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La nouvelle cuisinière bourgeoise: Plaisirs de la table et soucis du ménage

Chapter 48: LE PARAPLUIE
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About This Book

L'ouvrage rassemble textes et poèmes qui mêlent plaisirs de la table et soucis du ménage, offrant une réflexion enjouée et lyrique sur la cuisine domestique bourgeoise. L'auteur décline parodies, couplets, paraboles et billets d'observation pour évoquer recettes non techniques, habitudes de table, économies domestiques et moeurs familiales, alternant ironie, moralité et fantaisie. Le ton oscille entre humour et didactisme léger, visant à célébrer la cuisine comme cœur du foyer tout en signalant les contraintes et compromis du ménage quotidien.

LE PARAPLUIE

— Traînant l’épouse, pauvre dupe,
Que vous importe un temps mauvais,
Et la pluie battant le pavé ?
Vous n’avez pas à relever
De jupe… —
Et, sous prétexte qu’il n’a pas à relever de jupe,
L’époux devra tenir le parapluie : c’est juste ;
Et, comme on ne peut jamais savoir,
Comme il peut tout d’un coup, par surprise, pleuvoir,
Et que les plumes d’un chapeau
Craignent, par-dessus tout, la moindre goutte d’eau,
Plus de canne, futilité,
O mari, c’est le parapluie,
C’est lui,
Que, prévenant et prévoyant, tu dois porter,
Oui, porte-parapluie à perpétuité !
Vainement ton esprit se berce
De ces deux autres hypothèses :
Allégeant le mari du devoir qu’il assume,
L’épouse sortirait en chapeau, mais sans plumes ;
Ou bien elle emporterait, elle aussi,
Un parapluie ?
Ah ! combien peu à la vieille galanterie
Française,
Ah ! combien peu conformes ces deux hypothèses !
Mettre un autre chapeau, porter un parapluie ?
Et l’épouse répond, sans feindre :
— Ce n’est point pour m’en parer quand je suis au lit,
Ou les faire couver pour avoir des petits,
Que j’achetai ces riches plumes de coq d’Inde ;
Quant à porter un parapluie, merci !
Mais regardez donc mon mari :
On a l’air trop dinde ! —
Ainsi l’épouse répond, sans feindre.
Ils vont donc, malgré la rafale,
D’un pas égal,
Sous ce kiosque matrimonial,
Bravant les autans et la pluie,
Et, à les voir marcher serrés
On dirait
De Paul avecque Virginie.
Mais, encor que la silésienne,
Chose puérile à nier,
De l’ondée nous soit gardienne,
Mieux que feuille de bananier,
Mais, en réalité, un parapluie pour deux,
Les épaules de chacun d’eux,
Qui la gauche ou la droite, abreuvées de gouttières,
C’est vraiment la bonne manière
Pour se trouver mouillés tous deux ;
Ils le sont en effet : j’indique
Que cela me paraît être fort symbolique ;
Ou bien, quand la pluie a cessé,
En voyant le mari passer,
Tenant le parapluie qui sèche,
Près de sa femme longue et sèche,
Un gamin ou quelque pimbêche,
Diront : — Le parapluie, le mari le portait,
As-tu vu le fourreau qui marchait à côté ?… —
(Cela, ça n’est pas symbolique,
Mais c’est désagréable tout de même).