Le domaine de la France dans l’Afrique occidentale s’est considérablement étendu pendant cette période décennale. En 1890, les Etats situés sur les rives du Sénégal sont, ou directement administrés par nos agents, ou soumis à notre influence. A l’Est et au Sud, nous avons débordé sur les pays soumis de trois côtés à la fois, au Soudan (Haut-Niger), dans le Fouta-Djallon, aux Rivières du Sud. Ces résultats ont été obtenus avec des forces militaires très restreintes. En 1887, le lieutenant de vaisseau Caron s’est même avancé sur le Niger jusqu’à Kabara, port de Tombouctou. Mais l’exécution de la voie ferrée du Sénégal au Niger a été poursuivie avec une extrême lenteur. Les changements de personnel, la cherté des envois, faits souvent pendant la mauvaise saison, le gaspillage du matériel, enfin deux épidémies de fièvre jaune absorbèrent la majeure partie des crédits[259] ; au bout de deux ans, 40 kil. seulement étaient construits, et c’est seulement en 1888 qu’on atteignit Bafoulabé (132 kil.)[260].
Pendant ce temps se passait sur le Bas-Niger un événement d’une bien autre portée. En 1884, les Compagnies françaises qui avaient remonté le Niger et y avaient fondé des comptoirs, lassées d’une lutte inégale et n’étant pas soutenues par le Gouvernement, se laissèrent acheter leurs comptoirs par leurs concurrents anglais. La Compagnie anglaise ne perdit pas de temps. Pour prévenir le retour d’un semblable péril, elle se fit décerner en 1886 une charte royale lui donnant le droit d’administrer le pays, et dès le 18 octobre 1887, l’Angleterre notifiait officiellement son protectorat sur les territoires possédés par la Compagnie du Niger[261].
Nos comptoirs de la Côte-d’Ivoire, Grand-Bassam et Assinie, ont servi de point de départ à de nombreux explorateurs qui ont entrepris la conquête pacifique de l’arrière-pays. En 1888, le capitaine Binger signait à Kong un traité de protectorat qui nous attribuait une partie de l’immense boucle du Niger, jusque là à peu près inconnue.
L’acquisition de la nouvelle colonie donnée à la France par de Brazza avait été ratifiée par le Parlement en 1882 ; à la suite du Congrès de Berlin, l’Association internationale africaine devenait l’Etat indépendant du Congo, dont le roi des Belges, Léopold II, était reconnu souverain. Les limites entre cet Etat et le Congo français furent fixées par un traité de 1887, qui assignait comme limite à la France la rive droite de l’Oubangui, depuis son confluent avec le Congo jusqu’à sa source. De même que l’Ogooué nous avait conduit au Congo et le Congo à l’Oubangui, l’Oubangui à son tour nous conduisit vers le lac Tchad et vers le Haut-Nil.
C’est par cette voie que nos explorateurs ont pénétré dans l’Afrique centrale, cherchant d’une part à relier par le lac Tchad le Congo à l’Afrique nigérienne et soudanienne, de l’autre à se rapprocher de la vallée du Nil.
La pénétration saharienne prend une allure différente à partir de 1890. C’est cette année-là que fut fondé le Comité de l’Afrique française, qui a joué un si grand rôle dans la fondation de l’empire colonial français en Afrique, et a provoqué le grand mouvement d’opinion qui rendit les entreprises africaines populaires en France. La mort de Crampel n’arrêta pas l’action du Comité ; les projets du jeune explorateur furent repris et exécutés par d’autres missions. Enfin, le 5 avril 1890, une convention franco-anglaise partageait entre la France et l’Angleterre une partie des territoires sahariens et soudaniens. Le « partage de l’Afrique », commencé pendant la période précédente, va marcher à pas de géant pendant la période décennale qui termine le XIXe Siècle. Du côté de l’Afrique septentrionale, notre politique, quoique bien timide encore, est un peu plus active que dans la période précédente. M. Jules Cambon, Gouverneur général de l’Algérie, manifeste de diverses manières l’intérêt qu’il porte aux questions sahariennes, et, bien que cet intérêt soit généralement demeuré platonique, son gouvernement marque une reprise de la pénétration saharienne. En dernier lieu, la mission Foureau-Lamy et la mission Flamand-Pein sont venues apporter ou tout au moins préparer la solution de questions pendantes depuis plus de trente ans, et ouvrir véritablement une ère nouvelle.
[214]Deuxième mission Flatters, Histor. et rapp. rédigés au Serv. Centr. des Aff. Ind., p. 164.
[215]Documents, II, p. 103.
[216]Id., II, p. 525.
[217]Documents, II, p. 119.
[218]Id., II, 115.
[219]Robin, Le Mzab et son Annexion à la France, Alger, 1884.
[220]Dr Amat, Le Mzab et les Mzabites, in-8o, Paris, 1888, p. 297.
[221]Jus, Les Forages artésiens de la province de Constantine, Constantine, 1890. Weisgerber, Notes sur l’Oued Rir et ses habitants, Paris, 1886. Id., Aperçu sur les conditions sanitaires et hygiéniques du Sahara algérien et de l’Oued-Rir, Paris, 1885. Georges Rolland, C. R. A. Sc., janvier 1887 ; Revue Scientifique, 18 févr. et 2 juillet 1887, 18 mars 1888 ; Bull. Soc. Géogr. comm., 1887, p. 663 ; Afas, Oran, 1888, t. I, p. 47 (av. carte).
[222]G. Rolland, Hydrologie du Sahara algérien, p. 56. Id., L’Oued-Rir et la colonisation Française, in-8o, Paris, 1887.
[223]Gouvernement Général de l’Algérie. Notes sur le pays d’Ouargla et les sondages opérés dans ses Oasis de 1883 à 1888, Alger, Giralt, in-4o, 1889. — Cf. P. Blanchet, L’Oasis et le pays d’Ouargla, Ann. de Géogr., 1900. p. 47.
[224]Rinn (commandant), Nos frontières sahariennes, Alger, 1886.
[225]Documents, II, p. 145.
[226]Vuillot, p. 201.
[227]Baunard, Vie du Cardinal Lavigerie, p. 201.
[228]Vuillot, p. 213.
[229]Vuillot, p. 219. Cf. Foureau, Excursion dans le Sahara Algérien (l’Exploration, tome XVI, p. 335 ; Bull. Soc. Archéol. de Constantine, 1888, p. 34). Une Excursion au Sahara Algérien : Rapport au Ministre de l’Instruction publique, in-8o, Paris, 1883.
[230]C. R. Soc. Géogr. Paris, 1885, p. 326, 421, 437, et 1887, p. 531.
[231]Id., 1892, p. 172.
[232]La carte donnée par Vuillot indique un ksar d’Ygrouth ; il n’existe pas de ksar de ce nom : il faut entendre l’Aouguerout ; par contre, Deldoun n’est pas un ksar, mais un district.
[233]Documents, III, p. 225, note.
[234]Vuillot, p. 227.
[235]C. R. Soc. Géogr. 1898, p. 52.
[236]Deleuze (Ct), Monument élevé à l’explorateur Camille Douls (Bull. Soc. Géogr. d’Alger, 1902, p. 408-412).
[237]Documents, II, p. 539.
[238]Documents, II, p. 459.
[239]Carte du Sud-Oranais à 1/400.000e publiée par le dépôt de la Guerre en 1855, revue et complétée en 1883 d’après les travaux du capitaine de la Croix de Castries, des lieutenants Delcroix et Brosselard, 4 feuilles.
[240]Carte du Sud-Oranais à 1/200.000e, édition provisoire, héliogravure sur zinc en couleurs, 15 feuilles, 1886.
[241]Mentionnée par Deporter, Extrême-Sud de l’Algérie, p. 1.
[242]V. Cornetz, Bull. Soc. Géogr. Paris, 1896, p. 521.
[243]Carte d’une partie du Sahara septentrional, dressée par F. Foureau, d’après l’Etat-Major, les documents les plus récents, les travaux, cartes et itinéraires de Duveyrier, Parisot, Le Châtelier, Bajolle, F. Bernard, Pech, Teisserenc de Bort, Foureau, à 1/100.000e, 1888.
[244]Bull. Soc. Géogr. Paris, 1882, p. 401. Cf. Documents, II, p. 461.
[245]3e trim. 1886, p, 364.
[246]Bull. Corr. afric. (Publicat. de l’Ec. des Lettres d’Alger), 1885, p. 266. — Cf. Documents, IV, p. 286.
[247]Documents, IV, p. 286.
[248]Le Chatelier, Les Medaganat, in-8o, Alger, 1888.
[249]René Basset, Documents géographiques sur l’Afrique septentrionale, in-8o, Paris, 1898 (Articles parus depuis 1883 dans le Bull. de la Soc. de Géogr. de l’Est).
[250]René Basset, Les manuscrits arabes des bibliothèques de Aïn-Mahdi et Temacin, de Ouargla et de Adjadja, in-8o, Alger, 1885.
[251]René Basset, Notes de lexicographie berbère, Paris 1883-88, 1re partie : Ghat et Keloui ; 3e partie ; Sud-Oranais et Figuig ; 4e partie : Touat, Gourara, Aoulimmiden. — Id., Etude sur la zenatia du Mzab, de Ouargla et de l’Oued-Rhir, Paris, 1893.
[252]A. de C. Motylinski, Guerara depuis sa fondation, Alger, 1884.
[253]A. de C. Motylinski, Les livres de la secte abadite, Bull. Corresp. afric., 1885, tome III.
[254]In-8o, Paris.
[255]Ch. Amat, Le Mzab et les Mozabites, in-8o, Paris, 1888.
[256]E. Masqueray, Dictionnaire français-touareg (Publicat. de l’Ec. des Lettres d’Alger, 3 fascic., Paris 1893-95). — Id., Observations grammaticales et textes de la tamahaq des Taïtoq, publiées par R. Basset et Gaudefroy-Demombynes (Publicat. de l’Ec. des Lettres d’Alger, 3 fascic., Paris 1896-97).
[257]In-8o, Alger, 1888. V. notamment p. 39 et suiv.
[258]Documents, III, p. 158. — Schirmer, Le Sahara, p. 182. — C. Sabatier, Touat, Sahara, Soudan, p. 10.
[259]Schirmer, p. 404.
[260]Bull. Afr. fr., 1896, p. 332.
[261]Schirmer, p. 405.
CHAPITRE VI
LA PÉRIODE DU PARTAGE DE L’AFRIQUE (1890-1900)
I. — La convention de 1890 avec l’Angleterre. — Occupation d’El-Goléa (1891). — Voyage de M. Cambon à El-Goléa (1892). — Projets d’expédition au Touat. — Les bordjs (1892-93). — Prise d’In-Salah (1899). — Progrès dans l’Afrique occidentale et centrale. — Prise de Tombouctou. — Politique saharienne du Soudan. — La « course au lac Tchad ». — La convention de 1899.
II. — Explorations : Jacob (1892). — Godron (1895). — Flamand (1896). — Germain et Laperrine (1898). — Cornetz (1891-94). — Foureau (1890-1900). — La mission Foureau-Lamy (1898-1900).
III. — Tentatives de pénétration commerciale. — G. Méry (1892-93). — D’Attanoux (1893-94). — Morès (1896). — Question des marchés francs (1893). — Question du Transsaharien.
IV. — Renseignements recueillis par MM. Deporter (1890) et Sabatier (1891). — Ouvrages de MM. Schirmer, Flamand, Vuillot, de la Martinière et N. Lacroix. — Cartographie saharienne.
I
Par la convention du 5 août 1890, « le gouvernement de S. M. B. reconnaît la zone d’influence de la France au Sud de ses possessions méditerranéennes, jusqu’à une ligne de Say, sur le Niger, à Barroua, sur le Tchad ». Cette convention a été assez diversement appréciée[262]. Suivant les uns, elle nous permet de réunir toutes les colonies françaises du nord et de l’ouest de l’Afrique et d’en faire un tout. Suivant les autres, cette union est purement fictive et imaginaire ; pour la satisfaction de teinter aux couleurs françaises, dans nos atlas, les vastes espaces vides du Sahara, nous avons abandonné aux Anglais les véritables portes de sortie de l’Afrique centrale, le Niger inférieur et la Bénoué. Sous prétexte de nous autoriser à prolonger l’Algérie vers le Sud, autorisation qui ne nous était nullement nécessaire et que personne ne songeait à nous refuser, nous nous sommes laissés exclure des riches territoires du Sokoto. Lord Salisbury se vanta, non sans quelque apparence de raison, de nous avoir attribué la mauvaise part, en nous donnant « les terres légères » du Sahara, où le coq gaulois trouverait « de quoi gratter ».
Quoi qu’il en soit, si nous voulions tirer parti de cette convention, la première chose à faire était de prendre possession du Touat sans plus tarder. Tel paraît bien avoir été un moment notre pensée. Un projet d’expédition aux oasis du Sud-Ouest par Igli et l’Oued-Saoura fut étudié en 1890, puis ajourné[263]. On se contenta de créer en 1891 un poste permanent à El-Goléa, à cheval sur l’Oued-Mya qui va à l’Igharghar et l’Oued-Seggueur qui va à l’Oued-Saoura ; en ce point, l’Oued-Seggueur, sortant de l’Erg, bute contre le plateau crétacé et repart par un coude brusque dans une direction perpendiculaire, en prenant le nom d’Oued-Meguiden et en se dirigeant à l’W. S. W. vers l’Aouguerout[264].
Cette mesure aurait dû être le prélude d’une action sur In-Salah. Au mois d’août 1891, M. Jules Cambon écrivait combien il lui paraissait nécessaire qu’enfin la France prît une résolution qui assurerait définitivement la tranquillité de l’Algérie et sa domination dans le Sud : « Les oasis du Touat, du Gourara et du Tidikelt, disait-il, ont servi de refuge à tous les hommes de nos tribus plus ou moins compromis, et ont été le centre de toutes les agitations qui se produisent contre nous ; c’est là, au Deldoun, que s’est réfugié Bou-Amama, qui cherche par tous les moyens à encourager les insurrections, les razzias et les défections. D’un autre côté, le souvenir de la mission Flatters, qui n’a pas été vengée, écarte de nous les Touareg qui l’ont concertée. Enfin les nécessités de la politique nous ont conduits à reconnaître la suzeraineté de la Porte sur Ghadamès et sur Ghat ; il en résulte que, si nous laissons échapper le Touat, qui est la plus grande ligne d’eau et de la population se dirigeant à travers le Sahara vers l’intérieur de l’Afrique, comme d’autre part la ligne des oasis de Ghadamès-Ghat ne nous appartient plus, nous n’avons plus de voie de pénétration facile et sûre dans le Sahara, et le traité conclu avec l’Angleterre l’an dernier relativement à l’hinterland algérien sera devenu une lettre morte entre nos mains[265] ».
Mais M. J. Cambon ne parvint pas à faire partager cette manière de voir par le Gouvernement de la métropole. On s’en tint à décider l’augmentation des forces militaires dans le Sud, et le prolongement du chemin de fer d’Aïn-Sefra sur Djenien-bou-Rezg, c’est-à-dire des mesures préparatoires qui ne furent suivies d’aucune action. Les essais faits pour utiliser des influences indigènes, notamment celle du chérif d’Ouazzan, demeurèrent sans grand résultat. En 1892, nous perdîmes une des plus belles occasions d’agir qui se soit présentée. M. Cambon, exécutant un projet conçu par son prédécesseur M. Tirman, se rendit à El-Goléa, accompagné du général Thomassin, et les Ouled-Sidi-Cheikh vinrent l’y saluer. C’est alors qu’on songea à reprendre avec Si-Kaddour la politique qui nous avait jadis donné avec le concours de son père Si-Hamza, le sultanat d’Ouargla[266]. Le chef des Ouled-Sidi-Cheikh promettait de diriger au profit de notre cause ses efforts vers les oasis du Touat. Ce projet n’aboutit pas plus que les autres. Pendant ce temps, la cour de Fès poursuivait ses menées et investissait des caïds dans les oasis ; les efforts du Sultan, évidemment dirigés par les puissances européennes, ne manquaient ni de persévérance ni d’intelligence. En 1893, le sultan Moulay el Hassan visita le Tafilelt, pour y prier, disait-on, sur la tombe de ses ancêtres ; il dut revenir en toute hâte, rappelé par les événements de Melila, et notre situation dans le Sahara n’eut guère à souffrir de ce voyage. La mort du Sultan (1894) rendit encore impossible l’année suivante l’expédition du Gourara.
C’était une compensation insuffisante à notre inaction que la construction de quelques caravansérails fortifiés ou bordjs, au-delà des points extrêmes de nos possessions. En 1893, on créa de ces forts, ainsi qu’on appelle un peu pompeusement ces petits ouvrages, à Berresof, sur la route du Souf à Ghadamès, à Hassi-el-Mey, au sud d’El-Oued et à Hassi-Inifel sur l’Oued-Mya, près du confluent de l’Oued Insokki. En 1894, on construisit Hassi-bel-Heïrane (Fort Lallemand), dans les gassis de l’Igharghar, Hassi-Chebaba (Fort Miribel) à 135 kilomètres Sud d’El-Goléa, sur la route d’In-Salah par le Tademayt, Hassi-el-Homeur (Fort Mac-Mahon), à 165 kilomètres S. W. d’El-Goléa, dans l’Oued-Meguiden, sur la route du Gourara. En 1895, on occupa dans la province d’Oran El-Abiod-Sidi-Cheikh et Djenien-bou-Rezg, postes qui, installés sur le revers de l’Atlas Saharien, allaient nous permettre de surveiller le pays en avant, ce que n’avaient pu faire nos postes de Géryville et d’Aïn-Sefra, placés au débouché nord des montagnes. Enfin, en 1897, le chef-lieu du cercle de l’Extrême-Sud, qui était primitivement à Ghardaïa, fut transféré à El-Goléa.
Ces mesures étaient parfaitement justifiées s’il fallait y voir une solution d’attente, si ces bordjs devaient être des gîtes d’étape et des points d’appui en vue d’une marche immédiate sur In-Salah ; c’était une charge sans compensation si l’on devait s’imposer pendant des années le ravitaillement coûteux et parfois dangereux de ces postes. Avec les nomades, quand on occupe un point, on n’occupe que ce point. Bugeaud l’avait déjà dit[267], et ce principe stratégique, déjà vérifié aux confins du Tell, devient un axiome en pays saharien. La garde d’un point d’eau ou d’un défilé n’empêchera jamais un djich, un rezzou ou une harka de « passer à côté ». Selon le mot de M. de Castries[268] « on ne tient pas les nomades avec des bordjs, on les tient par le ventre ». Ce n’est pas par une progression lente de notre base d’opérations et par la création de postes perdus dans les immensités sahariennes que nous établirons notre domination ; c’est en allant tout droit occuper les oasis où se trouve une population sédentaire et agricole, où, par suite, notre installation est facile, et d’où nous pouvons tenir « par le ventre » les turbulents et les insoumis. C’est en occupant In-Salah, carrefour de routes et lieu de ravitaillement des Touareg, que nous les aurons à notre merci[269].
En 1898, M. Laferrière prit possession du Gouvernement général de l’Algérie. Il montra en maintes circonstances qu’il s’intéressait vivement aux questions de l’Extrême-Sud, et qu’il était résolu à en finir avec les difficultés que nous rencontrions dans le Sud-Oranais et au Touat. La présence à ses côtés du capitaine Levé, officier familier avec les problèmes sahariens et apportant à préparer leur solution l’activité la plus énergique, était un indice certain que la pénétration saharienne entrait dans une phase nouvelle. En effet, les questions posées depuis 1890, voire depuis 1864, se sont trouvées rapidement résolues à la suite de l’attaque de la mission de M. G.-B.-M. Flamand, qui mit fin à des hésitations inexplicables.
Cette mission scientifique était escortée d’un goum d’environ 140 hommes, commandé par le capitaine Pein ; chef du poste de Ouargla, cet officier s’était distingué dans la poursuite d’un rezzou jusque dans la région de Ghadamès, et c’est à lui qu’était échue, en 1898, la difficile mission de ravitailler, dans un pays inconnu, la mission Foureau-Lamy. La mission Flamand, arrivée le 27 décembre 1899 dans la région d’Iguesten, fut attaquée le lendemain au point du jour par une troupe de 1.200 hommes venus d’In-Salah et des ksour voisins, et ayant à leur tête les chefs du sof antifrançais des Badjouda. Le capitaine Pein, malgré le faible effectif dont il disposait, repoussa les agresseurs, qui eurent 50 tués ou blessés et laissèrent plus de 60 prisonniers, parmi lesquels Badjouda. Les portes de Ksar-el-Kebir lui furent ouvertes. A la nouvelle du combat, le capitaine Pein avait été rejoint par le capitaine Germain, commandant les spahis sahariens, qui avait reçu l’ordre de se maintenir en contact avec la mission, de manière à pouvoir lui porter secours en cas de besoin. Le 5 janvier 1900, un nouveau combat, livré près du petit ksar de Deghamcha, amena la soumission de la population de tout le groupe d’In-Salah. Le maintien de l’occupation de cette oasis fut décidé, et le 18 janvier arrivaient des forces de soutien, envoyées d’El-Goléa sous les ordres du commandant Baumgarten. La pénétration saharienne se présentait dans des conditions toutes nouvelles, par suite de cet événement décisif.
Dans nos possessions de l’Afrique occidentale, nous avons acquis un domaine immense pendant la période décennale 1890-1900, et déployé une très grande activité. Celui de tous ces événements coloniaux qui intéresse le plus directement le Sahara est la prise de Tombouctou en 1895 ; notre entrée dans cette ville eut un grand retentissement au Sahara. Les campagnes de la flottille du Niger de 1895-96, grâce, en particulier, au lieutenant de vaisseau Hourst, ont fait connaître le cours complet de ce grand fleuve. La pacification de la partie septentrionale de la boucle a été assurée par l’établissement de postes à Bamba, Gao, Tozaye et Ansongo, qui tiennent le fleuve contre les incursions des Touareg de la rive gauche. Les questions sahariennes ont été étudiées au Soudan avec un soin vraiment digne d’éloges, et le gouvernement de cette colonie a publié sur les Touareg du Sud d’intéressantes études.
En 1898, M. Coppolani, administrateur-adjoint de commune mixte, fut chargé d’une mission du Gouvernement général de l’Algérie pour étudier les rapports entre les confréries religieuses musulmanes de l’Algérie et celle du Soudan. Il entra en relations avec les tribus de Maures et de Touareg Aouelimmiden dont les parcours s’étendent au nord du Sénégal et du Niger et contribua à leur pacification. Il traversa le Tagant, le Hodh, l’Azaouad, et s’avança jusqu’à Araouan.
En 1890, le capitaine Monteil, parti de Bammako, atteint Say en traversant le Massina, reconnaît les limites assignées par la convention franco-anglaise et aboutit à Tripoli en traversant le Sahara par la route de Bilma et du Fezzan. A la fin de la même année, le lieutenant de vaisseau Mizon remonte le bas Niger, sur la foi des traités qui assuraient la liberté complète de navigation du fleuve et de ses affluents. Malgré les embarras de toutes sortes que lui suscite la Royal Niger Company, il réussit à remonter la Bénoué jusqu’à Yola. Il ne parvient pas à atteindre le lac Tchad, mais il effectue sa jonction avec de Brazza, venu à sa rencontre par la Sangha ; il avait ainsi fermé le hinterland du Cameroun, qu’une convention franco-allemande de mars 1894 délimita.
Au Dahomey, les postes de Wydah et de Kotonou servent de point de départ à une action énergique contre le Dahomey, qui aboutit à la prise d’Abomey par le colonel Dodds. Les années suivantes sont employées à effectuer la jonction du Dahomey avec nos possessions de la Côte-d’Ivoire et du Haut-Niger, jonction réalisée de 1896 à 1897.
La capture de notre vieil ennemi Samory, en 1898, abat les dernières résistances dans l’Afrique occidentale. Enfin une convention du 14 juin 1898, par laquelle nous faisions à l’Angleterre des concessions étendues, partage entre elle et nous les territoires de la boucle du Niger[270] ; elle n’est en somme que la conséquence de la fâcheuse convention de 1890.
Dans l’Oubangui, les missions Dybowski, Maistre (1892-94), Gentil (1895-97), s’avançaient vers le bassin du Chari et le Tchad, pendant que les missions Liotard (1892) et Marchand (1896-98) étendaient notre domaine dans la direction du Nil.
La période de grande expansion en Afrique, la « course au lac Tchad », inaugurée par l’exploration de Crampel, peut être considérée comme close par la convention franco-anglaise de 1899, qui a fixé d’une manière à peu près définitive les limites de notre empire colonial dans l’Afrique Centrale[271]. La jonction au moins virtuelle des possessions françaises du Soudan, de l’Algérie et du Congo français sur les bords du lac Tchad est effectuée. La convention de 1899 consacre nos efforts dans la région du Haut-Oubangui, du Chari et du Baguirmi ; elle nous attribue le Ouadaï et le Tibesti, sans parler de vastes régions purement sahariennes. Malgré ce qu’a eu de pénible pour nous l’évacuation de Fachoda et notre exclusion des régions du Haut-Nil, on reconnaîtra sans doute à la réflexion que la part qui nous est faite par la convention n’est pas négligeable. A notre avis, c’est en 1890 que les fautes irréparables ont été commises, lorsque nous nous sommes laissé exclure du Bas-Niger et surtout de la Bénoué, où Mizon nous avait acquis les droits les plus sérieux.
II
La période décennale 1890-1900 n’a pas été sans profit au point de vue de l’exploration et de la connaissance scientifique du Sahara. Le martyrologe des victimes des Touareg semble à peu près clos ; sauf le lieutenant Collot, tué au sud d’El-Goléa par des Chaanba dissidents dans une reconnaissance topographique[272], et le marquis de Morès, qui périt dans le sud de la Tunisie, aucun nouveau désastre ne s’est produit dans le Sahara. Avant de parler des diverses missions de M. Foureau, qui figurent au premier rang pendant cette période, il convient de rappeler les autres explorations accomplies dans l’arrière-pays de la province d’Oran et de la Tunisie.
En 1891, le capitaine de Saint-Julien reconnaissait la vallée de l’Oued-Namous. En 1892-93, M. Jacob, ingénieur des Mines, chargé de l’étude hydrologique du sud des divisions d’Oran et d’Alger, parcourait les vallées de l’Oued-Namous et de l’Oued-Gharbi, s’avançait jusqu’à Hassi-Ouchen, à deux jours de Tabelkoza, puis allait passer à Hassi-bou-Zid et gagnait de là El-Goléa. Il déterminait divers points astronomiques, et M. le lieutenant Fariau, qui l’accompagnait jusqu’à Hassi-bou-Zid, levait son itinéraire. Divers itinéraires dans la région de Fort-Mac-Mahon étaient reconnus et levés par le capitaine Pein, le lieutenant Pouget et d’autres officiers[273]. En 1895, le commandant Godron, accompagné des lieutenants S. du Jonchay et de Lamothe et de l’interprète militaire Palaska, descendait l’Oued-Gharbi, franchissait l’Erg et allait toucher à l’oasis de Tabelkoza[274].
Mais le principal explorateur du Sud-Ouest est M. G.-B.-M. Flamand, professeur à l’Ecole des Sciences d’Alger et collaborateur du Service de la Carte géologique de l’Algérie ; il a fait du Sahara oranais son domaine propre et y a accompli ces mêmes explorations méthodiques que M. Foureau a poursuivies plus particulièrement dans le Sahara algéro-constantinois. C’est en 1890 qu’il commença à voyager dans l’Atlas saharien et les régions limitrophes. En 1896, il accomplit un voyage dont les résultats scientifiques ont été importants. Parti d’El-Abiod-Sidi-Cheikh, M. Flamand aboutit à Fort-Mac-Mahon (Hassi-el-Homeur) ; il reconnut la série des régions naturelles parallèles, dirigées S.-W.-N.-E., que l’on rencontre entre la chaîne saharienne et le plateau crétacé du Tademayt, visitant l’Oued-Gharbi, l’Erg, le Tinerkouk, le Meguiden. Le voyageur a signalé l’importance de la zone d’épandage des grands oueds, réceptacle des eaux des grandes crues de l’Oued-Seggueur, de l’Oued-Gharbi, de l’Oued-Namous ; cette zone n’a pas moins de 400 kilomètres de développement, et sa largeur maximum dépasse 80 kilomètres. La lisière septentrionale du grand Erg est reculée par M. Flamand jusqu’à Oum-es-Sif ; il va se terminer à l’Est à El-Goléa, au sud de la grande vallée du Meguiden ; il est large de 100 kilomètres à peine dans la partie où l’explorateur l’a traversé. Une particularité de structure de cette région est la présence de tar’tar (plur. tr’atir), plateaux sableux sans alignement défini[275].
M. G.-B.-M. Flamand s’est fait une place dans les études sahariennes non seulement comme explorateur, mais comme géologue et comme archéologue. Il a montré la grande extension dans le Sud-Oranais des terrains tertiaires (dépôts gréseux et caillouteux) analogues à ceux des gour de Brézina[276]. Il a publié un ouvrage relatif à la géologie et aux productions minérales de l’Oued-Saoura[277]. On sait en outre l’importance de ses recherches et de ses publications sur les monuments rupestres qu’il a décrits sous le nom de « Pierres Ecrites », et qu’il a déterminés comme appartenant à trois périodes distinctes (néolithique, libyco-berbère, musulmane[278]).
A la suite de sa mission au Tidikelt à la fin de 1899, M. Flamand a fait connaître la tectonique et le régime hydrographique de cette dépression. Des chaînes orotectoniques à direction méridienne ou subméridienne et à axe cristallophyllien relient transversalement le Tademayt à l’avant-pays du massif central targui. Les oasis ont bien une direction nord-sud, mais les drains souterrains des feggaguir ont une direction est-ouest. Les eaux dérivent des grès paléozoïques du Sud par des synclinaux subméridiens, et non du Nord comme on l’avait cru jusqu’à ce jour ; la nappe artésienne paraît beaucoup moins importante que celle de l’Oued-Rir. D’autres notes[279] font connaître la présence au Tidikelt du Dévonien inférieur et du Carboniférien (calcaires à polypiers), reliant les assises carbonifériennes du pays des Azdjer signalées par Foureau à celles du Sahara marocain rencontrées par Lenz[280].
M. Flamand a également présenté[281] des observations sur les nitrates du Sahara, à propos d’un échantillon de terre salpêtrée provenant de la sebkha des Ouled-Mahmoud.
En 1898, MM. Germain et Laperrine, officiers de spahis sahariens, traversaient le plateau du Tademayt de Fort-Mac-Mahon à In-Salah, par Hassi-Aflissès, levant 662 kilomètres d’itinéraires nouveaux. Ils reconnaissaient la configuration exacte du plateau et des oueds qui l’entaillent, configuration assez mal indiquée jusqu’ici sur les cartes. Le versant sud du Baten est abrupt et plonge tout d’un coup sur le reg, où l’on descend par de profondes et difficiles échancrures, telles que la gorge d’Aïn-Souf[282].
Dans le Sud-Tunisien, la région située au sud des grands chotts, parcourue souvent encore par des razzias pendant les premières années après l’occupation de la Tunisie, n’était guère connue, jusqu’en 1891, au-delà de la limite de la carte au 1/200.000e du Service géographique de l’armée, que par quelques renseignements indigènes. Seul, M. de Béchevelle, officier du Service des renseignements, chargé d’organiser le petit pays du Nefzaoua, s’était avancé jusqu’à Bir-Kessira, sur la route de Douirat à Ghadamès. Aucun voyageur européen n’avait encore parcouru les routes conduisant de la Tunisie à Ghadamès.
C’est ce que se proposa un jeune ingénieur suisse, M. V. Cornetz, qui accomplit, en 1891, un voyage de Douirat à Ghadamès et entra même dans cette dernière ville. De 1891 à 1894, il a vécu sous la tente avec les dernières tribus tunisiennes et fait de grandes excursions cynégétiques, son principal point de départ ayant été le village de Douz, au sud-est du Nefzaoua. M. Cornetz a dégagé avec beaucoup de clarté[283] les traits généraux de la géographie du Sahara tunisien, où la division fondamentale est, comme dans le Sahara algérien, celle du Sahara quaternaire ou pays des Puits (Bled-el-Biar) et du Sahara crétacé ou pays de la Soif (Bled-el-Ateuch). Entre Ghadamès et le Nefzaoua. M. Cornetz distingue 5 régions : une région de hammada ; une région de chebka, longée par une large plaine d’érosion, le Djelel ; une région de gour ; la région des Toual (gour allongés) et la plaine des puits. M. Cornetz a étudié les Areg tunisiens et leurs limites, les points d’eau, les tribus, les principaux trajets de caravanes.
En 1893, MM. Cazemajou, capitaine du génie, et Dumas, lieutenant au 4e spahis, exécutaient un voyage de reconnaissance vers Ghadamès en suivant la route Nefta-Ghadamès, non encore reconnue. Partis de Berresof Cherf, ils s’avançaient à travers l’Erg jusqu’à la zaouïa de Sidi-Maabed, à 2 kil. à l’ouest de Ghadamès, levant leurs itinéraires à 1/100.000e[284].
Le principal explorateur de cette période décennale est M. Foureau, qui reprend et continue, dans des conditions singulièrement plus difficiles, les traditions de Duveyrier. Presque chaque année, depuis 1890, nous trouvons M. Foureau sur les routes du Sahara. La surface des régions explorées par lui de 1890 à 1897 représente un carré de 750 kil. du nord au sud et autant d’est en ouest compris entre les latitudes de Touggourt et d’Edeyehouen, dans l’Oued-Mihero, entre les méridiens d’In-Salah et de Ghadamès[285]. Les itinéraires de M. Foureau, divergeant presque tous de Biskra, embrassent la région comprise entre le Sud Algérien et le Tassili des Azdjer, en passant par l’Erg et la hammada de Tinghert. Il a franchi treize fois les grandes dunes de l’Erg oriental, trois fois le massif de dunes au sud du Djoua (Erg d’Issaouan des cartes). Il a résolu le problème du cours de l’Igharghar, reconnu des bras très excentriques de ce fleuve fossile dans l’Erg de l’Est, alors qu’on admettait avant lui qu’il suivait en un cours unique le Gassi Touil. Il a déterminé l’altitude, la nature du sol et la végétation dans les régions ainsi parcourues par lui, dont ses itinéraires, soigneusement relevés, ont aidé à fixer la carte. Ses missions ont eu d’importants résultats géologiques : il a notamment fait connaître l’existence de larges bandes de calcaire carbonifère dans l’Erg d’Issaouan, entre la hammada crétacée de Tinghert et le plateau dévonien du Tassili.
En 1890, M. Foureau[286] part de Touggourt, va passer à Bir-Ghardaya, Hassi-Botthin et Aïn-Taïba. Puis, traversant l’Erg dans la direction du sud-ouest, par une contrée fort difficile, il va aboutir à Menkeb-Souf, dans la région dite du Maader, estuaire terminal des rivières descendues du Tademayt sur le versant nord-est. Il passe à Hassi-Aouleggui, non loin de Hassi-Messeguem, coupant en ce point la route de la deuxième mission Flatters. Puis il longe le versant sud du Tademayt, cheminant sur une hammada noire qui s’étend entre l’Oued-Massin à gauche et le Djebel-el-Abiod à droite, le long du Baten. Arrivé au Koudiat-Mrokba, à partir duquel le Baten s’éloigne dans la direction Ouest plein, il reprend la route du retour, repasse à Menkeb-Souf, puis se dirige sur Guern-el-Messeyed. De là, il suit la hammada Dra-el-Atchan ou hammada de l’Oudje nord et rentre à Touggourt.
En 1892, M. Foureau se propose[287] de reconnaître la région au sud d’Aïn-Taïba, entre Temassinin et Hassi-Messeguem. Il franchit l’Erg deux fois, par des routes presque entièrement nouvelles, pousse une pointe à travers le plateau rocheux de Tinghert jusqu’au puits de Tabankort, visite Temassinin, petit jardin de 2 à 300 palmiers, où habite seul un hartani d’In-Salah, gardien de la zaouïa, à dix jours de marche de tout centre habité. De Temassinin, M. Foureau fait route sur Hassi-Messeguem en passant par El-Biodh, et remonte ensuite sur Touggourt par Aïn-Taïba.
En 1893, M. Foureau parcourt de nouveau[288] le Sahara algérien et relève des itinéraires nouveaux dans la région s’étendant entre Ouargla, Temassinin et Ghadamès. A partir d’Aïn-Taïba, il gagne El-Biodh par une route nouvelle et intermédiaire entre ses anciens itinéraires de 1890 et 1892. A Temassinin, il apprend la présence, près Ghadamès, de plusieurs nobles Azdjer qu’il désire rencontrer ; il se décide alors à se rapprocher de cette ville en suivant l’Oudje sud de l’Erg, au nord de la route suivie par Rohlfs, région curieuse et jusqu’alors inexplorée, en sol de hammada rocheuse extrêmement dure. Arrivé au Hassi-Imoulay, il ne crut pas devoir s’approcher plus près de Ghadamès. Quelques Ifoghas, auxquels il avait envoyé des émissaires, vinrent l’y visiter ; ils déclarèrent que la convention de 1862 était ignorée de la masse des tribus, et qu’ils ne pouvaient, pour le moment, lui assurer le passage à travers leur territoire. D’après ces indigènes, le commerce serait nul entre In-Salah et Ghadamès, peu important entre l’Aïr, la région du Tchad et la Méditerranée. M. Foureau, traversant l’Erg de nouveau entre les itinéraires de Largeau et de Duveyrier, rentra à Touggourt par Hassi-Tozeri et Bir-el-Hadj.
En 1894, de même qu’en 1893, le but de M. Foureau[289] était de pénétrer chez les Touareg Azdjer, de traverser leur territoire et d’atteindre l’Aïr. Cependant, avant de prendre la direction de Temassinin et du Tassili des Azdjer, il dut, afin de déférer au désir du Gouvernement général de l’Algérie, faire un levé rapide de la route d’El-Goléa au Tidikelt à travers le Tademayt. Seul, sans bagages, ni tente, ni convoi, accompagné de cinq Chaanba seulement, il passe par Hassi-Chebaba et s’avance jusqu’à Hassi-el-Mongar, à 35 kilomètres N.-E. d’In-Salah. Il se dirige ensuite sur El-Biodh et Temassinin, suit le Djoua par l’Oued-Ohanet, puis, coupant à travers l’Erg d’Issaouan, il gagne par une route complètement nouvelle le puits de Tadjentourt, situé sur la route de Ghadamès à Ghat et qu’avait jadis visité Duveyrier. De là, il traverse le plateau d’Eguélé et atteint l’Oued-Tikhammalt (Oued-Mihero), où il a une entrevue avec les chefs Azdjer, notamment Guedassen, Mohammed ben Ikhenoukhen, et Moulay-ag-Khaddadj. Guedassen, le chef des Azdjer, est très hostile aux Européens ; Mohammed ben Ikhenoukhen est plus calme et plus sympathique ; Moulay ag Khaddadj, cousin d’Ikhenoukhen, est peu influent[290]. Il n’y a d’ailleurs plus d’amenokal depuis la mort d’El Hadj Ikhenoukhen ; l’anarchie complète règne chez les Azdjer. Après de longues et pénibles discussions, les chefs finirent par accepter de faire traverser leur territoire à M. Foureau. Celui-ci remonta la vallée, encaissée dans le Tassili, massif montagneux de grès noir hérissé de pics aigus, mais sa marche vers le Sud-Est fut bientôt arrêtée, au point dit Edeyehouen, avant le lac Mihero, par une bande de fanatiques à l’encontre desquels les notables Azdjer ne montrèrent qu’une médiocre bonne volonté. Le retour en arrière s’effectua à travers l’Erg d’Issaouan et le plateau de Tinghert, par Hassi Tabankort, Mouilah Maatallah, Hassi-Mokhanza et Touggourt.
Ces deux missions de M. Foureau à Hassi-el-Mongar et à Edeyehouen sont parmi les plus importantes qu’il ait accomplies à tous les points de vue. Il rapportait un itinéraire de 4.600 kilomètres levé à 1/100.000e. Sa tentative de janvier 1894 pour traverser le Tassili et pénétrer dans l’Aïr est celle qui fut le plus près de réussir.
Pendant les années qui suivent, M. Foureau fait encore plusieurs explorations plus ou moins longues dans l’arrière-pays de nos possessions de l’Afrique du Nord ; d’octobre 1894 à mars 1895, il effectue deux nouvelles tentatives[291]. Dans un précédent voyage, il avait pris contact et séjourné quelque temps avec les chefs Azdjer au milieu de leurs campements ; arrêté dans sa marche vers le Sud par les efforts d’un chérif fanatique et la mollesse voulue des chefs Azdjer, il rapportait une réclamation des Touareg qui demandaient au Gouvernement français la restitution de chameaux à eux razziés en 1885 par des nomades algériens d’El-Oued. Après règlement de cette question, ils assuraient, disaient-ils, le libre passage aux explorateurs français. Le Gouverneur général voulut bien consentir, par mesure bienveillante, à payer aux Touareg leurs chameaux ; mais ils devaient envoyer à Touggourt des mandataires pour toucher cette somme, fixée à 9.000 francs.
M. Foureau se rendit chez les chefs Azdjer pour les informer de cette décision. Passant par Aïn-Taïba, El-Biodh et Temassinin, il traversa l’Erg d’Issaouan, où il reconnut l’existence d’un grand gassi se dirigeant vers Aïn-el-Hadjadj ; il s’avança jusqu’au lac Menghough, doublant à peu près l’itinéraire de la première mission Flatters, et poussa jusqu’à Tadjentourt, où eurent lieu avec les chefs des pourparlers qui durèrent 6 jours. Il se décida à leur payer 2.000 francs à titre d’acompte, et ramena deux mandataires auxquels fut versé le reste de la somme. Il rentra à Touggourt par Hassi-bel-Haïrane, rapportant environ 1.000 kilomètres d’itinéraires nouveaux, notamment dans le grand Erg, et ayant recueilli divers fossiles du dévonien et du carboniférien.
Les mandataires des Touareg, ayant reçu en janvier 1895 à El-Oued le solde de leur compte, repartirent avec une lettre par laquelle Foureau donnait rendez-vous aux chefs Azdjer au pied du Tassili pour le mois de mai. Ayant rempli[292] toutes les conditions exigées par eux, il devait trouver son escorte au jour dit. Mais cette fois, il fut arrêté par un rezzou de Chaanba dissidents habitant avec Bou-Amama. Il dut rentrer à Biskra, après avoir couru de réels dangers, et ne rapportant que fort peu de renseignements géographiques. La même année survenait un événement fâcheux pour l’influence française, la mort de Mohammed ben Ikhenoukhen, fils du protecteur de Duveyrier[293].
En 1896, les Touareg avaient accusé officiellement réception des sommes versées le 3 février 1895 par les autorités françaises à leurs mandataires. Leurs dispositions semblaient assez favorables, mais le Gouvernement général s’opposa à ce que M. Foureau pénétrât cette année-là chez les Touareg, où on signalait un état troublé, et il dut se borner à une course dans le grand Erg algérien et tunisien[294]. Il distingua dans l’Erg un certain nombre de zones bien distinctes, différentes par l’aspect et la végétation, reconnut un bras très oriental de l’Igharghar et constata que la région de l’Ouar (la difficile), qui succède à l’Oudje nord, recouvre tout un système montagneux, aujourd’hui à peu près complètement enseveli.
En 1897, M. Foureau tente une fois encore la traversée du Tassili des Azdjer[295]. De Temassinin, il remonte la vallée des Ighargharen, passe à Aïn-el-Hadjadj et au lac Menghough. Il a de longs palabres avec les Azdjer au puits de Tassindja, dans l’Oued-Lezy, mais sans plus de succès que précédemment. Il doit renoncer à gagner l’Aïr, faute d’argent et de temps (il était parti trop tard, en mars, et avait rencontré des températures très pénibles) ; mais le principal obstacle résidait toujours dans l’attitude des Azdjer « dont les appétits, au point de vue de l’argent, sont aussi grands que leur complaisance l’est peu. »
Les explorations de M. Foureau donnent la conviction, à peu près établie d’ailleurs dès sa mission de janvier 1894, que le système employé par Duveyrier, et consistant à se présenter presque sans compagnons en s’assurant le patronage de chefs influents, n’est plus de mise et ne saurait désormais réussir, si bien préparé que soit l’explorateur et quelle que soit sa connaissance des choses du Sahara.
Il ne restait donc qu’à tenter la traversée du Sahara « avec une petite colonne d’hommes disciplinés à toute épreuve, qui puisse s’avancer sans provocation, mais négocier sans faiblesse, et passer outre aux manœuvres dilatoires qu’emploient si volontiers les Touareg, qui ne sont forts que de notre apparente faiblesse[296]. » « Seule, écrivait M. Foureau[297], une escorte de 150 fusils bien recrutés assure absolument la sécurité et la réussite ; avec elle, on peut se passer des Touareg, solder les droits de passage régulièrement dus, ne pas faire de cadeaux ». Il restait en somme à recommencer la mission Flatters dans des conditions meilleures, et avec la résolution ferme de passer de force si l’on ne pouvait passer de plein gré. C’est ce qu’a exécuté la mission Foureau-Lamy en 1898. Cette mission a prouvé la justesse des vues de ceux qui avaient toujours affirmé qu’une petite troupe bien organisée, placée sous le commandement d’officiers ayant pratiqué le désert, ne devait rencontrer au Sahara d’autre résistance, d’autre obstacle que ceux provenant de la nature.
Le legs fait[298] à la Société de Géographie de Paris par M. R. des Orgeries permit à M. Foureau de réaliser ce programme, qui reçut l’approbation des divers ministères et du Gouvernement général de l’Algérie. Le commandant Lamy, ancien chef du poste d’El-Goléa en 1891, alors officier d’ordonnance du Président de la République M. Félix Faure, devint le second de M. Foureau dans l’entreprise et fut spécialement désigné pour commander l’escorte. La mission comprenait en tout 5 membres civils : MM. Foureau, Villatte, Ménard-Dorian, Louis Leroy, du Passage (ces deux derniers ne dépassèrent pas Temassinin) ; 10 officiers : MM. Lamy, Reibell, Métois, Verlet-Hanus, Britsch, Oudjari, de Chambrun, Rondeney, docteurs Fournial et Haller, et 277 hommes de troupe.
Le 23 octobre 1898, la mission quitta Ouargla, emmenant avec elle un immense convoi de 1.000 chameaux chargé d’approvisionnements de toutes sortes. La mission passa d’abord par Aïn-Taïba, El-Biodh et Temassinin. Un poste provisoire fut fondé en ce dernier point pour rester le plus longtemps possible en relations avec la mission et la couvrir au besoin ; grâce à cette précaution, négligée bien à tort par Flatters, la mission, qui avait d’ailleurs avec elle des forces suffisantes, devait être plus respectée encore des populations touareg[299]. Le capitaine Pein fut chargé du commandement de ce poste ; il avait avec lui 120 méharistes, dont 50 spahis sahariens aux ordres du lieutenant de Thézillat, et une quinzaine de chevaux ; il accomplit sa difficile tâche avec un succès qui lui fait le plus grand honneur. Dès que la mission Foureau-Lamy eut quitté Temassinin, le capitaine Pein partit en reconnaissance vers le S.-W. jusqu’au puits d’In-Kelmet, à deux jours au N.-E. d’Amguid, couvrant le flanc droit de la mission. De retour à Temassinin, il en repartit pour s’avancer jusqu’à Tikhammar et à l’Oued-Affatakha, qu’il ne comptait pas dépasser ; mais la nécessité d’assurer le retour de l’escorte d’un dernier et important convoi, que le lieutenant de Thézillat avait dû accompagner à Assiou, le contraignit de pousser jusqu’à Tadent. C’est seulement lorsque tout son monde fut rentré qu’il se décida à revenir en suivant une route nouvelle, qui le ramena à la Sebkha d’Amadghor et à Amguid[300]. Partout où il avait passé, il avait fait le levé de son itinéraire, exécuté de nombreuses reconnaissances, recueilli d’utiles renseignements auprès des indigènes.
Quant à la mission Foureau-Lamy, elle fut retardée par la difficulté d’abreuver et de nourrir un si grand nombre de chameaux, difficulté encore aggravée par une sécheresse persistante. En outre, la route présente des obstacles très rudes au point de vue de la nature et du relief du sol. Jusqu’à Aïn-el-Hadjadj, la mission suivit l’itinéraire de la première mission Flatters ; mais à partir de ce point, elle entra en pays complètement inconnu, jusqu’auprès d’Assiou (In-Azaoua), où elle rejoignit l’itinéraire de Barth.
La carte de la région était complètement erronée, bien que la succession des oueds, puits et points importants, fixée par Duveyrier d’après renseignements soit tout-à-fait exacte et rende de précieux services au voyageur. Mais il est nécessaire de faire subir aux diverses régions des corrections de report soit vers l’Est, soit vers l’Ouest, soit vers divers azimuts. On traversa d’abord, non sans peine, le Tindesset, portion ouest du Tassili des Azdjer, région gréseuse offrant des altitudes de 1.400 mètres, et entourée vers l’Est d’étendues volcaniques ; la mission y rencontra des températures très basses de − 8° et − 10°. On découvrit ensuite l’Adrac, région difficile et tourmentée ; elle se relie par son angle S. W. au massif d’Ahorrène, qui porte ses sommets principaux à 1.800 mètres, ne le cédant en rien du reste aux pics majeurs situés plus à l’Est et appartenant à l’Adrar proprement dit. La ligne de partage entre la Méditerranée et l’Atlantique fut franchie par 1374 mètres d’altitude et presque sur le 25e parallèle Nord. Puis, devant l’Oued-Tafassasset, il fallut marcher dix jours dans une nouvelle région montagneuse, le massif de l’Anahef, composé de granit, de gneiss et de schistes, absolument dépourvu d’eau.
La mission arriva ensuite à Tadent, sur la route des caravanes de Ghat à l’Aïr. De ce point, MM. Foureau et Lamy allèrent, avec une faible escorte de 30 Chaanba, visiter les parages où eut lieu, en 1883, le massacre de la mission Flatters. La traversée entre Tadent et Assiou fut encore très pénible par suite du manque de toute espèce de végétation ; la mission perdit un grand nombre de chameaux. Le puits d’Assiou n’existe pour ainsi dire plus comme point d’eau ; il est remplacé par In-Azaoua, situé un peu plus loin dans l’Oued-Tafassasset, qui draine toutes les eaux du flanc oriental de l’Anahef.
D’In-Azaoua, une marche de 11 jours, à travers une région montagneuse parfois très difficile, où un seul puits intermédiaire, celui de Taghazi, permit de renouveler la provision d’eau, amena la mission à Iferouane, premier village de l’Aïr, habité par des Touareg. Le manque d’animaux de transport, pour remplacer ceux très nombreux qui avaient péri en route depuis l’Algérie, la mauvaise volonté des indigènes, les tromperies des guides, retinrent longtemps les voyageurs dans l’Aïr. Ils y endurèrent de cruelles souffrances, notamment par suite du manque de vivres, et durent se résoudre à sacrifier une grande partie de leurs bagages. Ils furent attaqués à deux reprises par les Touareg, sans aucun succès d’ailleurs ; sur un des Touareg tués on trouva des fragments de papiers, ayant appartenu à Erwin de Bary. M. Foureau est d’accord avec l’explorateur allemand qui l’avait précédé sur le régime climatique, la végétation de l’Aïr et le degré d’importance d’Agadès.
Arrivée dans cette ville le 28 juillet, la mission ne la quitta définitivement que le 17 octobre, et, par des marches longues et pénibles, traversa l’Azaouak, zone désertique, puis le Tagama, relativement boisé, le Damergou, plus découvert, avec des champs de mil. Elle parvint enfin à Zinder, grande et belle ville, où elle trouva un détachement d’une centaine de tirailleurs sénégalais. De Zinder, Foureau-Lamy se dirigèrent vers le Tchad, traversant Kouka en ruines ; arrivés sur les bords du lac, ils opérèrent leur jonction avec deux autres missions françaises : la mission de l’Afrique centrale, ancienne mission Voulet-Chanoine devenue la mission Joalland-Meynier, qui s’était avancée du Niger au Tchad, et la mission Gentil qui provenait du Congo et du Chari. Pendant que Foureau rentrait en France par l’Oubangui, ayant parcouru près de 10 degrés de latitude en passant par le centre du continent noir, les forces réunies des trois missions, sous les ordres du commandant Lamy, livraient bataille à Rabah à Koussri ; le conquérant noir était tué, mais ce succès était trop chèrement payé par la mort de Lamy enseveli dans son triomphe (22 avril 1900). La défaite des bandes de Rabah était achevée à Dikoa par le capitaine Reibell. La mission Foureau-Lamy, c’est en somme la mission Flatters reprise et réussissant. Il est seulement fâcheux qu’on ait attendu 20 ans pour cela. La preuve est faite dorénavant qu’on peut traverser le Sahara avec une petite troupe bien commandée.
Les résultats scientifiques de la Mission Saharienne sont trop considérables pour qu’il soit possible d’en donner ici même un aperçu. Les Documents rapportés par la mission et l’exposé méthodique des résultats de la grande expédition ont été publiés par M. Foureau[301]. Les observations astronomiques et météorologiques, l’orographie et la structure du pays, l’hydrographie, la carte, la nature géologique, la flore et la faune, l’ethnographie, les découvertes d’ordre préhistorique sont successivement passés en revue. C’est en quelque sorte l’encyclopédie des connaissances acquises sur cette longue bande d’Afrique qui va d’Ouargla à l’Oubangui[302]. L’Atlas, dressé par le capitaine Verlet-Hanus, d’après les travaux exécutés sur le terrain par M. F. Foureau et par les officiers de l’escorte militaire comprend 16 planches en couleur contenant l’itinéraire général de la mission entre Ouargla et Bangui, à l’échelle de 1/400.000e. Cet itinéraire est appuyé sur plus de cent positions astronomiques. Il est complété par une série de profils qui donnent une impression très nette de la région traversée.
Au point de vue géologique, c’est à M. Foureau que nous devons les documents paléontologiques permettant d’établir une chronologie précise des formations géologiques qui affleurent dans le grand désert : schistes siluriens du Tindesset, caractérisés par la présence de graptolithes, grès dévoniens, grès et calcaires carbonifères, argiles et grès albiens. Si l’on rapproche les faits observés par M. Foureau de ceux qui ont été constatés depuis à l’Ouest de l’Ahaggar, on constate[303] que le Sahara septentrional et central comprend deux régions essentiellement distinctes : une région de plissements postcarbonifères, et une région tabulaire où les plissements sont antérieurs au dévonien. Les terrains crétacés forment une vaste nappe transgressive, qui s’étend indistinctement sur les deux systèmes de plissements. M. E. Haug déclare que, parmi les faits stratigraphiques mis en lumière au cours de ces dernières années, il n’en est certainement pas qui dépassent en intérêt ceux qu’a moissonnés M. Foureau au cours de ses voyages successifs en pays touareg.
Dans le chapitre consacré à la géographie physique, le Sud Algérien, le grand Erg, la hammada de Tinghert, l’Erg d’Issaouan, les massifs montagneux et les plateaux du Sahara central, les massifs de l’Aïr, les plateaux sahariens du Tagama et du Damergou sont décrits de main de maître ; M. Foureau y a joint des observations sur les dunes et sur les phénomènes éoliens. Pour la richesse des renseignements météorologiques, M. Foureau a toujours satisfait les plus difficiles. L’hydrographie contient des considérations sur le bassin de l’Igharghar, sur l’Oued Tafassasset, qui parait s’acheminer vers le S.-S.-W., dans la direction de Sokoto et du Niger, sur les oueds de l’Aïr, sur le problème du Tchad. Les collections botaniques et zoologiques sont malheureusement incomplètes, détruites par les accidents de la route.
Les collections préhistoriques reccueillies par M. Foureau et commentées par le Dr Haug et le Dr Verneau, sont des plus précieuses. Le chapitre ethnographique apporte beaucoup de renseignements nouveaux sur les Touareg du Nord et sur les Keloui de l’Aïr. Enfin l’aperçu commercial et les conclusions démontrent que toute la partie du Sahara qui s’étend depuis le Sud Algérien jusqu’aux confins septentrionaux de l’Aïr est improductive, stérile et n’offre aucune ressource sérieuse. Dans la région même de l’Aïr, les cultures sont extrêmement réduites, et il y a peu de chances d’étendre ces petits jardins entretenus à grand’peine. Dans l’état actuel des choses, le Sahara n’a aucune valeur, ne produit absolument rien, et il y a lieu de procéder à son organisation de la façon la plus économique possible[304].