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La Légende des siècles tome I cover

La Légende des siècles tome I

Chapter 97: III LE MAUSOLÉE
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About This Book

The collection assembles narrative and lyrical poems that portray humanity across epochs, arranging episodic scenes—mythic origins, medieval legends, religious and historical moments—into a poetic gallery. Each piece offers a concentrated portrait of a century or cultural mood, alternating legendary reconstruction and strict historical fidelity, unified by an overarching idea of human progress and ascent toward light. Imagery mixes human figures with natural and inanimate presences to explore moral, spiritual, and social transformation, while the series functions as both a self-contained volume and the first segment of a larger envisioned cycle.

III
LE MAUSOLÉE

Une troisième voix dit:
—Sésostris est grand;
Cadmus est sur la terre un homme fulgurant;
Comme Typhon cent bras, Cyrus a cent batailles;
Ochus, portant sa hache aux profondes entailles,
Du Taurus fièrement garde l’âpre ravin;
Hécube est sainte; Achille est terrible et divin;
Il semble, après Thésée, Astyage, Alexandre,
Que l’homme trop grandi ne peut plus que descendre;
La calme majesté revêt Belochus trois;
Xercès, de Salamine assiégeant les détroits,
Ressemble à l’aquilon des mers; Penthésilée
A sur son dos la peau d’une bête étoilée,
Et, superbe, apparaît tendant son arc courbé;
Didon, Sémiramis, Thalestris, Niobé,
Resplendissent parmi les profondeurs sereines;
Mais entre tous ces rois, entre toutes ces reines,
Reines au sceptre d’or qu’admire un peuple heureux,
Rois vainqueurs ou bénis, se disputant entre eux
Ces fiers surnoms le grand, le beau, le fort, le juste,
Artémise est sublime et Mausole est auguste.
Je suis le monument du cœur démesuré;
La mort n’est plus la mort sous mon dôme azuré;
Elle est splendide, elle est prospère, elle est vivante;
Elle a tant de porphyre et d’or qu’elle s’en vante;
Je suis le deuil triomphe et le tombeau palais.
Oh! tant qu’on chantera ce chant:—Oublions-les,
Vivons, soyons heureux!—aux morts gisant sous terre;
Tant que les voluptés riront près du mystère;
Tant qu’on noiera ses deuils dans les vins décevants,
Moi l’édifice sombre et superbe, ô vivants,
Je jetterai mon ombre à vos joyeux visages;
Jusqu’à la fin des ans, jusqu’au terme des âges,
Jusqu’à ce que le temps, las, demande à s’asseoir,
Mes cippes, mes piliers, mes arcs, l’aube et le soir
Découpant sur le ciel mes frontons taciturnes
Où des colosses noirs rêvent, portant des urnes,
Mon bronze glorieux et mon marbre sacré
Diront: Mausole est mort, Artémise a pleuré.
Les siècles, vénérable et triomphante épreuve,
A jamais en passant verront la grande veuve
Assise sur mon seuil, fantôme saint et doux;
Elle attend le moment d’aller, près de l’époux,
Se coucher dans le lit de la noce éternelle;
Elle pare son front d’ache et de fraxinelle,
Et se parfume afin de plaire à son mari;
Elle tient un miroir qui n’a jamais souri,
Et se met des anneaux aux doigts, et sous ses voiles
Peigne ses longs cheveux d’où tombent des étoiles.