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La Légende des siècles tome I cover

La Légende des siècles tome I

Chapter 34: CASSANDRE
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About This Book

The collection assembles narrative and lyrical poems that portray humanity across epochs, arranging episodic scenes—mythic origins, medieval legends, religious and historical moments—into a poetic gallery. Each piece offers a concentrated portrait of a century or cultural mood, alternating legendary reconstruction and strict historical fidelity, unified by an overarching idea of human progress and ascent toward light. Imagery mixes human figures with natural and inanimate presences to explore moral, spiritual, and social transformation, while the series functions as both a self-contained volume and the first segment of a larger envisioned cycle.

CASSANDRE


Argos. La cour du palais.

CASSANDRE, sur un char. CLYTEMNESTRE. LE CHŒUR.

LE CHŒUR.

Elle est fille de roi.—Mais sa ville est en cendre.
Elle a droit à ce char et n’en veut pas descendre.
Depuis qu’on l’a saisie, elle n’a point parlé.
Le marbre de Syrta, la neige de Thulé
N’ont pas plus de froideur que cette âpre captive.
Elle est à l’avenir formidable attentive.
Elle est pleine d’un dieu redoutable et muet;
Le sinistre Apollon d’Ombos, qui remuait
Dodone avec le souffle et Thèbe avec la lyre,
Mêle une clarté sombre à son morne délire.
Elle a la vision des choses qui seront;
Un reflet de vengeance est déjà sur son front;
Elle est princesse, elle est pythie, elle est prêtresse,
Elle est esclave. Étrange et lugubre détresse!
Elle vient sur un char, étant fille de roi.
Le peuple, qui regarde aller, pâles d’effroi,
Les prisonniers pieds nus qu’on chasse à coups de lance,
Et qui rit de leurs cris, a peur de son silence.

(Le char s’arrête.)

CLYTEMNESTRE.

Femme, à pied! Tu n’es pas ici dans ton pays.

LE CHŒUR.

Allons, descends du char, c’est la reine, obéis.

CLYTEMNESTRE.

Crois-tu que j’ai le temps de t’attendre à la porte?
Hâte-toi. Car bientôt il faut que le roi sorte.
Peut-être entends-tu mal notre langue d’ici?
Si ce que je te dis ne se dit pas ainsi
Au pays dont tu viens et dont tu te sépares,
Parle en signes alors, fais comme les barbares.

LE CHŒUR.

Si l’on parlait sa langue, on saurait son secret.
On sent en la voyant ce qu’on éprouverait
Si l’on venait de prendre une bête farouche.

CLYTEMNESTRE.

Je ne lui parle plus. L’horreur ferme sa bouche.
Triste, elle songe à Troie, au ciel jadis serein.
Elle ne prendra pas l’habitude du frein
Sans le couvrir longtemps d’une sanglante écume.

(Clytemnestre sort.)

LE CHŒUR.

Cède au destin. Crois-moi. Je suis sans amertume.
Descends du char. Reçois la chaîne à ton talon.

CASSANDRE.

Dieux! Grands dieux! Terre et ciel! Apollon! Apollon!

APOLLON LOXIAS, dans l’ombre.

Je suis là. Tu vivras, afin que ton œil voie
Le flamboiement d’Argos plein des cendres de Troie.