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La Légende des sexes: Poëmes hystériques cover

La Légende des sexes: Poëmes hystériques

Chapter 7: SOLITUDE
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About This Book

A defiant preface frames erotic impulse as an essential, immutable human force and rejects prudish omissions of desire. The poems examine sexual longing, procreation, and bodily pleasure with vivid, often transgressive imagery that shifts between lyric intensity and satirical provocation. Classical, religious, and literary allusions punctuate the verses as the poet interrogates inheritance, birth, and social hypocrisy. Several pieces give voice to marginal or liminal figures—unrealized offspring and drowned shades—mixing elegy with erotic symbolism. The collection pairs formal richness with polemic urgency to confront cultural taboos about sex and fertility.

SOLITUDE

A Me Etienne D..., magistrat.

Pendant que je suis là sur mon lit, seul et nu,
Tendant les mains à l’inconnu;
Cherchant dans l’ombre épaisse une forme vivante
Pour l’étreindre de mes deux bras;
Inventant tout ce que la solitude invente
Pour se dédoubler dans les draps;
Pendant que le sang bout dans tes nobles artères,
Sceptre rutilant de mes pères;
Pendant que je te tiens, raidi, gonflé, tendu,
Sous l’édredon que tu soulèves;
Pendant que je m’épuise à noyer ma vertu
Dans l’humidité de mes rêves.
Pendant que je me tords sur mon axe viril
Comme saint Laurent sur son gril:
—O femmes! Qui dira la foule involontaire
Des pucelles qu’on fait moisir?
Qui dira les doigts blancs dont l’effort solitaire
Gratte l’écorce du plaisir?
A vous! Je songe à vous, chastes filles du monde
Que nul ne titille ou ne sonde;
Clitoris sans amour des vierges par devoir,
Muqueuses en rut, cœurs en peine,
C’est pour vous que j’agite et que je fais pleuvoir
Ce qui vous manque et qui me gêne.
Car j’ai votre idéal, si vous avez le mien!
Venez. Prenez: C’est votre bien.
Vous pour moi, moi pour vous; qu’on aime et qu’on se serre!
Libre échange! Secours mutuel!
Ah, venez! Unissons notre double misère:
Nos deux enfers feront un ciel.
Au festin de l’amour nous ferons table rase.
J’ai la liqueur et vous le vase...
Vous tendrez votre coupe à mes deux échansons.
Moi généreux et vous avide:
Fête longue et vins chauds! A nos santés: versons
Mon trop plein dans votre trop vide!