIES

[Les photographes du 19e siècle / Quelques albums de photos anciennes / Liste de photographes, résidents et voyageurs / Notes]

= Les photographes du 19e siècle

L'invention de la photographie date de 1839. Les premières photos sont des daguerréotypes, utilisés comme documents de base pour des gravures d'ouvrages. Le premier ouvrage ayant utilisé ce procédé est celui d'Horace Vernet et Frédéric Goupil-Fesquet, Excursions daguériennes, paru en 1841. 120 daguerréotypes sont reproduits en gravures, soit un dizième des collections rapportées d'Orient.

Le second ouvrage est celui de Joseph Philibert Girault de Prangey, Monuments arabes d'Egypte, de Syrie et d'Asie Mineure, paru en 1846. Les daguerréotypes ont été pris en 1841. Vient ensuite l'ouvrage religieux de George Skene Keith, Evidence of the Truth of the Christian Religion, illustré de photos de son fils, prises en 1844. Puis celui de Claudius Galen Wheelhouse, Photographic Sketches from the Shores of the Mediterranean, avec des talbotypes de 1849 et 1850.

Suite à l'invention par Fox Talbot du talbotype/calotype, qui rend possible l'impression de plusieurs copies à partir d'un seul négatif, Louis-Désiré Blanquart-Evrard, un Français de Lille, étudie le procédé et crée une imprimerie en septembre 1851. Entre 1851 et 1855, il publie 20 albums de photographies. C'est lui qui imprime les albums de Maxime du Camp et d'Auguste Salzmann, les deux pionniers de la photographie en Terre Sainte.

En 1849, Maxime du Camp (1822-1894) est délégué par le ministère de l'Instruction publique pour photographier les monuments et les sites du Moyen-Orient. Il est accompagné de son ami Gustave Flaubert. Ils arrivent le 8 août 1850 et restent deux semaines. Ils reviennent avec 214 calotypes. 125 d'entre eux sont imprimés par Blanquart-Evrard et publiés en 1852 par Gide & J. Baudry sous le titre: Egypte, Nubie, Palestine et Syrie: dessins photographiques recueillis durant les années 1849, 1850 et 1851… Ce volume, très coûteux, est le premier livre de voyages à contenir des reproductions photographiques, et en particulier 11 photos de Jérusalem prises en 1850.

A la même époque, selon les souvenirs de Mrs Finn, une de ses connaissances, Georges W. Bridges aurait photographié Jérusalem, très exactement pendant l'hiver 1849-1850 [1]. Ses photos seraient donc antérieures à celles de Maxime du Camp. Elles seraient les premières jamais réalisées en Terre Sainte, contrairement à l'idée bien ancrée donnant la paternité des premières photos à Maxime du Camp. L'album de George W. Bridges ne paraît qu'en 1859.

Quelques années après, l'archéologue français Louis Félicien de Saulcy, revenant d'un voyage à Jérusalem en 1854, demande l'aide de son ami Auguste Salzmann pour conforter ses thèses archéologiques à l'aide de photographies. Ses thèses diffèrent totalement de celles des autres archéologues français, et ses propres dessins ne sont pas suffisants pour étayer ses démonstrations.

Auguste Salzmann (1824-1872) est à la fois artiste peintre et photographe. Il est envoyé pour un séjour de six mois en Terre Sainte, sous l'égide du ministère de l'Instruction publique. Il revient avec 200 calotypes. 174 sont imprimés par Blanquart-Evrard et édités par Gide & Baudry en 1856 dans la grande édition de: Jérusalem: étude et reproductions photographiques de la Ville Sainte, depuis l'époque judaïque jusquà nos jours… La grande édition comprend 174 photographies de grand format (24 x 34 cm). La petite édition comprend 40 photographies parmi les plus belles et les plus intéressantes de la grande édition et réduites de moitié (22 x 16 cm) [2].

Daté de juin 1854, l'avant-propos d'Auguste Salzmann débute ainsi: "Au mois de septembre 1853, j'avais résolu de retourner dans les îles de l'Archipel, où j'avais déjà passé un été, afin d'y étudier les monuments chrétiens. Vers la même époque parut un ouvrage qui souleva de nombreuses et vives discussions; de nouvelles opinions venaient d'être émises sur les monuments judaïques de Jérusalem. M. de Saulcy venait de publier son voyage en Syrie et à la Mer Morte. Qui était dans le vrai? Devait-on repousser, sans examen, les observations et les théories de l'homme qui venait de passer une année entière à parcourir la Palestine, à l'étudier à fond, et soutenir ceux qui, sans quitter leur fauteuil, se faisaient les défenseurs d'anciennes opinions passées à l'état de traditions? Par sa publication savante, M. de Saulcy renversait bien des idées accréditées jusqu'à ce jour. - Il n'y avait à Jérusalem plus de vestige de l'architecture judaïque. - C'était chose convenue: et lui venait, la Bible et l'histoire à la main, prouver que les monuments qui, jusqu'ici, avaient été considérés comme étant de la décadence grecque ou romaine, étaient bien réellement de l'époque juive. Il fallait, ou bien du courage, ou une conviction bien arrêtée, pour ne pas reculer devant la lutte qui allait s'engager, lutte à laquelle bien des inconnus allaient prendre part. Dans ces circonstances, je modifiai mon itinéraire, croyant rendre un vrai service à la science, en étudiant et surtout en reproduisant par la photographie tous les monuments de Jérusalem, principalement ceux dont l'origine était contestée."

Il décrit ensuite son plan de travail pour le recensement des monuments: les monuments judaïques, les antiquiés judaïques grecques et romaines, les monuments chrétiens et les monuments arabes. Et il termine son avant-propos ainsi: "Après quatre mois d'un travail incessant, je rapporte une collection d'environ cent cinquante clichés… Les opinions que l'on a combattues sans voir, je viens les défendre, moi qui ai bien vu, et mes photographies aidant, il faudra bien que la vérité se fasse jour. Alors se tairont probablement ces savants qui, craignant les fatigues d'un long voyage, aiment mieux trancher les questions à distance que d'ajouter foi aux récits d'autrui. Les photographies ne sont plus des récits, mais bien des faits dotés d'une brutalité concluante…"

Cette dernière phrase fait écho à celle du Révérend Albert Augustus Isaacs dans The Dead Sea, 1857: "Nous savons bien combien le crayon peut être traître et décevant; par contre un fac-similé de la scène peut être donné grâce à la photographie."

De nombreux photographes suivent les pas de ces précurseurs.

Louis de Clercq (1836-1901) arrive en Terre Sainte en 1859 pour accompagner une mission scientifique. Son ouvrage Voyage en Orient comprend cinq volumes de photos.

Un photographe allemand, August Jacob Laurent, publie un album contenant 112 de ses photos, prises entre 1852 et 1860.

Francis Frith (1822-1898) est le premier photographe professionnel à couvrir systématiquement la Terre Sainte, à partir de 1856. Il publie plusieurs ouvrages, dont Cairo, Sinai, Jerusalem and the Pyramids of Egypt, avec de nombreuses photos, Egypt, Sinai and Palestine, publié à Londres chez Mackenzie vers 1862, avec 75 photos, et The Bible in Photographs, dont l'édition est limitée à 170 exemplaires.

Ermete Pierotti est architecte du pacha turc de Jérusalem entre 1854 et 1862. Son livre, Jerusalem Explored, publié à Londres en 1864, comprend de belles lithographies faites à partir de ses photos. Il est possible que les photos ne soient pas les siennes, mais celles de son collaborateur John Mendel Diness [3].

Dirigé par Charles William Wilson en 1864 et 1865, le très beau travail de la British Royal Engineers Ordnance Survey est considéré comme la première étude scientifique de Jérusalem et de ses sites. Les photos sont l'oeuvre du sergent J. McDonald. Ce sont essentiellement des photos d'architecture, de grande qualité, et elles représentent un tourant dans l'histoire de la photographie en Terre Sainte [4].

Le premier photographe résidant à Jérusalem est le patriarche arménien Yessayi Garabedian, qui exerce son activité pendant une dizaine d'années, entre 1850 et 1860.

Puis, considéré comme le grand photographe du 19e siècle, Félix Bonfils, qui publie en 1878 Souvenirs d'Orient: album pittoresque des sites, villes et ruines les plus remarquables de la Terre Sainte, à partir de stéréographes pris entre 1867 et 1878.

Certains photographes travaillent ensemble, par exemple, à partir des années 1850, le groupe des photographes arméniens autour du patriarche Yessayi Garabedian, ou les photographes russes Joseph Carmi, Petro Slatev, Ivan Ishenko ou Anton Michail Karamanov, ou les photographes du Palestine Exploration Fund dirigés par H. Phillips à partir de 1865, ou ceux de l'American Colony Elijah Meyers, Frederick Vester, Lewis Larson, John Whiting et Eric Matson, ou encore les moines dominicains de l'Ecole biblique et archéologique française, sous la direction du Père Savignac.

Le spécialiste de la civilisation musulmane et de l'archéologie arabe Max van Berchem fait plusieurs séjours à Jérusalem entre 1888 et 1914. Dès son premier court séjour, à la fin mars 1888, il recueille un certain nombre d'inscriptions et les photographie à l'aide de clichés de verre.

En 1892, 1893, 1894 et 1914, il revient à Jérusalem, et surtout au Haram, pour prendre tout un ensemble de photographies et d'estampages, et prendre aussi des notes en vue de la rédaction de son futur ouvrage: Matériaux pour un Corpus Inscriptionum Arabicarum [5]. Sur un feuillet placé en en-tête du volume de planches, il présente l'ensemble de son travail: "Les planches de 'Jérusalem' ont dû être livrées au public avant les deux volumes de texte, 'Ville' et 'Haram'. Ces volumes, qui paraîtront sous peu (en avril 1920 pour les planches, et en 1922 et 1927 pour le texte, ndlr), renfermeront l'édition complète des 300 inscriptions de Jérusalem, avec d'amples commentaires touchant la topographie, l'histoire et l'archéologie de la Ville Sainte à l'époque musulmane… La plupart des sujets, monuments et inscriptions sont reproduits dans l'état de 1914, date de la dernière campagne de l'auteur."

Max van Berchem ne voit pas la publication des deux volumes de texte. Il repart en Orient avant l'hiver 1920, mais des problèmes de santé l'obligent à revenir en Suisse quelques semaines plus tard. A son grand désespoir, il doit abandonner ses travaux. Il meurt le 7 mars 1921. Sa famille confie la publication des deux volumes de texte à son ami Gaston Wiet qui, dans l'avant-propos du premier volume, présente ce recueil comme le "résultat de deux explorations de la Ville Sainte et de vingt années de recherches patientes à travers les oeuvres arabes et les relations des pèlerins et des voyageurs occidentaux."

Les photographies de Max van Berchem sont maintenant la propriété de la Fondation Max van Berchem, à Genève. Une sélection de photos est publiée par Marguerite Gautier-van Berchem en 1978 [6]. A la page 14, on voit Max van Berchem juché sur une échelle en train de retirer l'estampage d'une inscription sise entre deux arcades. On ne peut avoir qu'admiration pour le travail absolument colossal qu'il a effectué sur le terrain.

= Quelques albums de photos anciennes

Aux éditions Ariel, à Jérusalem, ont paru entre 1978 et 1980 trois recueils de photographies anciennes rassemblées par Ely Schiller: The First Photographs of Jerusalem: The Old City (1978), The First Photographs of Jerusalem: The New City (1979), The First Photographs of Jerusalem & The Holy Land (1980). Dans ces trois ouvrages reliés (28 x 23 cm), avec jaquette, Ely Schiller a regroupé des photos de collections publiques et privées. Les photos occupent le plus souvent une page toute entière. Certaines occupent la moitié d'une page ou une double page. Le texte d'introduction et les légendes sont en anglais et en hébreu.

En 1980, Tim N. Gidal publie 42 photos émanant de sa collection personnelle dans Ewiges Jerusalem 1850-1910. Il s'agit d'un luxueux livre relié (49 x 36 cm), avec jaquette, publié par la Photogalerie Bucher, maison d'édition spécialisée basée à Lucerne et Francfort. Une présentation de la Jérusalem de l'époque précède 40 reproductions de photographies en pleine page (38 x 28 cm). S'y trouvent de nombreux portraits et photos de groupes, mais aussi quelques photos d'architecture. La première photo est une vue d'ensemble de Jérusalem prise par le médecin C.G. Wheelhouse en 1849. Il s'agit d'une vue de la ville prise du rempart nord, avec le Dôme du Rocher et le Mont des Oliviers. Ce talbotype est considéré comme la photo la plus ancienne jamais prise de Jérusalem.

Compilé par Eyal Onne, en collaboration avec Dror Wahrmann, Jerusalem: A Profile of a Changing City raconte l'histoire de la photographie à Jérusalem et, à travers les photos choisies, l'histoire du développement de la ville au cours de la seconde moitié du 19e siècle. Les oeuvres des 47 photographes sélectionnés sont pour la plupart inédites. Publié en 1985, ce bel ouvrage relié (22 x 28 cm) est publié par le Jerusalem Institute for Israel Studies pour accompagner l'exposition du même nom présentée à Mishkenot Sha'ananim et à la cinémathèque de Jérusalem en 1985 et 1986.

= Liste de photographes, résidents et voyageurs

Nombreux sont les photographes ayant photographié Jérusalem à partir de 1839 [7]. Voyageurs ou résidents, leurs buts sont variés: commercial, archéologique, scientifique, religieux ou artistique.

1839-1840: Horace Vernet et Frédéric Goupil-Fesquet (voyageurs)

1842: Joseph Philibert Girault de Prangey (voyageur)

1844: Joseph Skene Keith (voyageur)

1849-1850: Claudius Galen Wheelhouse (voyageur)

1850 (août): Maxime du Camp (1822-1894) (voyageur)

1852-1860: August Jacob Laurent (voyageur)

1854: Auguste Salzmann (1824-1872) (voyageur)

1854-1862: Ermete Pierotti (voyageur)

1856: Albert Augustus Isaacs (voyageur)

1857: James Robertson (voyageur)

1857: Felice Beato (voyageur)

1858, 1860: Francis Frith (1822-1898) (voyageur)

1859: Louis de Clercq (1836-1901) (voyageur)

1860: John Cramb (voyageur)

1860: Alois Payer (voyageur)

1860-1865: Frank Mason Good (voyageur)

1861: John Antony (voyageur)

1861: Yessayi Garabedian (résident)

1863-1865: William James (voyageur)

1863-1873: Peter Bergheim (résident)

1865-1875: Photographes du Palestine Exploration Fund, avec H. Phillips (voyageurs)

1866: James McDonald, avec le British Ordnance Survey (voyageur)

1867-1880: Félix Bonfils (1831-1885) (résident)

1868: Jules Andrieu (voyageur)

1868-1869: Photographes du British War Office (voyageurs)

1870?: A. Braun (?)

1870?: Giacomo Brogi (1822-1881) (voyageur)

1870?: B. Kuhn (?)

1870?: Leon & Levi (frères Bisson?)

1870?: F. Quarelli (voyageur)

1870-1900: Garabed Krikorian, ancien élève de Yessayi Garabedian (résident)

1872: Charles Bierstadt (voyageur)

1875: Benjamin-West et Edward Kilburn (voyageurs)

1878-1894: Adrien Bonfils, fils de Félix Bonfils (résident)

1880-1890: L. Fiorillo (résident)

1880-1890: Zangaki Frères (résidents)

1880-1914: Jacob Hotimsky (résident)

1882: Edward Wilson (?)

1887: E. et F. Thevoz (?)

1888: Cecil V. Shadbolt (?)

1890-1910: G.V. Trifunovich (résident)

1890-1948: Militiade Savvides (résident)

1892: Francis Bedford (?)

1894: Robert Edward Bain (?)