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La Légende des siècles tome III cover

La Légende des siècles tome III

Chapter 41: XIV RONSARD
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About This Book

A sequence of narrative and lyrical poems portrays humanity across epochs, moving between mythic tableaux, historical vignettes, and philosophical reflection. The author alternates dramatic scenes rooted in pagan and sacred imagery with meditative passages that examine progress, suffering, justice, and the fate of societies. Vivid visual and musical language, personification, and allegory contrast divine and human perspectives while exploring moral responsibility and encounters between superstition, power, and emerging modern sensibilities. Varied forms and tonal shifts create a sprawling, kaleidoscopic panorama linking individual moments to a broader vision of human destiny.

XIV
RONSARD

C’est fort juste, tu veux commander en cédant;
Viens, ne crains rien; je suis éperdu, mais prudent;
Suis-moi; c’est le talent d’un amant point rebelle
De conduire au milieu des forêts une belle,
D’être ardent et discret, et d’étouffer sa voix
Dans le chuchotement mystérieux des bois.
Aimons-nous au-dessous du murmure des feuilles;
Viens, je veux qu’en ce lieu voilé tu te recueilles,
Et qu’il reste au gazon par ta langueur choisi
Je ne sais quel parfum de ton passage ici;
Laissons des souvenirs à cette solitude.
Si tu prends quelque molle et sereine attitude,
Si nous nous querellons, si nous faisons la paix,
Et si tu me souris sous les arbres épais,
Ce lieu sera sacré pour les nymphes obscures;
Et le soir, quand luiront les divins Dioscures,
Ces sauvages halliers sentiront ton baiser
Flotter sur eux dans l’ombre et les apprivoiser;
Les arbres entendront des appels plus fidèles,
De petits cœurs battront sous de petites ailes,
Et les oiseaux croiront que c’est toi qui bénis
Leurs amours et la fête adorable des nids.
C’est pourquoi, belle, il faut qu’en ce vallon tu rêves.
Et je rends grâce à Dieu, car il fit plusieurs Èves,
Une aux longs cheveux d’or, une autre au sein bruni,
Une gaie, une tendre, et, quand il eut fini,
Ce Dieu, qui crée au fond toujours les mêmes choses,
Avec ce qui restait des femmes, fit les roses.