WeRead Powered by ReaderPub
La nouvelle cuisinière bourgeoise: Plaisirs de la table et soucis du ménage cover

La nouvelle cuisinière bourgeoise: Plaisirs de la table et soucis du ménage

Chapter 11: LES HUITRES
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

L'ouvrage rassemble textes et poèmes qui mêlent plaisirs de la table et soucis du ménage, offrant une réflexion enjouée et lyrique sur la cuisine domestique bourgeoise. L'auteur décline parodies, couplets, paraboles et billets d'observation pour évoquer recettes non techniques, habitudes de table, économies domestiques et moeurs familiales, alternant ironie, moralité et fantaisie. Le ton oscille entre humour et didactisme léger, visant à célébrer la cuisine comme cœur du foyer tout en signalant les contraintes et compromis du ménage quotidien.

LES HUITRES

Grâce au hasard béni des villégiatures,
Je viens d’élucider enfin ce point obscur,
Par qui fut mon esprit longtemps à la torture :
Les huîtres, compagnes fidèles
Des débauches et des festins,
— Ohé ! ohé ! les soupers fins
Avec des demoiselles ! —
Dès l’approche des hirondelles,
Les huîtres, compagnes fidèles,
Nous ont quittés : où s’en vont-elles ?
— Les montagnes, la Suisse, ont pour nous peu d’attrait, —
Voulut bien s’en ouvrir à moi, de fort bon gré,
L’huître que le hasard m’avait fait rencontrer
Dans les environs de Pourville :
— Quand nous fuyons la grande ville,
C’est toujours au bord de la mer
Que nous allons nous mettre au vert :
Ah ! la mer, la mer !… On pourrait
Rester devant elle, immobile.
Des heures, sans penser, sans nul rêve futile,
Et l’on ne s’ennuierait jamais…
Puis nous avons là presque toute notre famille.
— Est-ce que vous prenez des bains ?
— Non, cela nous énerve trop.
— Et vous allez au casino ?
— Oh !
Vous voulez rire, c’est certain ;
Nous ne voyons personne et vivons en recluses,
Ce qu’il nous faut,
C’est du repos :
Nous en avons assez, et trop,
Des endroits de plaisir, du monde où l’on s’amuse ;
Nous arrivons ici l’esprit, le corps fourbus,
L’estomac délabré, enfin n’en pouvant plus,
Résultat naturel d’excès de toutes sortes :
Car
A quel rendez-vous de fêtards
Ne nous vit-on, pendant l’hiver, battant le quart,
Toute la nuit, devant la porte ?
Vous comprenez, nous payons ça plus tard.
Ah ! ce satané boulevard !
C’est pourquoi, dès mai, nous partons,
Devançant d’un mois la saison,
Sans quoi nous ne pourrions tenir ;
N’empêche qu’aussitôt d’aplomb,
On n’en a pas plus de raison,
On ne songe qu’à revenir.
Croiriez-vous que la nostalgie
Commence à s’emparer de nous ?
Lorsqu’arrive la fin d’août,
Nous repartons, pas assagies,
Prêtes à recommencer l’orgie !… —
— A tant de hâte, dis-je, d’un ton léger,
Peut-être cet espoir n’est-il pas étranger,
De retrouver la gentille écaillère
Brune avec un foulard noué dans les cheveux,
Qui saura vous ouvrir de si dextre manière ? —
L’huître murmure : — Ouvrir… — elle ferme les yeux,
Un long frémissement nerveux
Voluptueusement a secoué son être ;
Puis, sans plus rien laisser paraître,
Elle reprend d’un ton plus doux :
— Parlons d’autre chose, voulez-vous ?… —