Je regardais prier la jeune fille en deuil
Debout et ses deux mains s’appuyant à la chaise.
Les piliers jaillissaient au ciel avec orgueil,
Les vitraux éclataient de bijoux et de braises.
Debout et ses deux mains s’appuyant à la chaise.
Les piliers jaillissaient au ciel avec orgueil,
Les vitraux éclataient de bijoux et de braises.
On sentait la ferveur ardente de l’esprit
Dans l’élan de son corps et la pudeur des voiles,
Les chaires s’éployaient dans le chœur assombri
Où se cristallisaient les lampes en étoiles.
Dans l’élan de son corps et la pudeur des voiles,
Les chaires s’éployaient dans le chœur assombri
Où se cristallisaient les lampes en étoiles.
Et soudain sur l’autel un visage apparut,
Fendant le tabernacle en forme de losange,
Et je connus, à voir ses yeux mats et fendus,
Que c’était là Satan, le plus triste des anges.
Fendant le tabernacle en forme de losange,
Et je connus, à voir ses yeux mats et fendus,
Que c’était là Satan, le plus triste des anges.
La chapelle s’emplit d’étranges Chérubins,
Un pli pervers au coin de leurs bouches trop roses,
Hors du vieux bénitier, comme l’on sort d’un bain
Un démon noir et nu jaillit, tenant des roses.
Un pli pervers au coin de leurs bouches trop roses,
Hors du vieux bénitier, comme l’on sort d’un bain
Un démon noir et nu jaillit, tenant des roses.
La jeune fille ouvrait ses bras en frémissant.
Des confessionnaux, des châsses polychromes,
Des êtres surgissaient, bronzés et languissants,
Luxurieusement sortaient des formes d’hommes.
Des confessionnaux, des châsses polychromes,
Des êtres surgissaient, bronzés et languissants,
Luxurieusement sortaient des formes d’hommes.
Et quelques-uns avaient des babouches d’argent,
Des turbans verts et des colliers talismaniques.
Les démons se changeaient en Iblis d’Orient,
Des bruits de tambourins berçaient la basilique.
Des turbans verts et des colliers talismaniques.
Les démons se changeaient en Iblis d’Orient,
Des bruits de tambourins berçaient la basilique.
Puis marchèrent, légers, à travers les arceaux,
Des jeunes gens frisés sous des tuniques grecques.
Les Eros remplaçaient les anges des vitraux,
Adonis se leva du tombeau des évêques.
Des jeunes gens frisés sous des tuniques grecques.
Les Eros remplaçaient les anges des vitraux,
Adonis se leva du tombeau des évêques.
Des bacchantes, les seins de leurs doigts lacérés,
Trouaient de blanc l’air que l’encens faisait opaque
Et couraient çà et là, ivres de vin sacré,
Comme aux soirs fastueux des fêtes dionysiaques...
Trouaient de blanc l’air que l’encens faisait opaque
Et couraient çà et là, ivres de vin sacré,
Comme aux soirs fastueux des fêtes dionysiaques...
Des Osiris, moitié hommes, moitié taureaux,
Sur les dalles jetaient les Aphrodite blondes.
De lunaires Tanit couvertes de joyaux,
Recevaient des Baal les étreintes profondes.
Sur les dalles jetaient les Aphrodite blondes.
De lunaires Tanit couvertes de joyaux,
Recevaient des Baal les étreintes profondes.
Des Thamuz poursuivaient de fuyantes Ishtar;
Sabaoth déployait son ventre de ténèbres.
Sous les ciboires d’or et les cierges blafards,
Teutatès et Mithra confondaient leurs vertèbres.
Sabaoth déployait son ventre de ténèbres.
Sous les ciboires d’or et les cierges blafards,
Teutatès et Mithra confondaient leurs vertèbres.
Puis ce fut un fourmillement plein de fureur,
De vagues dieux grossiers des temps cosmogoniques,
D’une animalité sans forme et sans couleur,
De signes primitifs, de pierres priapiques.
De vagues dieux grossiers des temps cosmogoniques,
D’une animalité sans forme et sans couleur,
De signes primitifs, de pierres priapiques.
Et les verrières en flambant firent pleuvoir
Des étoiles et des soleils d’Apocalypse,
Et sous les voûtes ruisselantes, je crus voir
La jeune fille nue en des clartés d’éclipse...
Des étoiles et des soleils d’Apocalypse,
Et sous les voûtes ruisselantes, je crus voir
La jeune fille nue en des clartés d’éclipse...
VISITE MATINALE
J’ai sonné... le couloir sent l’opium et l’ambre.
Quel étrange visage a la femme de chambre!
Derrière les rideaux j’entends des frôlements!
Maison des voluptés et des enchantements
Des langoureuses nuits et des étreintes mortes!
J’avance à pas de loup et je pousse une porte.
Une femme est couchée en croix sur une peau.
Une trace de dents au sein droit fait un sceau
Charnel, dont on marqua cette chair épuisée.
La bouche semble vide et la nuque brisée
Dans l’abandon immense et le renversement
De la tête où les cils vivent seuls par moments.
Sous une soie en feu dont l’écarlate flambe
Une autre laisse voir la naissance des jambes,
Et les genoux étroits que des mains ont marbrés.
Deux êtres sur le lit sont tellement serrés
Qu’on ne voit qu’un seul corps avec deux chevelures.
L’odeur fade de sève humaine et de luxure
Me saisit à la gorge et me fait défaillir.
Quel visage charmant aurais-je vu jaillir,
Creusé par l’insomnie et les mauvaises joies
Si j’avais soulevé la pourpre de la soie?
Horrible est le plaisir qu’on n’a pas partagé!
Des roses en tombant ont un soupir léger,
Et sur le cercle obscur que dessinent les robes
Filtre pudiquement un triste rayon d’aube...
Quel étrange visage a la femme de chambre!
Derrière les rideaux j’entends des frôlements!
Maison des voluptés et des enchantements
Des langoureuses nuits et des étreintes mortes!
J’avance à pas de loup et je pousse une porte.
Une femme est couchée en croix sur une peau.
Une trace de dents au sein droit fait un sceau
Charnel, dont on marqua cette chair épuisée.
La bouche semble vide et la nuque brisée
Dans l’abandon immense et le renversement
De la tête où les cils vivent seuls par moments.
Sous une soie en feu dont l’écarlate flambe
Une autre laisse voir la naissance des jambes,
Et les genoux étroits que des mains ont marbrés.
Deux êtres sur le lit sont tellement serrés
Qu’on ne voit qu’un seul corps avec deux chevelures.
L’odeur fade de sève humaine et de luxure
Me saisit à la gorge et me fait défaillir.
Quel visage charmant aurais-je vu jaillir,
Creusé par l’insomnie et les mauvaises joies
Si j’avais soulevé la pourpre de la soie?
Horrible est le plaisir qu’on n’a pas partagé!
Des roses en tombant ont un soupir léger,
Et sur le cercle obscur que dessinent les robes
Filtre pudiquement un triste rayon d’aube...
LA PRINCESSE ET LES LAQUAIS
Le repas dans l’hôtel flamboyait sous les lustres
Et s’achevait dans un grand cérémonial...
Le vin n’animait pas les convives illustres,
Les diamants luisaient sur plus d’un front royal...
Et s’achevait dans un grand cérémonial...
Le vin n’animait pas les convives illustres,
Les diamants luisaient sur plus d’un front royal...
Des vieillards sous les croix, les ors, les uniformes
Levaient leur verre avec des doigts momifiés.
On voyait par la porte un escalier énorme,
Le morne alignement des grands fusains taillés.
Levaient leur verre avec des doigts momifiés.
On voyait par la porte un escalier énorme,
Le morne alignement des grands fusains taillés.
La petite princesse, au fond d’une carafe
Regardait le contour de son visage étroit,
Jouait d’un couteau d’or, tourmentait une agrafe,
Buvait l’ennui sans fin avec ses beaux yeux froids.
Regardait le contour de son visage étroit,
Jouait d’un couteau d’or, tourmentait une agrafe,
Buvait l’ennui sans fin avec ses beaux yeux froids.
Lorsque ses hauts talons sonnèrent sur les dalles,
Les courbettes firent plier les mannequins.
On la vit s’éloigner, blanche, de salle en salle,
Avec sa gorge nue et sa robe en satin.
Les courbettes firent plier les mannequins.
On la vit s’éloigner, blanche, de salle en salle,
Avec sa gorge nue et sa robe en satin.
Mais nul ne vit l’œillade au groupe des tziganes,
Ni le signe muet qu’elle fit en passant,
En avançant sa bouche au tissu diaphane
Vers le laquais cynique, immobile et puissant.
Ni le signe muet qu’elle fit en passant,
En avançant sa bouche au tissu diaphane
Vers le laquais cynique, immobile et puissant.
Les lustres un à un à minuit s’éteignirent,
Mais ensuite quelqu’un vint et les ralluma,
Le couloir se remplit de pas furtifs, de rires
Étouffés, une fête étrange commença.
Mais ensuite quelqu’un vint et les ralluma,
Le couloir se remplit de pas furtifs, de rires
Étouffés, une fête étrange commença.
Les trois filles étaient d’abord intimidées,
Minaudaient et croisaient leur châle sur leur peau.
Mais la princesse mit à leur bouche fardée
Le chaud baiser qui rend tous les humains égaux.
Minaudaient et croisaient leur châle sur leur peau.
Mais la princesse mit à leur bouche fardée
Le chaud baiser qui rend tous les humains égaux.
Elle les dévêtit et leur tendit les verres
Dont le vin débordant lui coulait sur les bras,
Elle dansa, tendant ses bijoux aux lumières
Ou se blottit près du laquais au menton ras.
Dont le vin débordant lui coulait sur les bras,
Elle dansa, tendant ses bijoux aux lumières
Ou se blottit près du laquais au menton ras.
Elle fuma, croisant ses jambes sur la table,
Culbutant de son pied les cristaux et les fleurs,
Et l’âme en proie à un génie inexorable
Elle cria des mots grossiers avec fureur.
Culbutant de son pied les cristaux et les fleurs,
Et l’âme en proie à un génie inexorable
Elle cria des mots grossiers avec fureur.
Un tzigane jouait une valse en sourdine,
Un autre maintenait une fille sous lui.
Les bouteilles gisaient comme des javelines
Dont la flamme à travers les gorges avait lui.
Un autre maintenait une fille sous lui.
Les bouteilles gisaient comme des javelines
Dont la flamme à travers les gorges avait lui.
Et vautrée au milieu des plats d’or et des grappes,
Son dos clair s’écrasant sur des magnolias,
La robe déchirée, ayant pour lit la nappe,
La princesse pâmée au laquais se donna.
Son dos clair s’écrasant sur des magnolias,
La robe déchirée, ayant pour lit la nappe,
La princesse pâmée au laquais se donna.
LE SÉRAIL MORT
C’est un palais rempli de jeunes filles mortes...
De longs corps délicats sont cloués sur les portes.
Certains, par les cheveux, sont noués aux piliers,
D’autres la tête en bas, pendent dans l’escalier.
Le sang coule parmi les faces puériles,
Le long des seins menus et des sexes nubiles.
De grands nègres hagards passent parmi les corps,
Le long des bassins bleus et des colonnes d’or,
Piquant avec des pieux et tenant par des chaînes,
Des panthères à jeun, ivres d’odeur humaine.
Un air, sur un théorbe indien, traîne et gémit.
Il tombe des vitraux un soleil cramoisi
Et le sultan pensif au haut des balustrades
Remue indolemment ses bracelets de jade
Et parle de l’amour et de son sens profond
Avec le nain bossu qui lui sert de bouffon.
De longs corps délicats sont cloués sur les portes.
Certains, par les cheveux, sont noués aux piliers,
D’autres la tête en bas, pendent dans l’escalier.
Le sang coule parmi les faces puériles,
Le long des seins menus et des sexes nubiles.
De grands nègres hagards passent parmi les corps,
Le long des bassins bleus et des colonnes d’or,
Piquant avec des pieux et tenant par des chaînes,
Des panthères à jeun, ivres d’odeur humaine.
Un air, sur un théorbe indien, traîne et gémit.
Il tombe des vitraux un soleil cramoisi
Et le sultan pensif au haut des balustrades
Remue indolemment ses bracelets de jade
Et parle de l’amour et de son sens profond
Avec le nain bossu qui lui sert de bouffon.
LA CATHÉDRALE FURIEUSE
Ma chair s’est trop roussie à la ville fumante,
J’ai trop reçu de feu dans mes yeux en vitraux,
Je suis lasse d’offrir aux coups de la tourmente
La croupe de l’abside et les seins ogivaux.
J’ai trop reçu de feu dans mes yeux en vitraux,
Je suis lasse d’offrir aux coups de la tourmente
La croupe de l’abside et les seins ogivaux.
Je ne veux plus lever vers les cieux fantastiques
Mes deux jambes de séculaires moellons.
Dans le sexe géant de mon portail gothique
On a trop fait passer le bronze des canons.
Mes deux jambes de séculaires moellons.
Dans le sexe géant de mon portail gothique
On a trop fait passer le bronze des canons.
Les dalles de mes reins sont lasses et brisées
Et le creux de ma nef craque sous le fardeau.
Ma sève au fond des bénitiers est épuisée,
On m’a trop violée, on m’a cassé le dos.
Et le creux de ma nef craque sous le fardeau.
Ma sève au fond des bénitiers est épuisée,
On m’a trop violée, on m’a cassé le dos.
Je ne verserai plus la sueur des gargouilles,
Je n’entr’ouvrirai plus les lèvres des autels,
Je purgerai mon corps de tout ce qui le fouille,
Je secouerai mes sanctuaires rituels...
Je n’entr’ouvrirai plus les lèvres des autels,
Je purgerai mon corps de tout ce qui le fouille,
Je secouerai mes sanctuaires rituels...
J’arracherai les oriflammes qui m’affublent
Et je ferai sortir des tombeaux souterrains
Les archevêques morts en mitres, en chasubles,
Avec des sacrements fantômes dans leurs mains.
Et je ferai sortir des tombeaux souterrains
Les archevêques morts en mitres, en chasubles,
Avec des sacrements fantômes dans leurs mains.
Je précipiterai hors de mes sacristies,
Comme un vomissement, les cierges, les lutrins,
Les anneaux pastoraux, les châsses, les hosties,
Crachant dans un hoquet mes reliques de saints.
Comme un vomissement, les cierges, les lutrins,
Les anneaux pastoraux, les châsses, les hosties,
Crachant dans un hoquet mes reliques de saints.
De mon orgue percé, de mes cloches fêlées,
Je chanterai des chants grotesques et puissants
Et dans le chœur des monacales assemblées
Retentira l’appel de mes échos déments.
Je chanterai des chants grotesques et puissants
Et dans le chœur des monacales assemblées
Retentira l’appel de mes échos déments.
Et puis, je briserai moi-même mes colonnes,
J’agiterai les hémicycles de mes reins
Et faisant un bouquet de cloches et d’icônes,
Je lancerai ces fleurs de peinture et d’airain.
J’agiterai les hémicycles de mes reins
Et faisant un bouquet de cloches et d’icônes,
Je lancerai ces fleurs de peinture et d’airain.
Et je lapidérai la ville de mes pierres.
Je lancerai la porte et les morceaux de tours,
Les confessionnaux, les grilles et les chaires,
Je me ravagerai le corps avec amour.
Je lancerai la porte et les morceaux de tours,
Les confessionnaux, les grilles et les chaires,
Je me ravagerai le corps avec amour.
Et quand sous le ciel lourd et sous la lune basse
De la voûte où s’ouvrait jadis le paradis,
Il ne restera plus qu’une affreuse carcasse,
Une église crapaud qui bave, hurle et maudit.
De la voûte où s’ouvrait jadis le paradis,
Il ne restera plus qu’une affreuse carcasse,
Une église crapaud qui bave, hurle et maudit.
Alors, il jaillira de mes débris immondes
Un grand christ chassieux, mi-homme, mi-serpent,
Dieu pervers de la pourriture du vieux monde
Et les hommes viendront l’adorer en rampant.
Un grand christ chassieux, mi-homme, mi-serpent,
Dieu pervers de la pourriture du vieux monde
Et les hommes viendront l’adorer en rampant.
LES CHAMBRES DE L’HOTEL
Les chambres de l’hôtel communiquent entre elles.
Je regarde au retour du vieux minuit fidèle,
Solitaire, allongé dans un banal fauteuil,
La porte peinte en blanc, la porte dont le seuil
A tous les imprévus des rencontres s’oppose...
Que d’êtres séparés par cette porte close
Qui pourtant se seront côte à côte étendus,
Tant d’amitié peut-être et tant d’amours perdus!
Je fais l’ombre et je vois un rais clair sous la porte...
Dans la chambre voisine on veille et l’air m’apporte
Un parfum... Puis des pas étouffés... On dirait
Une robe qui tombe... Un bruit de bracelet
Sur du marbre... Quelqu’un guette ma chambre obscure,
Dans cette goutte de clarté qu’est la serrure...
L’hôtel silencieux repose... mon cœur bat...
Au loin un fiacre passe et je ne bouge pas.
Et soudain dans l’éclat d’une lumière brusque,
Longue et splendide, ayant le torse qui se busque,
Avec un diaman entre ses seins qui luit,
Une femme apparaît sur la porte, sourit,
Fait un geste amical bizarre... Une seconde
Et rien de plus... Et puis l’obscurité profonde,
Un rire de cristal et le bruit d’un verrou.
—Dans quel soir ai-je vu flamboyé ce bijou?
Quel est le souvenir de cette ressemblance?
Le rais clair. Le fauteuil... Les heures... Le silence...
Oh! rêves de minuit dans les chambres d’hôtel,
Quand sonne la pendule au cœur surnaturel!...
Je regarde au retour du vieux minuit fidèle,
Solitaire, allongé dans un banal fauteuil,
La porte peinte en blanc, la porte dont le seuil
A tous les imprévus des rencontres s’oppose...
Que d’êtres séparés par cette porte close
Qui pourtant se seront côte à côte étendus,
Tant d’amitié peut-être et tant d’amours perdus!
Je fais l’ombre et je vois un rais clair sous la porte...
Dans la chambre voisine on veille et l’air m’apporte
Un parfum... Puis des pas étouffés... On dirait
Une robe qui tombe... Un bruit de bracelet
Sur du marbre... Quelqu’un guette ma chambre obscure,
Dans cette goutte de clarté qu’est la serrure...
L’hôtel silencieux repose... mon cœur bat...
Au loin un fiacre passe et je ne bouge pas.
Et soudain dans l’éclat d’une lumière brusque,
Longue et splendide, ayant le torse qui se busque,
Avec un diaman entre ses seins qui luit,
Une femme apparaît sur la porte, sourit,
Fait un geste amical bizarre... Une seconde
Et rien de plus... Et puis l’obscurité profonde,
Un rire de cristal et le bruit d’un verrou.
—Dans quel soir ai-je vu flamboyé ce bijou?
Quel est le souvenir de cette ressemblance?
Le rais clair. Le fauteuil... Les heures... Le silence...
Oh! rêves de minuit dans les chambres d’hôtel,
Quand sonne la pendule au cœur surnaturel!...
L’APRÈS-MIDI DU FAUNE
Imprudente, tu vas sous l’épaisseur des branches,
Dans le parc merveilleux par l’automne doré,
Sans savoir qu’à l’odeur que laisse ta chair blanche,
Moi, le monstre velu te suis dans les fourrés.
Dans le parc merveilleux par l’automne doré,
Sans savoir qu’à l’odeur que laisse ta chair blanche,
Moi, le monstre velu te suis dans les fourrés.
A plat ventre, enfonçant mon sexe dans les herbes,
J’ai scruté bien souvent sous le tissu léger
Tes deux jambes en fleurs, vigoureuses, superbes,
Et ta grâce de vierge ignorant le danger.
J’ai scruté bien souvent sous le tissu léger
Tes deux jambes en fleurs, vigoureuses, superbes,
Et ta grâce de vierge ignorant le danger.
Et ta nubilité précieuse et vivante,
Cette pudeur sentant le duvet et la peau,
Se confondait pour moi aux odeurs enivrantes
Des vieux buis, des genévriers et des sureaux.
Cette pudeur sentant le duvet et la peau,
Se confondait pour moi aux odeurs enivrantes
Des vieux buis, des genévriers et des sureaux.
Or, l’automne en chaleur décompose les feuilles,
Du feu sort en vapeurs de l’humus craquelé,
Les marronniers brûlants en gouttes d’or s’effeuillent,
Et je danse en pensant à ton corps violé.
Du feu sort en vapeurs de l’humus craquelé,
Les marronniers brûlants en gouttes d’or s’effeuillent,
Et je danse en pensant à ton corps violé.
Je pourrais tout à coup te tirer par la tresse
Et te faire tomber d’un geste, sur le dos.
J’étoufferais tes cris de ma forte caresse,
T’immobiliserais du poids de mon fardeau.
Et te faire tomber d’un geste, sur le dos.
J’étoufferais tes cris de ma forte caresse,
T’immobiliserais du poids de mon fardeau.
Non, je veux te forcer comme on force une bête,
Te faire revenir à l’animalité
Par la peur, te montrant subitement ma tête
Affreuse, et mon corps nu de désir dévasté.
Te faire revenir à l’animalité
Par la peur, te montrant subitement ma tête
Affreuse, et mon corps nu de désir dévasté.
A la course! Pour fuir tu lèveras ta robe,
Mon souffle d’animal te chauffera les reins.
Les arbousiers avec l’œil rouge de leur globe
En passant de leur suc t’humecteront les seins.
Mon souffle d’animal te chauffera les reins.
Les arbousiers avec l’œil rouge de leur globe
En passant de leur suc t’humecteront les seins.
Tu heurteras les troncs, glisseras sur les gommes,
La ronce à chaque pas te déshabillera,
Plus fortes que les fleurs, des odeurs mâles d’hommes,
En effluves épais entoureront tes pas.
La ronce à chaque pas te déshabillera,
Plus fortes que les fleurs, des odeurs mâles d’hommes,
En effluves épais entoureront tes pas.
Tu fuiras jusqu’aux lieux où le parc est sauvage,
Où la racine à vif perce le sol en rut,
Où le pourrissement des bois et des feuillages
Fait un lit séminal aux grands arbres membrus.
Où la racine à vif perce le sol en rut,
Où le pourrissement des bois et des feuillages
Fait un lit séminal aux grands arbres membrus.
Je te culbuterai parmi les fondrières,
Je te déchirerai, je te ravagerai,
Je te ferai sentir tout l’amour de la terre
Dans un élan que rien ne pourra modérer.
Je te déchirerai, je te ravagerai,
Je te ferai sentir tout l’amour de la terre
Dans un élan que rien ne pourra modérer.
Et dans le rythme immense où tu seras plongée,
Tu percevras, tes mains fouillant le terreau noir,
Le baiser des fourmis, l’amour des scarabées,
Des étreintes de mandibule et de suçoir.
Tu percevras, tes mains fouillant le terreau noir,
Le baiser des fourmis, l’amour des scarabées,
Des étreintes de mandibule et de suçoir.
Et tu sauras combien est beau le crépuscule,
En sentant sous ton dos broyé par mon poitrail,
Les insectes amants, les couples minuscules
Et tout le grouillement de la terre en travail.
En sentant sous ton dos broyé par mon poitrail,
Les insectes amants, les couples minuscules
Et tout le grouillement de la terre en travail.
PLAISIRS DU SULTAN
Le sultan énervé, las des femmes trop grasses
Du harem, des soldats dormant sous leur cuirasse,
Des eunuques trop laids et des chiens assoupis,
S’est fait porter avec ses bonbons, ses tapis,
Son narguilé d’argent et ses flacons de rose,
Dans la cour du palais que le soleil arrose.
Quatre nègres géants dont le torse est bombé
Font luire autour de lui leurs sabres recourbés.
Il s’ennuie, il a froid, il est triste de vivre...
Il fait venir la vierge aux beaux cheveux de cuivre,
Pareils à du feu chaud tressé sur un front pur.
Les nègres saisissant ce corps pétri d’azur
Lui fendent les poignets et pendant qu’elle crie
Versent le sang sur un plateau d’orfèvrerie.
Le sultan trempe alors ses mains languissamment
Dans le sang tiède et voit au fond des yeux charmants
De la vierge, la mort venir des veines vides...
Les sabres recourbés ont quatre éclairs splendides,
Le soleil brûle et le sultan clignant des yeux
Sur le corps étendu jette un grand velours bleu...
Du harem, des soldats dormant sous leur cuirasse,
Des eunuques trop laids et des chiens assoupis,
S’est fait porter avec ses bonbons, ses tapis,
Son narguilé d’argent et ses flacons de rose,
Dans la cour du palais que le soleil arrose.
Quatre nègres géants dont le torse est bombé
Font luire autour de lui leurs sabres recourbés.
Il s’ennuie, il a froid, il est triste de vivre...
Il fait venir la vierge aux beaux cheveux de cuivre,
Pareils à du feu chaud tressé sur un front pur.
Les nègres saisissant ce corps pétri d’azur
Lui fendent les poignets et pendant qu’elle crie
Versent le sang sur un plateau d’orfèvrerie.
Le sultan trempe alors ses mains languissamment
Dans le sang tiède et voit au fond des yeux charmants
De la vierge, la mort venir des veines vides...
Les sabres recourbés ont quatre éclairs splendides,
Le soleil brûle et le sultan clignant des yeux
Sur le corps étendu jette un grand velours bleu...
L’ESPRIT DE LA MER
Le veilleur dans la tour fit retentir sa corne,
Glaçant d’effroi sur les quais bleus les débardeurs.
Et la plage s’emplit de requins, de licornes
De mer, de poissons morts montant des profondeurs.
Glaçant d’effroi sur les quais bleus les débardeurs.
Et la plage s’emplit de requins, de licornes
De mer, de poissons morts montant des profondeurs.
Sur les remparts bâtis de galets verts, l’évêque
Parut avec l’étole et la mitre qui luit
Suivi par les calfats, les marchands de pastèques
Qui, tordus par la peur, tendaient les mains vers lui.
Parut avec l’étole et la mitre qui luit
Suivi par les calfats, les marchands de pastèques
Qui, tordus par la peur, tendaient les mains vers lui.
Alors, dans l’horizon, le vaisseau gigantesque
S’avança sur les flots qui devenaient cendrés.
Il avait trois ponts noirs de forme barbaresque,
Il était sans fanal, sans voile et sans agrès.
S’avança sur les flots qui devenaient cendrés.
Il avait trois ponts noirs de forme barbaresque,
Il était sans fanal, sans voile et sans agrès.
Et sa coque luisait de nacres, de polypes,
De coraux sous-marins, de madrépores d’or.
Les pétoncles et les mollusques qui s’agrippent
S’étaient cristallisés dans le bois des sabords.
De coraux sous-marins, de madrépores d’or.
Les pétoncles et les mollusques qui s’agrippent
S’étaient cristallisés dans le bois des sabords.
Il était cuirassé de la pierre des gouffres,
Il venait de plus loin que les courants des fonds,
Il portait comme un sceau sur sa poupe et ses roufles
Des signes incrustés par d’antiques typhons.
Il venait de plus loin que les courants des fonds,
Il portait comme un sceau sur sa poupe et ses roufles
Des signes incrustés par d’antiques typhons.
Et sur les ponts, parmi les mâtures fléchies,
Un équipage avec des corps huileux et blancs,
Des marins, respirant au moyen de branchies,
Manœuvraient. Ils avaient des nageoires aux flancs.
Un équipage avec des corps huileux et blancs,
Des marins, respirant au moyen de branchies,
Manœuvraient. Ils avaient des nageoires aux flancs.
Ils portaient des turbans et des burnous d’arabes,
Ils regardaient au loin par d’aveugles yeux ronds.
Quelques-uns avaient des mandibules de crabes,
Et des sabres battaient sur leurs pieds d’esturgeons.
Ils regardaient au loin par d’aveugles yeux ronds.
Quelques-uns avaient des mandibules de crabes,
Et des sabres battaient sur leurs pieds d’esturgeons.
Et tout couvert de talismans kabbalistiques,
Un être avec un bec se tenait à l’avant.
Ses doigts palmés levaient un pentacle magique
Et sa robe en tissu perlé flottait au vent.
Un être avec un bec se tenait à l’avant.
Ses doigts palmés levaient un pentacle magique
Et sa robe en tissu perlé flottait au vent.
Il se fit un reflux d’eaux ternes et malsaines
Et ceux qui se trouvaient sur la plage ont cru voir
Les trois albatros morts sur le mât de misaine,
Avant que le vaisseau s’enfonçât dans le soir...
Et ceux qui se trouvaient sur la plage ont cru voir
Les trois albatros morts sur le mât de misaine,
Avant que le vaisseau s’enfonçât dans le soir...
FEMME A LA PANTHÈRE
Il fait très chaud... Je marche à travers un jardin
Plein d’aloès. Au loin, résonne un tambourin,
Un chant de caravane ou de tribus en marche.
Je vois un pavillon de bois peint... quelques marches...
J’y cours, je les gravis, et j’hésite, levant
La portière d’argent rayé qui tremble au vent.
Je pénètre... Et sous le tamis des moustiquaires
Celle que la chaleur et le rêve exaspèrent
Dont les reins font un arc tendu par le désir,
Se pâme... Elle me voit et sourit de plaisir...
Elle écarte la gaze, offrant ses seins qui battent
Et son front couronné d’un turban écarlate.
Je tends les bras... Alors dans les coussins épais,
Longue et féline, une panthère qui dormait
S’étire, fait crisser ses ongles, me regarde.
La femme dont la main sur la bête s’attarde
S’offre encore et je vois dans un rais de soleil
Que la femme et le fauve ont des yeux verts pareils...
Plein d’aloès. Au loin, résonne un tambourin,
Un chant de caravane ou de tribus en marche.
Je vois un pavillon de bois peint... quelques marches...
J’y cours, je les gravis, et j’hésite, levant
La portière d’argent rayé qui tremble au vent.
Je pénètre... Et sous le tamis des moustiquaires
Celle que la chaleur et le rêve exaspèrent
Dont les reins font un arc tendu par le désir,
Se pâme... Elle me voit et sourit de plaisir...
Elle écarte la gaze, offrant ses seins qui battent
Et son front couronné d’un turban écarlate.
Je tends les bras... Alors dans les coussins épais,
Longue et féline, une panthère qui dormait
S’étire, fait crisser ses ongles, me regarde.
La femme dont la main sur la bête s’attarde
S’offre encore et je vois dans un rais de soleil
Que la femme et le fauve ont des yeux verts pareils...
LA BOUCHÈRE NUE
Le village est cassé, atteint de lèpre, hagard.
Les toits sont par endroits troués par le désastre.
La place boursouflée et le clocher camard
Ont l’air de grimacer au silence des astres.
Les toits sont par endroits troués par le désastre.
La place boursouflée et le clocher camard
Ont l’air de grimacer au silence des astres.
On dirait que le désespoir et le remords
Sont les hôtes geignants de ces portes de briques.
Mais comme un pou géant enfanté sur les morts
L’orgie au ventre épais bave dans les boutiques.
Sont les hôtes geignants de ces portes de briques.
Mais comme un pou géant enfanté sur les morts
L’orgie au ventre épais bave dans les boutiques.
Des hommes un par un glissent le long des murs.
Là-bas dans une odeur de bête et d’écurie,
Sous le rougeâtre feu du bec de gaz obscur,
Comme une gueule en sang bâille la boucherie.
Là-bas dans une odeur de bête et d’écurie,
Sous le rougeâtre feu du bec de gaz obscur,
Comme une gueule en sang bâille la boucherie.
Ils entrent et parmi les bœufs morts de l’étal
S’accroupissent, luxurieux et pleins de joie.
Les visages ont quelque chose d’animal.
Au loin la lune monte... un chien errant aboie...
S’accroupissent, luxurieux et pleins de joie.
Les visages ont quelque chose d’animal.
Au loin la lune monte... un chien errant aboie...
Et l’énorme bouchère aux grands seins descendant
Paraît et le public éclate quand elle entre.
Elle rit de plaisir et fait claquer ses dents,
Nue et flasque, elle danse une danse du ventre.
Paraît et le public éclate quand elle entre.
Elle rit de plaisir et fait claquer ses dents,
Nue et flasque, elle danse une danse du ventre.
La viande et la sueur sentent également.
Un vieux en ricanant tient la lampe à pétrole
Et la hausse et la baisse à chaque mouvement,
Comme un prêtre bouffon d’une grotesque idole.
Un vieux en ricanant tient la lampe à pétrole
Et la hausse et la baisse à chaque mouvement,
Comme un prêtre bouffon d’une grotesque idole.
C’est pour les spectateurs un plus rare régal
Qu’un festin qu’on ferait dans le décor d’un bouge.
Et la danse ressemble un cérémonial
Du vieux culte de l’homme à la chair de la gouge...
Qu’un festin qu’on ferait dans le décor d’un bouge.
Et la danse ressemble un cérémonial
Du vieux culte de l’homme à la chair de la gouge...
LA FILLE DU SULTAN
I
La fille du sultan dans sa robe à sequins,
Toute menue au fond de l’étroit palanquin,
Rêve de supprimer l’horrible forme mâle.
Parfois ses longs doigts peints qu’encerclent les opales
Frôlent la favorite assise à ses côtés.
Ses yeux verts sont perdus sous de grands cils bleutés...
Malheur aux jeunes gens qui viennent sur leur porte
Ou sortent des bazars lorsqu’avec son escorte.
Ses eunuques et son grand tigre apprivoisé,
Serrant ses petits seins sous son châle croisé,
Elle rêve aux beautés des lignes féminines.
Malheur aux jeunes gens qui sortent des piscines
Et marchent au soleil couverts de gouttes d’eau.
Ils sont à coup de fouet attachés dos à dos,
On les mène au palais, on en fait des eunuques.
Quand ils sont épilés, revêtus de perruques
Et de robes, sanglants et des chaînes aux pieds,
Demi-hommes déchus en femmes habillés,
La fille du sultan à son balcon regarde
Heureuse et frissonnante, et fait signe à ses gardes
De les frapper plus fort de la lance ou du fouet
Afin qu’ils la supplient de leur voix en fausset.
Toute menue au fond de l’étroit palanquin,
Rêve de supprimer l’horrible forme mâle.
Parfois ses longs doigts peints qu’encerclent les opales
Frôlent la favorite assise à ses côtés.
Ses yeux verts sont perdus sous de grands cils bleutés...
Malheur aux jeunes gens qui viennent sur leur porte
Ou sortent des bazars lorsqu’avec son escorte.
Ses eunuques et son grand tigre apprivoisé,
Serrant ses petits seins sous son châle croisé,
Elle rêve aux beautés des lignes féminines.
Malheur aux jeunes gens qui sortent des piscines
Et marchent au soleil couverts de gouttes d’eau.
Ils sont à coup de fouet attachés dos à dos,
On les mène au palais, on en fait des eunuques.
Quand ils sont épilés, revêtus de perruques
Et de robes, sanglants et des chaînes aux pieds,
Demi-hommes déchus en femmes habillés,
La fille du sultan à son balcon regarde
Heureuse et frissonnante, et fait signe à ses gardes
De les frapper plus fort de la lance ou du fouet
Afin qu’ils la supplient de leur voix en fausset.
LES CASTRATS
II
Les castrats, dans la cour, parqués comme des bêtes,
Se rappellent les soirs de puissance et de fête
Où parmi les sorbets, les pastèques, les vins,
Sur les tapis creusés par le désir divin
Ils possédaient le corps des filles barbaresques.
Maintenant revêtus d’affublements grotesques,
Ils sentent chaque jour leur visage jaunir,
Leurs muscles se sécher et leur force finir.
La fille du sultan à l’heure où le soir tombe
Paraît sur la terrasse ainsi qu’une colombe
Au plumage de soie et ruisselante d’or.
Elle enlève un à un les voiles de son corps,
Jette ses bracelets, ses colliers et ses peignes
Et svelte, sur l’azur et le soleil qui saigne,
Elle danse, vers les captifs tendant ses seins.
Et les castrats prennent leur tête dans leurs mains,
Ils maudissent leur chair ridicule et blessée,
Car l’âme est désireuse et la chair est glacée...
Se rappellent les soirs de puissance et de fête
Où parmi les sorbets, les pastèques, les vins,
Sur les tapis creusés par le désir divin
Ils possédaient le corps des filles barbaresques.
Maintenant revêtus d’affublements grotesques,
Ils sentent chaque jour leur visage jaunir,
Leurs muscles se sécher et leur force finir.
La fille du sultan à l’heure où le soir tombe
Paraît sur la terrasse ainsi qu’une colombe
Au plumage de soie et ruisselante d’or.
Elle enlève un à un les voiles de son corps,
Jette ses bracelets, ses colliers et ses peignes
Et svelte, sur l’azur et le soleil qui saigne,
Elle danse, vers les captifs tendant ses seins.
Et les castrats prennent leur tête dans leurs mains,
Ils maudissent leur chair ridicule et blessée,
Car l’âme est désireuse et la chair est glacée...
LE BAIN ROUGE
III
La fille du sultan aime sa favorite,
L’esclave aux cheveux courts, la pâle Moscovite.
Et comme elle est jalouse elle la fait garder,
Dans la salle aux jets d’eaux par les hommes fardés
Et cruels à qui seuls les adolescents plaisent.
Elle rit trop souvent avec les sœurs Maltaises,
Celle aux roses, celle qui porte un attirail
De talismans et celle à l’anneau de corail...
La fille du sultan dévêt la Moscovite,
Et puis, à se baigner près d’elle elle l’invite,
Ouvrant ses bras menus au milieu du bassin.
Alors elle l’enlace et sur leurs yeux, leurs seins
A toutes deux, le jet d’eau verse un ruisseau rouge,
Une petite pluie en fleurs qui frôle et bouge.
Des trois sœurs aux yeux noirs que l’on vient d’égorger
Il ne reste plus rien que ce jet d’eau léger.
Et dans les marbres bleus il danse, tourne et saigne
Sur les corps frémissants des femmes qui s’étreignent...
Dans le grand escalier l’homme au sabre descend...
Trois corps dans un grand sac... Quelques taches de sang...
Et parmi les coussins où traîne une odeur fade,
Les roses, le corail, les talismans de jade...
L’esclave aux cheveux courts, la pâle Moscovite.
Et comme elle est jalouse elle la fait garder,
Dans la salle aux jets d’eaux par les hommes fardés
Et cruels à qui seuls les adolescents plaisent.
Elle rit trop souvent avec les sœurs Maltaises,
Celle aux roses, celle qui porte un attirail
De talismans et celle à l’anneau de corail...
La fille du sultan dévêt la Moscovite,
Et puis, à se baigner près d’elle elle l’invite,
Ouvrant ses bras menus au milieu du bassin.
Alors elle l’enlace et sur leurs yeux, leurs seins
A toutes deux, le jet d’eau verse un ruisseau rouge,
Une petite pluie en fleurs qui frôle et bouge.
Des trois sœurs aux yeux noirs que l’on vient d’égorger
Il ne reste plus rien que ce jet d’eau léger.
Et dans les marbres bleus il danse, tourne et saigne
Sur les corps frémissants des femmes qui s’étreignent...
Dans le grand escalier l’homme au sabre descend...
Trois corps dans un grand sac... Quelques taches de sang...
Et parmi les coussins où traîne une odeur fade,
Les roses, le corail, les talismans de jade...
LA CHAMBRE DE BARBE BLEUE
La chambre en velours noir aux portes cramoisies...
Les sept corps suspendus à des crochets de fer
Gardent les spasmes morts des vieilles frénésies
Dont les plaisirs divins ont dévasté leur chair.
Les sept corps suspendus à des crochets de fer
Gardent les spasmes morts des vieilles frénésies
Dont les plaisirs divins ont dévasté leur chair.
Dans les flaques de sang qui des gorges déferlent
Est une tache d’or étroite, c’est la clef.
Un petit doigt crispé garde encore une perle,
Un cou brisé de diamants est constellé...
Est une tache d’or étroite, c’est la clef.
Un petit doigt crispé garde encore une perle,
Un cou brisé de diamants est constellé...
J’effeuille un grand bouquet de jasmins et de roses...
Le vent du corridor fait trembler mon flambeau.
Le souvenir sort des paupières demi-closes...
Comme les yeux des morts sont terribles et beaux!
Le vent du corridor fait trembler mon flambeau.
Le souvenir sort des paupières demi-closes...
Comme les yeux des morts sont terribles et beaux!
Voilà celles que j’adorais, mes sept compagnes,
Que j’ai faites périr de mes mains tour à tour.
Et pourtant mon amour chantait dans la montagne
Ainsi qu’une fanfare au sommet d’une tour.
Que j’ai faites périr de mes mains tour à tour.
Et pourtant mon amour chantait dans la montagne
Ainsi qu’une fanfare au sommet d’une tour.
Voilà la Florentine avec sa toison brune
Qui me faisait crier lorsque je la serrais,
Et mon amour était plus ardent que la lune
Qui consume, l’été, les lacs et les forêts.
Qui me faisait crier lorsque je la serrais,
Et mon amour était plus ardent que la lune
Qui consume, l’été, les lacs et les forêts.
Voilà le torse étroit de la danseuse Grecque
Et j’embrassais son corps avec plus de ferveur
Qu’un dévot à genoux baise un anneau d’évêque,
Un jour de Pâques plein de cloches et de fleurs.
Et j’embrassais son corps avec plus de ferveur
Qu’un dévot à genoux baise un anneau d’évêque,
Un jour de Pâques plein de cloches et de fleurs.
Voilà les cheveux courts de la Visitandine
Qui gardait un parfum de sacrilège aux seins
Et voilà Belcolor avec ses jambes fines
Et Gaétane aux yeux couleur de ciel marin.
Qui gardait un parfum de sacrilège aux seins
Et voilà Belcolor avec ses jambes fines
Et Gaétane aux yeux couleur de ciel marin.
Voilà celle qui, nue, en d’épaisses fourrures
Se jetait brusquement sur le lit de brocart.
Ses dents de louve étaient avides de morsures,
Ses reins battaient comme un bélier sur un rempart.
Se jetait brusquement sur le lit de brocart.
Ses dents de louve étaient avides de morsures,
Ses reins battaient comme un bélier sur un rempart.
Voilà la plus petite et son visage d’aube,
La pudique, dont je n’ai pas baisé les doigts.
C’est lorsque mon poignard ouvrit en deux sa robe
Que j’ai su quel trésor était perdu pour moi.
La pudique, dont je n’ai pas baisé les doigts.
C’est lorsque mon poignard ouvrit en deux sa robe
Que j’ai su quel trésor était perdu pour moi.
Comme je vous aimais, ô mes épouses mortes!
Vous pouviez demander mes champs et mes châteaux,
Mais vous avez voulu le secret de la porte
Cramoisie, et la mort est venue aussitôt...
Vous pouviez demander mes champs et mes châteaux,
Mais vous avez voulu le secret de la porte
Cramoisie, et la mort est venue aussitôt...
Vous ne saviez donc pas, ô femmes bien-aimées,
Qu’il n’est pas de palais qui ne cache en sa tour
La chambre en velours noir, terrible et parfumée
Où dort le souvenir du sang et de l’amour.
Qu’il n’est pas de palais qui ne cache en sa tour
La chambre en velours noir, terrible et parfumée
Où dort le souvenir du sang et de l’amour.
LA MAISON DES ADOLESCENTS
L’adolescent franchit le mur du beau jardin
Car il ne savait pas qu’après les tamarins,
Les seringas géants, les camphriers blanchâtres,
Se dressait la maison secrète aux murs de plâtre
Où vivaient les enfants aux corps luxurieux,
La mulâtresse aux mains savantes, aux longs yeux,
La svelte au tambourin et la toute petite
A tête rase, aux seins couleur de chrysolithe.
Il frappa doucement sur la porte en or peint.
Un rire clair, de l’ombre fraîche, des coussins,
Des fruits dans des plateaux, des vins dans des carafes...
Sur un voile en lin bleu luit l’émail d’une agrafe.
Une bouche agace sa nuque en le mordant,
Un autre prend sa bouche et caresse ses dents.
La musique du tambourin, les lourdes roses...
La robe de lin bleu, la robe de lin rose
Tombent. Ses doigts crispés sur le frêle front ras
L’adolescent se pâme et fléchit dans les bras
Bronzés, puis dort et la nuit vient et la nuit passe...
Et d’autres nuits encor viennent. Les plantes grasses
Éclatent au soleil et les grands camphriers
Murmurent, les lézards courent sur les graviers...
Toujours l’adolescent étreint, renaît, se pâme
Dans le plaisir de chair, sur la chaleur des femmes.
Et lorsque se dressant au milieu des coussins
Il entend par-delà les murs, sur le chemin
Sa mère qui, de loin, l’appelle et se lamente,
Il serre avec ardeur les trois adolescentes
Il répand à leurs pieds une âme sans regrets.
Il est dans la maison dont on ne sort jamais.
Car il ne savait pas qu’après les tamarins,
Les seringas géants, les camphriers blanchâtres,
Se dressait la maison secrète aux murs de plâtre
Où vivaient les enfants aux corps luxurieux,
La mulâtresse aux mains savantes, aux longs yeux,
La svelte au tambourin et la toute petite
A tête rase, aux seins couleur de chrysolithe.
Il frappa doucement sur la porte en or peint.
Un rire clair, de l’ombre fraîche, des coussins,
Des fruits dans des plateaux, des vins dans des carafes...
Sur un voile en lin bleu luit l’émail d’une agrafe.
Une bouche agace sa nuque en le mordant,
Un autre prend sa bouche et caresse ses dents.
La musique du tambourin, les lourdes roses...
La robe de lin bleu, la robe de lin rose
Tombent. Ses doigts crispés sur le frêle front ras
L’adolescent se pâme et fléchit dans les bras
Bronzés, puis dort et la nuit vient et la nuit passe...
Et d’autres nuits encor viennent. Les plantes grasses
Éclatent au soleil et les grands camphriers
Murmurent, les lézards courent sur les graviers...
Toujours l’adolescent étreint, renaît, se pâme
Dans le plaisir de chair, sur la chaleur des femmes.
Et lorsque se dressant au milieu des coussins
Il entend par-delà les murs, sur le chemin
Sa mère qui, de loin, l’appelle et se lamente,
Il serre avec ardeur les trois adolescentes
Il répand à leurs pieds une âme sans regrets.
Il est dans la maison dont on ne sort jamais.
L’INCUBE ET LA VIERGE
Elle ôte en s’étirant sa robe et, virginale,
Près du miroir, défait la gerbe des cheveux.
La coupe de cristal sonne de son opale...
Le sein n’est pas formé, le cou n’est pas nerveux.
Près du miroir, défait la gerbe des cheveux.
La coupe de cristal sonne de son opale...
Le sein n’est pas formé, le cou n’est pas nerveux.
Toute la pureté de la chair et de l’âme
Emplit comme un parfum ce décor rose et bleu.
L’air est léger et doux, le feu jette des flammes...
Elle sent son corps chaud sous son peignoir soyeux
Emplit comme un parfum ce décor rose et bleu.
L’air est léger et doux, le feu jette des flammes...
Elle sent son corps chaud sous son peignoir soyeux
L’intime solitude et le tiède silence
De leur sécurité lui grisent le cerveau.
Elle a le sentiment pourtant d’une présence.
Elle ferme la porte et croise les rideaux.
De leur sécurité lui grisent le cerveau.
Elle a le sentiment pourtant d’une présence.
Elle ferme la porte et croise les rideaux.
Et comme elle pénètre entre les draps où l’ambre
Monte subtilement des oreillers brodés,
Il semble qu’un soupir tressaille dans la chambre...
Elle écoute, le front sur le bras accoudé.
Monte subtilement des oreillers brodés,
Il semble qu’un soupir tressaille dans la chambre...
Elle écoute, le front sur le bras accoudé.
Ce n’est rien. Elle éteint la lumière. Une haleine
Étrange, de la nuque aux talons la parcourt,
Et voilà que soudain pour elle l’ombre est pleine
De souvenirs pervers et d’images d’amour.
Étrange, de la nuque aux talons la parcourt,
Et voilà que soudain pour elle l’ombre est pleine
De souvenirs pervers et d’images d’amour.
Elle veut les chasser, mais toutes les racines
Des duvets de sa peau frémissent en brûlant.
Les draps bougent. Près d’elle une longue main fine
A pris son torse et la caresse en la frôlant.
Des duvets de sa peau frémissent en brûlant.
Les draps bougent. Près d’elle une longue main fine
A pris son torse et la caresse en la frôlant.
Elle allume. Elle a peur. Mais non, le lit est vide.
Elle ferme les yeux pour dormir, mais alors
Elle sent sur sa bouche une autre bouche avide,
Qui la savoure ainsi qu’un fruit à pulpe d’or.
Elle ferme les yeux pour dormir, mais alors
Elle sent sur sa bouche une autre bouche avide,
Qui la savoure ainsi qu’un fruit à pulpe d’or.
Et c’est un corps humain qui près d’elle se glisse,
Dont la forme et l’odeur lui font bondir le sang.
Elle se laisse aller à ce nouveau délice
De croire être blottie entre des bras absents...
Dont la forme et l’odeur lui font bondir le sang.
Elle se laisse aller à ce nouveau délice
De croire être blottie entre des bras absents...
Mais ce n’est pas un songe, ô Seigneur! Une forme
Est bien là qui la tient fortement par le cou,
Une puissance d’homme, une carrure énorme
Qui la meurtrit avec les os de ses genoux.
Est bien là qui la tient fortement par le cou,
Une puissance d’homme, une carrure énorme
Qui la meurtrit avec les os de ses genoux.
Elle ne pourrait plus s’échapper et du reste
Ne le veut plus. Le lit est splendide et fatal.
Elle flambe à présent des flammes de l’inceste
Contre le compagnon fantastique et brutal.
Ne le veut plus. Le lit est splendide et fatal.
Elle flambe à présent des flammes de l’inceste
Contre le compagnon fantastique et brutal.
La tendre jeune fille au beau visage pâle
N’est plus qu’un être de plaisir entre des bras,
Une bête agrippée au lit, une cavale
Qu’un chevaucheur sans nom fait courir sur les draps.
N’est plus qu’un être de plaisir entre des bras,
Une bête agrippée au lit, une cavale
Qu’un chevaucheur sans nom fait courir sur les draps.
«O bien-aimé nocturne et terrible, demeure!
Par ton large baiser mon visage est mangé.
Enivrons-nous encor du délire des heures
Au creux de ce torrent qu’est le lit ravagé...»
Par ton large baiser mon visage est mangé.
Enivrons-nous encor du délire des heures
Au creux de ce torrent qu’est le lit ravagé...»