WeRead Powered by ReaderPub
La Légende des siècles tome I cover

La Légende des siècles tome I

Chapter 52: V LE ROI DÉFIANT
Open in WeRead

About This Book

The collection assembles narrative and lyrical poems that portray humanity across epochs, arranging episodic scenes—mythic origins, medieval legends, religious and historical moments—into a poetic gallery. Each piece offers a concentrated portrait of a century or cultural mood, alternating legendary reconstruction and strict historical fidelity, unified by an overarching idea of human progress and ascent toward light. Imagery mixes human figures with natural and inanimate presences to explore moral, spiritual, and social transformation, while the series functions as both a self-contained volume and the first segment of a larger envisioned cycle.

V
LE ROI DÉFIANT

Quand je songe en ma tanière,
Mordant ma barbe et rêvant,
Regardant dans ma bannière
Les déchirures du vent,
Ton effroi sur moi se penche.
Tremblant, par tes alguazils
Tu te fais garder, roi Sanche,
Contre mes sombres exils.
Moi, je m’en ris. Peu m’importe,
O roi, quand un vil gardien
Couche en travers de ta porte,
Qu’il soit homme ou qu’il soit chien!
Tu dis à ton économe,
A tes pages blancs ou verts:
—«A quoi pense ce bonhomme
Qui regarde de travers?
«A quoi donc est-ce qu’il songe?
Va-t-il rompre son lien?
J’ai peur. Quel est l’os qu’il ronge?
Est-ce son nom ou le mien?
«Qu’est-ce donc qu’il prémédite?
S’il n’est traître, il en a l’air.
Dans sa montagne maudite
Ce baron-là n’est pas clair.
«A quoi pense ce convive
Des loups et des bûcherons?
J’ai peur. Est-ce qu’il ravive
La fraîcheur des vieux affronts?
«Le laisser libre est peu sage;
Le Cid est mal muselé.»—
Roi, c’est moi qui suis ma cage
Et c’est moi qui suis ma clé.
C’est moi qui ferme mon antre,
Mes rocs sont mes seuls trésors;
Et c’est moi qui me dis: rentre!
Et c’est moi qui me dis: sors!
Soit que je vienne ou que j’aille,
Je tire seul mon verrou.
Ah! tu trouves que je bâille
Trop librement dans mon trou!
Tu voudrais dans ma vieillesse,
Comme un dogue dans ta cour,
M’avoir, moi, le Cid, en laisse,
Et me tenir dans ma tour,
Et me tenir dans mes lierres,
Gardé comme les brigands...—
Va mettre des muselières
Aux gueules des ouragans!