WeRead Powered by ReaderPub
La Mort cover

La Mort

Chapter 59: III
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

A series of philosophical essays that probe human attitudes toward death, arguing that mortality shapes experience yet remains poorly known because people habitually avoid confronting it. The author examines how fear, religious imagery and the conflation of illness with dying distort understanding, and urges intellectual preparation so the final hour can be met with lucidity rather than panic. He contrasts the sufferings of life with the nature of death itself, recommends clear, examined thought about endings, and proposes a calmer, more honest relation to the inevitable that frees attention for living.

III

Que deviendrons-nous dans tout cet inintelligible? Quitterons-nous le fini que nous habitons pour être engloutis dans l'un ou l'autre infini? En d'autres termes, finirons-nous par nous confondre avec l'infini que conçoit notre raison ou demeurerons-nous éternellement dans celui que voient nos yeux, c'est-à-dire en des mondes sans nombre, changeants et éphémères? Ne sortirons-nous jamais de ces mondes qui semblent devoir éternellement mourir et renaître, pour entrer enfin dans ce qui de toute éternité n'a pu naître ni mourir et existe sans avenir comme sans passé? Échapperons-nous quelque jour, avec tout ce qui nous environne, aux expériences malheureuses, pour pénétrer enfin dans la paix, la sagesse, la conscience immuable et sans limite, ou dans l'inconscience sans espoir? Aurons-nous le sort que prévoient nos sens ou celui qu'exige notre intelligence? Ou bien sens et intelligence ne sont-ils qu'illusions, petits outils, vaines armes d'une heure qui ne furent jamais destinés à scruter ou braver l'Univers? S'il y a vraiment contradiction, est-il sage de s'y arrêter et de juger impossible ce que nous ne comprenons point, vu que nous ne comprenons presque rien? La vérité n'est-elle pas à d'incommensurables distances de ces contrariétés qui nous paraissent énormes et irréductibles, et sans doute n'ont pas plus d'importance que la pluie qui tombe sur la mer?