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La Légende des siècles tome I cover

La Légende des siècles tome I

Chapter 15: DIEU INVISIBLE AU PHILOSOPHE
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About This Book

The collection assembles narrative and lyrical poems that portray humanity across epochs, arranging episodic scenes—mythic origins, medieval legends, religious and historical moments—into a poetic gallery. Each piece offers a concentrated portrait of a century or cultural mood, alternating legendary reconstruction and strict historical fidelity, unified by an overarching idea of human progress and ascent toward light. Imagery mixes human figures with natural and inanimate presences to explore moral, spiritual, and social transformation, while the series functions as both a self-contained volume and the first segment of a larger envisioned cycle.

DIEU INVISIBLE AU PHILOSOPHE


Le philosophe allait sur son âne; prophète,
Prunelle devant l’ombre horrible stupéfaite,
Il allait, il pensait.
Devin des nations,
Il vendait aux païens des malédictions,
Sans savoir si des mains dans les ténèbres blêmes
S’ouvraient pour recevoir ses vagues anathèmes.
Il venait de Phétor; il allait chez Balac,
Fils des gomorrhéens qui dorment sous le lac,
Mage d’Assur et roi du peuple moabite.
Il avait quitté l’ombre où l’épouvante habite
Et le hideux abri des chênes chevelus
Que l’ouragan secoue en ses larges reflux.
Morne il laissait marcher au hasard sa monture,
Son esprit cheminant dans une autre aventure;
Il se demandait: Tout est-il vide? et le fond
N’est-il que de l’abîme où des spectres s’en vont?
L’ombre prodigieuse est-elle une personne?
Le flot qui murmure, est-ce une voix qui raisonne?
Depuis quatre-vingts ans, je vis dans un réduit,
Regardant la sueur des antres de la nuit,
Écoutant les sanglots de l’air dans les nuées.
Le gouffre est-il vivant? Larves exténuées,
Qu’est-ce que nous cherchons? Je sais l’assyrien,
L’arabe, le persan, l’hébreu; je ne sais rien.
De quel profond néant sommes-nous les ministres?...—
Ainsi, pâle, il songeait sous les branches sinistres,
Les cheveux hérissés par les souffles des bois.
L’âne s’arrêta court et lui dit: Je le vois.