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La Légende des siècles tome II cover

La Légende des siècles tome II

Chapter 34: XV LES OUBLIETTES
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About This Book

A sequence of epic poems presents panoramic episodes and allegories that move between mythic and historical scenes, uniting cosmic meditations on decay and death with vivid portraits of empires, prophets, lovers, and ordinary people. Recurring motifs include the persistence of mortality, the tension between grandeur and ruin, religious and philosophical doubt, and the interplay of war, art, and destiny. Mixing narrative tableaux, lyrical invocations, and moral reflection, the poems alternate dramatic scenes and symbolic monologues to trace humanity’s rise, follies, and the cyclical pattern of destruction and renewal.

XV
LES OUBLIETTES

S’il sortait de ce puits une lueur de soufre,
On dirait une bouche obscure de l’enfer.
La trappe est large assez pour qu’en un brusque éclair
L’homme étonné qu’on pousse y tombe à la renverse;
On distingue les dents sinistres d’une herse,
Et, plus bas, le regard flotte dans de la nuit;
Le sang sur les parois fait un rougeâtre enduit;
L’Épouvante est au fond de ce puits toute nue;
On sent qu’il pourrit là de l’histoire inconnue,
Et que ce vieux sépulcre, oublié maintenant,
Cuve du meurtre, est plein de larves se traînant,
D’ombres tâtant le mur et de spectres reptiles.
—Nos aïeux ont parfois fait des choses utiles,
Dit Joss. Et Zéno dit:—Je connais le château;
Ce que le mont Corbus cache sous son manteau,
Nous le savons, l’orfraie et moi; cette bâtisse
Est vieille; on y rendait autrefois la justice.
—Es-tu sûr que Mahaud ne se réveille point?
—Son œil est clos ainsi que je ferme mon poing;
Elle dort d’une sorte âpre et surnaturelle,
L’obscure volonté du philtre étant sur elle.
—Elle s’éveillera demain au point du jour.
—Dans l’ombre.
—Et que va dire ici toute la cour
Quand, au lieu d’une femme, ils trouveront deux hommes?
—Tous se prosterneront en sachant qui nous sommes!
—Où va cette oubliette?
—Aux torrents, aux corbeaux,
Au néant; finissons.
Ces hommes, jeunes, beaux,
Charmants, sont à présent difformes, tant s’efface
Sous la noirceur du cœur le rayon de la face,
Tant l’homme est transparent à l’enfer qui l’emplit.
Ils s’approchent; Mahaud dort comme dans un lit.
—Allons!
Joss la saisit sous les bras, et dépose
Un baiser monstrueux sur cette bouche rose;
Zéno, penché devant le grand fauteuil massif,
Prend ses pieds endormis et charmants; et, lascif,
Lève la robe d’or jusqu’à la jarretière.
Le puits, comme une fosse au fond d’un cimetière,
Est là béant.