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La Légende des siècles tome III cover

La Légende des siècles tome III

Chapter 39: XII DANTE
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About This Book

A sequence of narrative and lyrical poems portrays humanity across epochs, moving between mythic tableaux, historical vignettes, and philosophical reflection. The author alternates dramatic scenes rooted in pagan and sacred imagery with meditative passages that examine progress, suffering, justice, and the fate of societies. Vivid visual and musical language, personification, and allegory contrast divine and human perspectives while exploring moral responsibility and encounters between superstition, power, and emerging modern sensibilities. Varied forms and tonal shifts create a sprawling, kaleidoscopic panorama linking individual moments to a broader vision of human destiny.

XII
DANTE

Thalès n’était pas loin de croire que le vent
Et l’onde avaient créé les femmes; et, devant
Phellas, fille des champs, bien qu’il fût de la ville,
Ménandre n’était point parfaitement tranquille;
Moschus ne savait pas au juste ce que c’est
Que la femme, et tremblait quand Glycère passait;
Anaxagore, ayant l’inconnu pour étude,
Regardait une vierge avec inquiétude;
Virgile méditait sur Lycoris; Platon
Dénonçait à Paphos l’odeur du Phlégéton;
Plaute évitait Lydé; c’est que ces anciens hommes
Redoutaient vaguement la planète où nous sommes;
Agd et Tellus étaient des femelles pour eux;
Ils craignaient le travail perfide et ténébreux
Des parfums, des rayons, des souffles et des séves.
Les femmes après tout sont peut-être des rêves;
Quelle âme ont-elles? Nul ne peut savoir quel dieu
Ou quel démon sourit dans la nuit d’un œil bleu;
Nul ne sait, dans la vie immense enchevêtrée,
Si l’antre où rêve Pan, l’herbe où se couche Astrée,
Si la roche au profil pensif, si le zéphyr,
Si toute une forêt acharnée à trahir,
A force d’horreur, d’ombre, et d’aube, et de jeunesse,
Ne peut transfigurer en femme une faunesse;
Dans tout ils croyaient voir quelque spectre caché
Poindre, et Démogorgon s’ajoutait à Psyché.
Ces sages d’autrefois se tenaient sur leurs gardes.
La possibilité des méduses hagardes
Surgissant tout à coup, les rendait attentifs;
De la sombre nature ils se sentaient captifs;
Perse reconnaissait dans Églé, la bouffonne
Qui se barbouille avec des mûres, Tisiphone;
Et plusieurs s’attendaient à voir subitement
Transparaître Érynnis sous le masque charmant
De la naïve Aglaure ou d’Iphis la rieuse;
Tant la terre pour eux était mystérieuse.