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La Légende des siècles tome II cover

La Légende des siècles tome II

Chapter 58: VI LE PÈRE ET LA MÈRE
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About This Book

A sequence of epic poems presents panoramic episodes and allegories that move between mythic and historical scenes, uniting cosmic meditations on decay and death with vivid portraits of empires, prophets, lovers, and ordinary people. Recurring motifs include the persistence of mortality, the tension between grandeur and ruin, religious and philosophical doubt, and the interplay of war, art, and destiny. Mixing narrative tableaux, lyrical invocations, and moral reflection, the poems alternate dramatic scenes and symbolic monologues to trace humanity’s rise, follies, and the cyclical pattern of destruction and renewal.

VI
LE PÈRE ET LA MÈRE

Les marquis de Final ont leur royal tombeau
Dans une cave où luit, jour et nuit, un flambeau;
Le soir, l’homme qui met de l’huile dans les lampes
A son heure ordinaire en descendit les rampes;
Là, mangé par les vers dans l’ombre de la mort,
Chaque marquis auprès de sa marquise dort,
Sans voir cette clarté qu’un vieil esclave apporte.
A l’endroit même où pend la lampe, sous la porte,
Était le monument des deux derniers défunts;
Pour raviver la flamme et brûler des parfums,
Le serf s’en approcha; sur la funèbre table,
Sculpté très ressemblant, le couple lamentable
Dont Isora, sa dame, était l’unique enfant,
Apparaissait; tous deux, dans cet air étouffant,
Silencieux, couchés côte à côte, statues
Aux mains jointes d’habits seigneuriaux vêtues,
L’homme avec son lion, la femme avec son chien.
Il vit que le flambeau nocturne brûlait bien;
Puis, courbé, regarda, des pleurs dans la paupière,
Ce père de granit, cette mère de pierre;
Alors il recula, pâle; car il crut voir
Que ces deux fronts, tournés vers la voûte au fond noir,
S’étaient subitement assombris sur leur couche,
Elle ayant l’air plus triste et lui l’air plus farouche.