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La Légende des siècles tome I cover

La Légende des siècles tome I

Chapter 55: VIII LE ROI VOLEUR
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About This Book

The collection assembles narrative and lyrical poems that portray humanity across epochs, arranging episodic scenes—mythic origins, medieval legends, religious and historical moments—into a poetic gallery. Each piece offers a concentrated portrait of a century or cultural mood, alternating legendary reconstruction and strict historical fidelity, unified by an overarching idea of human progress and ascent toward light. Imagery mixes human figures with natural and inanimate presences to explore moral, spiritual, and social transformation, while the series functions as both a self-contained volume and the first segment of a larger envisioned cycle.

VIII
LE ROI VOLEUR

Roi, fallait-il que tu vinsses
Pour nous écraser d’impôts?
Nous vivons dans nos provinces,
Pauvres sous nos vieux drapeaux.
Nous bravons tes cavalcades.
Sommes-nous donc des vilains,
Pour engraisser des alcades
Et nourrir des chapelains?
Quant à payer, roi bravache,
Jamais! et j’en fais serment.
Ma ville est-elle une vache
Pour la traire effrontément?
Je vais continuer, sire,
Et te parler du passé,
Puisqu’il est bon de tout dire
Et puisque j’ai commencé.
Roi, tu m’as pris mes villages,
Roi, tu m’as pris mes vassaux;
Tu m’as pris mes grands feuillages
Où j’écoutais les oiseaux;
Roi, tu m’as pris mon domaine,
Mon champ, de saules bordé;
Tu m’allais prendre Chimène,
Roi, mais je t’ai regardé.
Si les rois étaient pendables,
Je t’aurais offert déjà
Dans mes ongles formidables
Au gibet d’Albavieja.
D’ombre en vain tu t’environnes;
Ma colère un jour pensa
Prendre l’or de tes couronnes
Pour ferrer Babieça.
Je suis plein de rêves sombres,
Ayant, vieux suspect vainqueur,
Toute ma gloire en décombres
Dans le plus noir de mon cœur.