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La Légende des siècles tome I cover

La Légende des siècles tome I

Chapter 28: V LE DEDANS DE LA TERRE
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About This Book

The collection assembles narrative and lyrical poems that portray humanity across epochs, arranging episodic scenes—mythic origins, medieval legends, religious and historical moments—into a poetic gallery. Each piece offers a concentrated portrait of a century or cultural mood, alternating legendary reconstruction and strict historical fidelity, unified by an overarching idea of human progress and ascent toward light. Imagery mixes human figures with natural and inanimate presences to explore moral, spiritual, and social transformation, while the series functions as both a self-contained volume and the first segment of a larger envisioned cycle.

V
LE DEDANS DE LA TERRE

Pas un rayon de jour; nul souffle aérien;
Des fentes dans la nuit; il rampe. Après des caves
Où gronde un gonflement de soufres et de laves,
Il traverse des eaux hideuses; mais que font
L’onde et la flamme et l’ombre à qui cherche le fond,
Le dénoûment, la fin, la liberté, l’issue?
Son crâne est son levier, sa main est sa massue;
Plongeur de l’ignoré, crispant ses bras noueux,
Il écarte des tas d’obstacles monstrueux,
Il perce du chaos les pâles casemates;
Il est couvert de sang, de fange, de stigmates;
Comme, ainsi formidable, il plairait à Vénus!
La pierre âpre et cruelle écorche ses flancs nus,
Et sur son corps, criblé par l’éclair sanguinaire,
Rouvre la cicatrice énorme du tonnerre.
Glissement colossal sous l’amoncellement
De la nuit, du granit affreux, de l’élément!
L’eau le glace, le feu le mord, l’ombre l’accable;
Mais l’évasion fière, indignée, implacable,
L’entraîne; et que peut-il craindre, étant foudroyé?
Il va. Râlant, grinçant, luttant, saignant, ployé,
Il se fraie un chemin tortueux, tourne, tombe,
S’enfonce, et l’on dirait un ver trouant la tombe;
Il tend l’oreille au bruit qui va s’affaiblissant,
S’enivre de la chute et du gouffre, et descend.
Il entend rire, tant la voix des dieux est forte.
Il troue, il perce, il fuit...—Le puits que, de la sorte,
Il creuse est effroyable et sombre; et maintenant
Ce n’est plus seulement l’Olympe rayonnant
Que ce fuyard terrible a sur lui, c’est la terre.
Tout à coup le bruit cesse.
Et tout ce qu’il faut taire,
Il l’aperçoit. La fin de l’être et de l’espoir,
L’inhospitalité sinistre du fond noir,
Le cloaque où plus tard crouleront les Sodomes,
Le dessous ténébreux des pas de tous les hommes,
Le silence gardant le secret. Arrêtez!
Plus loin n’existe pas. L’ombre de tous côtés!
Ce gouffre est devant lui. L’abject, le froid, l’horrible,
L’évanouissement misérable et terrible,
L’espèce de brouillard que ferait le Léthé,
Cette chose sans nom, l’univers avorté,
Un vide monstrueux où de l’effroi surnage,
L’impossibilité de tourner une page,
Le suprême feuillet faisant le dernier pli!
C’est cela qu’on verrait si l’on voyait l’oubli.
Plus bas que les effets et plus bas que les causes,
La clôture à laquelle aboutissent les choses,
Il la touche, et dans l’ombre, inutile éclaireur,
Il est à l’endroit morne où Tout n’est plus. Terreur.
C’est fini. Le titan regarde l’invisible.
Se rendre sans avoir épuisé le possible,
Les colosses n’ont point cette coutume-là;
Les géants qu’un amas d’infortune accabla
Luttent encore; ils ont un fier reste de rage;
La résistance étant ressemblante à l’outrage
Plaît aux puissants vaincus; l’aigle mord ses barreaux;
Faire au sort violence est l’humeur des héros.
Et ce désespoir-là seul est grand et sublime
Qui donne un dernier coup de talon à l’abîme.
Phtos, comme s’il voulait, de ses deux bras ouverts,
Arracher le dernier morceau de l’univers,
Se baisse, étreint un bloc et l’écarte...