WeRead Powered by ReaderPub
La Légende des siècles tome II cover

La Légende des siècles tome II

Chapter 55: III AIEUL MATERNEL
Open in WeRead

About This Book

A sequence of epic poems presents panoramic episodes and allegories that move between mythic and historical scenes, uniting cosmic meditations on decay and death with vivid portraits of empires, prophets, lovers, and ordinary people. Recurring motifs include the persistence of mortality, the tension between grandeur and ruin, religious and philosophical doubt, and the interplay of war, art, and destiny. Mixing narrative tableaux, lyrical invocations, and moral reflection, the poems alternate dramatic scenes and symbolic monologues to trace humanity’s rise, follies, and the cyclical pattern of destruction and renewal.

III
AIEUL MATERNEL

Ce vieillard, c’est un chêne adorant une fleur;
A présent un enfant est toute sa famille.
Il la regarde, il rêve; il dit: «C’est une fille,
Tant mieux!» Étant aïeul du côté maternel.
La vie en ce donjon a le pas solennel;
L’heure passe et revient ramenant l’habitude.
Ignorant le soupçon, la peur, l’inquiétude,
Tous les matins, il boucle à ses flancs refroidis
Son épée, aujourd’hui rouillée, et qui jadis
Avait la pesanteur de la chose publique;
Quand parfois du fourreau, vénérable relique,
Il arrache la lame illustre avec effort,
Calme, il y croit toujours sentir peser le sort.
Tout homme ici-bas porte en sa main une chose,
Où, du bien et du mal, de l’effet, de la cause,
Du genre humain, de Dieu, du gouffre, il sent le poids;
Le juge au front morose a son livre des lois,
Le roi son sceptre d’or, le fossoyeur sa pelle.
Tous les soirs il conduit l’enfant à la chapelle;
L’enfant prie, et regarde avec ses yeux si beaux,
Gaie, et questionnant l’aïeul sur les tombeaux;
Et Fabrice a dans l’œil une humide étincelle.
La main qui tremble aidant la marche qui chancelle,
Ils vont sous les portails et le long des piliers
Peuplés de séraphins mêlés aux chevaliers;
Chaque statue, émue à leur pas doux et sombre,
Vibre, et toutes ont l’air de saluer dans l’ombre,
Les héros le vieillard, et les anges l’enfant.
Parfois Isoretta, que sa grâce défend,
S’échappe dès l’aurore et s’en va jouer seule
Dans quelque grande tour qui lui semble une aïeule,
Et qui mêle, croulante au milieu des buissons,
La légende romane aux souvenirs saxons.
Pauvre être qui contient toute une fière race,
Elle trouble, en passant, le bouc, vieillard vorace,
Dans les fentes des murs broutant le câprier;
Pendant que derrière elle on voit l’aïeul prier,
—Car il ne tarde pas à venir la rejoindre,
Et cherche son enfant dès qu’il voit l’aube poindre,—
Elle court, va, revient, met sa robe en haillons,
Erre de tombe en tombe et suit des papillons,
Ou s’assied, l’air pensif, sur quelque âpre architrave;
Et la tour semble heureuse et l’enfant paraît grave;
La ruine et l’enfance ont de secrets accords,
Car le temps sombre y met ce qui reste des morts.