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La nouvelle cuisinière bourgeoise: Plaisirs de la table et soucis du ménage

Chapter 8: QUELQUES SAUCES
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About This Book

L'ouvrage rassemble textes et poèmes qui mêlent plaisirs de la table et soucis du ménage, offrant une réflexion enjouée et lyrique sur la cuisine domestique bourgeoise. L'auteur décline parodies, couplets, paraboles et billets d'observation pour évoquer recettes non techniques, habitudes de table, économies domestiques et moeurs familiales, alternant ironie, moralité et fantaisie. Le ton oscille entre humour et didactisme léger, visant à célébrer la cuisine comme cœur du foyer tout en signalant les contraintes et compromis du ménage quotidien.

QUELQUES SAUCES

Et voici que, des casseroles,
Montaient des cris joyeux de sonores paroles,
C’était,
C’était les sauces qui chantaient :
— Oui, c’est une habitude qu’elles ont prise,
M’expliqua mon guide, depuis quelque temps ;
Les chansons, ont-elles pensé, bercent, charment, grisent :
Des pauvres victuailles qui cuisent,
Les sauces, bonnes filles, en chantant,
Cherchent à adoucir les suprêmes instants ;
Les sauces ont une âme exquise ;
Écoutez, écoutez ces rondes, ces romances,
Et les vieux lieds de leur pays :
Ainsi
Viandes, légumes, poissons, sont cuits,
Et puis mangés, sans qu’ils y pensent :
N’est-ce pas là de la meilleure philanthropie ? —

LA SAUCE FINANCIÈRE

Le veau d’or est toujours debout,
On encense
Sa puissance
D’un bout du monde à l’autre bout.

(Bruit d’or dans la coulisse.)

D’un bout du monde à l’autre bout !

LA SAUCE TARTARE

Mazeppa ! Mazeppa !
Ah ! ah ! ah ! sur ma cavale,
Au galop, au trot, au pas,
Par les steppes, les pampas,
Malgré les balles,
Et les rafales,
Mazeppa ! Mazeppa !
J’emporterai ma rivale,
Ah ! ah ! ah !
Mazeppa !
( — Mais, fis-je observer, timide,
A mon guide,
Mais cela n’a aucun rapport…
— Qu’importe ? êtes-vous donc insensible au folklore ?
Écoutez, écoutez encore : — )

LA SAUCE BÉARNAISE

C’est au pays
Du roi Henri,
Qu’on met la poule au pot,
A Pau,
Qu’on met la poule au pot…
( — Ça n’est pas très spirituel, je dois le dire,
Intervint le guide, mais ça les fait toujours rire… — )

LE ROUX

File, belle fille,
De tes doigts agiles,
Le lin moins soyeux
Que tes blonds cheveux, —
Plus blonds que le blé
Que le faucheur coupe,
D’or comme la coupe
Du roi de Thulé, —
File, belle fille !…
( — Ce sont là des propos, on ne le saurait feindre,
Moins de roux que de rouet,
Mais on y est habitué,
C’était plus poétique, et musical, et distingué,
Et
Et puis qui est-ce qui songerait à s’en plaindre ?… — )

RAVIGOTE ET RÉMOLADE

La ravigote,
Qui la dégote ?
C’est la rémolade !
Qui nous rend fade
La rémolade ?
C’est la ravigote !
Estomac malade,
Qui te ravigote ?
C’est la ravigote,
C’est la rémolade !
Va, prépare la ravigote,
Margotte,
Et la rémolade, à gogo,
Margot !
Et j’entendis encor la sauce Béchamel
Faire, c’était classique et vous y songiez bien,
Des imitations de la sonnette présidentielle
Du récent académicien ;
Seule, au milieu de ces musiques douces,
Une casserole restait sans voix,
Et, comme je demandais pourquoi :
— Ici, l’on a d’autres ressources ;
Fi des chanteurs, des beaux parleurs,
Et, pour nous faire oublier l’heure,
Le jeu procurera des jouissances plus âpres :
C’est un vieux morceau de cheval de courses,
Les consolations de la musique, il les repousse, —
Il préfère jouer à pair et impair avec les câpres.