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La Légende des siècles tome III cover

La Légende des siècles tome III

Chapter 47: XX DIDEROT
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About This Book

A sequence of narrative and lyrical poems portrays humanity across epochs, moving between mythic tableaux, historical vignettes, and philosophical reflection. The author alternates dramatic scenes rooted in pagan and sacred imagery with meditative passages that examine progress, suffering, justice, and the fate of societies. Vivid visual and musical language, personification, and allegory contrast divine and human perspectives while exploring moral responsibility and encounters between superstition, power, and emerging modern sensibilities. Varied forms and tonal shifts create a sprawling, kaleidoscopic panorama linking individual moments to a broader vision of human destiny.

XX
DIDEROT

Les philosophes sont d’avis que la nature
Se passe d’eux, ne tient qu’à sa propre droiture,
Ne consulte que l’ordre auguste, et que les lois
Sont les mêmes au fond des cieux, au fond des bois.
Vivre, aimer, tout est là. Le reste est ignorance;
Et la création est une transparence;
L’univers laisse voir toujours le même sceau,
L’amour, dans le soleil ainsi que dans l’oiseau;
Nos sens sont des conseils; des voix sont dans les choses;
Ces voix disent: Beautés, faites comme les roses;
Faites comme les nids, amants. Avril vainqueur
Sourit, laissez le ciel vous entrer dans le cœur.
Théocrite, ô ma belle, était tendre et facile;
Ces bons ménétriers de Grèce et de Sicile
Chantaient juste, et leur vers reste aimable et charmeur
Même quand la saison est de mauvaise humeur;
Ils étaient un peu fous comme tous les vrais sages;
Ils baisaient les pieds nus, guettaient les purs visages,
N’avaient point de sophas et point de canapés,
Et couchaient sur des lits de pampres frais coupés;
Ils se hâtaient d’aimer, car la vie est rapide;
La dernière heure éclôt dans la première ride;
Hélas, la pâle mort pousse d’un pied égal
Votre beauté, madame, et notre madrigal.
Vivons. Moi, j’ai l’amour pour devoir, et personne
N’a droit de s’informer, belles, si je frissonne
Parce que j’entrevois dans l’ombre un sein charmant;
Je prends ma part du vaste épanouissement;
Le plus sage en ce monde immense est le plus ivre.
Femme, écoute ton cœur, ne lis pas d’autre livre;
Ce qu’ont fait les aïeux les enfants le refont,
Et l’amour est toujours la même idylle au fond;
L’églogue en souriant se copie; elle calque
Margot sur Phyllodoce et Gros-Jean sur Ménalque.
Comme souffle le vent, comme luit le rayon,
Sois belle, aime! La vie est une fonction,
Et cette fonction par tout être est remplie
Sans qu’aucun instinct mente et qu’aucune loi plie;
Les accomplissements sont au-dessus de nous;
Le lys est pur, le ciel est bleu, l’amour est doux
Sans la permission de l’homme; nul système
N’empêche Églé de dire à Tityre: Je t’aime!
La Sorbonne n’a rien à voir dans tout cela;
Madame de Genlis peut faire Paméla
Sans gêner les oiseaux des bois; et les mésanges,
Les pinsons, les moineaux, bêtes qui sont des anges,
Ne s’inquiètent point d’Arnauld ni de Pascal;
Et, quand des profondeurs du ciel zodiacal,
Vers l’aurore, à travers d’invisibles pilastres,
Il redescend, avec son attelage d’astres,
Là-haut, dans l’infini, l’énorme chariot
Sait peu ce que Voltaire écrit à Thiriot.