[48]C. Rousset, La Conquête de l’Algérie, in-8o, Paris, 1889, II, p. 373. Cf. A. Rastoul, Le général Randon, in-8o, Paris, 1890. Randon, Mémoires, 2 vol. in-8o, Paris, 1875-77.
[49]Paul Vuillot, L’Exploration du Sahara, étude historique et géographique, gr. in-8o, Paris, 1895, p. 41.
[50]Gal-Lieut von Schubert, Heinrich Barth der Bahnbrecher der deutschen Afrikaforschung, in-8o, Berlin, 1897. C’est une biographie intime d’après des papiers de famille. Cf. une notice de Duveyrier sur Barth dans la Revue contemporaine du 28 février 1866. Barth n’a pas encore été l’objet d’une biographie digne de lui.
[51]4 vol. in-8o, Alger, 1852, publiés par ordre du Ministre de la Guerre.
[52]Hanoteau, chef de bataillon du génie, Essai de grammaire de la langue tamachek, Paris, Impr. imp., 1860. Les plus anciens travaux sur la langue des Touareg sont ceux de Judas, Note sur l’alphabet berbère usité chez les Touareg, Journ. asiat., mai 1847 ; F. de Saulcy, Observations sur l’alphabet tifinag, Paris 1849 ; Richardson, Vocabulaire arabe, Ghadamès et Touareg, Londres, in-fol. 1846 ; l’abbé Bargés (Rev. algér. et col. 1853, p. 72). Voir aussi Revue de l’Orient, 1857, tome V, p. 333, tome VI, p. 25, 162 et 224.
[53]Duveyrier, Les Touareg du Nord, in-8o, Paris, 1864, p. 388.
[54]Mangin, Notes sur l’histoire de Laghouat (Revue Africaine, 1894 et 1895). Voir notamment les raisons données par le général Pélissier en faveur de l’occupation définitive de Laghouat (Revue Africaine, 1895, p. 8).
[55]Dr Ch. Amat, Le Mzab et les Mzabites, in-8o, Paris, 1888, p. 20.
[56]Documents, II, p. 809. Cf. les portraits de Si Hamza donnés par le colonel Trumelet, Les Français dans le Désert, p. 96 ; L’Algérie légendaire, p. 153 et par F. Gourgeot, Situation politique de l’Algérie, p. 11.
[57]Documents, II, préface, p. X.
[58]C’est, semble-t-il, une exagération de Vuillot (p. 48).
[59]Trumelet, Les Français dans le Désert, in-8o, Paris, 1862. Cet ouvrage est un récit de l’expédition d’Ouargla, à laquelle l’auteur avait pris part. Cf. E. Mangin, Revue Africaine, 1895, p. 19-23.
[60]Randon, Mémoires, I, p. 251. Cf. Depont et Coppolani, Les Confréries religieuses musulmanes, in-8o, Alger, 1897, p. 272, note.
[61]A. le Chatelier, L’Islam au Soudan, in-8o, Paris, 1899, p. 167.
[62]Voir le portrait qu’en fait Duveyrier (Touareg du Nord, p. 363).
Rohlfs a porté sur son compte un jugement tout différent.
[63]Duveyrier (Touareg du Nord, p. 352) a également tracé un portrait d’Ikhenoukhen.
[64]Randon, Mémoires, I. p. 447.
[65]Comte H. de Sanvitale, Tribus du Sahara Algérien (Revue de l’Orient, mars 1854).
[66]Les documents qu’on utilisait étaient, outre ceux de l’époque précédente, Ibn Khaldoun, Barth qu’on lisait dans l’édition anglaise, et des renseignements recueillis auprès de nègres habitant l’Algérie, peut-être avec une méthode moins sûre que celle de Daumas. (V. Résultats, etc., p. 10.)
[67]H. Dastugue, Quelques mots au sujet de Tafilet et de Sidjilmassa (Bull. Soc. Géogr. Paris, 1867, p. 337, avec cartes). Id., Hauts-Plateaux et Sahara de l’Algérie Occidentale (Bull. Soc. Géogr. Paris, 1874, p. 113 et 239).
[68]Résultats, etc., p. 3.
[69]E. Cat, Biographies Algériennes : Mac-Carthy (L’Algérie Nouvelle, 1898, p. 91).
[70]C’était un aventurier, écrivait Botta, consul de France à Tripoli, dans une lettre inédite à Duveyrier. (Renseignement communiqué par M. Maunoir.)
[71]Duveyrier, Historique, etc., p. 229. Cf. la biographie du Général de Colomb, mort en 1902, dans Bull. Afr. Fr., 1902, p. 431.
[72]De Colomb, Exploration des ksours et du Sahara, in-8o, Alger, 1858, p. 10.
[73]L. de Colomb, Exploration des ksours et du Sahara de la province d’Oran, avec une carte de l’itinéraire par M. de la Ferronays, Alger, Impr. du Gouvernement, 1858.
[74]Voir notamment p. 57 et suivantes.
[75]P. 36.
[76]Il y a une autre Daïa-el-Habessa dans l’Oued-Mya au sujet de laquelle on raconte la même chose (Documents relatifs à la mission Flatters, in-4o, Paris, 1884, p. 283).
[77]P. Marès, Note sur la constitution générale du Sahara dans le sud de la province d’Oran (Bull. Soc. Géol. de France, 1857, p. 524). Cf. Bull. Soc. Géol. de France, 1864, p. 686. C. R. Ac. Sc., 1857, tome XLV, p. 26 et Ann. Soc. Météorol. de France, 1857, p. 172 ; 1859, p. 222 ; 1860, p. 34 ; 1864, p. 174.
[78]Duveyrier, Historique, etc., p. 234-235.
[79]L. de Colomb, Notice sur les oasis du Sahara et les routes qui y conduisent (extrait de la Revue Algérienne et Coloniale, 1860). Il existe de de Colomb une carte des oasis du Touat à 1/1.600.000 et une autre à 1/400.000 gravée au Dépôt de la Guerre (toutes deux de 1860). Cf. Documents, IV, p. 583.
[80]H. Simon (capitaine), Trois rapports du lieutenant-colonel de Colomb sur la question du commerce transsaharien (Bull. Soc. Géogr. d’Oran, 1905, p. 167 et suiv.).
[81]A. Cherbonneau, Itinéraire descriptif de Touggourt à Tombouctou et aux Monts de la Lune (Ann. Soc. Archéol. de Constantine, 1853, p. 91 ; Revue Alg. et Col., 1857, t. V, p. 224 (t. à p. 1860).
[82]Dr A. Maurin, Les Caravanes françaises au Soudan, in-8o, Paris, 1863.
[83]Lettre du maréchal Randon au Général commandant la division d’Oran, du 26 juin 1858.
[84]14 juillet 1858.
[85]Sans doute parce qu’on ne le savait pas exactement.
[86]V. la biographie du général Colonieu, mort en 1902, dans Bull. Afr. fr., 1902, p. 371.
[87]Duveyrier, Historique, etc., p. 236.
[88]Colonieu (commandant), Voyage au Gourara et à l’Aouguerout. (Bull. Soc. Géogr. de Paris, 1892, p. 51 ; 1893, p. 53 ; 1894, p. 430), avec carte dressée par Duveyrier, en 1864.
[89]Vuillot, L’Exploration du Sahara, p. 73. — Schirmer, Le Sahara, in-8o, Paris, 1893, p. 380.
[90]Résultats obtenus, etc., p. 11.
[91]Vuillot, p. 71.
[92]Id. p. 72.
[93]Bull. Soc. Géogr. Paris, 1894, p. 457.
[94]Duveyrier, Historique, etc., p. 240.
[95]Voir notamment Bull. Soc. Géogr. Paris, 1893, p. 94 ; 1894, p. 430 et suivantes.
[96]Bull. Soc. Géogr. Paris, 1894, p. 431.
[97]Les Ksouriens, pas plus que Si Hamza, ne se rendaient bien compte de ce qui nous poussait à pénétrer dans ces régions désolées et à vouloir y créer des relations commerciales.
[98]Mangin, Revue Africaine, 1895, p. 29.
[99]Ce sont ces événements qui ont été racontés et dramatisés par le romancier Hugues Le Roux (L’Épopée du Sud. — Gens de poudre). Il a fait revivre les intéressantes figures du Basque Séroka, chef du bureau arabe de Biskra, et du Corse Carbuccia, commandant la légion.
[100]Schirmer, Le Sahara, p. 422.
[101]Id., Ibid., p. 423.
[102]Jus, Les forages artésiens de la province de Constantine, Constantine, 1870, p. 8 et suiv. — Rapport du colonel Séroka (Rev. Alg. et Col., 1859, p. 339). — Rapport du lieutenant Rose (Ibid., p. 17). — Ville, Voyage d’exploration dans les bassins du Hodna et du Sahara, p. 345-417.
[103]Annales des Mines, 1852.
[104]Ville, Notice sur les sondages exécutés pendant les années 1859 à 1862 dans le territoire militaire de la province d’Alger (Ann. des Mines, 1864).
[105]Ville, Voyage d’exploration dans les bassins du Hodna et du Sahara, Paris, Impr. imp., 1868. Id., Exploration géologique du Beni-Mzab, du Sahara et de la région des steppes de la province d’Alger, Paris, Imp. nat., 1872.
[106]Colonieu, Voyage dans le Sahara Algérien de Géryville à Ouargla (Tour du Monde, 1863, p. 161).
[107]E. Ficheur, Notice Biographique sur A. Pomel (Bull. Soc. Géolog. de France, 1899, p. 191).
[108]Cherbonneau, Relation du voyage de M. le Capitaine de Bonnemain à R’damès, Paris, 1857, in-8o.
[109]Résultats, etc., p. 7. — Cf. Randon, Mémoires, I, p. 453.
[110]E. Masqueray, Journal des Débats, 14 mai 1892. — Henri Duveyrier, Journal de Route, publié et annoté par Ch. Maunoir et H. Schirmer, précédé d’une biographie de H. Duveyrier par Ch. Maunoir, in-8o, Paris, A. Challamel, 1905.
[111]H. Duveyrier, Journal d’un voyage dans la province d’Alger, p. p. Ch. Maunoir, in-8o, Paris, 1900 (non mis dans le commerce).
[112]Cité par Vuillot, p. 60.
[113]Bull. Soc. Géogr. Paris, 1859, p. 217 et Revue Alg. et Col., 1860, tome II.
[114]Duveyrier, Les Touareg du Nord, in-8o, Paris, 1864.
[115]H. Schirmer, Henri Duveyrier (Ann. de Géogr., 1891-92, p. 415).
[116]Duveyrier, Introduction, p. XII.
[117]H. Schirmer, Duveyrier (Ann. de Géogr., 1891-92, p. 416).
[118]Henri Duveyrier, Journal de Route, publié et annoté par Ch. Maunoir et H. Schirmer, in-8o, Paris, 1905.
[119]H. Schirmer, Le Sahara, p. 278 et 281.
[120]L. Rinn, Nos Frontières Sahariennes, in-8o, Alger, 1886, p. 32.
[121]Schirmer, Le Sahara, p. 381.
[122]Journal des Débats, art. cité.
[123]Henri Wolff (Commandant), Duveyrier ; son dernier projet de voyage dans le Sahara (Congr. nat. de Géogr. de Marseille, 1898, p. 490).
[124]Masqueray, art. cité.
[125]Résultats, etc., p. 13.
[126]Vuillot, p. 77.
[127]Mission de Ghadamès, in-8o, Alger, 1862.
[128]Mission de Ghadamès, p. 121.
[129]Schirmer, Le Sahara, p. 382.
[130]Schirmer, Pourquoi Flatters et ses compagnons sont morts (Extr. du Bull. de la Soc. de Géogr. de Lyon, 1896, p. 20).
[131]Schirmer, Le Sahara, p. 271.
[132]Schirmer, Pourquoi Flatters, etc., p. 15-16.
[133]Journal des Débats, 14 mai 1892.
[134]Schirmer, Le Sahara, p. 390 et 391.
[135]Duveyrier, Les Touareg du Nord, p. 360. Cf. Marcel Dubois et A. Terrier, Un Siècle d’Expansion Coloniale, 8o, Paris, 1901, notamment p. 280 et 658.
CHAPITRE III
LA PÉRIODE DE STAGNATION (1864-1879)
L’insurrection des Ouled-Sidi-Cheikh. — La guerre franco-allemande de 1870. — Colonnes du Sud-Ouest : de Colomb, Colonieu ; expédition du général de Wimpffen dans l’Oued-Guir. — Colonnes du centre : de Lacroix, de Galiffet. — Les explorations : Dournaux-Dupéré et Joubert (1873-74). — Soleillet (1874). — Largeau (1875-77). — Louis Say (1876-77). — Les missionnaires du cardinal Lavigerie : les Pères Paulmier, Ménoret et Bouchard (1875-76) ; les Pères Richard et Kermabon (1879). — Colonisation de l’Oued-Rir. — La mer intérieure : mission Roudaire (1876). — Le Sahara de Pomel. — Masqueray au Mzab. — Conclusion.
La date de 1864 marque une coupure profonde dans l’histoire des explorations sahariennes. Jusque-là, la pénétration avait suivi une marche régulière et normale. Nous n’avons eu garde d’exagérer les résultats des explorations de Duveyrier et de Rohlfs, non plus que du traité de Ghadamès. Cependant c’étaient là des faits d’une importance indéniable. En 1864 survient un arrêt prolongé ; une suite de circonstances malheureuses, que nous indiquerons successivement, interrompt la marche en avant : elle n’a été reprise que tout récemment, malgré quelques efforts trop passagers et souvent malheureux. L’esprit de suite, la confiance en soi, l’exacte compréhension des conditions physiques et économiques nous ont presque toujours fait défaut et ont paralysé notre politique.
La grande insurrection des Ouled-Sidi-Cheikh est le premier de ces fâcheux événements qui ont arrêté la pénétration au sud de l’Algérie. Si Hamza mourut subitement à Alger le 21 août 1861, probablement empoisonné à l’instigation du parti intransigeant de la famille, qui ne pardonnait pas au marabout sa soumission à la France[136]. Son fils Si Sliman, nommé bach-agha, ne sut pas comme son père résister aux sollicitations de son entourage. Poussé par son oncle Si Lala, il fit défection et souleva contre nous les populations de son commandement[137]. La révolte des fils de Si Hamza et du Sud-Oranais, commencée en 1864 par l’anéantissement à Aouinet-bou-Beker de la petite colonne du colonel Beauprêtre, devait durer près de vingt ans (1864-1883). « La longue durée de cette rébellion surprend au premier abord. Il en faut sans nul doute chercher la cause dans le dévouement des populations du Sud-Oranais envers leurs chefs religieux, dans la nature du pays, dans la difficulté des communications, et aussi dans les événements de 1870, qui vinrent se jeter à la traverse de toute action vigoureuse dans ces contrées lointaines[138]. » Il faut aussi tenir compte de l’ignorance où l’on était trop souvent à Paris des véritables données du problème, des tiraillements entre Alger et Paris et des incertitudes qui en résultaient. Enfin, « pour prolonger la lutte, les Ouled-Sidi-Cheikh avaient, au-delà et en dehors du rayon de notre influence, des points d’appui et des asiles, des partisans et des moyens de ravitaillement dans les oasis de l’Extrême Sud. Par là, ils étaient pour ainsi dire insaisissables, et ils nous le firent bien connaître[139]. » Toujours vaincus et semblant chaque fois à la veille d’un anéantissement complet[140], les Ouled-Sidi-Cheikh reparaissaient bientôt à la tête de nouvelles forces, lançant à l’improviste les bandes de pillards à leur dévotion sur nos administrés, trouvant des auxiliaires non seulement parmi les quelques dissidents de nos tribus restés attachés à leur fortune, mais encore parmi ces turbulents nomades marocains qui ont leurs parcours au sud-ouest de l’Algérie.
C’est de ce côté qu’il fallait agir, comme nous y autorisait d’ailleurs le traité de 1845, et qu’on agit en effet. En 1865, le colonel de Colomb[141], après un repos de cinq ans, poursuivit ses expéditions antérieures dans le Sud-Ouest. En avril 1866, il vint camper à El-Ardja, à 2 kilomètres des ksour de Figuig, mais sans qu’il lui fût permis de s’attaquer à ce foyer de désordre. En 1867, le général Deligny[142] proposa au Gouverneur général, le maréchal de Mac-Mahon, de diriger une expédition contre Figuig. Il montrait que l’apparition d’une force imposante devant Figuig aurait un immense retentissement dans toute la zone saharienne, aussi bien celle dépendant de l’Algérie que celle relevant du Maroc : « Dans ma conviction, disait-il, l’opération est très bonne, sera fructueuse en résultats et pourra clore pour des années l’ère des insurrections. Dans aucun cas, elle ne saurait rien présenter de dangereux et de compromettant[143]. » Mais cette manière de voir ne fut pas adoptée par le Gouvernement.
Cependant les nécessités de la lutte avec les rebelles amenèrent encore une fois sous les murs de Figuig le colonel Colonieu, en avril 1868[144]. Ce fut la dernière expédition jusqu’à celle du général de Wimpffen en 1870.
Le général de Wimpffen ne fut autorisé à entreprendre son expédition de l’Oued-Guir, rendue nécessaire par une situation menaçante, qu’à la condition expresse de ne point s’attaquer à Figuig et de ne pas même s’en approcher. En ne lui laissant pas toute latitude, on empêcha sa colonne d’avoir tous les résultats qu’on en pouvait attendre. Les conséquences furent néanmoins importantes, tant au point de vue géographique qu’au point de vue politique[145]. L’expédition de l’Oued-Guir imprima aux turbulentes populations du Sud-Ouest une haute idée de notre puissance, en enlevant aux Ouled-Sidi-Cheikh la plus grande partie de leurs moyens d’action ; elle maintint dans le devoir les tribus hésitantes ; surtout, c’est grâce à elle que la guerre franco-allemande de 1870 et l’insurrection algérienne de 1871 n’eurent pas leur contre-coup dans le Sud-Oranais, dont la tranquillité ne fut pas troublée[146]. Deux succès remportés à Benoud (1871) et à Nefich (1874) sur les Ouled-Sidi-Cheikh achevèrent la défaite des dissidents.
En Algérie comme dans le monde entier, la guerre de 1870 nous imposa une période de réserve pendant laquelle nous dûmes en quelque sorte nous replier sur nous-mêmes, pour guérir nos blessures et attendre le retour de nos forces. Cependant l’insurrection de 1871 avait rendu une intervention nécessaire dans la région du Sud-Est. En 1866, à la suite de l’insurrection des Ouled-Sidi-Cheikh, l’aghalik d’Ouargla avait été rattaché à la province de Constantine et placé sous le commandement d’un grand chef indigène, le caïd Ali Bey ben Ferhat, qui commandait en même temps l’Oued-Rir et le Souf et s’installa à Touggourt. Il se montra insuffisant, et son action maladroite amena en mai 1871 le massacre de la garnison et d’une partie de sa propre famille par le faux chérif Bou-Choucha[147]. Peu de temps après (décembre-janvier 1871), Touggourt et Ouargla étaient réoccupés par le général de Lacroix ; le lieutenant-colonel Gaume et le commandant Rose poursuivirent quelques révoltés jusqu’à Aïn-Taïba, à la limite du grand Erg[148]. L’année suivante (janvier 1873), la colonne du général de Galiffet[149], forte de 700 hommes environ, se dirigeait sur El-Goléa par la route de l’Ouest, qui passe par Hassi-el-Hadjar, Hassi-Berghaoui, Hassi-el-Zirara. Arrivée à El-Goléa le 24 janvier, elle trouvait l’oasis évacuée par les habitants, qui avaient seulement laissé quelques nègres à la garde des maisons. Le 1er février, le général de Galiffet reprenait le chemin d’Ouargla qu’il atteignait par la route directe en sept jours[150]. Cette petite expédition eût dû avoir pour conséquence immédiate l’occupation du Touat et du Tidikelt, qui s’attendaient à nous voir continuer notre marche en avant et nous envoyaient des protestations d’amitié. Malheureusement, ce fut un effort sans lendemain. Ne pas dépasser Ouargla était une politique, occuper le Touat en était une autre ; nous n’avons su nous arrêter à aucune de ces deux solutions, et nos hésitations ont duré vingt-cinq ans.
Dans les conditions nouvelles où se trouvait l’arrière-pays de nos possessions algériennes par suite de l’insurrection algérienne et de la guerre de 1870, l’exploration individuelle ne pouvait guère être fructueuse. Aussi les tentatives isolées faites pendant cette période, le plus souvent sans l’aveu ou contre le gré du Gouvernement, n’ont-elles guère donné de résultats, pas plus pour la géographie que pour la pénétration économique ou commerciale. Les rares explorateurs sahariens de cette époque sont d’ailleurs, pour la plupart, des hommes sans culture et sans préparation, incapables de voir et d’observer, pleins d’ignorance et de présomption. Nous sommes loin des espérances qu’avaient fait concevoir les Duveyrier et les de Colomb. Au point de vue scientifique comme au point de vue politique, nous entrons dans une période d’effacement et de stagnation.
En 1874, Dournaux-Dupéré, ancien commis de marine, ancien instituteur à Frenda, accompagné de deux négociants, l’un Français, Joubert, l’autre originaire du Souf, projetèrent de gagner le Niger par l’Ahaggar, mais, modifiant leurs plans primitifs, ils voulurent auparavant s’assurer l’appui d’Ikhenoukhen. C’était en somme faire l’épreuve de la valeur réelle du traité de Ghadamès[151]. Dans ce but ils se rendirent d’abord à Ghadamès, pour de là gagner Ghat : « Les Touareg que j’ai vus ici, écrivait Dournaux-Dupéré à Duveyrier, se souviennent parfaitement du traité et s’en félicitent ; le moment est des plus favorables à une reprise sérieuse des relations avec eux[152]. » Cependant, quelques jours plus tard, les trois voyageurs étaient assassinés au sud de l’Oued Ohanet, à l’instigation, dit-on, des négociants de Ghadamès, jaloux de voir les Français s’engager sur les routes suivies par leurs caravanes. D’après le récit fait par un chef targui de Ghat à l’explorateur allemand Erwin de Bary, les Ifoghas et les Imanghasaten n’auraient pas été étrangers au meurtre[153].
La même année, un voyageur de commerce, Paul Soleillet, qui avait déjà visité le Sud-Algérien et le Mzab, se propose, comme tant d’autres avant et après lui, de réunir l’Algérie au Sénégal par Tombouctou. Il était chargé par la Chambre de Commerce d’Alger de « reconnaître la route d’Alger à l’oasis d’In-Salah par Laghouat, le Mzab et El-Goléa ; de présenter aux populations du Sahara central des échantillons de nos produits manufacturés et de tâcher de ramener avec lui, à son retour, des négociants du Sahara central, porteurs de quelques marchandises du désert et du Soudan ». Une pareille mission, comme l’événement le démontra, n’avait aucune chance de succès. Quittant El-Goléa, accompagné de quatre indigènes seulement, il se dirigea rapidement sur In-Salah ; arrêté au ksar le plus septentrional de ce district, celui de Miliana, il reçut l’ordre de sortir immédiatement de l’oasis ; il demanda une réponse aux lettres de la Chambre de Commerce et de l’agha de Touggourt, on ne voulut même pas les ouvrir ; menacé de mort, il dut remonter sur son mehari à onze heures, le même soir[154]. Son voyage n’avait eu aucune espèce de résultat « M. Soleillet, écrivait très justement M. Duponchel[155], voit plutôt le fait du voyage en lui-même que l’utilité des renseignements qu’il pourrait en rapporter. Ne s’imposant d’autre tâche que de nous tenir au courant de ses moindres incidents de route, il croit fort inutile de porter son attention ou d’appeler la nôtre au-delà. » Son rapport à la Chambre de Commerce[156] témoigne qu’il était presque sans culture ; aucune route, aucun croquis d’itinéraire ne permet de suivre sa marche, et les observations d’orientation qu’il a faites sont si défectueuses, qu’on sait à peine quelle route il a suivie[157].
Une proposition d’un avocat, nommé Léon Seror, qui voulait aller installer un marché à El-Goléa et créer un poste de résident commercial à In-Salah, avec le titre de consul de France, ne fut pas prise en considération et ne méritait évidemment pas de l’être.
Les seules explorations qui, dans cette période, offrent quelque intérêt, sont celles de Victor Largeau, quoiqu’elles n’aient pas eu non plus de bien grandes conséquences. Largeau résolut de s’adresser aux négociants mêmes de Ghadamès, pour essayer d’ouvrir ces régions au commerce français ; en 1875, remontant d’abord l’Igharghar, il gagna Ghadamès par Hassi-Bothin et rentra par El-Oued, après avoir obtenu des promesses encourageantes ; les négociants s’engageaient à faire bon accueil à nos commerçants et à entrer en relations d’affaires avec nos marchés du Sud-Algérien. L’année suivante, accompagné cette fois de trois jeunes gens, Louis Say, Gaston Lemay et Faucheux, Largeau se rendit de nouveau à Ghadamès par Berresof. Il garantissait aux Ghadamésiens la vente de leurs marchandises aux prix de Tripoli et une entière sécurité pour la route, s’ils voulaient bien se rendre en Algérie avec des produits du Soudan. Il reçut de belles paroles et se croyait certain de détourner au moins une caravane vers Touggourt[158]. Mais, quand le jour fut venu de l’accompagner à son retour, les Ghadamésiens prétextèrent les menaces des Turcs de Tripoli, tandis que le kaïmakam niait avoir reçu aucune lettre du pacha. Il fut contraint de reprendre la route d’El-Oued, ne ramenant ni un négociant, ni une charge de marchandises.
En 1877, Largeau tenta de se rendre au Tidikelt. Après un séjour prolongé à Ouargla, il s’avança jusqu’au Hassi-Zmeïla dans l’Oued-Mya, mais, effrayé des menaces des gens d’In-Salah, qui avaient écrit aux Chaanba d’Ouargla de ne pas conduire d’infidèles dans leur pays, il abandonna ses projets et revint sur ses pas. Largeau a raconté ses deux voyages à Ghadamès dans de nombreux articles et dans un ouvrage sans prétention scientifique, mais qui n’est pas dépourvu d’intérêt et de couleur[159]. En 1876-77, l’enseigne de vaisseau Louis Say descendait d’Ouargla à Aïn-Taïba, explorait les Gassi jusqu’à El-Biodh et s’avançait jusqu’à Temassinin.
Le cardinal Lavigerie avait rêvé de répandre le christianisme parmi les populations noires de l’Afrique et il espérait lui aussi atteindre le Soudan par la voie du Sahara. La Société des Missionnaires d’Alger ou Pères Blancs, fondée après la famine de 1867, fut organisée définitivement en 1874. Les Pères Blancs furent d’abord établis à Biskra, Géryville, Laghouat et Metlili. De cette dernière ville partirent, en 1876, les Pères Paulmier, Ménoret et Bouchard ; ils furent assassinés par leurs guides un peu avant d’arriver à Hassi-Inifel. Ces guides étaient des Touareg qui, chassant avec des Chaanba dissidents au sud du Mzab, avaient été capturés par les nomades algériens et envoyés à Alger ; l’année précédente, on les avait déjà proposés comme guides à Largeau, qui les avait refusés. Ils offrirent eux-mêmes leurs services au cardinal Lavigerie, qui eut le tort d’ajouter foi à leurs protestations de dévouement.
Cet insuccès ne découragea pas Lavigerie ; il résolut d’essayer de la voie de Ghadamès, qui avait toujours été reconnue un peu moins dangereuse que celle de l’Ahaggar. En 1879, les Pères Richard et Kermabon partent de Ghadamès, parcourent la région des Azdjer pour l’étudier, se mettre en rapport avec ses habitants et chercher le point le plus favorable à l’établissement d’une station de missionnaires. Guidés par les Touareg Ifoghas, ils s’avancent jusqu’à l’Oued-Tikhammalt, au nord-ouest de Ghat, gagnent de là le lac Mihero, pour remonter ensuite sur l’Oued-Tidjoujelt, et Temassinin, d’où ils gagnent Ghadamès après une absence de 56 jours. Ils avaient recueilli d’utiles renseignements géographiques et noué de bonnes relations avec les plus importantes tribus Azdjer, notamment les Ifoghas et les Imanghasaten.