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La Légende des siècles tome I cover

La Légende des siècles tome I

Chapter 98: IV LE JUPITER OLYMPIEN
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About This Book

The collection assembles narrative and lyrical poems that portray humanity across epochs, arranging episodic scenes—mythic origins, medieval legends, religious and historical moments—into a poetic gallery. Each piece offers a concentrated portrait of a century or cultural mood, alternating legendary reconstruction and strict historical fidelity, unified by an overarching idea of human progress and ascent toward light. Imagery mixes human figures with natural and inanimate presences to explore moral, spiritual, and social transformation, while the series functions as both a self-contained volume and the first segment of a larger envisioned cycle.

IV
LE JUPITER OLYMPIEN

Quand cette voix se tut, à Pise, près de là,
Du haut d’une acropole une autre voix parla.
—Je suis l’Olympien, je suis le Musagète;
Tout ce qui vit, respire, aime, pense et végète,
Végète, pense, vit, aime et respire en moi;
L’encens monte à mes pieds, mêlé d’un vague effroi;
L’angle de mon sourcil touche à l’axe du monde;
La tempête me parle avant de troubler l’onde;
Je dure sans vieillir, j’existe sans souffrir;
Je ne sais qu’une chose impossible, mourir.
J’ai sur mon front, que l’ombre en reculant adore,
La bandelette bleue et rose de l’aurore.
O mortels effrénés, emportés, hagards, fous,
L’urne des jours me lave en vous noircissant tous;
A mesure qu’au fond des nuits et sous la voûte
Du temps d’où l’instant suinte et tombe goutte à goutte,
Les siècles, partant l’un après l’autre, s’en vont,
Ainsi que des oiseaux volant sous un plafond,
Hébé plus fraîche rit en mes hautes demeures;
Ma jeunesse renaît sous le baiser des heures;
J’empêche, en abaissant mon sceptre lentement
Vers le trou monstrueux plein du triple aboîment,
Cerbère de saisir les astres dans sa gueule;
La chaîne du destin immuable peut seule
Meurtrir ma main égale à tout l’effort des dieux;
Mon temple offre son mur au nid mélodieux;
Et c’est du vol de l’aigle et du vol de la foudre,
C’est du cri de l’enfer tremblant de se dissoudre,
C’est du choc convulsif des croupes des typhons,
C’est du rassemblement des nuages profonds,
Que le vieux Phidias d’Athènes, statuaire,
Composa, dans l’horreur sainte du sanctuaire,
L’immense apaisement de ma sérénité.
Quand, dans le saint pœan par les mondes chanté,
L’harmonie amoindrie avorte ou dégénère,
Je rends le rhythme aux cieux par un coup de tonnerre;
Mon crâne plein d’échos, plein de lueurs, pleins d’yeux,
Est l’antre éblouissant du grand Pan radieux;
En me voyant on croit entendre le murmure
De la ville habitée et de la moisson mûre,
Le bruit du gouffre au chant de l’azur réuni,
L’onde sur l’océan, le vent dans l’infini,
Et le frémissement des deux ailes du cygne;
On sent qu’il suffirait à Jupiter d’un signe
Pour mêler sur le front des hommes le chaos,
Que seul je mets la bride aux bouches des fléaux,
Que l’abîme est mon hydre, et que je pourrais faire
Heurter le pôle au pôle et l’étoile à la sphère,
Et rouler à flots noirs les nuits sur les clartés,
Et s’entre-regarder les dieux épouvantés,
Plus aisément qu’un pâtre au flanc hâlé ne jette
Une pierre aux chevreaux broutant sur le Taygète.