Je t’ai donné la fleur de mes cheveux d’abord,
Le matin et le soir je t’ai donné mon corps.
Je ne réclame ni le plaisir ni la rose.
Tous deux sont morts. Mais en échange de ces choses,
Pour la goutte de volupté, pour le parfum,
Pour l’unique soupir au fond du lit défunt
Dont je ne veux ni souvenir, ni regret même,
Demain, en étreignant la femme que tu aimes,
Murmure doucement mon nom, tellement bas,
Qu’en buvant ton haleine elle n’entendra pas;
Que ta lèvre sur elle en dessine l’image,
Qu’il baigne ainsi qu’une atmosphère son visage,
Ce nom léger, évaporé, cristallisé...
Elle prendra ta bouche et j’aurai ton baiser...
Le matin et le soir je t’ai donné mon corps.
Je ne réclame ni le plaisir ni la rose.
Tous deux sont morts. Mais en échange de ces choses,
Pour la goutte de volupté, pour le parfum,
Pour l’unique soupir au fond du lit défunt
Dont je ne veux ni souvenir, ni regret même,
Demain, en étreignant la femme que tu aimes,
Murmure doucement mon nom, tellement bas,
Qu’en buvant ton haleine elle n’entendra pas;
Que ta lèvre sur elle en dessine l’image,
Qu’il baigne ainsi qu’une atmosphère son visage,
Ce nom léger, évaporé, cristallisé...
Elle prendra ta bouche et j’aurai ton baiser...
TRISTESSE D’OLYMPIO
C’était au même endroit, près de la même écluse,
Le long du même quai, sur le même canal.
Dans les arbres maigris la lumière diffuse
Baignait comme autrefois le paysage banal.
Le long du même quai, sur le même canal.
Dans les arbres maigris la lumière diffuse
Baignait comme autrefois le paysage banal.
Devant le banc où l’on voyait les terrains vagues
Je l’ai croisée. Au loin résonnait un tambour,
Et le ciel était plein de cette grande vague
De poussière, mêlant la ville et les faubourgs...
Je l’ai croisée. Au loin résonnait un tambour,
Et le ciel était plein de cette grande vague
De poussière, mêlant la ville et les faubourgs...
Oui, c’était cette femme, et c’était ce visage,
Et c’était cette main que j’avais tant pressés.
Mais le verre du temps m’en déformait l’image,
Les yeux étaient bouffis, ternes, rapetissés.
Et c’était cette main que j’avais tant pressés.
Mais le verre du temps m’en déformait l’image,
Les yeux étaient bouffis, ternes, rapetissés.
Elle marchait avec une morgue grotesque.
Elle semblait avec son corps incontinent,
Son allure bourgeoise et pourtant romanesque,
Un oiseau hydropique, un cygne bedonnant.
Elle semblait avec son corps incontinent,
Son allure bourgeoise et pourtant romanesque,
Un oiseau hydropique, un cygne bedonnant.
Pourtant, j’avais chéri cette caricature
Et je m’étais chauffé des chaleurs de son sang.
Ensemble nous trouvions belle cette nature,
Nous goûtions sa laideur, nous en savions le sens...
Et je m’étais chauffé des chaleurs de son sang.
Ensemble nous trouvions belle cette nature,
Nous goûtions sa laideur, nous en savions le sens...
Un prestige étonnant l’enveloppait sans doute
Qui nous faisait aimer le pont, l’octroi fumeux,
Les premiers becs de gaz clignotant sur la route
Et les tramways glissant entre les champs galeux.
Qui nous faisait aimer le pont, l’octroi fumeux,
Les premiers becs de gaz clignotant sur la route
Et les tramways glissant entre les champs galeux.
—Mais quoi! Je suis peut-être un être dérisoire
Pareil à cette femme, à ce morne désert.
L’écorce de jeunesse et le fruit de la gloire
Sont peut-être tombés de l’arbre de ma chair.
Pareil à cette femme, à ce morne désert.
L’écorce de jeunesse et le fruit de la gloire
Sont peut-être tombés de l’arbre de ma chair.
L’EMBAUMEUSE
Elle a des yeux très longs et des mains minuscules,
Elle habite au fond de l’allée une villa
Et l’on la voit marcher de loin au crépuscule
Parmi les camphriers, les pins, les seringas.
Elle habite au fond de l’allée une villa
Et l’on la voit marcher de loin au crépuscule
Parmi les camphriers, les pins, les seringas.
Sous son peignoir ouvert elle semble si lasse!
On dirait que le vent la fatigue et l’endort,
Le pli que fait le cou sur l’épaule un peu grasse
Trahit la volupté qui repose en ce corps.
On dirait que le vent la fatigue et l’endort,
Le pli que fait le cou sur l’épaule un peu grasse
Trahit la volupté qui repose en ce corps.
Mais une étrange ardeur l’anime et la fait belle
Lorsqu’on vient lui porter la nuit secrètement
Un mort qu’à l’hôpital on a volé pour elle.
Elle aime mieux ce mort que le plus tendre amant.
Lorsqu’on vient lui porter la nuit secrètement
Un mort qu’à l’hôpital on a volé pour elle.
Elle aime mieux ce mort que le plus tendre amant.
Ah! quelle volupté de verser des essences,
De sculpter à nouveau des visages humains,
De refaire la vie avec des apparences,
D’avoir l’éternité dans ses petites mains!
De sculpter à nouveau des visages humains,
De refaire la vie avec des apparences,
D’avoir l’éternité dans ses petites mains!
Dans la chambre aux miroirs brillent toutes les lampes.
Elle prend le scalpel, le crochet tour à tour,
Elle enlève du front la cervelle, elle trempe
Le pinceau de métal dans l’huile avec amour.
Elle prend le scalpel, le crochet tour à tour,
Elle enlève du front la cervelle, elle trempe
Le pinceau de métal dans l’huile avec amour.
Joyeuse, elle se livre à d’étranges chimies.
Elle mêle avec art le musc et le natron,
Elle donne des yeux de verre à ses momies
Enlumine de feu le parchemin du front...
Elle mêle avec art le musc et le natron,
Elle donne des yeux de verre à ses momies
Enlumine de feu le parchemin du front...
Et quand les corps dans les substances balsamiques
Ont baigné longuement, qu’ils sont vernis, séchés,
Mortuaires bouquets d’aromates magiques,
Dans une chambre close, elle va les coucher.
Ont baigné longuement, qu’ils sont vernis, séchés,
Mortuaires bouquets d’aromates magiques,
Dans une chambre close, elle va les coucher.
Ils dorment oints d’odeurs par ses mains délicates.
Elle vient les veiller, elle leur parle bas,
Elle effleure parfois leurs lèvres écarlates,
Elle met des pavots coupés entre leurs bras...
Elle vient les veiller, elle leur parle bas,
Elle effleure parfois leurs lèvres écarlates,
Elle met des pavots coupés entre leurs bras...
Ou bien elle s’en va le soir dans les allées
Avec un grand bijou planté dans ses cheveux.
Elle tient sur son cœur une tête embaumée
Et baise quelquefois les yeux de cristal bleu.
Avec un grand bijou planté dans ses cheveux.
Elle tient sur son cœur une tête embaumée
Et baise quelquefois les yeux de cristal bleu.
Et moi je fus aussi porté chez l’embaumeuse.
Dans la chambre aux miroirs je me suis allongé,
J’ai senti le contact de ses mains merveilleuses,
Je fus par son scalpel vidé, puis partagé.
Dans la chambre aux miroirs je me suis allongé,
J’ai senti le contact de ses mains merveilleuses,
Je fus par son scalpel vidé, puis partagé.
Je repose au milieu des pavots, bourré d’ambre,
De myrrhe, d’aloès et de nard pénétré.
J’entends son pas feutré qui glisse dans les chambres
Et j’ai la bouche peinte et les ongles dorés.
De myrrhe, d’aloès et de nard pénétré.
J’entends son pas feutré qui glisse dans les chambres
Et j’ai la bouche peinte et les ongles dorés.
LE HUITIÈME PÉCHÉ
LA CRAINTIVE
Je t’attendrai ce soir dans mon appartement...
Le quartier est désert, mystérieusement
Sous ta fourrure large et ta voilette épaisse,
Avec des seins battants que la terreur oppresse,
Tu monteras mon escalier, tu franchiras
Ma porte et trembleras longtemps entre mes bras.
Il faudra que je guette aux carreaux, que j’apaise
Tes remords orgueilleux et tes pudeurs mauvaises.
Mais plus tard, quand j’aurai réveillé ton pouvoir
De volupté, comme un parfum dans l’encensoir
Qu’on fait tourbillonner au contact d’une flamme,
Quand tu tordras d’amour ta forme qui se pâme,
C’est toi qui, tout à coup, tireras les panneaux
De la chambre, soulèveras les lourds rideaux,
Afin que les amis qui fument et qui rêvent
Dans la pièce voisine, un instant se soulèvent,
Voient leur songe voluptueux réalisé
Par ton corps rose et jaune et bleui de baisers.
Le quartier est désert, mystérieusement
Sous ta fourrure large et ta voilette épaisse,
Avec des seins battants que la terreur oppresse,
Tu monteras mon escalier, tu franchiras
Ma porte et trembleras longtemps entre mes bras.
Il faudra que je guette aux carreaux, que j’apaise
Tes remords orgueilleux et tes pudeurs mauvaises.
Mais plus tard, quand j’aurai réveillé ton pouvoir
De volupté, comme un parfum dans l’encensoir
Qu’on fait tourbillonner au contact d’une flamme,
Quand tu tordras d’amour ta forme qui se pâme,
C’est toi qui, tout à coup, tireras les panneaux
De la chambre, soulèveras les lourds rideaux,
Afin que les amis qui fument et qui rêvent
Dans la pièce voisine, un instant se soulèvent,
Voient leur songe voluptueux réalisé
Par ton corps rose et jaune et bleui de baisers.
L’HORREUR TENTATRICE
La tendre, la fidèle et la chaste était là...
C’était la peau de rêve au transparent éclat,
Le long cou délicat sur la gorge pudique.
D’un balcon bleu tombait une étrange musique.
Sur une soie indienne et des voiles rayés,
Elle se renversait avec les yeux noyés.
C’était elle! Et la jambe au dessin impeccable
Émergeait de la robe aux plis insoulevables.
Le pur mystère aimé de sa forme s’offrait.
O seigneur! Une main nonchalante serrait
La cheville et montait et s’arrêtait et, glauque,
Une bague y brillait comme un œil équivoque.
Deux hommes qui fumaient se penchaient pour mieux voir
Les lampes du souper flambaient dans les miroirs.
Elle cambrait son buste et soudain une face
Dont je ne distinguais que les deux lèvres grasses,
Prit ses lèvres, les écrasa, les savoura.
La tension des seins et le geste des bras
Indiquaient le plaisir qui consent et désire.
On entendait un bruit de verres et de rires...
Des fleurs au pistil noir s’effeuillaient à côté.
Une autre main plongeait dans le décolleté
Du corsage, arrachait les rubans et, pâmée,
Se dévoilait à tous la forme bien-aimée.
Pitié! Chassez au loin l’obscène vision!
La scène était plus proche et plus nette aux rayons
Des lampes qui tournaient comme des soleils ivres...
Je voyais le ruisseau de ses cheveux en cuivre
Couler parmi les arabesques du tapis.
Les murs prenaient de fantastiques coloris
Tachés en violet par des têtes lubriques...
Crucifiée, extasiée et magnifique,
Celle que j’adorais se tordait an milieu
De ces hommes dans un désordre radieux
Sous les bouquets penchant de lis, de balsamines
Qui lui tendaient de sexuelles étamines...
Et puis un grand silence arriva, tout se tut.
Une ombre s’étendit et je n’entendis plus
Que son rire, mais déformé, rauque, cynique,
Un rire de plaisir, un grand rire hystérique...
C’était la peau de rêve au transparent éclat,
Le long cou délicat sur la gorge pudique.
D’un balcon bleu tombait une étrange musique.
Sur une soie indienne et des voiles rayés,
Elle se renversait avec les yeux noyés.
C’était elle! Et la jambe au dessin impeccable
Émergeait de la robe aux plis insoulevables.
Le pur mystère aimé de sa forme s’offrait.
O seigneur! Une main nonchalante serrait
La cheville et montait et s’arrêtait et, glauque,
Une bague y brillait comme un œil équivoque.
Deux hommes qui fumaient se penchaient pour mieux voir
Les lampes du souper flambaient dans les miroirs.
Elle cambrait son buste et soudain une face
Dont je ne distinguais que les deux lèvres grasses,
Prit ses lèvres, les écrasa, les savoura.
La tension des seins et le geste des bras
Indiquaient le plaisir qui consent et désire.
On entendait un bruit de verres et de rires...
Des fleurs au pistil noir s’effeuillaient à côté.
Une autre main plongeait dans le décolleté
Du corsage, arrachait les rubans et, pâmée,
Se dévoilait à tous la forme bien-aimée.
Pitié! Chassez au loin l’obscène vision!
La scène était plus proche et plus nette aux rayons
Des lampes qui tournaient comme des soleils ivres...
Je voyais le ruisseau de ses cheveux en cuivre
Couler parmi les arabesques du tapis.
Les murs prenaient de fantastiques coloris
Tachés en violet par des têtes lubriques...
Crucifiée, extasiée et magnifique,
Celle que j’adorais se tordait an milieu
De ces hommes dans un désordre radieux
Sous les bouquets penchant de lis, de balsamines
Qui lui tendaient de sexuelles étamines...
Et puis un grand silence arriva, tout se tut.
Une ombre s’étendit et je n’entendis plus
Que son rire, mais déformé, rauque, cynique,
Un rire de plaisir, un grand rire hystérique...
LES TROIS ADOLESCENTS
Descendons l’escalier, me dit-elle, viens voir
La chambre souterraine avec ses trois miroirs,
Le caveau vert au fond du cloître de porphyre.
Je la suivis. Je vis son émeraude luire
Ainsi que dans un conte on voit un talisman.
La voûte s’éclairait surnaturellement.
Et par le tournoiement des marches j’étais ivre...
Cela nous conduisit jusqu’à la porte en cuivre
Où le signe ambigu des deux sexes mêlés
Et celui de l’hermaphrodite immaculé
Etaient gravés en or sur le métal vert pâle.
Nous entrâmes. La salle avait des murs d’opale
Et sur un grand velours glauque aux bavures d’or,
Ayant le fauve éclair, par places, sur leur corps,
Des trois gouttes de feu des lampes qui saignaient,
Les trois adolescents ingénus s’étreignaient...
La bien-aimée alors fit tomber son manteau,
Elle s’avança nue avec un seul joyau
Bleuâtre autour du cou, ses cheveux se défirent.
Elle se laissa choir par terre et je vis luire
Une main aux doigts peints avec un bracelet
Qui doucement prenait sa nuque et l’attirait...
La chambre souterraine avec ses trois miroirs,
Le caveau vert au fond du cloître de porphyre.
Je la suivis. Je vis son émeraude luire
Ainsi que dans un conte on voit un talisman.
La voûte s’éclairait surnaturellement.
Et par le tournoiement des marches j’étais ivre...
Cela nous conduisit jusqu’à la porte en cuivre
Où le signe ambigu des deux sexes mêlés
Et celui de l’hermaphrodite immaculé
Etaient gravés en or sur le métal vert pâle.
Nous entrâmes. La salle avait des murs d’opale
Et sur un grand velours glauque aux bavures d’or,
Ayant le fauve éclair, par places, sur leur corps,
Des trois gouttes de feu des lampes qui saignaient,
Les trois adolescents ingénus s’étreignaient...
La bien-aimée alors fit tomber son manteau,
Elle s’avança nue avec un seul joyau
Bleuâtre autour du cou, ses cheveux se défirent.
Elle se laissa choir par terre et je vis luire
Une main aux doigts peints avec un bracelet
Qui doucement prenait sa nuque et l’attirait...
JE TE RÊVE, CASQUEE...
Je te rêve, casquée avec des cheveux bleus,
Devant l’adolescent étrange agenouillée
Comme devant un christ fardé, silencieux,
Dont tu baises le corps de ta bouche souillée.
Devant l’adolescent étrange agenouillée
Comme devant un christ fardé, silencieux,
Dont tu baises le corps de ta bouche souillée.
Un reflet de chasuble erre dans les rideaux,
La nappe de l’autel est faite des draps vierges,
Le soir, en clignotant, jaune sur les carreaux,
T’éclaire nue ainsi qu’un invisible cierge...
La nappe de l’autel est faite des draps vierges,
Le soir, en clignotant, jaune sur les carreaux,
T’éclaire nue ainsi qu’un invisible cierge...
Les prières, les fleurs, les rites et le soir
Font du tendre boudoir une chapelle infâme.
Il semble qu’un parfum fauve de chair de femme
S’élève quelque part d’un obscur encensoir.
Font du tendre boudoir une chapelle infâme.
Il semble qu’un parfum fauve de chair de femme
S’élève quelque part d’un obscur encensoir.
Soudain la main du dieu serre ta nuque frêle,
Il se tord et défaille ainsi que pour mourir.
De l’ombre qui descend les miroirs s’ensorcellent.
La ville chante au loin l’oraison du plaisir.
Il se tord et défaille ainsi que pour mourir.
De l’ombre qui descend les miroirs s’ensorcellent.
La ville chante au loin l’oraison du plaisir.
LA FEMME AUX TROIS COLLIERS
La femme aux trois colliers sur l’homme asiatique
Se pencha, le frôlant des perles magnétiques
Et du chrysobéril verdâtre de son cou.
Le mulâtre à côté la tenait aux genoux
Dans la robe de bal plongeant sa tête épaisse
Et riait quand la fine main d’une caresse
De son rubis aigu l’égratignait exprès.
L’homme fiévreux de race blanche était auprès
De ce groupe, écoutant battre son cœur malade...
Du calice des lis sortait une odeur fade
Et sexuelle. Alors la femme tout d’un coup
Roula dans les coussins avec un rire fou,
Aux mâles frémissants s’offrant comme une proie...
Le crissement des peaux, le craquement des soies,
La robe partagée en deux des pieds aux seins,
Les hoquets de désir, les regards d’assassins,
Et l’éclair d’un poignard que lève l’homme blême...
La femme se dressant, le corps nu sous ses gemmes,
Tord alors le poignet débile, elle saisit
Un fouet caché parmi les velours cramoisis
Des tentures et cingle à grands coups le visage
Que la fièvre, la peur et la honte ravagent.
Puis, elle va s’étendre encor lascivement
Près du jaune muet, du mulâtre charmant,
Elle écrase par jeu l’or des lis sur leur bouche,
Ou les agace avec le bout de sa babouche...
Tous les plaisirs mauvais dans l’ombre sont assis
Et l’homme au front zébré pleure sur le tapis...
Se pencha, le frôlant des perles magnétiques
Et du chrysobéril verdâtre de son cou.
Le mulâtre à côté la tenait aux genoux
Dans la robe de bal plongeant sa tête épaisse
Et riait quand la fine main d’une caresse
De son rubis aigu l’égratignait exprès.
L’homme fiévreux de race blanche était auprès
De ce groupe, écoutant battre son cœur malade...
Du calice des lis sortait une odeur fade
Et sexuelle. Alors la femme tout d’un coup
Roula dans les coussins avec un rire fou,
Aux mâles frémissants s’offrant comme une proie...
Le crissement des peaux, le craquement des soies,
La robe partagée en deux des pieds aux seins,
Les hoquets de désir, les regards d’assassins,
Et l’éclair d’un poignard que lève l’homme blême...
La femme se dressant, le corps nu sous ses gemmes,
Tord alors le poignet débile, elle saisit
Un fouet caché parmi les velours cramoisis
Des tentures et cingle à grands coups le visage
Que la fièvre, la peur et la honte ravagent.
Puis, elle va s’étendre encor lascivement
Près du jaune muet, du mulâtre charmant,
Elle écrase par jeu l’or des lis sur leur bouche,
Ou les agace avec le bout de sa babouche...
Tous les plaisirs mauvais dans l’ombre sont assis
Et l’homme au front zébré pleure sur le tapis...
REPAS D’HOMMES
Le vin tachait la nappe et les plastrons des hommes
Et l’électricité dansait sur les cristaux...
Parfois glissaient de noirs maîtres d’hôtel fantômes,
L’alcool et le tabac empoisonnaient l’air chaud...
Et l’électricité dansait sur les cristaux...
Parfois glissaient de noirs maîtres d’hôtel fantômes,
L’alcool et le tabac empoisonnaient l’air chaud...
Et mes trois compagnons qui brandissaient leurs verres
Semblaient des animaux de plaisir laids et lourds.
Ils s’épanouissaient, jaunes, dans la lumière,
Ils bavaient de désir et hoquetaient d’amour.
Semblaient des animaux de plaisir laids et lourds.
Ils s’épanouissaient, jaunes, dans la lumière,
Ils bavaient de désir et hoquetaient d’amour.
Leurs bagues reluisaient comme des dents magiques.
C’étaient des fauves excités par de la chair.
La luxure mouillait leurs babines lubriques,
Une odeur féminine exaspérait leur flair.
C’étaient des fauves excités par de la chair.
La luxure mouillait leurs babines lubriques,
Une odeur féminine exaspérait leur flair.
Comme un gardien avec le fer pique des bêtes,
J’entretenais leur rut de propos singuliers
Et mon propre poison me montant à la tête,
Du feu que j’allumais je me mis à brûler.
J’entretenais leur rut de propos singuliers
Et mon propre poison me montant à la tête,
Du feu que j’allumais je me mis à brûler.
«Dans un appartement profond, tendu de soie,
Sous la veilleuse rose et sous le baldaquin,
Elle dort presque nue et sa peau qui chatoie
Semble un bijou charnel serti de linge fin.
Sous la veilleuse rose et sous le baldaquin,
Elle dort presque nue et sa peau qui chatoie
Semble un bijou charnel serti de linge fin.
«Quand elle se repose elle a l’air d’une vierge.
C’est une courtisane au premier mouvement
Et sa gorge à minuit de la chemise émerge
Comme une pulpe d’or où vivent des ferments.
C’est une courtisane au premier mouvement
Et sa gorge à minuit de la chemise émerge
Comme une pulpe d’or où vivent des ferments.
«Dans un demi-sommeil impudique et candide,
Elle se pâme en m’attendant, vivante croix.
Suivez-moi. Vous verrez que son corps est splendide,
Qu’elle a la jambe longue avec le buste étroit...»
Elle se pâme en m’attendant, vivante croix.
Suivez-moi. Vous verrez que son corps est splendide,
Qu’elle a la jambe longue avec le buste étroit...»
Et l’avide troupeau qu’une flamme ensorcelle
Suivit le possédé que j’étais devenu.
Il faisait une nuit d’orage chaude et belle...
Dans les nuages se tordaient des êtres nus...
Suivit le possédé que j’étais devenu.
Il faisait une nuit d’orage chaude et belle...
Dans les nuages se tordaient des êtres nus...
Les restaurants vibraient d’orchestres érotiques,
Des spasmes cadencés secouaient les maisons,
La ville tressaillait d’un rythme fantastique
Où se mêlait l’étreinte avec la pâmoison.
Des spasmes cadencés secouaient les maisons,
La ville tressaillait d’un rythme fantastique
Où se mêlait l’étreinte avec la pâmoison.
«Il est tard... Que fais-tu... C’est moi, ma bien-aimée...
Les meubles, les tapis me soufflaient son odeur...
Quand ma main se posa sur la portée fermée
Je défaillis d’espoir, de désir et d’horreur.
Les meubles, les tapis me soufflaient son odeur...
Quand ma main se posa sur la portée fermée
Je défaillis d’espoir, de désir et d’horreur.
Je la pris par le corps et j’allumai la chambre,
Et j’arrachai le linge et les draps. La voilà!
Un parfum de cheveux, de femme blonde et d’ambre
M’enivrait. Allez donc, les bêtes, prenez-la...
Et j’arrachai le linge et les draps. La voilà!
Un parfum de cheveux, de femme blonde et d’ambre
M’enivrait. Allez donc, les bêtes, prenez-la...
Et sur l’être charmant qui criait d’épouvante
Dont j’avais adoré le cœur et la beauté,
Qui me tendait ses mains blanches et suppliantes,
Les trois fauves aux groins affreux se sont jetés.
Dont j’avais adoré le cœur et la beauté,
Qui me tendait ses mains blanches et suppliantes,
Les trois fauves aux groins affreux se sont jetés.
Plus tard j’ai ramassé les roses écrasées
Qui faisaient sur les draps de grands cercles de sang.
Maîtrisant mon dégoût et domptant ma nausée,
J’ai recouvert de fleurs le corps éblouissant.
Qui faisaient sur les draps de grands cercles de sang.
Maîtrisant mon dégoût et domptant ma nausée,
J’ai recouvert de fleurs le corps éblouissant.
Elle pleurait à grands sanglots, vaincue et lasse,
Et grelottait dans le lit creux sous les draps froids.
«O splendide, ai-je dit, tu peux me rendre grâce,
Car je t’aimerai mieux, souillée ainsi trois fois.
Et grelottait dans le lit creux sous les draps froids.
«O splendide, ai-je dit, tu peux me rendre grâce,
Car je t’aimerai mieux, souillée ainsi trois fois.
LE MASQUE DE LA BEAUTÉ PERDUE
LE MASQUE DU SAMOURAÏ
Ce soir, la bien-aimée avait mis l’affreux masque
Japonais et mimait une danse fantasque,
Me montrant en riant, comme un épouvantail,
Le désespoir en laque feu du Samouraï.
Elle faisait voler son peignoir sur sa tête,
Dévoilait les beautés et les lignes secrètes
De ses genoux étroits, de son buste nerveux
Que surmontait bizarrement le masque affreux.
Mais quand elle voulut l’ôter, la laque en flamme
Ne faisait qu’un avec son visage de femme.
Ses ongles vainement labouraient cette horreur
Collée à elle, pour toujours sur la splendeur
Du bel ovale pur, vivait comme une plaie
La grimace du mal et de la laideur vraie.
Beauté! malheur à qui t’oublie un seul instant!
La bien-aimée hurlait d’effroi, se débattant,
Et sa voix devenait éloignée et démente
Sous les longs poils de soie et la laque éclatante.
Japonais et mimait une danse fantasque,
Me montrant en riant, comme un épouvantail,
Le désespoir en laque feu du Samouraï.
Elle faisait voler son peignoir sur sa tête,
Dévoilait les beautés et les lignes secrètes
De ses genoux étroits, de son buste nerveux
Que surmontait bizarrement le masque affreux.
Mais quand elle voulut l’ôter, la laque en flamme
Ne faisait qu’un avec son visage de femme.
Ses ongles vainement labouraient cette horreur
Collée à elle, pour toujours sur la splendeur
Du bel ovale pur, vivait comme une plaie
La grimace du mal et de la laideur vraie.
Beauté! malheur à qui t’oublie un seul instant!
La bien-aimée hurlait d’effroi, se débattant,
Et sa voix devenait éloignée et démente
Sous les longs poils de soie et la laque éclatante.
LE TEMPLE BRÛLÉ
La flamme a ravagé les tombeaux, les symboles,
Mangé les portes d’or, détruit le péribole.
Sur les murs calcinés du temple, j’ai voulu
Retrouver le dessin, la beauté qui n’est plus,
A grands coups de pinceau restaurer les vestiges
Des rêves, recréer l’image et ses prestiges...
Comme un bon ouvrier, dès l’aurore au travail,
J’ai dressé mon échelle et refait le portail,
J’ai repeint la cella, repeint le péristyle,
Cherchant chaque contour et sa ligne fragile,
Redonnant de la vie aux visages des Dieux.
Et quand, longtemps après, avec un cœur pieux,
J’eus remis tous les bleus, tous les ors sur les fresques,
Je vis autour de moi mille formes burlesques,
La pitié s’accouplant partout avec le mal,
Les luxures tournant en un étrange bal,
Des animaux mêlés aux belles créatures...
J’avais à mon insu contrefait les peintures!
J’ai repris la palette et trempé le pinceau.
Mais j’erre vainement sous l’ombre des arceaux,
J’ai perdu la beauté que tu brûlas, ô flamme!
Sur les murs calcinés du temple de mon âme...
Mangé les portes d’or, détruit le péribole.
Sur les murs calcinés du temple, j’ai voulu
Retrouver le dessin, la beauté qui n’est plus,
A grands coups de pinceau restaurer les vestiges
Des rêves, recréer l’image et ses prestiges...
Comme un bon ouvrier, dès l’aurore au travail,
J’ai dressé mon échelle et refait le portail,
J’ai repeint la cella, repeint le péristyle,
Cherchant chaque contour et sa ligne fragile,
Redonnant de la vie aux visages des Dieux.
Et quand, longtemps après, avec un cœur pieux,
J’eus remis tous les bleus, tous les ors sur les fresques,
Je vis autour de moi mille formes burlesques,
La pitié s’accouplant partout avec le mal,
Les luxures tournant en un étrange bal,
Des animaux mêlés aux belles créatures...
J’avais à mon insu contrefait les peintures!
J’ai repris la palette et trempé le pinceau.
Mais j’erre vainement sous l’ombre des arceaux,
J’ai perdu la beauté que tu brûlas, ô flamme!
Sur les murs calcinés du temple de mon âme...
LA BONTÉ
Je ne crois pas qu’un dieu, dans de justes balances,
Pèse mon poids de bien et ma valeur de mal.
Nul jugement dernier ne rompra le silence.
La terre donnera de son grand rythme égal
Sans souci de pardon comme de récompense
Sa richesse féconde et son pouvoir vital,
Je suis un homme seul avec l’homme en présence.
Pèse mon poids de bien et ma valeur de mal.
Nul jugement dernier ne rompra le silence.
La terre donnera de son grand rythme égal
Sans souci de pardon comme de récompense
Sa richesse féconde et son pouvoir vital,
Je suis un homme seul avec l’homme en présence.
Or je vois le vieux champ terrestre ensemencé
De sang humain; des laboureurs de trépassés
Retournent les sillons pour un blé mortuaire.
L’ivresse des clairons dans l’aurore a passé
Et la fleur des drapeaux rougeoie à la lumière...
Et pourtant dans mon cœur je ne puis renoncer
A la loi de bonté que m’enseigna mon père.
De sang humain; des laboureurs de trépassés
Retournent les sillons pour un blé mortuaire.
L’ivresse des clairons dans l’aurore a passé
Et la fleur des drapeaux rougeoie à la lumière...
Et pourtant dans mon cœur je ne puis renoncer
A la loi de bonté que m’enseigna mon père.
C’était jusqu’à ce jour ma seule vérité,
Le bâton de ma vie et l’appui de mon âme.
Je savais dans le mal et dans l’adversité
Qu’il était quelque part un refuge écarté
Sur la bonne colline, où brûlait cette flamme.
J’y trouvais plus d’amour, même plus de beauté
Qu’en l’amour du soleil et l’amour de la femme,
Le bâton de ma vie et l’appui de mon âme.
Je savais dans le mal et dans l’adversité
Qu’il était quelque part un refuge écarté
Sur la bonne colline, où brûlait cette flamme.
J’y trouvais plus d’amour, même plus de beauté
Qu’en l’amour du soleil et l’amour de la femme,
Comment renoncerais-je à ma part d’héritage?
Je l’ai reçu si pur d’une si pure main!
Celui dont je le tiens le tenait en partage
D’un vieil homme blanchi, semblable de visage,
Et ce don est venu des temps les plus lointains.
Je garde ce dépôt du mal et de l’outrage.
Je veux transmettre aussi mon héritage humain.
Je l’ai reçu si pur d’une si pure main!
Celui dont je le tiens le tenait en partage
D’un vieil homme blanchi, semblable de visage,
Et ce don est venu des temps les plus lointains.
Je garde ce dépôt du mal et de l’outrage.
Je veux transmettre aussi mon héritage humain.
Qui donc le recevra de la plus jeune race
De ces hommes marqués par une croix de sang?
Les cœurs sont plus mauvais, la lumière est plus basse.
C’est un soleil de mort qui dans le ciel descend...
Sur la vallée où sont les êtres gémissants
Qui poussera le cri du monde renaissant?
Quel héros juvénile osera crier grâce?
De ces hommes marqués par une croix de sang?
Les cœurs sont plus mauvais, la lumière est plus basse.
C’est un soleil de mort qui dans le ciel descend...
Sur la vallée où sont les êtres gémissants
Qui poussera le cri du monde renaissant?
Quel héros juvénile osera crier grâce?
Par la nativité de la vigne et du pain,
Par le commencement des rites géorgiques,
Par le pollen, par le bourgeon, par le levain.
Par l’art premier, profond comme un chant liturgique,
Par le geste d’accueil que faisait l’hôte antique,
Par le creux de son lit et l’offre de son vin,
Je n’abjurerai pas la croyance organique.
Par le commencement des rites géorgiques,
Par le pollen, par le bourgeon, par le levain.
Par l’art premier, profond comme un chant liturgique,
Par le geste d’accueil que faisait l’hôte antique,
Par le creux de son lit et l’offre de son vin,
Je n’abjurerai pas la croyance organique.
Je bâtirai tout seul le temple sans colonnes,
Je ferai la muraille avec mes souvenirs,
Sculpterai le portail de l’espoir qui pardonne,
Je creuserai la voûte avec l’âme à venir,
Je l’illuminerai des cierges du désir
Pour placer sous la dalle où ne viendra personne
L’invisible trésor qui ne doit pas périr.
Je ferai la muraille avec mes souvenirs,
Sculpterai le portail de l’espoir qui pardonne,
Je creuserai la voûte avec l’âme à venir,
Je l’illuminerai des cierges du désir
Pour placer sous la dalle où ne viendra personne
L’invisible trésor qui ne doit pas périr.
VIEILLESSE
Tel je serai. Dans un vieux corps une jeune âme,
Dans un visage replâtré des yeux repeints.
Car j’aurai jusqu’au bout le besoin de la femme,
Elle fut mon alcool, mon tabac et mon pain...
Dans un visage replâtré des yeux repeints.
Car j’aurai jusqu’au bout le besoin de la femme,
Elle fut mon alcool, mon tabac et mon pain...
J’userai du crayon, du fard, du cosmétique,
Ma peau ruissellera de rouge délayé
Et je m’effondrerai dans les boudoirs antiques,
Cherchant les frissons morts, les parfums oubliés.
Ma peau ruissellera de rouge délayé
Et je m’effondrerai dans les boudoirs antiques,
Cherchant les frissons morts, les parfums oubliés.
Éblouissant de bleu, de kohl, de calamistre,
J’irai comme un tableau peint sur du parchemin.
Chacun contemplera sur ce vainqueur sinistre
Les poches de mes yeux et les nœuds de mes mains.
J’irai comme un tableau peint sur du parchemin.
Chacun contemplera sur ce vainqueur sinistre
Les poches de mes yeux et les nœuds de mes mains.
Je serai l’automate à ressorts, au teint jaune,
Le mannequin vivant, le maigre épouvantail
Et l’on chuchotera les surnoms qu’on me donne:
Le cadavre au bouquet, le spectre à l’éventail.
Le mannequin vivant, le maigre épouvantail
Et l’on chuchotera les surnoms qu’on me donne:
Le cadavre au bouquet, le spectre à l’éventail.
Je serai la ruine en parfums que délabre
Le poison de l’acide et le suc de l’onguent,
Le galantin fardé, le cavalier macabre
Qui se cambre et sourit dans un bruit d’ossements.
Le poison de l’acide et le suc de l’onguent,
Le galantin fardé, le cavalier macabre
Qui se cambre et sourit dans un bruit d’ossements.
—O pouvoir qui détruis et fais naître, ô nature!
Fais-moi mourir avec des cheveux et des dents,
Des possibilités d’amour sur ma figure
Et des lèvres pouvant embrasser en mordant...
Fais-moi mourir avec des cheveux et des dents,
Des possibilités d’amour sur ma figure
Et des lèvres pouvant embrasser en mordant...
LE NOUVEL ORPHELINAT
Nous n’avions ni bâton, ni coiffe, ni bouteille...
Par les trous de la robe on voyait notre corps.
Nous courûmes longtemps sur des routes vermeilles
Et pour nous voir passer se soulevaient les morts...
Par les trous de la robe on voyait notre corps.
Nous courûmes longtemps sur des routes vermeilles
Et pour nous voir passer se soulevaient les morts...
Nous ne comprenions pas pourquoi la maison blanche,
Le dortoir peint de chaux, les longs couloirs dallés,
Et la chapelle avec les cloches du dimanche
Et le cloître et la cour, tout s’était écroulé.
Le dortoir peint de chaux, les longs couloirs dallés,
Et la chapelle avec les cloches du dimanche
Et le cloître et la cour, tout s’était écroulé.
Des hommes qu’on croisait nous disaient: Fuyez vite!
Dans un canal tomba la plus grande de nous.
Nous avions faim, nos pieds saignaient, la plus petite
Se coucha pour mourir sur un tas de cailloux.
Dans un canal tomba la plus grande de nous.
Nous avions faim, nos pieds saignaient, la plus petite
Se coucha pour mourir sur un tas de cailloux.
Un air de flamme avait brûlé les fruits des haies.
Nous ne pouvions dormir, la nuit, sur les talus.
Le mal était si grand que les cœurs se fermaient...
Le mal était si grand que Christ n’entendait plus...
Nous ne pouvions dormir, la nuit, sur les talus.
Le mal était si grand que les cœurs se fermaient...
Le mal était si grand que Christ n’entendait plus...
Et bien plus tard, sous une lanterne, une dame,
Comme nous traversions un faubourg, eut pitié.
Elle nous dit: entrez... Nous avons dit: madame...
Il y avait tant de lits que nous avons pleuré.
Comme nous traversions un faubourg, eut pitié.
Elle nous dit: entrez... Nous avons dit: madame...
Il y avait tant de lits que nous avons pleuré.
Elle nous a donné des robes colorées,
Un salon merveilleux avec un piano,
Elle a lavé nos mains tendres et déchirées
Elle nous a donné du vin et des anneaux...
Un salon merveilleux avec un piano,
Elle a lavé nos mains tendres et déchirées
Elle nous a donné du vin et des anneaux...
Elle a peigné nos chevelures défleuries,
Fait plus souples nos corps et nos yeux plus hardis.
Et nous avons pensé: C’est la Vierge Marie
Qui nous ouvre, ce soir, un coin du paradis.
Fait plus souples nos corps et nos yeux plus hardis.
Et nous avons pensé: C’est la Vierge Marie
Qui nous ouvre, ce soir, un coin du paradis.
L’AMITIÉ DES FEMMES
Je descendrai le fleuve au son des instruments
Sans voir les caïmans et les hippopotames,
Les marais vénéneux où rôdent les flamants,
Sur ce bateau de fleurs qu’est l’amitié des femmes.
Sans voir les caïmans et les hippopotames,
Les marais vénéneux où rôdent les flamants,
Sur ce bateau de fleurs qu’est l’amitié des femmes.
Je ne m’entretiendrai que de subtilités,
Aspirant les fraîcheurs sous le mât qui s’allonge
Et, nourri de sorbets et de vapeurs de thé,
Les bambous bruissant me donneront des songes.
Aspirant les fraîcheurs sous le mât qui s’allonge
Et, nourri de sorbets et de vapeurs de thé,
Les bambous bruissant me donneront des songes.
La lanterne du pont sera de papier peint
Et ne reflétera qu’une clarté trop vague,
Pour qu’on voit la tribu se partager le pain
Et la pirogue et son rameur aux mains sans bagues.
Et ne reflétera qu’une clarté trop vague,
Pour qu’on voit la tribu se partager le pain
Et la pirogue et son rameur aux mains sans bagues.
Le lit sera suave et les manceniliers
Rouleront leurs parfums sous la tente de soie.
Je poserai mon front sur des seins familiers,
Me plongerai parmi des cheveux qui châtoient.
Rouleront leurs parfums sous la tente de soie.
Je poserai mon front sur des seins familiers,
Me plongerai parmi des cheveux qui châtoient.
LE PLAISIR
O danseur, aux doigts longs, aux yeux peints, aux bas roses,
Dont les reins sont creusés, le torse languissant,
Avec le tambourin, le citron et la rose,
T’en vas-tu chez la vierge ou chez l’adolescent?
Dont les reins sont creusés, le torse languissant,
Avec le tambourin, le citron et la rose,
T’en vas-tu chez la vierge ou chez l’adolescent?
Je te suis à travers les lumières tremblantes
De la rue et tu mets sur un portail fermé
Le contour imprécis d’une femme charmante
Qui tend en souriant son manchon parfumé.
De la rue et tu mets sur un portail fermé
Le contour imprécis d’une femme charmante
Qui tend en souriant son manchon parfumé.
Je monte un escalier sur tes pas. Tu t’arrêtes,
Oh! l’intime chaleur de cet appartement!
Le coussin à trois fleurs, la lampe violette,
L’éventail cramoisi, la femme au diamant!
Oh! l’intime chaleur de cet appartement!
Le coussin à trois fleurs, la lampe violette,
L’éventail cramoisi, la femme au diamant!
Mais toujours, compagnon léger, tu te dérobes.
Près du souper servi, s’accoude un beau bras d’or.
Avant que le vin coule ou que s’ouvre la robe,
Je t’entends fuir parmi le froid du corridor.
Près du souper servi, s’accoude un beau bras d’or.
Avant que le vin coule ou que s’ouvre la robe,
Je t’entends fuir parmi le froid du corridor.
Danseur enfant, danseur fardé aux mains perverses,
La chambre ici sent le tabac et le charbon...
Dans tous les bras tendus vers toi, tu te renverses,
Tous les cœurs te sont chauds, tous les seins te sont bons.
La chambre ici sent le tabac et le charbon...
Dans tous les bras tendus vers toi, tu te renverses,
Tous les cœurs te sont chauds, tous les seins te sont bons.
Tu cours les carnavals tenant au bras les masques,
Étreignant leurs brocarts, leurs armes, leurs sequins
Et le prisme tournant de ton plaisir fantasque
A plus de feux que l’arc-en-ciel des arlequins.
Étreignant leurs brocarts, leurs armes, leurs sequins
Et le prisme tournant de ton plaisir fantasque
A plus de feux que l’arc-en-ciel des arlequins.
Sur le seuil des villas parfois tu te reposes,
Les grands magnolias t’abritent un instant,
Avant qu’on t’ait porté le sorbet et la rose
Tu repars, ô subtil, délicat, inconstant!...
Les grands magnolias t’abritent un instant,
Avant qu’on t’ait porté le sorbet et la rose
Tu repars, ô subtil, délicat, inconstant!...
Tu voles un baiser sous un pilier d’église,
Tu mens avec amour au confessionnal...
Vers quel jardin fermé, quelle terre promise
Cours-tu pour boire aux fruits le lait verdi du mal?
Tu mens avec amour au confessionnal...
Vers quel jardin fermé, quelle terre promise
Cours-tu pour boire aux fruits le lait verdi du mal?
Qu’espères-tu du soir, danseur aux jambes fines,
De la chaleur des lits que tu ne connais pas,
Du damas sous les fleurs ruisselant d’étamines,
Vers quels miracles d’yeux vas-tu rêver là-bas?
De la chaleur des lits que tu ne connais pas,
Du damas sous les fleurs ruisselant d’étamines,
Vers quels miracles d’yeux vas-tu rêver là-bas?
Ah! Comme j’ai souffert d’avoir voulu te suivre,
D’avoir pris pour ami, pour compagnon du soir
Un danseur équivoque, un adolescent ivre
Dont les yeux d’un bleu pur parfois deviennent noirs.
D’avoir pris pour ami, pour compagnon du soir
Un danseur équivoque, un adolescent ivre
Dont les yeux d’un bleu pur parfois deviennent noirs.
Pour toi, pour la beauté que ta forme révèle
Je n’ai pas voulu voir ceux qui tendaient les bras,
J’ai négligé les bons, oublié les fidèles,
Tu m’as fait plus ingrat encor que les ingrats.
Je n’ai pas voulu voir ceux qui tendaient les bras,
J’ai négligé les bons, oublié les fidèles,
Tu m’as fait plus ingrat encor que les ingrats.
J’ai bu le vin qui fait que l’âme devient folle,
J’ai joué mon bonheur sur un seul coup de dés,
Pour tourner un instant avec ta farandole
Pour respirer l’odeur de ton mouchoir brodé.
J’ai joué mon bonheur sur un seul coup de dés,
Pour tourner un instant avec ta farandole
Pour respirer l’odeur de ton mouchoir brodé.
Pour toi j’ai tout laissé, l’étude, la tendresse;
J’ai cherché mes amis dans un monde vénal;
Je me suis dépouillé de toute ma richesse;
J’ai déchu volontiers, même j’ai fait du mal.
J’ai cherché mes amis dans un monde vénal;
Je me suis dépouillé de toute ma richesse;
J’ai déchu volontiers, même j’ai fait du mal.
J’ai vieilli, j’ai cassé mes dents en voulant mordre;
Mes yeux se sont brûlés en pleurant de dégoût;
Mes traits se sont creusés des tares du désordre;
Sur la croix du désir on m’a percé de clous.
Mes yeux se sont brûlés en pleurant de dégoût;
Mes traits se sont creusés des tares du désordre;
Sur la croix du désir on m’a percé de clous.
Mais tu m’as fui. Jamais ma soif n’a pu s’éteindre
Et mes sens ont toujours brûlé, te désirant;
Je n’ai jamais saisi quand je voulais t’étreindre
Que le reflet du vide et l’ombre du néant.
Et mes sens ont toujours brûlé, te désirant;
Je n’ai jamais saisi quand je voulais t’étreindre
Que le reflet du vide et l’ombre du néant.
Et pourtant, quel que soit le mensonge et la chute,
Plaisir, quelle que soit la tristesse du joug,
Je n’abdiquerai pas la gloire de la lutte,
J’irai derrière toi, même sur les genoux.
Plaisir, quelle que soit la tristesse du joug,
Je n’abdiquerai pas la gloire de la lutte,
J’irai derrière toi, même sur les genoux.