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La Mort

Chapter 22: VII
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About This Book

A series of philosophical essays that probe human attitudes toward death, arguing that mortality shapes experience yet remains poorly known because people habitually avoid confronting it. The author examines how fear, religious imagery and the conflation of illness with dying distort understanding, and urges intellectual preparation so the final hour can be met with lucidity rather than panic. He contrasts the sufferings of life with the nature of death itself, recommends clear, examined thought about endings, and proposes a calmer, more honest relation to the inevitable that frees attention for living.

VII

Considérons donc que tout ce qui compose notre conscience vient d'abord de notre corps. Notre pensée ne fait qu'organiser ce qui lui est fourni par nos sens; et les images et les mots,—qui ne sont au fond que des images—à l'aide desquels elle s'efforce de s'arracher à ces sens et de nier leur royauté lui sont encore prêtés par eux. Comment cette pensée pourrait-elle demeurer ce qu'elle était, quand il ne lui restera rien de ce qui la formait? Lorsqu'elle n'aura plus de corps, qu'emportera-t-elle dans l'infini pour s'y reconnaître, elle qui ne se connaissait que grâce à ce corps? Quelques souvenirs d'une vie commune? Est-ce que ces souvenirs, qui déjà s'effaçaient en ce monde, suffiront à la séparer à jamais du reste de l'univers, dans l'espace sans bornes et le temps sans limites? Mais, dira-t-on, dans notre moi il n'y a pas seulement ce qu'y découvre notre intelligence. Il y a en nous beaucoup de choses que nos sens n'y ont pas mises; il s'y cache un être supérieur à celui que nous connaissons. C'est probable, voire certain; la part de l'inconscient, c'est-à-dire de ce qui représente l'Univers, est énorme et prépondérante. Mais comment le moi que nous connaissons et dont seule nous importe la destinée, reconnaîtra-t-il toutes ces choses et cet être supérieur qu'il n'a jamais connus? Que fera-t-il en présence de cet étranger? Si l'on me dit que cet étranger c'est moi-même, je veux bien l'accorder; mais ce qui sur cette terre ressentait et mesurait mes joies et mes douleurs et faisait naître les quelques souvenirs et pensées qui me restent, était-ce cet inconnu immobile et invisible qui existait en moi sans que je m'en doutasse, comme je vais probablement vivre en lui sans qu'il s'occupe d'une présence qui ne lui apportera que la misérable mémoire d'une chose qui n'est plus? Maintenant qu'il a pris ma place en détruisant pour acquérir une plus vaste conscience tout ce qui formait ma petite conscience d'ici-bas, n'est-ce pas une autre vie qui commence, dont les bonheurs ou les malheurs passeront par-dessus ma tête sans effleurer de leurs ailes nouvelles ce que je me sens être aujourd'hui?