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La Légende des siècles tome II cover

La Légende des siècles tome II

Chapter 9: II LEURS ALTESSES
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About This Book

A sequence of epic poems presents panoramic episodes and allegories that move between mythic and historical scenes, uniting cosmic meditations on decay and death with vivid portraits of empires, prophets, lovers, and ordinary people. Recurring motifs include the persistence of mortality, the tension between grandeur and ruin, religious and philosophical doubt, and the interplay of war, art, and destiny. Mixing narrative tableaux, lyrical invocations, and moral reflection, the poems alternate dramatic scenes and symbolic monologues to trace humanity’s rise, follies, and the cyclical pattern of destruction and renewal.

II
LEURS ALTESSES

L’endroit est désolé, les gens sont triomphants.
C’est un groupe tragique et fier que ces infants,
Précédés d’un clairon qu’à distance accompagne
Une bande des gueux les plus noirs de l’Espagne;
Sur le front des soldats, férocement vêtus,
La montera de fer courbe ses crocs pointus,
Et Mauregat n’a point d’estafiers plus sauvages,
Et le forban Dragut n’a pas sur les rivages
Écumé de forçats pires, et Gaïffer
N’a pas, dans le troupeau qui le suit, plus d’enfer;
Les casques sont d’acier et les cœurs sont de bronze;
Quant aux infants, ce sont dix noms sanglants; Alonze,
Don Santos Pacheco le Hardi, Froïla,
Qui, si l’on veut Satan, peut dire: Me voilà!
Ponce, qui tient la mer d’Irun à Biscarosse,
Rostabat le Géant, Materne le Féroce,
Blas, Ramon, Jorge, et Ruy le Subtil, leur aîné,
Blond, le moins violent et le plus acharné.
Le mont, complice et noir, s’ouvre en gorges désertes.
Ils sont frères; c’est bien; sont-ils amis? non, certes.
Ces Caïns pour lien ont la perte d’autrui.
Blas, du reste, est l’ami de Materne, et don Ruy
De Ramon, comme Atrée est l’ami de Thyeste.