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La Recluse

Chapter 3: II
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About This Book

The narrative opens with a dramatic sea episode in which a small, graceful schooner is struck by a sudden, violent storm and a young officer struggles to keep his crew and vessel alive. After the prologue the action shifts to land, where a secluded woman becomes the center of a tense moral and interpersonal conflict inside a convent. Encounters grow heated as secrets, threats, and questions of duty and compassion surface, producing a melodramatic sequence of revelations and confrontations that bind the maritime peril to the domestic and spiritual crises that follow.

Gaston offrit son bras à la jeune femme, qui s'y appuya plus morte que vive.

— Venez, Madame, dit-il simplement; vous n'obtiendrez rien de ce misérable, et il est plus prudent…

Déjà il faisait quelques pas vers la porte, mais Palmer s'y était précipité avant lui et en occupait le seuil.

— Vous ne partirez pas ainsi, insista-t-il avec rage; j'ai à parler moi-même à miss Stevenson; les choses que j'ai à lui dire l'intéressent seule, et elle restera ou sinon!…

Pour la seconde fois il tourna l'arme terrible sur la poitrine du jeune commandant en lui ordonnant de s'éloigner.

Miss Stevenson, voyant le péril, s'était jetée dans les bras de Gaston, essayant de le couvrir de son corps; mais ce dernier ne l'entendait pas ainsi, et à bout de patience, supportant mal le calme qu'il s'était imposé, il venait de se ruer sur le misérable.

Un coup de feu partit, avant qu'il eût eu le temps de l'atteindre… et aussitôt la chambre retentit d'une effroyable imprécation, suivie peu après d'un éclat de rire vif et clair.

— Mille millions de diables! hurla Palmer en se dégageant du nuage de fumée et en promenant autour de lui des regards fulgurants…

Et il aperçut à deux pas la silhouette de Bob qui l'observait d'un air gouailleur.

— Eh bien! de quoi! dit ce dernier, sur un ton intraduisible pour ceux qui n'ont pas fréquenté les faubourgs de Paris… Faut donc mettre des manchettes pour parler à Monsieur!

Le petit mousse avait tout surveillé de la porte; quand il avait vu Palmer menacer son maître, il avait fait un bond de chat jusqu'à lui et s'était accroché à sa main, qu'il avait mordue jusqu'au sang, de ses solides, incisives.

Cela avait suffi pour détourner le coup, et la balle du revolver était allée se loger dans la cloison.

Cette intervention eut, du reste, des conséquences plus importantes qu'on n'eût pu le supposer.

Gaston n'était pas resté inactif, de son côté, et profitant du premier moment de trouble, il avait saisi le capitaine à bras le corps et l'avait jeté à terre.

Ce fait accompli, il posa un genou sur la poitrine de l'ivrogne, pendant que Bob lui garrottait les jambes avec du filin qu'il portait toujours sur lui, par précaution.

Le capitaine était donc vaincu, et il ne s'agissait plus que de profiter de la victoire.

Miss Stevenson le comprit et s'empressa de le questionner.

— Vous voyez… dit-elle, la violence ne vous a servi de rien, et le commandant tient maintenant votre vie entre ses mains… Mais nous ne voulons pas vous faire de mal… et vous pourrez même, si vous êtes docile, tirer un bon profit de la situation… Si vous refusez de parler, nous vous abandonnerons ici, garrotté comme vous l'êtes, sans espoir de secours… et vous périrez peut-être de faim et de soif… avant que l'on ne vienne à votre aide… Si, au contraire, vous consentez à me répondre, je vous laisserai ici une centaine de dollars qui vous aideront à vivre selon vos goûts, pendant une année au moins!… Dites maintenant… que décidez- vous?

— Je parlerai! je parlerai! grommela Palmer, incapable de faire un mouvement.

— Eh bien! voici la somme promise… Je la dépose sur cette table, et elle sera à vous, dès que vous m'aurez donné les renseignements que j'attends.

En parlant de la sorte, la jeune femme avait compté la somme promise.

Au bruit de l'or tombant sur la table le visage du vieux marin s'empourpra, à croire qu'il allait avoir un coup de sang.

— Causons donc, poursuivit miss Stevenson… Quand vous m'avez eu déposée dans le phare Saint-Laurent, mon père et vous, vous avez dû vous occuper de mon enfant.

— Il voulait le tuer!

— Mais il ne l'a pas fait?

— Non! parce que je l'ai menacé de le dénoncer.

— Soit! je veux vous croire… mais cette enfant… qui en a pris soin?

— Une vieille femme.

— Comment s'appelait-elle?

— Jenny Turner.

— Elle n'était pas du pays?

— Elle habitait Québec…

— Et elle y est encore peut-être?

— Je le crois…

La jeune femme interrogeait, penchée avidement sur Palmer; sa voix avait des intonations ardentes… De temps à autre elle s'arrêtait pour essuyer la sueur qui glaçait ses tempes.

— Mais l'enfant! l'enfant! insista-t-elle d'une voix étranglée et sourde.

— Ça, répondit Palmer, je n'en sais rien. Je voyageais, j'étais souvent absent, surtout pendant les deux premières années. Et puis, cela ne m'intéressait que médiocrement. Vous comprenez.

— Mon Dieu!

— Je vous dis ce que je sais.

— Après, après.

— Après? eh bien! voilà. Une fois, au retour de l'un de mes voyages, la curiosité me prit d'avoir des nouvelles et je poussai jusqu'à Québec.

— Vous avez vu Jenny Turner?…

— Je l'ai vue.

— Elle avait ma fille?

— Elle n'avait plus rien du tout!

Miss Stevenson se rejeta en arrière avec un cri rauque.

— Eh quoi! rien! balbutia-t-elle… elle n'était pas morte, au moins?

— Non.

— Qu'était-elle devenue?…

— Un homme s'était présenté un jour à la vieille; il lui avait donné une forte somme, et l'appât d'un gain considérable avait décidé la Turner à livrer l'enfant qui, du reste, ne lui rapportait pas grand'chose, et, n'était par conséquent qu'un embarras pour elle.

Miss Stevenson se cacha la tête dans les mains.

— Oh! lui! murmura-t-elle; c'est lui!…

— À qui pensez-vous, Miss? fit Palmer.

— Au comte de Simier.

— Vous pourriez avoir raison.

— Vous savez quelque chose de plus?

— Oh! presque rien; mais tout de même cela peut bien avoir son importance.

— Qu'est-ce donc? Parlez!

— Le comte de Simier n'avait-il pas consenti à contracter avec vous un mariage par-devant la municipalité de Smeaton?

— En effet.

— C'était la seule preuve de votre union avec lui?

— Il devait le croire du moins, car il ignorait que j'eusse fait prendre moi-même un double de l'acte authentique; je ne pensais pas à moi en agissent ainsi, mais je m'imaginais qu'un jour cela pourrait, servir à ma fille.

— Et vous avez bien fait.

— Pourquoi?

—— Parce que, à l'époque où l'on est venu enlever à Jenny Turner l'enfant que nous lui avions confiée, un incendie fut allumé à Smeaton par une main criminelle, et tous les actes qui se trouvaient au presbytère furent détruits.

Miss Stevenson ne répondit pas.

Une ombre épaisse passa sur son front et elle comprima sa poitrine de ses deux mains nerveuses…

— Rien! plus rien, dit-elle, en se redressant lentement… Ah! n'importe… je ne veux pas m'abandonner encore, et avant de dire un éternel adieu à la tombe de mon père, je me rendrai moi-même à Québec et je verrai cette femme!

Puis, se levant tout à fait, elle se tourna vers Gaston de
Pradelle.

— Venez! Monsieur, dit-elle d'un ton brisé; nous n'avons maintenant plus rien à faire ici et nous pouvons nous retirer. — Venez! Venez…

Et ils sortirent.

Comme ils arrivaient à la crique, au moment où les matelots de l'Atalante s'apprêtaient à embarquer, miss Stevenson s'arrêta.

— Qu'avez-vous? fit Gaston surpris.

— Je réfléchis, dit la jeune femme.

— À quoi?

—Je vais rester à Smeaton.

— Quel est votre dessein?

— L'inhumation de mon père ne doit avoir lieu que demain, vers onze heures; d'ici-là, j'ai le temps de me rendre à Québec.

— Eh quoi! vous voulez…?

— Je veux voir cette femme, cette Jenny Turner. Il est impossible qu'elle résiste à mes prières, à mes larmes, et par elle je saurai…

— Êtes-vous bien décidée?

— Oui, Monsieur, ne cherchez pas à me détourner; si vous saviez comme j'ai hâte d'apprendre…

— Soit! qu'il soit fait selon votre désir. Nous allons retourner à bord, et demain nous vous y attendrons. N'avez-vous rien autre chose à me demander?

La jeune femme comprima son sein de ses deux bras.

— Vous avez été si bon jusqu'ici, dit-elle, que j'hésite presque à réclamer de vous un nouveau service.

— De quoi s'agit-il? Parlez.

— Eh bien! je vais être seule, ici, et j'aurais désiré…

— Achevez.

— Le petit Bob.

— Mon mousse?

— C'est cela.

— Vous désirez qu'il reste près de vous jusqu'à, demain?

— Est-ce trop demander?

— Nullement; et je crois, au contraire, qu'il pourra, en effet, vous être fort utile. C'est un enfant futé, quoique très jeune, un véritable Parisien, débrouillard, comme nous disons, et courageux, ainsi que vous l'avez vu!

— Alors, je le garde, fit la jeune femme.

Et s'adressant au petit mousse:

— Tu veux bien rester avec moi jusqu'à demain? ajouta-t-elle.

— Avec la permission du commandant! répondit le petit Bob, l'oeil brillant et la figure souriante.

Quelques secondes plus tard, le canot poussait au large, et miss
Stevenson restait seule avec le petit mousse.

La jeune femme dormit peu.

Dès l'aube, elle était debout, et quand elle descendit, elle trouva Bob qui attendait à quelques pas, regardant curieusement le panorama de la cité se dégageant peu à peu des brumes du matin.

Sur la grève, une barque était au plein avec quatre hommes d'équipage, qui paraissaient attendre.

— Quelle est cette barque? interrogea, miss Stevenson.

— C'est celle que j'ai frétée, répondit Bob; j'ai pensé que vous perdriez beaucoup de temps à en chercher une, et je m'en suis occupé pendant que vous dormiez.

— Tu songes à tout. Quelle heure est-il?…

— Cinq heures.

— Et combien faut-il de temps pour aller à Québec?

— Deux heures au plus.

— Eh bien! partons! partons!…

Ils embarquèrent, et l'on appareilla aussitôt.

Il ventait bonne brise. Le bateau était monté par des pêcheurs expérimentés, à qui ces parages étaient familiers.

C'est à peine s'ils mirent soixante minutes pour se rendre à
Québec.

Miss Stevenson était redevenue taciturne et sombre. Elle ne parlait plus… Toute sa pensée, tout son coeur, tout son être, allait à Jenny Turner.

Le difficile, l'impossible… était de la trouver.

Mais le hasard la servit au delà de ce qu'elle pouvait souhaiter…

La vieille femme vivait toujours… elle habitait non loin du port, où elle tenait une méchante auberge, connue de tous les marins. Miss Stevenson ne tarda pas à être mise en sa présence.

Comme le temps était précieux, elle ne s'attarda pas en préambules oiseux, et aborda tout de suite la question.

— Je ne viens pas, dit-elle cependant, par manière de précaution oratoire, je ne viens pas vers vous pour vous susciter des ennuis, ni pour vous faire de la peine, mais vous pouvez me rendre un grand service, car je vous jure que si vous voulez vous montrer complaisante, vous n'aurez pas à vous en repentir!… Je suis presque riche… et je serai généreuse… croyez-le, bien.

— Que puis-je pour vous, Madame? demanda, la vieille, fort surprise de ce début…

— Vous pouvez me rendre la vie et aider à mon bonheur.

— Comment?

— Écoutez-moi; répondez-moi, surtout, avec franchise et sans détour: il y a dix ans, un capitaine d'armes, du nom de Stevenson, vous a confié une enfant, une petite fille, que vous avez promis d'élever et de garder près de vous jusqu'au moment où on viendrait la réclamer.

— Est-ce vrai?

— Mais…

— Est-ce vrai? Par grâce… je vous en conjure.

— J'ignore qui vous êtes. Pourquoi m'adressez-vous une pareille question?…

— Je m'appelle miss Fanny; je suis la fille du capitaine
Stevenson et la mère de l'enfant qui vous a été confiée.

— Est-ce possible? On m'avait dit que vous étiez morte.

— Qui cela? Ce n'est pas mon père, du moins.

— Je ne l'ai jamais revu.

— Ce n'est pas Palmer non plus.

— Non.

— C'est le comte de Simier, alors…

La vieille fit un geste d'effroi.

— Eh quoi! vous savez! balbutia-t-elle.

— Vous voyez! je sais tout, et vous nieriez en vain; d'ailleurs vous n'avez rien à redouter. Je ne veux pas faire de scandale, je ne m'adresse qu'à votre bonté, à votre coeur et à votre intérêt même, car si vous parlez…

En prononçant ces derniers mots, la jeune femme tira de sa poche une bourse pleine d'or et la montra à la vieille.

— Si vous parlez, continua-t-elle, tout l'or que voici vous appartiendra.

— Dites-vous vrai? s'écria Jenny Turner les yeux brillants de convoitise.

— Sur la vie de mon enfant! je le jure.

— C'est différent. D'ailleurs, comme vous dites, je n'ai rien à redouter. On m'a remis votre enfant. Je l'ai gardée pendant deux années et ce n'est que lorsque le père est venu me la demander.

— Il y a longtemps de cela?

— Huit années environ.

— Ma fille en avait trois à peine.

— C'est cela!

— Et elle était bien vivante, n'est-ce pas? dites! dites!

La vieille leva les yeux au ciel et eut un geste d'admiration rétrospective.

— Pauvre chérubin, murmura-t-elle, si elle était vivante! et jolie, et blanche, et gaie, avec des petites lèvres rosés et des grands yeux noirs! C'est-à-dire que c'était une bénédiction, un rayon de soleil, un gazouillement d'oiseau.

— Mon Dieu! mon Dieu!… fit la malheureuse mère en étouffant un sanglot.

— Elle parlait déjà, la chère créature… poursuivit Jenny Turner: et elle vous avait des petites mines, un babil, une manière de marcher et de regarder qui n'était qu'à elle!…

— Assez! assez! supplia miss Stevenson.

Sa poitrine se soulevait avec effort; les larmes brûlaient ses yeux… Elle eût voulu crier et la voix s'étranglait dans sa gorge.

— Et c'est alors que le comte…? ajouta-t-elle comme à bout de forces.

— C'était un matin, comme à présent, répondit la vieille. Il faut vous dire qu'à cette époque je n'étais pas heureuse; je vivais misérablement, attendant toujours l'argent que votre père m'avait promis, et qui ne venait pas… J'ai su depuis que cet argent passait par les mains de ce misérable Palmer, et qu'il y restait; la vie était donc très dure, et plus d'une fois déjà la petite avait eu faim.

— Horrible! c'est horrible!…

— Alors, vous saisissez bien, il ne faut pas trop m'en vouloir. Ce fut dans l'intérêt de l'enfant. Quand le comte vint, j'avais épuisé toutes mes ressources; il vit la petite qui était toute pâlotte. Il me dit qu'il était le père, me fit voir des papiers qui le prouvaient, disait-il; enfin il me menaça tout en m'offrant de l'argent si je cédais… et dans une pareille situation…

— Vous lui avez remis l'enfant?

— Cela valait mieux que de la voir mourir de faim.

— Ô misère!…

— Mais cela m'a bien coûté, allez, je puis le dire. On ne comprend combien on aime ces petits êtres-là que lorsque le moment vient de s'en séparer. Et si vous aviez vu comme elle pleurait, comme elle me tendait les bras … avec quelle voix déchirante elle appelait sa mère!…

Miss Stevenson jeta un cri et fondit en larmes, en roulant sa tête dans ses deux mains.

— Sa mère! sa mère! répéta-t-elle d'un accent brisé, et pendant qu'il l'enlevait, on me retenait, moi, dans cette prison où j'ai passé dix années de ma vie à l'appeler et à la pleurer. Ah! ils ne paieront jamais assez cher tout le mal qu'ils m'ont fait.

Mais voyons! voyons! ajouta-t-elle, le temps de la défaillance est passé; il faut avoir le courage de regarder en, face l'épouvantable réalité! Dites-moi, cet homme, le comte de Simier, ne vous a-t-il pas fait connaître en quel lieu il habitait?

— Non.

— Il n'est resté que peu de temps à Québec?

— Deux jours.

— Il était seul?

—Un domestique l'accompagnait.

— Vous savez son nom?

— Il l'appelait Gobson.

— Et lui, ce Gobson, ne vous a rien dit?

— Peu de chose.

— Mais quoi? quoi?

— Il m'a dit qu'il partait avec son maître, qu'ils se rendaient d'abord, à New-York, puis que de là ils iraient dans l'Inde.

— Vous en êtes sûre?

— Oui, Madame.

— C'est bien! cela suffit. Vous êtes une brave femme, Jenny Turner, et je vous remercie pour les soins vous avez donnés à mon enfant. Il n'a pas dépendu de vous de le garder plus longtemps, et je ne vous rendrai pas responsable de la méchanceté et de l'infamie des autres. Prenez ceci, et quelquefois priez Dieu pour qu'il m'accorde de revoir et d'embrasser un jour ma fille!

Et, prenant la tête de la vieille, dans ses mains, elle l'embrassa à plusieurs reprises, et partit en courant vers le quai où était amarré le bateau qui l'avait amenée.

Quand, une heure après, elle monta à bord, de l'Atalante, tous les préparatifs de la cérémonie funèbre étaient terminés.

Le cercueil, recouvert d'un drap noir, avait été descendu dans la chaloupe; les matelots se tenaient à leur poste, les avirons levés; Gaston de Pradelle occupait l'arrière où une place était réservée pour miss Stevenson.

Dès qu'elle eut embarqué, la chaloupe s'éloigna, se dirigeant vers le bourg de Smeaton où le service devait être dit.

Ce fut du reste fort court et fort simple.

Quand on partit pour le cimetière, Gaston de Pradelle suivit le cercueil, donnant le bras à miss Stevenson.

Derrière venait Maxime de Palonier, précédant les matelots de l'Atalante; puis quelques curieux du bourg, et au dernier rang le capitaine Palmer.

Le cimetière n'était pas éloigné de Smeaton. La fosse avait été creusée pendant la nuit. Le prêtre catholique la bénit, et chacun à son tour alla jeter l'eau sainte dans le trou noir.

Miss Stevenson sanglotait.

Pourtant, une fois la cérémonie achevée, elle se releva ferme et résolue, et secoua énergiquement le front, comme si elle eût voulu, au seuil de cette tombe, chasser toutes les mauvaises pensées qui l'assaillaient.

Elle venait de dire adieu à son père, et peut-être lui avait-elle pardonné.

Maintenant elle ne voulait plus songer qu'à son enfant.

Elle descendit vers la crique, sans précisément se rendre compte de ce qu'elle faisait, tant elle était absorbée et soucieuse.

Gaston respectait son silence. Ce ne fut qu'en arrivant près de la chaloupe qu'elle parut revenir à elle.

Elle regarda avec étonnement autour d'elle, et par un mouvement spontané et pour ainsi dire irréfléchi, elle tendit les deux mains au jeune commandant.

— Quelle reconnaissance ne vous dois-je pas!… dit-elle avec abandon, pour toutes les bontés que vous avez eues pour moi!

— Je n'ai fait que mon devoir, Madame, répondit Gaston d'un ton ému, et tout autre à ma place…

— Non! non! ne cherchez pas à vous dérober à ma reconnaissance, en diminuant le service que vous m'avez rendu… Moi du moins, Monsieur, je n'oublierai jamais le jour où j'ai eu le bonheur de vous rencontrer… et, en vous disant adieu…

— Qu'allez-vous faire?

— Oh! ma conduite est toute tracée.

— Vous avez vu Jenny Turner?

— Oui, Monsieur.

— Que vous a-t-elle dit?

— Des choses bien vagues, en réalité; mais il n'en faut pas tant à une mère qui veut retrouver son enfant.

— Où irez-vous?

— Tout à l'heure, je vais retourner à Québec: dans quelques jours, j'aurai, gagné New-York, et de là…

— De là?…

— À moins que Dieu ne m'abandonne tout à fait, avant que l'année se soit écoulée, j'aurai rejoint le comte de Simier, et il faudra bien qu'il m'apprenne ce qu'il a fait de ma fille!

— Alors, vous n'avez plus rien à réclamer de moi!

— Non, Monsieur, non. Mais du plus profond de mon coeur, merci encore une fois pour tout le bien que vous m'avez fait.

Puis, comme si elle eût eu regret de le quitter déjà, elle retint sa main, et oublia son regard sur son front.

— Vous avez un père? dit-elle d'un accent troublé.

— Non, Madame, répondit Gaston, un peu surpris de la question.

— Au moins, votre mère vit.

— Mon père et ma mère sont morts.

— Eh bien! reprit-elle, à votre âge, la vie commence à peine, et plus d'un bonheur vous est réservé en ce monde. Vous serez aimé un jour, bientôt peut-être, par quelque femme digne de vous, et, d'avance, j'appelle sur celle que vous aurez choisie toutes les bénédictions du Dieu juste et bon.

Et ayant ainsi parlé, elle s'éloigna d'un pas rapide et disparut bientôt sans oser regarder en arrière.

— Malheureuse femme! murmura Gaston.

— Malheureuse femme, sans doute, répliqua Maxime qui marchait à ses côtés; mais, tout de même, elle vous a un regard à donner le frisson, et je ne voudrais pas être à la place de M. le comte de Simier le jour où elle le repincera.

— Mais le repincera-t-elle? fit Gaston en souriant malgré lui au dernier mot de son ami.

Celui-ci eut un geste insouciant.

— Ça, c'est son affaire, répondit-il. Mais je serais assez curieux de voir la tête que fera le comte, quand il se trouvera en présence de la mère de l'enfant!

PREMIÈRE PARTIE

I

Huit années s'étaient écoulées depuis les événements que nous avons racontés au prologue de ce récit.

On était au mois d'octobre 1859.

— À cette époque s'élevait vers le milieu de la rue de la Chaussée-d'Antin, au fond d'une cour à laquelle on accédait par une longue allée plantée de platanes, un hôtel de grande apparence, composé d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage, et donnant par derrière sur une serre de proportions immenses, où l'on avait réuni toutes les plantes exotiques que l'on n'entretenait qu'à grand'peine sous notre climat meurtrier.

L'hôtel appartenait à M. de Beaufort-Wilson, qui l'habitait avec sa femme et ses deux filles.

M. de Beaufort-Wilson était un homme de cinquante ans environ, à la figure intelligente et distinguée, qui occupait dans la finance parisienne une position pour ainsi dire hors de pair.

En épousant mademoiselle Juliette Wilson, il avait fait un mariage d'amour, qui avait puissamment contribué à sa fortune.

C'est à Londres, dix-sept ans auparavant, au retour de ses nombreux voyages, qu'il avait rencontré celle qui devait bientôt devenir sa femme.

Beaufort avait alors un peu plus de trente ans: c'était un des hommes les plus séduisants qu'une jeune fille pût rêver, et dès la première entrevue, Juliette Wilson en devint éperdument amoureuse.

Beaufort n'était pas riche, tandis que mademoiselle Wilson devait apporter à son époux une dot qui se chiffrait par plusieurs millions. Le père hésita donc quelque temps avant de se résigner à une pareille union; mais il aimait trop sa fille pour lui imposer sa volonté, et le mariage eut lieu au grand étonnement des négociants de la cité.

Qu'importait d'ailleurs aux jeunes époux!

Ils avaient quitté Londres au lendemain de leur union, et étaient allés savourer leur lune de miel en France, en Italie, en Espagne, un peu partout, et n'étaient revenus à Paris que quelques années plus tard, pour s'y fixer tout à fait dans le bel hôtel de la Chaussée-d'Antin qu'ils n'avaient plus quitté depuis.

M. Wilson, ne voulant pas laisser son gendre inoccupé, avait décidé, dans sa sagesse, de créer, en France, une maison de banque qui serait comme la succursale de celle qu'il dirigeait lui-même en Angleterre, et il avait placé Beaufort à la tête de cette maison.

Ce dernier était apte à tout. Il ne demandait pas mieux que d'occuper ses loisirs; le beau-père n'eut qu'à se louer de la résolution qu'il avait prise.

Dix-sept années avaient donc passé sur le bonheur des époux sans qu'aucun nuage fût venu le menacer.

Tout au plus une ombre avait-elle parfois troublé cette quiétude, mais ce fut là une chose imperceptible pour les indifférents et à laquelle nul ne fit attention.

Nous avons dit que Beaufort avait deux filles: l'une s'appelait
Edmée, l'autre Nancy.

Edmée, l'aînée, était brune: son opulente chevelure noire faisait comme un diadème d'ébène à son front, et, à travers ses grands yeux limpides et doux, on eût pu voir son âme tout entière. Elle rappelait les traits de son père, dont elle était la vivante image.

La cadette, Nancy, ressemblait surtout à sa mère; elle en avait l'allure enjouée, la grâce délicate et tendre, et son bel oeil bleu empruntait parfois de bizarres lueurs où tremblaient certaines aspirations mal contenues.

Les deux enfants s'aimaient d'une affection sans bornes et semblaient n'avoir jamais rien cherché ni entrevu au delà de l'horizon que leur faisait l'amour de leurs parents.

M. et madame de Beaufort aimaient leurs enfants d'une tendresse égale, à laquelle on n'eût assurément rien trouvé à reprendre; mais un observateur attentif eût pu remarquer, dans les manifestations de cette tendresse, certaines nuances qui avaient leur signification et cachaient peut-être un mystère.

Madame de Beaufort témoignait bien à Edmée la même sollicitude qu'à Nancy; mais il y avait dans les soins inquiets dont elle entourait celle-ci quelque chose de plus maternel et de plus doux, et tandis que Beaufort semblait plus attentionné pour sa fille aînée, la mère ne parvenait pas toujours à dissimuler la préférence qu'elle ressentait pour la plus jeune de ses enfants. Cette situation s'était même accentuée depuis quelque temps, et les relations des deux époux, jusque-là des plus correctes, subirent dès lors quelques atteintes qui en altérèrent le calme et la sérénité.

Une fois entr'autres, quelque chose de significatif se passa, qui marqua bien l'état d'esprit dans lequel se trouvait à ce moment madame de Beaufort-Wilson.

Il y avait alors quelques mois que Edmée et Nancy étaient sorties du couvent où elles avaient été élevées, et depuis leur retour à la maison paternelle, l'hôtel de la Chaussée-d'Antin avait pris un air de fête qui ne lui était pas habituel.

C'était comme un souffle de jeunesse que les deux charmantes jeunes filles avaient apporté avec elles, et tout s'anima bientôt de gaieté et de mouvement.

Nancy adorait le monde, et sa mère ne lui refusa rien de ce qui pouvait satisfaire ses fantaisies; on donna d'abord quelques petites soirées, où l'on sauta entre intimes; puis le cercle s'élargit peu à peu; les invitations furent lancées avec plus de largesse, et bientôt ce furent de véritables bals où toute l'aristocratie de l'industrie et de la finance s'empressa d'accourir.

Nancy ne se possédait pas de joie. C'était un spectacle nouveau pour elle, et le plaisir qu'elle y prenait enchantait particulièrement sa mère.

Edmée, elle, était loin de partager l'espèce de griserie qui s'était emparée de sa soeur. Elle était plus grave… moins mondaine… Depuis l'âge le plus tendre, elle semblait comme atteinte de mélancolie et eut volontiers vécu seule, loin du monde bruyant, sans ambition, heureuse d'une vie modeste et sans éclat.

Une sorte de tristesse native pesait sur sa pensée… Elle sentait d'ailleurs vaguement, d'intuition, qu'elle n'était pas aimée de madame Beaufort-Wilson comme elle aurait dû l'être, et, chose singulière, la conviction qu'elle avait acquise de l'indifférence dont elle était l'objet, ne l'avait ni blessée, ni désespérée… Seulement, tout son coeur s'était réfugié dans un sentiment d'autant plus puissant qu'il devait être exclusif, et elle avait reporté sur son père, cette part d'amour dont sa mère n'avait pas voulu!

Au surplus, tout cela n'était encore qu'à l'état latent, et il ne fallut rien moins qu'un incident tout à fait imprévu pour mettre en lumière des sentiments qui ne se fussent, sans cela, probablement manifestés que beaucoup plus tard.

C'était au mois de décembre, lors des premières grandes fêtes données par M. Beaufort-Wilson.

Ainsi que nous l'avons dit, de nombreuses invitations avaient été lancées, et aucune notabilité du monde parisien ne manqua à cet appel de l'une des maisons les plus considérables de la capitale.

Dès la première heure, les salons se remplirent d'une foule avide et curieuse, et madame de Beaufort, ravie du bonheur qu'elle voyait rayonner dans les yeux de sa fille Nancy, accueillit ses hôtes de ses plus gracieux sourires.

Quant à Edmée, appuyée au bras de son père, elle allait et venait, un peu étonnée de ce mouvement inusité, cherchant, à se retrouver elle-même à travers cette animation et ce brouhaha, regrettant, au fond du coeur, le calme des soirées ordinaires qu'elle passait à lire ou à broder.

En ce moment, et comme elle pénétrait avec son père dans le salon principal où l'on devait danser, elle s'arrêta tout à coup devant le tableau qui frappa ses regards…

À l'extrémité opposée du salon, sa mère était assise, ayant Nancy, sa plus jeune fille, à ses côtés, et causant avec un jeune homme qui s'inclinait pour la saluer.

C'était là assurément un fait bien insignifiant, et Edmée eût été fort empêchée de dire pourquoi elle en fut frappée.

Le jeune homme portait l'uniforme d'officier de marine: il était grand, élancé, et à la pâleur répandue sur son front, on devinait quelque mystérieuse souffrance, ou tout au moins quelque pensée absorbante qui devait exercer sur son esprit une influence souveraine.

C'était la première fois que Edmée le voyait; pourtant, il lui sembla qu'elle l'avait déjà rencontré quelque part.

Un souvenir vague comme un rêve… elle n'aurait pu préciser; mais à sa vue elle éprouva une sensation qu'elle n'eût pu définir, et qui, pendant quelques secondes, la troubla profondément.

— Qu'as-tu donc, chère enfant? dit M. de Beaufort avec sollicitude.

—Moi! rien, répondit Edmée. La chaleur est étouffante, je ne suis point habituée à respirer une pareille atmosphère.

— Tu as raison, viens près de ta mère, tu te reposeras, et le babil de Nancy te remettra tout à fait.

— Oui, oui! c'est cela.

Ils causaient tout en marchant. Quand ils approchèrent de madame de Beaufort, le jeune officier ne l'avait pas quittée encore.

— Mon ami, dit alors madame de Beaufort en désignant ce dernier à son mari, permettez-moi de vous présenter M. Gaston de Pradelle, un capitaine de frégate de récente promotion, qui a bien voulu se rappeler qu'il a été reçu dans l'Inde par quelques membres de ma famille.

M. de Beaufort tendit cordialement la main au jeune officier.

— Soyez le bienvenu, Monsieur, dit-il avec un sincère abandon; si vous êtes connu des Wilson, vous ne m'êtes pas non plus tout à fait étranger! Je sais les services que vous avez rendus à notre marine, et j'ai suivi avec un vif intérêt le dernier voyage que vous venez d'accomplir autour du monde!…

— Vous êtes mille fois trop bienveillant, dit Gaston de Pradelle, en saluant de nouveau.

— Il n'y a pas longtemps que vous êtes de retour en France?

— Quelques mois à peine.

— Et vous ne songez pas à nous quitter tout de suite?

— Oh! je ne reprendrai pas la mer avant un an.

— À la bonne heure, et pendant cette année, au nom des Wilson et en celui des Beaufort, veuillez bien considérer cette maison comme la vôtre, et croyez que nous serons toujours heureux de vous y recevoir.

Et comme Gaston allait s'éloigner, M. de Beaufort ajouta, en présentant Edmée qui n'avait cessé de regarder le jeune officier.

— Ma fille aînée, mademoiselle de Beaufort!

Ce fut comme un coup de théâtre.

Jusqu'alors, Gaston n'avait point pris garde à la jeune fille; mais dès qu'il eut levé les yeux sur elle, il ne put se défendre d'un mouvement de stupéfaction profonde et retenir un cri prêt à lui échapper.

— Étrange! c'est étrange!… balbutia-t-il, fortement ému et incapable de se contenir.

— Quoi donc? fit M. de Beaufort, surpris.

— Pardonnez-moi.

— Eh! à quel propos!

— Cette ressemblance…

— Vous avez connu quelqu'un qui ressemblait à mon Edmée?

— Oui, Monsieur.

— À Paris?

— Non, non, bien loin de France, au contraire.

— Où cela?

—En Amérique.

— Ah!

— Près du fleuve Saint-Laurent.

— Que dites-vous?…

— Vous voyez! je suis fou. D'ailleurs, la jeune femme dont je parle, il y a huit années que je l'ai vue, et elle avait bien près de trente ans à cette époque.

M. de Beaufort ne répondit pas, il était devenu comme inquiet; un pli soucieux s'était creusé sur son front.

Gaston s'aperçut qu'il allait être indiscret, il s'empressa de couper court à l'incident et s'adressant à Edmée:

— Mademoiselle, lui dit-il d'un ton plus calme, voici que les premiers accords du quadrille se font entendre, et si vous vouliez bien m'accepter pour cavalier…

Edmée regarda son père.

— Eh! sans doute, sans doute, chère enfant, dit ce dernier. C'est la première fête à laquelle tu assistes, et ta mère et moi nous ne pouvons que nous réjouir du plaisir que tu y prendras.

La jeune fille passa alors son bras sous celui de Gaston et ils se dirigèrent tous les deux pour aller prendre place dans le quadrille qui se formait.

II

M. de Beaufort les suivit du regard, en proie à une émotion visible, et ce ne fut que lorsqu'ils eurent disparu dans les méandres des quadrilles qui s'organisaient tumultueusement, qu'il parut revenir à lui.

Nancy avait, de son côté, suivi un jeune cavalier qui était venu la réclamer, et il se trouva seul un moment avec madame de Beaufort.

Celle-ci était devenue elle-même toute soucieuse; elle observait son mari avec une attention presque inquiète.

— Qu'avez-vous donc, mon ami? interrogea-t-elle vivement.

— Moi? répondit M. de Beaufort.

— Connaîtriez-vous M. de Pradelle?

— C'est la première fois que je le rencontre.

— Que vous a-t-il dit?

— Rien que de banal et d'insignifiant.

— Cependant, les paroles qu'il a prononcées et que j'ai à peine comprises ont paru vous troubler.

— Quelle idée.

— Que vous a-t-il dit? Ne me cachez rien… répondez-moi… Il regardait Edmée d'une façon singulière. Ne parlait-il pas de ressemblance?

— En effet.

— Il a connu une personne dont votre fille lui rappelait les traits.

— C'est cela.

— Et il vous l'a nommée?

— Non!

— Pourquoi avez-vous pâli, alors. D'où vient qu'en ce moment encore je vous trouve préoccupé et sombre?

— C'est que…

— Achevez.

— Eh bien, cette personne…

— Une femme?

— Oui.

— Où l'a-t-il connue?

— Non loin de Québec.

— Et y a-t-il longtemps?

— Il y a huit ans!

— Mais elle est morte, cependant!… Vous m'avez bien dit qu'elle était morte!

Et comme la jeune femme interrogeait d'un ton ardent et avec un regard plein de feu, Beaufort eut comme un frisson et pressa son front de sa main nerveuse.

— Eh oui! oui! répondit-il avec effort, je vous l'ai dit et je vous le répète; mais ce souvenir est là, toujours devant mes yeux, sur mon coeur: et, malgré moi, j'ai peur de ce passé coupable, comme s'il pouvait venir me menacer dans le présent heureux que vous m'avez fait!

La jeune femme garda le silence et serra tendrement la main de son mari.

— Vous avez raison, dit-elle au bout d'un instant; je vous ai aimé assez pour vous pardonner une défaillance que votre jeunesse expliquait, et je ne veux me rappeler que, le bonheur que vous m'avez donné depuis… Seulement, vous le voyez, mon ami, je n'avais pas tout à fait tort quand j'insistais pour que votre fille Edmée restât encore au couvent. Sa présence ici peut nous créer bien des embarras, bien des tourments, et j'espère que vous jugerez vous-même opportun de vous rendre à mes raisons.

— La pauvre enfant sera bien malheureuse! objecta Beaufort, dont le front se rembrunit; elle croira que nous ne l'aimons pas… que nous voulons l'éloigner de nous.

— Quelle folie! répliqua la jeune femme; Edmée est une fille sérieuse; elle aime peu le monde, elle recherche la solitude; le bruit l'effraye; et je suis bien certaine que nous ferons plus pour son bonheur en agissant comme je le désire qu'en l'obligeant à une existence de plaisirs qui n'est qu'une fatigue et un ennui pour elle.

Mais ce n'est point le moment de traiter un sujet aussi grave; vous y réfléchirez, et nous en reparlerons. Ne restons pas plus longtemps seuls ainsi; le monde nous réclame et nous nous devons à lui; demain, nous reprendrons cet entretien, et d'ici là, ne nous occupons que de nos hôtes et de leurs plaisirs.

Pendant ce rapide colloque, Gaston de Pradelle avait pénétré dans le salon où l'on allait danser, et une vive sensation le prenait au coeur, chaque fois qu'il sentait le bras d'Edmée, s'appuyer sur le sien.

Le jeune capitaine de frégate avait peu changé depuis que nous l'avons présenté au lecteur.

Seulement, ses traits s'étaient accentués davantage; son regard avait pris plus de fermeté et d'aisance, sans que la douceur mélancolique, qui était son charme particulier, en eût été altérée: sous l'uniforme qu'il portait, sa taille se dégageait élégante et forte, et il y avait dans sa démarche, dans chacun de ses mouvements, une distinction personnelle qui s'imposait naturellement, sans raideur et sans morgue. L'effet qu'il produisit fut profond. La plupart des invités de monsieur et madame de Beaufort le connaissaient de nom. Depuis quelques années il avait été souvent cité dans les relations des explorations de notre marine, et il était considéré comme destiné au plus brillant et au plus rapide avenir.

Si l'on ajoute à ces différentes causes la modestie exquise de ses allures et l'espèce de timidité qui était le fond de son caractère réservé et peut-être un peu sauvage, on aura l'explication de la séduction qu'il exerça ce soir-là, tant sur les hommes graves qui se trouvaient rue de la Étrange qu'auprès des femmes, pour lesquelles il avait tout l'attrait de l'inconnu!

Cependant Edmée avançait, partagée entre divers sentiments qu'elle n'avait jamais éprouvés et qui furent une longue surprise pour elle.

Il y avait quelques mois à peine qu'elle était sortie du couvent, et depuis elle avait vécu retirée, presque solitaire, ne cherchant pas à se mêler à la vie qui faisait tant de tapage autour d'elle.

Tout était nouveau pour ses yeux et pour son coeur; à chaque pas qu'elle faisait elle se heurtait à certaines énigmes, dont elle eût vainement tenté de démêler le sens mondain.

Naïvement, elle attendait que la révélation vînt, et, jusqu'alors, rien n'avait troublé la paix sereine dont elle jouissait.

Elle était née soumise et confiante et obéissait simplement à ce qui lui était ordonné, sans se douter que l'on put se révolter devant de pareilles conditions?

Son père l'avait reprise au couvent, et elle en était sortie comme elle y était entrée, sans plaisir comme sans murmure.

Ce jour-là, on lui avait dit de s'habiller pour la fête que l'on donnait, et elle était arrivée, ignorant, pour ainsi dire, ce qui allait se passer et ne comprenant pas la joie enfantine qui éclatait sur le front de sa soeur.

Toutefois, quand, sollicitée par Gaston et autorisée par son père, elle sentit qu'on l'entraînait vers cette foule compacte et serrée; quand, pour la première fois de sa vie, elle se trouva seule aux bras d'un jeune homme qu'elle ne connaissait pas, auquel elle n'avait jamais parlé, une émotion inattendue la saisit par tous les sens, et elle ressentit quelque chose qui ressemblait à de la peur et où il y avait comme un frissonnement de plaisir.

Elle voulut regarder Gaston, et tout aussitôt elle baissa les yeux, pendant qu'une vive rougeur montait à ses joues.

Quand les deux jeunes gens prirent place au quadrille ils n'avaient pas échangé une parole, tant ils étaient troublés l'un et l'autre.

Mais Gaston ne tarda pas à comprendre qu'une pareille situation ne pouvait se prolonger plus longtemps sans devenir ridicule, et il se décida à rompre le silence.

—Vous ne sauriez croire, Mademoiselle, dit-il, combien je suis heureux d'avoir été accueilli avec tant de bienveillance par madame de Beaufort.

— C'est cependant bien naturel, Monsieur, répondit Edmée en s'enhardissant de son mieux; d'après les paroles qu'a dites ma mère tout à l'heure, vous avez connu dans l'Inde quelques membres de notre famille?

— Oui, Mademoiselle, les Wilson de Calcutta; de véritables nababs, qui ont conservé sous ces latitudes lointaines les habitudes d'hospitalité de l'Angleterre.

— Vous êtes resté longtemps dans ce pays?

— Un mois à peine.

— Vous avez beaucoup voyagé?

— J'ai passé presque tout mon temps à la mer, depuis dix ans au moins.

— Ce doit être là une existence pleine d'enchantement. Voir des pays ignorés, visiter des contrées neuves, pour ainsi dire inconnues! Il me semble qu'il n'y a rien de comparable à cela!

Gaston ébaucha un sourire.

— Détrompez-vous, Mademoiselle, répondit-il; à distance, oui, peut être; il y a certaines illusions d'optique auxquelles on se laisse prendre. Mais, en réalité, si vous saviez quel vide cela fait au coeur. Être toujours seul, en face de l'immensité, loin du pays où l'on voudrait toujours revenir et où l'on ne revient que pour s'éloigner de nouveau! C'est là, croyez-moi, une existence qui n'a rien d'enviable.

— Pourquoi alors ne quittez-vous pas cette carrière?

— Pourquoi? mais parce que je ne suis pas, moi, comme les autres hommes; parce que ceux que j'aurais pu aimer m'ont quitté, parce que, quand je reviens en France après avoir supporté mille fatigues, affronté mille dangers, personne n'est là pour m'attendre au retour et que le seul souvenir qui me rattache à la vie est enfermé dans les deux chères tombes où tout mon coeur se réfugie!

— Eh quoi! votre famille…

— Il y a plus de quinze années que mon père et ma mère sont morts.

Edmée se prit à frissonner à ces paroles et, cette fois, son regard attendri s'oublia quelques secondes sur le front du jeune marin.

Mais cela fut rapide comme l'éclair; elle n'eut pas le temps de s'y abandonner.

C'était à elle de figurer, et elle quitta son cavalier, pour se mêler au quadrille.

Quand elle revint prendre sa place, son visage était comme empreint de mélancolie et de tristesse.

Gaston s'en aperçut, et il eut regret de la tournure qu'il avait donnée à la conversation.

Je suis un grand maladroit, dit-il avec une pointe d'enjouement, et j'ai eu bien tort de vous parler ainsi que je l'ai fait, au milieu d'une fête, où il ne devrait être question que de gais propos. Mais il faut être indulgent pour un marin qui n'a le plus souvent vécu qu'à son bord, et n'a fait que de rares apparitions dans le monde.

— Oh! ne vous défendez pas, Monsieur, répliqua vivement Edmée en souriant, car je vous étonnerai peut-être moi-même en vous avouant que c'est la première fois que j'assiste à une réunion de ce genre.

— On m'a dit, en effet, que vous sortiez du couvent.

— Il y a quelques mois.

— Et je gage bien que vous ne demandez pas à y retourner!

Edmée leva ses deux yeux étonnés et remua doucement la tête.

— Vous n'êtes pas la première personne qui me parliez de la sorte, répondit-elle: toutes mes amies me félicitaient avec effusion le jour où l'on est venu nous chercher, ma soeur et moi, et il n'en est pas une qui n'enviât notre sort. Pourtant je vous assure que je me sentais fort attristée de cette séparation, et que, n'eût été la perspective de vivre désormais auprès de mes parents, j'aurais volontiers consenti à rester au couvent.

— Cela s'explique jusqu'à un certain point, au moment du départ; mais depuis?

— Depuis, je n'ai pas beaucoup changé.

— Eh quoi! jeune, belle comme vous l'êtes, vous seriez disposée…

— Oh! je ne dis rien de semblable, interrompit Edmée, et je ne suis point encore à la veille de prendre le voile! D'ailleurs, ajouta-t-elle d'un ton singulier qui frappa Gaston, si jamais de pareilles pensées pouvaient me venir, il y a une chose qui suffirait à m'arrêter.

— Laquelle?

— C'est le chagrin profond que cette résolution causerait à mon père!

Gaston regarda la jeune fille avec plus d'intérêt qu'il ne l'avait fait encore.

— Votre père! répéta-t-il; il paraît, en effet, vous porter une affection profonde: tout à l'heure, pendant que nous causions, je l'observais, et j'ai remarqué l'attention pleine de sollicitude avec laquelle il vous suivait des yeux.

Edmée releva la tête avec une pointe d'orgueil.

— Oui… c'est vrai, Monsieur, dit-elle; mon père m'aime jusqu'à l'adoration… Du plus loin que je me rappelle… je le vois toujours affectueux, tendre, mettant tout son coeur dans les soins dont il entourait mon enfance! et cela se traduit même jusque dans les détails les plus insignifiants.

— Comment.

— Tenez, il y a quelques minutes, quand, en m'apercevant, vous avez fait un mouvement dont vous n'avez pas été le maître… Mes traits vous rappelaient, paraît-il, une personne que vous avez connue autrefois. Eh bien! je regardais mon père à ce moment-là, et je l'ai vu pâlir.

— Est-ce possible?…

— Pourquoi? Je n'en sais rien! mais cela me prouve une fois de plus qu'il n'est indifférent à rien de ce qui me touche. Aussi, moi, je me gens si heureuse de cet amour dont il m'enveloppe, que mon unique souci est de ne pas contrarier les projets qu'il pourra former pour moi.

— Heureux le père qui est ainsi aimé de ses enfants.

Pendant qu'ils causaient de la sorte, tout, en s'interrompant de temps à autre pour figurer dans le quadrille où ils étaient engagés, ils ne s'apercevaient pas que l'heure s'écoulait avec rapidité, et que le moment approchait où ils allaient se séparer.

Quand le quadrille fut fini, ce fut avec une sorte de tristesse émue, que le jeune marin reprit le bras d'Edmée pour la reconduire à sa place.

Chemin faisant, ils rencontrèrent M. de Beaufort.

— Eh bien! dit ce dernier en souriant à sa fille, j'espère que voilà un début qui va te réconcilier avec le monde.

— Oh! je n'ai pas de vocation, répondit Edmée avec enjouement.

— Bon! bon! nous verrons cela à la fin de l'hiver.

Edmée quitta alors le bras de Gaston, et, après l'avoir salué, elle alla s'asseoir auprès de Nancy et de sa mère.

M. de Beaufort, de son côté, entraîna Gaston par un geste de cordialité familière.

— Ma foi, mon cher commandant, lui dit-il en gagnant un salon que la foule n'avait pas encore envahi, vous obtenez ce soir un succès dont vous ne vous doutez assurément pas.

— Moi! quel succès? fit Gaston surpris.

— À Paris, voyez-vous, nous sommes très curieux, indiscrets même, et la plupart des personnes qui sont ici, ce soir, avaient beaucoup entendu parler de vous; on vous connaissait sans vous avoir jamais vu, et l'on a été heureux de vous voir de près. Si vous saviez les mille questions dont j'ai été assailli.

— Vraiment! à quel propos?

— Parbleu! à propos de vos voyages. Songez donc! un homme qui vient de faire le tour du monde!…

Et puis, continua M. de Beaufort, sur un ton où perçait une intention mal déguisée, vous avez une manière personnelle d'observer les choses et les hommes, et j'en ai eu la preuve tout à l'heure, quand vous vous êtes presque troublé en apercevant mon Edmée.

— Oh! cela s'explique cependant bien naturellement, répliqua
Gaston.

— Vous trouvez?

— J'avais rencontré en Amérique une jeune femme dont les malheurs m'ont vivement intéressé. Elle s'était présentée à moi dans des circonstances si exceptionnelles, que je ne pouvais l'oublier, et en me trouvant en présence de mademoiselle de Beaufort…

— Quelle était donc cette jeune femme, à laquelle ressemble mon
Edmée?

— Une malheureuse qui, après avoir été abandonnée par son amant, s'était vue emprisonnée par son père.

— Elle était jeune?

— Elle avait alors une trentaine d'années.

— Et comment s'appelle-t-elle?

— Fanny Stevenson.

Beaufort se contenait à grand'peine. Un cercle blanc et mat se dessina autour de ses lèvres.

— Fanny Stevenson! répéta-t-il presque malgré lui; et vous n'avez jamais revu cette femme?

— Jamais.

— Enfin, c'est bien à Québec que vous l'avez rencontrée?

— Oui, Monsieur, c'est à Québec que j'ai eu occasion de l'accompagner pour certaines démarches qu'elle désirait faire dans le but de retrouver une enfant qui lui avait été enlevée; mais c'est au bourg de Smeaton que je lui ai fait mes adieux.

— Smeaton! balbutia Beaufort, sans s'apercevoir qu'il pensait tout haut.

Bien que Gaston n'eût attaché tout d'abord qu'un intérêt secondaire aux questions que lui adressait son interlocuteur, cependant l'insistance avec laquelle ces questions lui étaient posées finit par le frapper, et il ne put s'empêcher d'en faire la remarque.

— Est-ce que cette histoire vous rappellerait quelque souvenir personnel? interrogea-t-il en l'observant avec attention.

— Moi!… se récria Beaufort, en revenant brusquement à lui; mais pas le moins du monde… Seulement, j'ai beaucoup voyagé aussi, autrefois! ces parages dont vous me parlez, m'ont laissé les meilleurs souvenirs, et chaque fois que je les évoque, je retrouve certaines émotions de jeunesse qui restent toujours vives, en dépit de l'âge et de l'éloignement.

— Cela se comprend.

— N'est-ce pas? mais je n'entends point vous enlever à mes hôtes; j'ai moi-même des devoirs sacrés à remplir, et je vous rends toute votre, liberté.

— J'en profite pour me retirer, dit Gaston en souriant.

— Eh quoi! déjà?

— Le monde m'intimide et je m'y sens fort mal à l'aise.

— Mais je vous reverrai?

— Je vous le promets.

— À bientôt, alors.

— Oui! oui! à bientôt.

Après avoir quitté M. de Beaufort, Gaston de Pradelle fit quelques tours à travers les salons.

La fête n'avait pour lui qu'un attrait relatif; il n'y connaissait personne; il n'aimait ni le jeu ni la danse et rien ne semblait devoir le retenir.

Pourtant, il resta encore une heure environ, et, instinctivement, en dépit de sa volonté même, il cherchait à revoir cette enfant, qui avait fait sur lui une si sérieuse impression.

Ce n'était pas de l'amour cependant.

Il fallait d'autres raisons pour éveiller un pareil sentiment dans un coeur comme le sien; le jour où Gaston aimerait, il savait bien d'avance qu'il donnerait à cet amour, quel qu'il fût, à quelque femme qu'il s'adressât, son âme, son être, sa vie tout entière.

Mais s'il n'aimait pas Edmée, elle lui inspirait un intérêt comme jamais il n'en avait éprouvé: son image ne le quittait pas. Il voyait toujours ses grands yeux noirs, à la flamme intense; il entendait sa voix pénétrante et douce, et sentait encore le contact de son corps charmant et souple.

À plusieurs reprises, pendant qu'il errait à travers le bal, il la revit allant et venant à travers les méandres des quadrilles.

Et il ne put se détacher de cette gracieuse apparition.

Une fois même leurs regards se rencontrèrent, il lui sembla que quelque chose d'inusité, d'inconnu, remuait en lui!

Naïvement il mettait l'émotion dont il était saisi sur le compte de cette ressemblance singulière qu'il avait constatée.

Cela le rejetait de quelques années en arrière. Il se retrouvait sur la côte d'Amérique, découvrant dans le phare Saint-Laurent la jeune femme que la mort de son geôlier venait de faire libre.

C'était bien elle!

Plus jeune, plus belle, dans tout l'éclat de ses dix-huit ans, avec la même résignation, et aussi avec ces lueurs étranges qu'il avait vues traverser le regard de Fanny Stevenson, et que tout à l'heure il avait surpris, éclairs fugitifs, dans celui d'Edmée.

Minuit, qui sonna bientôt, le rappela à ses résolutions.

Il ne voulait pas se laisser détourner davantage, et, prenant son parti, il gagna la porte et disparut.

Peu après, il rentrait chez lui.

Il était une heure: Bob l'attendait.

Bob avait grandi depuis que nous ne l'avons vu, et il était devenu novice.

C'était maintenant un grand garçon, bien découplé, le visage imberbe, l'oeil bien ouvert, et conservant dans toute sa physionomie cet air particulier qui semble être l'estampille indélébile de l'enfant, ou pour mieux dire, du gamin de Paris.

Bob adorait Gaston; jamais il ne se couchait avant que son maître ne fût rentré.

Mais ce soir-là, il avait une raison particulière pour l'attendre.

Gaston venait de gagner sa chambre à coucher, Bob l'y avait suivi.

— Il n'est venu personne me demander pendant mon absence? questionna Gaston en remettant son pardessus à Bob.

— Pardon, commandant, répondit ce dernier, il est venu, au contraire, un visiteur qui a paru contrarié de ne pas vous rencontrer.

— Un visiteur? Il n'a pas dit son nom?

— Il entend ne le dire qu'à vous-même.

— Alors, il reviendra…

— Demain matin.

— N'a-t-il pas fait connaître, au moins, quel motif l'amenait?

— Il n'a rien dit de semblable. Seulement, comme il n'est pas ordonné d'avoir ses yeux dans sa poche…

Gaston regarda Bob avec curiosité.

— Eh mais! au fait, reprit-il aussitôt; je ne remarquais pas!…
Je gage que tu as quelque chose de plus à me dire?

— Peut-être bien! fit le jeune novice.

— Parle, alors.

— C'est que cela serait si extraordinaire!

— Quoi donc?

— Cet homme…

— Après?

— J'ai cru le reconnaître! Et quoique je ne l'aie vu qu'un instant, il y a longtemps! cependant je jurerais!…

— Voyons, achève, pourquoi toutes ces réticences?

— Eh bien, vous rappelez-vous, commandant, ce qui est arrivé il y a huit ou dix ans, au phare Saint-Laurent, et la visite que nous avons faite, en compagnie de miss Fanny Stevenson, au bourg de Smeaton.

— Il m'en souvient! répliqua vivement Gaston, mais quel rapport?

— Vous n'avez pas oublié alors le capitaine Palmer, et la scène à laquelle nous avons assisté dans la misérable hutte qu'il habitait.

— Ah! je n'ai rien oublié de ce qui s'est passé là! où veux-tu en venir?

— C'est que l'homme qui est venu ce soir…

— Ce serait Palmer!…

— Lui-même.

— Tu en es sûr?

— Oh! on a l'oeil américain, quoiqu'on soit né dans le faubourg
Antoine, et celui-là…

— Lui! ce serait lui! — Que vient-il faire en France, à Paris? - - Voilà certes une coïncidence inattendue, et Dieu veuille qu'il n'y ait pas une menace de malheur dans la visite de ce misérable!