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La nouvelle cuisinière bourgeoise: Plaisirs de la table et soucis du ménage

Chapter 53: LES RELATIONS
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About This Book

L'ouvrage rassemble textes et poèmes qui mêlent plaisirs de la table et soucis du ménage, offrant une réflexion enjouée et lyrique sur la cuisine domestique bourgeoise. L'auteur décline parodies, couplets, paraboles et billets d'observation pour évoquer recettes non techniques, habitudes de table, économies domestiques et moeurs familiales, alternant ironie, moralité et fantaisie. Le ton oscille entre humour et didactisme léger, visant à célébrer la cuisine comme cœur du foyer tout en signalant les contraintes et compromis du ménage quotidien.

LES RELATIONS

Nous avons cessé de voir les Alfred,
Nous ne mettrons plus les pieds chez les Adrien ;
Elle ne peut pas souffrir ces Alfred ni ces Adrien, —
Pour rien, —
Mais m’a dit, soupçonneuse et raide :
— Qu’est-ce qu’ils ont donc fait, ces Adrien et ces Alfred ?
Qu’avez-vous bien pu faire avec eux autrefois,
Madame Alfred, sans doute, ou Adrien, je crois,
Oui, quoi,
Pour que vous les aimiez aujourd’hui plus que moi ? —
Moi, naturellement, je cède.
Nous avons coupé tous les liens
Qui m’attachaient aux Alfred et aux Adrien ;
C’est très bien.
Chers compagnons des anciennes manilles,
Du domino à quatre ou du piquet voleur,
Jadis, lorsque saignaient vos cœurs
De me voir entrer en famille,
— Chers compagnons séchez vos pleurs,
Protestais-je, consolateur :
Plutôt qu’en ce café, faussement prometteur
De Colonnes au nombre de Mille,
Loin des sourires protecteurs
Et des familiarités excessives du gérant Émile,
Sera-ce pas charmant, un petit intérieur,
Où je vous recevrai, chers amis de mon cœur,
En toute liberté, à toute heure,
Avec une petite femme avenante et gentille ! —
Et nous nous attendrissions ;
Bien entendu, ce serait sans façon,
On viendrait comme on serait, jaquette ou veston,
Et bien sûr qu’ils pourraient apporter leur pipe !
Piquet voleur et domino à quatre,
Oui, ma maison serait la maison de Socrate,
Sans Xanthippe…
Et comme elle joue du piano comme personne,
(Élève de Thomé, mon cher !)
Albert viendrait avec son saxophone :
Il pourrait s’en donner, de son sacré Wagner,
Hein ? qu’il serait à son affaire !…
Elle m’a déclaré trouver tout naturel
Que je reçusse ces gens-là, ou n’importe lesquels,
Si tel
Paraissait être mon plaisir,
Elle n’y voyait rien à redire ;
Mais, puisque ça ne l’amuserait pas, elle,
Il était non moins naturel
Que, lorsque ces gens seraient là,
Elle en profitât
Pour sortir.
Tout d’abord, dans mes amitiés,
Je m’en suis trouvé un peu vexé, et humilié ;
N’avais-je donc hanté, avant de la connaître,
Que gens tarés, et malappris, ou malhonnêtes ?
M’ayant tiré d’un tel milieu,
Sans doute valais-je à ses yeux,
Sans doute valais-je guère mieux ?
Alors on m’a montré cette querelle ingrate :
Que c’était le fait d’une épouse
Jalouse,
Jalouse du passé, et de tout, toutes, tous…
Maintenant ces gens-là c’est moi qui les écarte.
Tout mon passé je le repousse : —
Ça me flatte.