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La Légende des sexes: Poëmes hystériques cover

La Légende des sexes: Poëmes hystériques

Chapter 4: LE COÏT DES ATOMES
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About This Book

A defiant preface frames erotic impulse as an essential, immutable human force and rejects prudish omissions of desire. The poems examine sexual longing, procreation, and bodily pleasure with vivid, often transgressive imagery that shifts between lyric intensity and satirical provocation. Classical, religious, and literary allusions punctuate the verses as the poet interrogates inheritance, birth, and social hypocrisy. Several pieces give voice to marginal or liminal figures—unrealized offspring and drowned shades—mixing elegy with erotic symbolism. The collection pairs formal richness with polemic urgency to confront cultural taboos about sex and fertility.

LE COÏT DES ATOMES

A Fernand Icres.

Rien n’était. Le Néant s’étalait dans la nuit.
Nul frisson n’annonçait un monde qui commence.
Sans forme, sans couleur, sans mouvement, sans bruit,
Les germes confondus flottaient dans l’ombre immense.
Le froid stérilisait les espaces sans fin:
L’essence de la vie et la source des causes
Sommeillaient lourdement dans le chaos divin.
L’âme de Pan nageait dans la vapeur des choses.
L’originelle Mort, d’où l’univers est né,
Engourdissait dans l’œuf l’innommable matière;
Et sans force, impuissant, le Verbe consterné
Pesait dans l’infini son œuvre tout entière.
Soudain, sous l’œil de Dieu qui regardait, sans but,
Frémit une lueur vague de crépuscule.
L’atome vit l’atome: il bougea. L’amour fut;
Et du premier Coït naquit la molécule.
Or l’Esprit, stupéfait de ces accouplements
Qui grouillaient dans l’abîme insondé du désordre,
Vit, dans la profondeur des nouveaux firmaments,
D’infimes embryons se chercher et se tordre.
Pleins de lenteur pénible et d’efforts caressants,
Les corps erraient, tournaient et s’accrochaient, sans nombre:
L’amour inespéré subtilisait leurs sens;
La lumière naissait des frottements de l’ombre.
Et les astres germaient. O splendeur! O matins!
Chaudes affinités des êtres et des formes!
Les soleils s’envolaient sur les orbes lointains,
Entraînant par troupeaux les planètes énormes.
Des feux tourbillonnants fendaient l’immensité,
Et les sphères en rut roulaient leurs masses rondes;
Leurs flancs brûlés d’amour et de fécondité
Crachaient à pleins volcans le sperme ardent des mondes.
Puis les éléments lourds s’ordonnaient, divisés:
Les terres s’habillaient de roches et de plantes;
L’air tiède enveloppait les globes de baisers,
Et les mers aux flots bleus chantaient leurs hymnes lentes.
C’est alors, qu’au milieu du monde épais et brut,
Debout, fier, et criant l’éternelle victoire,
Chef-d’œuvre de l’amour, l’Être Vivant parut!
—Et Dieu sentit l’horreur d’être seul dans sa gloire.