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La Légende des siècles tome III cover

La Légende des siècles tome III

Chapter 15: XXIX MANSUÉTUDE DES ANCIENS JUGES
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About This Book

A sequence of narrative and lyrical poems portrays humanity across epochs, moving between mythic tableaux, historical vignettes, and philosophical reflection. The author alternates dramatic scenes rooted in pagan and sacred imagery with meditative passages that examine progress, suffering, justice, and the fate of societies. Vivid visual and musical language, personification, and allegory contrast divine and human perspectives while exploring moral responsibility and encounters between superstition, power, and emerging modern sensibilities. Varied forms and tonal shifts create a sprawling, kaleidoscopic panorama linking individual moments to a broader vision of human destiny.

XXIX

MANSUÉTUDE DES ANCIENS JUGES

 

Les chambres de torture étaient d’âpres demeures;
On n’y passait jamais plus de quatre ou cinq heures,
Et l’on entrait jeune homme et l’on sortait vieillard.
Le juge pour le code et le bourreau pour l’art
S’épuisaient, et, mêlant fer rouge et loi romaine,
Ayant à travailler sur de la chair humaine,
N’épargnaient rien afin d’arriver à l’aveu.
Sous leurs mains, l’os, le muscle, et l’ongle et le cheveu
Frémissaient, et, hurlant plus fort selon la fibre
Qui tressaille, et selon le nerf profond qui vibre,
Un homme devenait un clavier où Vouglans
Jouait de l’agonie avec ses doigts sanglants.
Ne croyez pas pourtant que lui, ni Farinace,
Ou Levert, n’eussent rien au cœur que la menace;
Ils priaient au besoin le captif garrotté;
Ils sucraient la torture avec de la bonté;
L’accusé qui résiste attriste la grand’chambre;
Bénins, ils l’imploraient en lui brisant un membre;
Ils étaient paternels; ils se penchaient, prêchant,
Suppliant, regrettant d’agir, l’air pas méchant,
Pour faire à cet œil terne et sombre, à cette bouche,
A cette âme aux abois, vomir l’aveu farouche.
Pasquier leurrait d’espoir ces regards presque éteints;
Delancre au patient disait des vers latins;
Bodin, sachant par cœur Virgile et ses idylles,
Les citait; et parfois ils pleuraient, crocodiles.