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La Légende des siècles tome II cover

La Légende des siècles tome II

Chapter 63: XI TOUTES LES FAIMS SATISFAITES
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About This Book

A sequence of epic poems presents panoramic episodes and allegories that move between mythic and historical scenes, uniting cosmic meditations on decay and death with vivid portraits of empires, prophets, lovers, and ordinary people. Recurring motifs include the persistence of mortality, the tension between grandeur and ruin, religious and philosophical doubt, and the interplay of war, art, and destiny. Mixing narrative tableaux, lyrical invocations, and moral reflection, the poems alternate dramatic scenes and symbolic monologues to trace humanity’s rise, follies, and the cyclical pattern of destruction and renewal.

XI
TOUTES LES FAIMS SATISFAITES

C’est que les noirs oiseaux de l’ombre ont eu raison,
C’est que l’orfraie a bien flairé la trahison,
C’est qu’un fourbe a surpris le vaillant sans défense,
C’est qu’on vient d’écraser la vieillesse et l’enfance.
En vain quelques soldats fidèles ont voulu
Résister, à l’abri d’un créneau vermoulu;
Tous sont morts; et de sang les dalles sont trempées
Et la hache, l’estoc, les masses, les épées
N’ont fait grâce à pas un, sur l’ordre que donna
Le roi d’Arle au prévôt Sixte Malaspina.
Et, quant aux plus mutins, c’est ainsi que les nomme
L’aventurier royal fait empereur par Rome,
Trente sur les crochets et douze sur le pal
Expirent au-dessus du porche principal.
Tandis qu’en joyeux chants les vainqueurs se répandent,
Auprès de ces poteaux et de ces croix où pendent
Ceux que Malaspina vient de supplicier,
Corbeaux, hiboux, milans, tout l’essaim carnassier,
Venus des monts, des bois, des cavernes, des havres,
S’abattent par volée, et font sur les cadavres
Un banquet, moins hideux que celui d’à côté.
Ah! le vautour est triste à voir, en vérité,
Déchiquetant sa proie et planant; on s’effraie
Du cri de la fauvette aux griffes de l’orfraie;
L’épervier est affreux rongeant des os brisés;
Pourtant, par l’ombre immense on les sent excusés,
L’impénétrable faim est la loi de la terre,
Et le ciel, qui connaît la grande énigme austère,
La nuit, qui sert de fond au guet mystérieux
Du hibou promenant la rondeur de ses yeux
Ainsi qu’à l’araignée ouvrant ses pâles toiles,
Met à ce festin sombre une nappe d’étoiles;
Mais l’être intelligent, le fils d’Adam, l’élu
Qui doit trouver le bien après l’avoir voulu,
L’homme exterminant l’homme et riant, épouvante,
Même au fond de la nuit, l’immensité vivante,
Et, que le ciel soit noir ou que le ciel soit bleu,
Caïn tuant Abel est la stupeur de Dieu.