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La nouvelle cuisinière bourgeoise: Plaisirs de la table et soucis du ménage

Chapter 45: LES PETITES COMMISSIONS
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About This Book

L'ouvrage rassemble textes et poèmes qui mêlent plaisirs de la table et soucis du ménage, offrant une réflexion enjouée et lyrique sur la cuisine domestique bourgeoise. L'auteur décline parodies, couplets, paraboles et billets d'observation pour évoquer recettes non techniques, habitudes de table, économies domestiques et moeurs familiales, alternant ironie, moralité et fantaisie. Le ton oscille entre humour et didactisme léger, visant à célébrer la cuisine comme cœur du foyer tout en signalant les contraintes et compromis du ménage quotidien.

LES PETITES COMMISSIONS

Les épaules des maris doivent être larges,
Leurs bras de fer, leurs mains habiles aux fardeaux :
Tant à la main, que sous leur bras, ou sur leur dos,
Il faut
Rapporter au logis les quotidiennes charges,
Dont l’épouse, avec soin, prévoyante les charge ;
Il faut
Que le bras du mari soit fort, l’épaule large.
La Providence en ses décrets se dut complaire
A arranger ainsi les choses, au mieux possible,
Qui mit précisément notre marchand de comestibles
Sur le chemin du Ministère ;
Pour la modiste et pour la couturière,
Il n’y a qu’un crochet à faire,
Pas une affaire,
Un petit crochet peu pénible :
La Providence combine tout au mieux possible.
Engeance des garçons livreurs,
Jamais à l’heure,
Insouciants et incivils,
Nous ne laisserons plus galvauder par la ville
Les objets les plus délicats,
Qui sortaient de vos mains brutales, en quel état, —
Fragiles !
Nous ne connaîtrons plus cette angoisse fébrile :
Le vol-au-vent qui n’arrive pas !
A la fenêtre, ou sur le pas
De la porte,
Vigilante, la maîtresse de maison plus ne perdra
Son temps à guetter de la sorte :
Aussitôt acheté, et tout aussitôt là, —
Car c’est le mari qui rapporte.
Mais toi, fine canne de jaspe,
Toi, dont le fier pommeau simule quelque casque,
Et dont le bout sonnait sur le pavé des rues,
Du porte-parapluie connaissant le marasme,
Canne, tu ne sortiras plus,
Canne de jaspe,
Tes appels tentateurs et désolés sont vains : —
Vois, amie, je n’ai que deux mains.
Accomplissons, d’humeur égale,
Le coltinage conjugal !
Puis, quand l’époux s’en reviendra à la maison,
Portant dans un filet les fruits de la saison,
Sans préjudice aussi, comme il est de raison,
Sans préjudice
Du carton à chapeau laissé chez la modiste,
De la pendule qui marquait toujours moins dix,
Avec la paire de chaussures
Pour laquelle on s’était trompé comme pointure,
De la charcuterie, et quelque venaison, —
L’époux rentrant à la maison,
Tristement, l’épouse murmure :
— Voilà bien, voilà les époux !
Je pensais : il n’est pas besoin de le lui dire,
Il va me rapporter une gerbe de houx ;
Vaine illusion, espoir fou !
Bah ! aussitôt dehors, ils se moquent de nous ;
Ma sainte mère avait bien raison de me prévenir,
Et de me crier casse-cou ;
Songeront-ils jamais à nous faire plaisir ! —
Les épaules des maris doivent être larges.