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La Légende des sexes: Poëmes hystériques cover

La Légende des sexes: Poëmes hystériques

Chapter 29: LE BOUCLIER
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About This Book

A defiant preface frames erotic impulse as an essential, immutable human force and rejects prudish omissions of desire. The poems examine sexual longing, procreation, and bodily pleasure with vivid, often transgressive imagery that shifts between lyric intensity and satirical provocation. Classical, religious, and literary allusions punctuate the verses as the poet interrogates inheritance, birth, and social hypocrisy. Several pieces give voice to marginal or liminal figures—unrealized offspring and drowned shades—mixing elegy with erotic symbolism. The collection pairs formal richness with polemic urgency to confront cultural taboos about sex and fertility.

LE BOUCLIER

A Émile Goubert.

Le ventre de la femme est comme un bouclier
Taillé dans un métal lumineux et sans tache,
Dont la blancheur se bombe et descend se plier
Vers sa pointe où frise un panache.
Depuis l’angle d’or brun jusqu’au pied des seins nus,
Il s’étale, voûtant sa courbe grasse et pleine,
Et l’arc majestueux de ses rebords charnus
Glisse dans les sillons de l’aine.
Tandis que, ciselé sur l’écusson mouvant
Où s’abritent la source et les germes du monde,
Le nombril resplendit comme un soleil vivant,
Un vivant soleil de chair blonde!
—Magique Bouclier dont j’ai couvert mes reins!
Égide de Vénus, ô Gorgone d’ivoire
Dont la splendeur joyeuse éblouit mes chagrins
Et rayonne dans ma nuit noire!
Méduse qui fais fuir de mon cœur attristé
Le dragon de l’Ennui dont rien ne me délivre;
Arme de patience avec qui j’ai lutté
Contre tous les dégoûts de vivre!
Je t’aime d’un amour fanatique et navrant:
Car mes seuls vrais oublis sont nés dans tes luxures,
Et j’ai dormi sur toi comme un soldat mourant
Qui ne compte plus ses blessures.
C’est pourquoi ma douleur t’a dressé des autels
Dans les temples obscurs de mon âme embrunie,
Et j’y viens adorer les charmes immortels
De ta consolante harmonie!