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La Légende des siècles tome I cover

La Légende des siècles tome I

Chapter 35: LES TROIS CENTS
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About This Book

The collection assembles narrative and lyrical poems that portray humanity across epochs, arranging episodic scenes—mythic origins, medieval legends, religious and historical moments—into a poetic gallery. Each piece offers a concentrated portrait of a century or cultural mood, alternating legendary reconstruction and strict historical fidelity, unified by an overarching idea of human progress and ascent toward light. Imagery mixes human figures with natural and inanimate presences to explore moral, spiritual, and social transformation, while the series functions as both a self-contained volume and the first segment of a larger envisioned cycle.

LES TROIS CENTS


Ξέρξης τὸν Ἑλλήσποντον ἐκέλευσε τριηκοσίας
ἐπικέσθαι μάστιγι πληγάς.

Hérodote, Polymnie.

I
L’ASIE

L’Asie est monstrueuse et fauve; elle regarde
Toute la terre avec une face hagarde,
Et la terre lui plaît, car partout il fait nuit;
L’Asie, où la hauteur des rois s’épanouit,
A ce contentement que l’univers est sombre;
Ici la Cimmérie, au delà la Northumbre,
Au delà l’âpre hiver, l’horreur, les glaciers nus,
Et les monts ignorés sous les cieux inconnus;
Après l’inhabitable on voit l’infranchissable;
La neige fait au nord ce qu’au sud fait le sable;
Le pâle genre humain se perd dans la vapeur;
Le Caucase est hideux, les Dofrines font peur;
Au loin râle, en des mers d’où l’hirondelle émigre,
Thulé sous son volcan comme un daim sous un tigre;
Au pôle, où du corbeau l’orfraie entend l’appel,
Les cent têtes d’Orcus font un blême archipel,
Et, pareils au chaos, les océans funèbres
Roulent cette nuit, l’eau, sous ces flots, les ténèbres.
L’Asie en ce sépulcre a la couronne au front,
Nulle part son pouvoir sacré ne s’interrompt,
Elle règne sur tous les peuples qu’on dénombre,
Et tout ce qui n’est point à l’Asie est à l’ombre,
A la nuit, au désert, au sauvage aquilon;
Toutes les nations rampent sous son talon
Ou grelottent au nord sous la bise et la pluie.
Mais la Grèce est un point lumineux qui l’ennuie;
Il se pourrait qu’un jour cette clarté perçât,
Et rendît l’espérance à l’univers forçat.
L’Asie obscure et vaste en frémit sous son voile;
Et l’énorme noirceur cherche à tuer l’étoile.