WeRead Powered by ReaderPub
La nouvelle cuisinière bourgeoise: Plaisirs de la table et soucis du ménage cover

La nouvelle cuisinière bourgeoise: Plaisirs de la table et soucis du ménage

Chapter 66: L’OPINION PUBLIQUE
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

L'ouvrage rassemble textes et poèmes qui mêlent plaisirs de la table et soucis du ménage, offrant une réflexion enjouée et lyrique sur la cuisine domestique bourgeoise. L'auteur décline parodies, couplets, paraboles et billets d'observation pour évoquer recettes non techniques, habitudes de table, économies domestiques et moeurs familiales, alternant ironie, moralité et fantaisie. Le ton oscille entre humour et didactisme léger, visant à célébrer la cuisine comme cœur du foyer tout en signalant les contraintes et compromis du ménage quotidien.

L’OPINION PUBLIQUE

J’ai pris ma tête entre mes mains,
Et maintenant je me souviens ;
Oui, maintenant je me rappelle
Tant d’anecdotes spirituelles,
Les réparties toujours nouvelles,
Où notre esprit jadis brillait
A propos des gens mariés ;
Maintenant je me les rappelle,
Je m’en souviens :
Comme c’est malin, comme c’était fin,
Crétins !
Lorsque nous irons au café,
Les gens prendront un air rusé :
— Eh ! bien, cette fois, ça y est,
Hé ! hé !
Alors vous êtes marié ?
Hé ! hé ! —
Ils nous taperont dans le dos :
— Parbleu ! des maris, il en faut !
Et comment va le conjungo ?
Oh ! oh !
Oh ! ces yeux-là en disent gros !
Oh ! oh ! —
— Mais ce n’est que le premier pas,
Hein ? heureux gaillard, hardi, là !
Hardi ! ne nous endormons pas,
Ha ! ha !
Vous n’êtes pas encor papa ?
Ha ! ha ! —
— Aussi bien, c’est le bon parti,
Croyez-moi, que vous avez pris !
Ne vous l’ai-je pas cent fois dit ?
Hi ! hi !
Votre tête était d’un mari,
Hi ! hi ! —
— Puis, quoi, vous n’êtes pas perdu :
Car en somme il n’y a pas plus
De raisons pour être cocu,
Hu ! hu !
En ménage qu’avec des grues…
Hu ! hu ! —
Et voilà, voilà la charmante perspective,
Voilà les bonnes plaisanteries, les joyeux mots,
Dont les délicieux échos
Jusques à mon oreille arrivent,
Et dont j’entends déjà les bribes :
Ah ! ah ! hé ! hé ! hi ! hi ! ho ! ho !
Chameaux !
Mais nous ferons bonne contenance,
Nous sourirons d’un air jaune, mais entendu ;
Hé ! hé ! hi ! hi ! ho ! ho ! hu ! hu !
Le ridicule tue
En France !
Nous ferons bonne contenance.
Et vous, chère, faites-vous belle,
Et ne craignez pas de montrer,
Jamais, jamais trop à mon gré,
Tout ce que vous pourrez
Montrer
De particulièrement sensationnel :
Car c’est là mon petit profit,
Par qui se pallient
Mes soucis,
Qui, lorsque nous serons ensemble, —
Comme je tendrai,
Guilleret,
Comme je tendrai le jarret ! —
Qui seul peut augmenter la beauté de ma jambe :
Il faut qu’en me voyant marcher à vos côtés,
Moi, le mari, reconnaissable
A ces façons de discrète fierté,
Qui sont la marque véritable
D’un sentiment rassis de la propriété, —
Puisse le peuple dire en son rude langage :
— Cré nom d’un chien ! Bon Dieu de santé !
Tu parles de quelqu’un qui doit pas s’embêter !… —
Et cet ingénieux hommage
A mon bonheur, à ta beauté,
Ne nous paiera-t-il pas des soucis du ménage ?