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La nouvelle cuisinière bourgeoise: Plaisirs de la table et soucis du ménage

Chapter 6: SYMPHONIE DES POTAGES
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About This Book

L'ouvrage rassemble textes et poèmes qui mêlent plaisirs de la table et soucis du ménage, offrant une réflexion enjouée et lyrique sur la cuisine domestique bourgeoise. L'auteur décline parodies, couplets, paraboles et billets d'observation pour évoquer recettes non techniques, habitudes de table, économies domestiques et moeurs familiales, alternant ironie, moralité et fantaisie. Le ton oscille entre humour et didactisme léger, visant à célébrer la cuisine comme cœur du foyer tout en signalant les contraintes et compromis du ménage quotidien.

SYMPHONIE DES POTAGES

Aujourd’hui, chers lecteurs, j’aurai cet avantage
De vous entretenir simplement des potages,
Des potages, pas davantage,
Et, comme on dit, pour tout potage.

I. — Prélude-Gavotte.

En silence,
En cadence,
Sans parler,
Sans souffler,
L’appétit,
Qui fait rage,
Engloutit
Le potage,
Allons, houp !
Le temps presse,
Que la soupe
Disparaisse,
Qu’on s’applique
Aux curées
Des purées
Symboliques.
En cadence,
En silence,
Sans souffler,
Sans parler.

[Les quelques vers qui précèdent doivent être répétés onze fois de suite, d’abord très doucement, puis crescendo, puis en diminuant, comme des voix qui s’éloignent y pour produire un effet analogue à celui de la Marche Turque. Au dernier vers, tout le monde pose sa cuiller en frappant bruyamment sur l’assiette.]

II. — Andantino.

(a.

Le potage a le dédain des assiettes plates ;
Par grâce, ne conviez pas,
Quand il figure à vos repas,
Des femmes dénuées d’appâts,
Des gens dont les pensées ne soient pas délicates ;
Bannissons tout ce qui est plat :
(Ah ! ah !
Aviez-vous prévu celle-là ?) —
Le potage a le dédain des assiettes plates.

(b.

Le potage, inquiet, nerveux,
Le potage n’est pas heureux,
Il se désole et s’effarouche,
Honteux
De sentir se plonger jusques en son milieu,
Potage aux grands yeux, aux doux yeux,
Une louche…

(c.

La nature des potages est d’être chauve.

III. — Pastorale.

Queues d’écrevisses,
De vous trouver ici, étrange est ma surprise.
Calmes hôtesses des ruisseaux,
Parmi les pierres moussues, les grosses pierres
Qu’entourait en murmurant l’eau vive et claire,
A l’ombre des saules et des bouleaux, —
Comme vous devez avoir chaud
Dans cette soupière !
Mais avec votre manie singulière
De marcher toujours à reculons,
Vous serez tombées dans ce bouillon,
Sans seulement faire attention
Que votre tête restait en arrière ;
Et maintenant, vous paraissez toutes désorientées,
Il est bien temps ! Queues sans idée !
Vous vous tournez, vous regardez, vous demandez,
Aux quatre coins de cette table,
Où votre tête, queues d’écrevisses ? —
Pareilles à un saint Denis ou un saint Aphrodise,
D’une étourderie inconcevable !

IV. — Cavatine.

Chantez, ô pâtes d’Italie,
Un gai refrain napolitain,
Chantez, puisqu’on attend à vous voir refroidies,
Chantez le chant du cygne, et vive la folie !
Qui sait où vous serez demain ?

Première pâte

Le ciel de printemps s’auréole,
L’amour enlève son bandeau ;
Viens, ma douce, viens au Lido,
Au bercement de ma gondole.
Santa Lucia !
Traderidera !
C’est le printemps, belle odalisque !
Le printemps partout vient régner :
Et le potage bisque, bisque
De n’être pas printanier !

Toutes les pâtes

Bisque, bisque, bisque, bisque,
De n’être pas printanier !

(On les mange.)