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La négresse blonde / Cinquième hypostase, avec soixante-quinze Tatouages de Lucien Métivet cover

La négresse blonde / Cinquième hypostase, avec soixante-quinze Tatouages de Lucien Métivet

Chapter 16: PETITS LAPONS
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About This Book

A varied collection of satirical and lyrical pieces that mixes a long central poem with short pseudo-sonnets, playful elegies, parodic reprises of classical dramas, comic epistles and a mock-testamentary funeral fantasia. The verse alternates ornate alexandrines and lighter meters, shifting register between burlesque, macabre and tender moments. The poet adopts the masks of clown, satyr and court jester to lampoon received tastes, mingle erotic and mythic imagery, and revel in baroque exuberance, while pungent wit and exotic flourishes recur throughout. The volume is enriched by bold, tattoo-like illustrations that echo the poems’ mischievous energy.

Père, qui m’engendras du tarse au métacarpe
malgré Schopenhauer et la loi de Malthus;
toi, mon appartement lorsque j’étais fœtus,
ma Mère;—et toi, Parrain, dénommé Polycarpe;
Maître qui m’enseignas, ô merci, que la carpe
est un cyprinoïde et qu’en latin hortus
traduit le mot jardin; Flamande sans astuce,[D]
nourrice au lait crémeux, simple enfant de la Scarpe;
prêtre, qui m’aspergeas de l’eau du baptistère
et par qui je connus (sublime et doux mystère!)
vers l’âge de douze ans, la saveur du Sauveur,
hélas! ne pouviez-vous, me prenant par l’échine,
quand je bavais, môme gluant, déjà rêveur,
m’offrir à des cochons, comme l’on fait en Chine?


PSEUDO-SONNET

Africain et gastronomique ou (plus simplement) repas de famille

Prenez et mangez: ceci est mon corps.

Au bord du Loudjiji qu’embaument les arômes
des toumbos, le bon roi Makoko[E] s’est assis.
Un m’gannga tatoua de zigzags polychromes
sa peau d’un noir vineux tirant sur le cassis.
Il fait nuit: les m’pafous ont des senteurs plus frêles;
sourd, un marimeba vibre en des temps égaux;
des alligators d’or grouillent parmi les prêles,
un vent léger courbe la tête des sorghos;
et le mont Koungoua rond comme une bedaine,
sous la Lune aux reflets pâles de molybdène,
se mire dans le fleuve au bleuâtre circuit.
Makoko reste aveugle à tout ce qui l’entoure:
avec conviction ce potentat savoure
un bras de son grand-père et le juge trop cuit.


PSEUDO-SONNET

IMBRIAQUE ET DÉSESPÉRÉ

Que fait pourtant un pauvre ivrogne?
Il se couche et n’occit personne!
Olivier Basselin.
Let us have wine: and women, mirth and laughter:
Sermons and soda-water the day after!
Man, being reasonable, must get drunk:
The best of life is but intoxication!
Lord Byron.
Gin! Hydromel! Kummel! Whisky! Zythogala!
J’ai bu de tout! parfois soûl comme une bourrique!
l’Archiduc de Weimar jadis me régala
d’un vieux Johannisberg à très cher la barrique!
Dans le crâne scalpé du sachem Ko-Gor-Roo
Boo-Loo, j’ai puisé l’eau des torrents d’Amérique!
Pour faire un grog, vive l’acide sulfurique!
Tout petit je suçai le lait d’un kanguroo![F]
(Mon père est employé dans les pompes funèbres:
c’est un homme puissant! J’attelle quatre zèbres
à mon petit dog-cart et je m’en vais au trot!)
Or, aujourd’hui noyé de Picons et d’absinthes
je meurs plus écœuré que feu Jean des Esseintes:
Mon Dieu! n’avoir jamais goûté de vespetro!


PSEUDO-SONNET

ASIATIQUE ET LITTÉRAIRE

L’Extrême-Orient s’européanise de plus
en plus: l’Inde, le Japon, la Chine, la
presqu’île Indochinoise dévorent aujourd’hui
nos romans et nos brochures.
Télesphore Coulaud, juge de paix.
Emmi les hauts roseaux, les rotangs et les joncs que
réfléchit l’étang mauve où nagent les cyprins,
la frêle Hadja-Sari, fille des mandarins
au teint jaune citrin navigue dans sa jonque;
la salangane vole, effroi des moucherolles[G]
à son nid de fucus, potage expectatif;
un friselis frivole affole les corolles
des lotus fiers d’avoir Loti pour génitif.
On entend miauler un tigre dans les jungles.
Or, de ses doigts menus que terminent des ongles
pointus, Hadja-Sari, princesse de Bangkok,
avec un geste mièvre et des mines jolies
feuillette, abandonnant la rame à ses coolies
un roman très cochon que signa Paul de Kock.


PSEUDO-SONNET

que les amateurs de plaisanterie facile proclameront le plus beau du recueil

............
............

Nemo (Nihil, cap. 00).
31 février 53490.

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x x x x x x x x x x x x x x x x x x x[H]
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I cannot conceive you to be human creatures
but a sort of species hardly a degree above
a monkey, who has more diverting tricks than
any of you, and is an animal less mischievous
and expensive.
Swift (Letter to a very young lady).
Donc voici! Moi, poète, en ma haute sagesse
Respuant l’Ève à qui le Père succomba,
J’ai choisi pour l’aimer une jeune singesse
Au pays noir dans la forêt de Mayummba.
Fille des mandrills verts, ô guenuche d’Afrique,
Je te proclame ici la reine et la Vénus
Quadrumane, et je bous d’une ardeur hystérique
Pour les callosités qui bordent ton anus.
J’aime ton cul pelé, tes rides, tes bajoues
Et je proclamerai devant maintes et maints,
Devant M. Reyer, mordieu, que tu ne joues
Oncques du piano malgré tes quatre mains;
Et comme Salomon pour l’enfant sémitique,
La perle d’Issachar offerte au bien-aimé,
J’entonnerai pour toi l’enamouré cantique,
O ma tour de David, ô mon jardin fermé...
C’était dans la forêt vierge sous les tropiques
Où s’ouvre en éventail le palmier chamœrops;
Dans le soir alangui d’effluves priapiques
Stridait, rauque, le cri des nyctalomerops:
L’heure glissait, nocturne, où gazelles, girafes,
Couaggas, éléphants, zèbres, zébus, springbocks[I]
Vont boire aux zihouas sans verres ni carafes,
Laissant l’homme pervers s’intoxiquer de bocks;
Sous les cactus en feu tout droits comme des cierges
Des lianes rampaient (nullement de Pougy);
Autant que la forêt, ma Singesse était vierge;
De son sang virginal l’humus était rougi.
Le premier, j’écartai ses lèvres de pucelle
En un rut triomphal, oublieux de Malthus,
Et des parfums salés montaient de son aisselle
Et des parfums pleuvaient des larysacanthus;
Elle se redressa, fière de sa blessure,
A demi souriante et confuse à demi;
Le rugissement fou de notre jouissure
Arrachait au repos le chacal endormi.
Sept fois je la repris, lascive: son œil jaune
Clignotait, langoureux, tour à tour, et mutin;
La Dryade amoureuse aux bras du jeune Faune
A moins d’amour en fleurs et d’esprit libertin!
Toi, Fille des humains, triste poupée humaine
Au ventre plein de son, tondeuse de Samson,
Dalila, Bovary, Marneffe ou Célimène,
Contemple mon épouse et retiens sa leçon;
Mon épouse est loyale et très chaste et soumise
Et j’adore la voir, aux matins ingénus,
Le cœur sans artifice et le corps sans chemise,
Au soleil tropical, montrer ses charmes nus;
Elle sait me choisir ignames et goyaves;
Lorsque nous cheminons par les sentiers étroits,
Ses mains aux doigts velus écartent les agaves,
Tel un page attentif marchant devant les rois,
Puis, dans ma chevelure, oublieuse du peigne,
Avec précaution elle cherche les poux,
Satisfaite, pourvu que d’un sourire daigne
La payer une fois, le Seigneur et l’Epoux.
Si quelque souvenir de soûleur morte amasse
Des rides sur mon front que l’ennui foudroya,
Pour divertir son maître elle fait la grimace,
Grotesque et fantastique à délecter Goya!
Un étrange rictus tord sa narine bleue,
Elle se gratte d’un geste obscène et joli
La fesse, puis s’accroche aux branches par la queue
En bondissant, Foottit, Littl-Tich, Hanlon-Lee!
Mais soudain la voilà très grave! Sa mimique
Me dicte et je sais lire en ses regards profonds
Des vocables muets au sens métaphysique,
Je comprends son langage et nous philosophons.
Elle croit en un Dieu par qui le soleil brille,
Qui créa l’univers pour le bon chimpanzé
Puis dont le Fils Unique, un jour s’est fait gorille
Pour ravir le pécheur à l’enfer embrasé!
Simiesque Javeh de la forêt immense,
O Zeus omnipotent de l’Animalité,
Fais germer en ses flancs et croître ma semence,
Ouvre son utérus à la maternité.
Car je veux voir, issus de sa vulve féconde,
Nos enfants libérés d’atavismes humains
Aux obroontchoas, que la serpe n’émonde
Jamais, en grimaçant grimper à quatre mains!...
Et dans l’espoir sacré d’une progéniture
Sans lois, sans préjugés, sans rêves décevants,
Nous offrons notre amour à la grande nature,
Fiers comme les palmiers, libres comme les vents!!!

 

 

 


SARDINES A L’HUILE

Sardines à l’huile fine sans têtes et sans
arêtes.

(Réclame des Sardiniers, passim).

Dans leur cercueil de fer blanc
plein d’huile au puant relent
marinent décapités
ces petits corps argentés
pareils aux guillotinés
là-bas au champ des navets!
Elles ont vu les mers, les
côtes grises de Thulé,
sous les brumes argentées,
la Mer du Nord enchantée...
Maintenant dans le fer blanc
et l’huile au puant relent,
de toxiques restaurants
les servent à leurs clients!—
Mais loin derrière la nue
leur pauvre âmette ingénue
dit sa muette chanson
au Paradis-des-poissons,
une mer fraîche et lunaire
pâle comme un poitrinaire,
la Mer de Sérénité
aux longs reflets argentés
où, durant l’éternité,
sans plus craindre jamais les
cormorans et les filets,
après leur mort nageront
tous les bons petits poissons!...—
sans voix, sans mains, sans genoux,[J]
Sardines, priez pour nous!...


LE DOIGT DE DIEU

Oserai-je, Oscar, rappeler ici tous tes crimes?
Vois, le peu que j’en ai dit révolte
déjà mon sensible lecteur.
Ducray-Duminil.
..... Marie la Magdeleine
folle vie mena et orde
la dame de miséricorde
la rappelle puis vint arrière.
Et fu à Dieu bonne et entière.
Rutebeuf (La Vie de Saint-Marie-Égyptianne).
Il avait violé sa sœur, coupé sa mère
en tout petits morceaux: jugeant la vie amère
et se voulant donner quelque distraction
il servit à son père une décoction
vénéneuse, du foie et des reins ennemie
(car il avait beaucoup potassé la chimie):
cette mixture fit mourir le doux vieillard.
Il était mal poli, journaliste, paillard,
trichait au jeu, faisait des vers, fumait la pipe
dans la rue, et, le soir, il se gavait de tripe
à la mode de Caen parmi les croque-morts.
D’ailleurs il n’éprouvait pas l’ombre d’un remords
et vivait très correct et très digne et coulait de
bien beaux jours (comme feu M. Paul Déroulède).
Mais Dieu possède un DOIGT et l’immoralité
ne saurait échapper à la fatalité...
  . . . . . . . . . .
  . . . . . . . . . .
Un matin, comme il avait fait la grande fête
un pot de réséda lui tomba sur la tête,
et le Seigneur l’admit au Paradis profond
car il était plus vif que méchant dans le fond!...


LE VIEUX SAINT

Non ei species neque decor.
Tertullien.
Dans notre église autrefois,
il était un saint de bois:
l’air bonasse et vénérable,
taillé dans un tronc d’érable,
à coups de hache, il avait
écouté plus d’un ave
montant vers lui du pavé;
tout vermoulu, tout cassé,
le Bon Dieu le connaissait
bien et toujours l’exauçait.—
A vêpres quand s’allumaient
les cierges qui tremblottaient,
un peu gourmand, il humait
le bon encens qui fumait
dans l’encensoir parfumé;
sur toute chose il aimait
aux beaux soirs du mois de Mai
les belles roses de Mai
devant l’autel embaumé;
et quand Noël ramenait
les petits bergers frisés,
soëf, il amignottait
Jésus, le doux nouveau-né.
Puis dans l’église fermée
où les vitraux s’éteignaient,
lentement il s’endormait
priant, pour nos trépassés,
le Bon Dieu qui l’exauçait!
Mais de Paris est venu,
hideux comme un parvenu,
tout neuf et peinturluré
un saint de plâtre doré,
un affreux saint qu’ils ont mis
dans la niche où tu dormis,
ô vieux saint, mon vieil ami,
et les sans-cœur ont brûlé
en disant: Il est trop laid!
ton pauvre corps d’exilé.
Mais, vieux saint je te promets
que je ne prierai jamais
l’intrus, mais toujours à toi
s’en iront mes vœux, à toi,
père, qui subis deux fois
(saint de chair et saint de bois)
le martyre pour la foi,
et quand je mourrai, c’est toi
qui porteras dans les cieux
mon âme aux pieds du Bon Dieu...
mission de confiance, je l’ose dire.


LES POISSONS MÉLOMANES

.... car la musique est douce,
Fait l’âme harmonieuse et, comme un divin chœur,
Éveille mille voix qui chantent dans le cœur!
V. H.
Musica me juvat ou delectat.
(Lhomond, Grammaire latine.)
Les pianos
des casinos
aux bains de mer
font rêver les poissons qui nagent dans la mer,
car (tous les érudits le savent, de nos jours)
ils sont muets, c’est vrai, mais ils ne sont pas sourds!
Tout d’abord ils s’étonnent;
roulant des yeux peureux:
—«Peut-être bien qu’il tonne?»
songent-ils à part eux.—
Mais vite ils se rassurent
et voyant que
nul éclair ne fulgure,
Ils battent la mesure
avec leur queue?
Les sardinettes réjouies
pour ouïr ouvrant leurs ouïes
dansent la ronde,
toute la nuit.
Un grondin gronde:
—Allez dormir avec ce bruit!
Mais les bars indulgents sourient à cette danse
et jugeant que
ce sont jeux innocents, ils marquent la cadence
avec leur queue!
Les pianos
des casinos
aux bains de mer
amusent les poissons qui nagent dans la mer!
Sonate en
(mi, fa, sol, )
plus d’une jeune raie
langoureuse voudrait
être au moment du frai,
car elle se sent l’âme
pleine d’épithalames!
Romance en sol
do, mi, fa, sol:
(la Romance du saule)
plus d’une jeune sole
pose pour Doña Sol,
cependant que
les maquereaux galants
et les petits merlans
doux et dolents
admirent leur tournure,
et battent la mesure
avec leur queue!
Les pianos
des casinos
aux bains de mer
font rêver les poissons qui nagent dans la mer!
Digue, don, don!
C’est Offenbach!
digue, dondaine!
et non plus Bach!
Joyeux, bon prince,
levant la pince,
le homard pince
un rigodon!
Digue, dondaine!
Digue, dondon!
mais—horreur!—n’est-ce pas un air de l’Africaine?
Saisi d’un tremblement
convulsif, le homard songe à l’Américaine
affreux pressentiment!
Mais vite il se rassure
et jugeant que
les pêcheurs sont couchés, il marque la mesure
avec sa queue!
Les pianos
des casinos
aux bains de mer
amusent les poissons qui nagent dans la mer!....,
Et puis, lorsque l’automne
ferme les casinos,
ah! les pauvres poissons trouvent bien monotones
les nuits sans pianos....,
et dans leur souvenance
cherchant un air qui fuit,
ils nagent en cadence
mais pleins d’ennui!

 


FLEURS DES MORTS

O chrysanthèmes, fleurs d’or,
Fleurissez les pauvres morts;
chrysanthèmes, fleurissez
pour les pauvres trépassés...
Mais sous la terre enfermés,
ils ne connaîtront jamais
vos pétales embaumés[K]:
dans leurs tristes monuments
las! ils verront seulement
vos racines: c’est pourquoi,
sentimental, à part moi,
je songe, ô vivants pieux,
que peut-être il vaudrait mieux
planter sous les cyprès verts
les fleurs des morts à l’envers!

 


SOUVENIR OU AUTRE REPAS DE FAMILLE

Après avoir vidé et nettoyé vos boyaux,
coupez-les en filets de 25 centimètres
auxquels vous joindrez du lard maigre
coupé aussi en filets.
Mˡˡᵉ Rosalie Blanquet.
(La Cuisinière des ménages, partie III, cap. V).
Quand j’étais tout petit, nous dînions chez ma tante
le jeudi soir; papa la jugeait dégoûtante
à cause d’un lupus qui lui mangeait le nez:
ce m’est un souvenir si doux que ces dîners!
Après le pot-au-feu, la bonne, Marguerite,
apportait le gigot avec la pomme frite
classique, et c’était bon! je ne vous dis que ça!
Chacun jetait son os à la chienne Aïssa,
Moi, ce que j’aimais bien, c’est l’andouille de Vire;
je contemplais (ainsi que Lamartine, Elvire)
sur mon assiette à fleurs les gros morceaux de lard,
et je roulais des yeux béats de papelard
et ma tante disait: «Mange donc, niguedouille!»
O Seigneur, bénissez ma tante et son andouille!


PETITS LAPONS

Tous nos malheurs viennent de ne sçavoir
demeurer enfermez dans une chambre.
Blaise Pascal.
Dans leur cahute enfumée
bien soigneusement fermée
les braves petits Lapons
boivent l’huile de poisson!
Dehors, on entend le vent
pleurer; les méchants ours blancs
grondent en grinçant des dents,
et depuis longtemps est mort
le pâle soleil du Nord!
Mais dans la hutte enfumée
bien soigneusement fermée,
les braves petits Lapons
boivent l’huile de poisson...
Sans rien dire ils sont assis,
père, mère, aïeul, les six
enfants, le petit dernier
bave en son berceau d’osier[L];
leur bon vieux renne au poil roux
les regarde, l’air si doux!
Bientôt ils s’endormiront
et demain ils reboiront
la bonne huile de poisson,
et puis se rendormiront
et puis un jour ils mourront!
Ainsi coulera leur vie
monotone et sans envie!....
et plus d’un poète envie
les braves petits Lapons
buveurs d’huile de poisson!

 


JARDINS D’AUTOMNE

Une rose d’automne est plus qu’une autre exquise.
Agrippa d’Aubigné.
L’ombre et l’abîme ont un mystère
Que nul mortel ne pénétra;
C’est Dieu qui leur dit de se taire
Jusqu’au jour où tout parlera.
V. Hugo.
Les jardins ont perdu leurs robes éburnales,
Eden trois fois béni d’où nous fûmes chassés,
Pourpre sainte attestant la blancheur des annales,
Ces roses de la Nuit chantent les trépassés;
Les trépassés là-bas qui dorment dans leur bière
Sous l’obscène pâleur du seul magnolia;
Reviendras-tu sécher les pleurs de nos paupières,
Toi, l’immortel Amour que la Mort oublia!
De l’immortel Amour à la Mort immortelle,
Supplice qu’il rêva sous la Nuit du recueil
A quitter le séjour, au jour, nous dira-t-elle,
Ce beau lac d’hydrargyre où vogue le cercueil?
Car le ciel est livide au lac des libellules
Et dans les noirs couvents où dorment les vieux ifs,
Les Vierges à genoux dans le froid des cellules
Mouillent le Crucifix de longs baisers lascifs.....
Les jardins ont perdu leurs robes éburnales,
Eden trois fois béni dont nous fûmes chassés!
Pourpre sainte attestant la blancheur des annales,
Les Roses de la Nuit chantent les trépassés.....

 


PETITS CALICOTS

(Rondeau redoublé)

Les jolis petits calicots
Le soir, flânent dans le passage,
Frais comme des coquelicots,
Un air d’Enfant-Jésus bien sage!
Ils rêvent courses, vernissage
Et se grisent de faux cliquots
En parlant chevaux et dressage,
Les jolis petits calicots!
Fluets, moulés dans leurs surcots
Étroits comme dans un corsage,
Pantalon collant, mes cocos,
Le soir, flânent dans le passage!
Les uns poupins, d’autres sécots,
Ce sont les fervents du massage,
Mentons au duvet d’abricots
Un air d’Enfant-Jésus bien sage.
Et, banquier, roi des monacos
Ou marquis pleurant le cuissage,
Tel birbe écrivant un message
Grommelle entre ses vieux chicots:
«Les jolis petits!»

 

 

 


ÉPITRE FALOTE ET BALNÉAIRE