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La Samaritaine, évangile en trois tableaux, en vers cover

La Samaritaine, évangile en trois tableaux, en vers

Chapter 12: SCÈNE IV
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About This Book

A poetic three-tableau drama stages a sacred encounter at an ancient well in which an itinerant spiritual teacher converses with a Samaritan woman, sparking private revelation and public stir. Phantom patriarchs and a chorus of townspeople frame the meeting, creating a blend of supernatural expectation and communal debate over religious authority. Through lyrical speeches, ritual gestures, and musical underscoring the work traces the woman's inward transformation and the ripple effects on her city, examining themes of faith, reconciliation across communal divides, and the tension between personal experience and institutional religion.

Il est le pacifique ennemi de la guerre,
La ruine de la ruine, et la mort de la mort!
LE PRÊTRE.
Mais sait-on seulement d'où ce prophète sort?
Le vrai Christ descendra de David,—et des prêtres!
PHOTINE.
On saura découvrir David dans ses ancêtres!
—En attendant, il sort d'entre les plus petits,
Et ses mains de prophète ont tenu des outils;
Les Anges, dans le fond d'une boutique obscure,
Ont baisé les copeaux pris dans sa chevelure!
Docile, il fabriquait des balances, des jougs;
Et lui qui travailla, quoique Dieu, comme vous,
En façonnant des jougs pensait à vos souffrances
Et rêvait de justice en faisant des balances!
UN HOMME.
Allons vers lui!…
LE PRÊTRE.
C'est un faux Christ!
L'HOMME.
Soit, je suivrai
Tous les faux Christs, de peur de le manquer, le vrai!
UNE FEMME.
Oui, conduis-nous vers lui! Laisse ces cœurs de pierre!
PHOTINE.
Non! Je ne partirai qu'avec la ville entière!
UN HOMME, ricanant.
Un Christ qui vient pour pardonner à des pécheurs!…
PHOTINE.
Ses paroles font des silences dans les cœurs!
UN AUTRE, de même.
Et bavarder, autour des puits, avec les femmes!
PHOTINE.
Ses gestes font des ombres blanches sur les âmes!
UN MARCHAND.
Il est donc beau pendant qu'il parle?
PHOTINE.
Il resplendit!
—On n'a jamais parlé comme cet homme. Il dit:
«Les premiers seront les derniers… Celui qui souffre
Va sourire… Celui qui monte est près du gouffre…
Heureux les attristés! Heureux les fatigués!
Ceux-ci reposeront, et ceux-là seront gais!»
UN MARCHAND.
Autour d'elle, voyez, la foule s'est accrue!
PHOTINE.
J'irai crier tout ce qu'il dit de rue en rue!
(Elle sort, suivie de la foule.)
PREMIER VIEILLARD.
Elle le fait!
UN MARCHAND, regardant.
Bientôt ils seront des milliers!
UN AUTRE MARCHAND, criant à la cantonade, avec désespoir.
Pourquoi donc avez-vous quitté vos ateliers?
UN AUTRE.
Mais que faire? C'est impossible qu'on la laisse…
LA VOIX DE PHOTINE, au dehors.
Il dit: «Vous serez forts, vous, les pleins de faiblesse!»
PREMIER MARCHAND.
Ne lui laissez donc pas prononcer ces mots-là!
LA VOIX DE PHOTINE, plus loin.
Il dit: «Vous jugerez vos juges!»
UN ANCIEN, furieux.
C'est cela!…
UN AUTRE.
Que faire?
LE PRÊTRE.
Aller chercher les Romains!…
(A un marchand.)
Toi, va vite.
(Il explique à mi-voix ce qu'il faut dire. On entend:)
L'ordre public troublé… le peuple qui s'excite…
LA VOIX DE PHOTINE, dehors.
Il dit encor: «Je vous le dis, en vérité,
Mon Héritage est fait pour le déshérité!»
UN MARCHAND, avec terreur.
Entendez-vous ces mots qui pleuvent sur la ville?…
LE PRÊTRE, à celui qu'il envoie.
Demande des soldats. C'est la guerre civile,
Si l'on n'arrête pas…
LA VOIX DE PHOTINE, se rapprochant.
Il dit: «Des deux chemins
Prenez le plus étroit!»
LE PRÊTRE, au marchand.
Va chercher les Romains!
(Le marchand sort en courant.)
PHOTINE, rentrant, suivie d'une foule plus nombreuse.
Il dit encor: «Toute science est un fantôme.
C'est aux pauvres d'esprit que sera mon Royaume!»
Il dit…
UN HOMME, qui la suit, éperdu, chancelant, enivré.
Écoutez tous! Pressez-vous sur ses pas!
Car ce sont là des mots que l'on n'invente pas!
Un Dieu seul peut dicter ces paroles d'aurore!
—Photine, que dit-il encore?
PHOTINE.
Il dit encore:
«Soyez doux. Comprenez. Admettez. Souriez.
Ayez le regard bon. Ce que vous voudriez
Qu'on vous fît, que ce soit ce qu'aux autres vous faites:
Voilà toute la loi, voilà tous les prophètes!
Envoyez votre cœur souffrir dans tous les maux!…»
Enfin, que sais-je, moi! Des mots nouveaux! Des mots
Parmi lesquels un mot revient, toujours le même:
«Amour… amour… aimer!… Le ciel, c'est quand on aime.
Pour être aimés du Père, aimez votre prochain.
Donnez tout par amour. Partagez votre pain
Avec l'ami qui vient la nuit, et le demande.
Si vous vous souvenez, en faisant votre offrande,
Que votre frère a quelque chose contre vous,
Sortez, et ne venez vous remettre à genoux
Qu'ayant, la paix conclue, embrassé votre frère…
D'ailleurs, un tel amour, c'est encor la misère.
Aimer son frère est bien, mais un païen le peut.
Si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, c'est peu:
Aimez qui vous opprime et qui vous fait insulte!
Septante fois sept fois pardonnez! C'est mon culte
D'aimer celui qui veut décourager l'amour.
S'il vous bat, ne criez pas contre, priez pour.
S'il vous prend un manteau, donnez-lui deux tuniques.
Aimez tous les ingrats comme des fils uniques.
Aimez vos ennemis, vous serez mes amis.
Aimez beaucoup, pour qu'il vous soit beaucoup remis.
Aimez encore. Aimez toujours. Aimez quand même.
Aimez-vous bien les uns les autres. Quand on aime,
Il faut sacrifier sa vie à son amour.
Moi je vous montrerai comment on aime, un jour…
Amour! N'ayez que de l'amour dans la poitrine!…
Aimez-vous!»
TOUS, tombant à genoux.
Qu'est ceci? Quelle est cette doctrine?
(Tumulte, cris.)
Le Roi, fils de David!—Le Christ!—Le roi des Cieux!
—Suivons-la.
(A ce moment tous, enthousiasmés, se relèvent, s'élancent derrière Photine, vont partir; mais ils sont refoulés brutalement par des soldats qui entrent, et un centurion paraît.)

SCÈNE IV

Les Mêmes, LE CENTURION, Soldats
LE CENTURION.
Quoi! Comment! Des cris séditieux!
Dispersez-vous!… Quel est ce roi que l'on acclame?
Que faites-vous là, tous, autour de cette femme?…
Saisissez-la d'abord, elle!
PHOTINE, pendant qu'on lui lie les mains.
Tout est perdu!
Quand je les emmenais!…
LE CENTURION, à la foule grondante.
M'avez-vous entendu?
Pas de groupes!… Pas de rumeurs!… Qu'on se disperse!
(Aux marchands.)
Vous autres, reprenez votre petit commerce!
(A Photine.)
Excitatrice, tu leur tenais des propos
Contre César, sans doute, et contre les impôts!
De quoi leur parlais-tu?
PHOTINE.
Mais de…
LE CENTURION, aux soldats.
Serrez la corde!
PHOTINE.
Mais de mansuétude et de miséricorde,
De charité, d'amour…
LE CENTURION.
Et puis…
UN HOMME, vivement.
C'est tout!
UN AUTRE, de même.
De rien!
LE PRÊTRE.
Elle parlait encor du Messie!
LA FOULE, avec indignation.
Oh!
LE CENTURION.
Ah! bien!
Toi, tu viens dénoncer? Rome te remercie!…
(A ses soldats, en riant.)
Elle leur annonçait le Vengeur, le Messie,
Celui-là qui des Juifs sera l'Imperator,
Qui battra les Romains, n'est-ce pas?… Elle a tort!
Car ceci pourrait bien ne pas plaire à Pilate…
Marchons!
PHOTINE, à part.
Tout est perdu!
LE PRÊTRE, au centurion.
Pour que l'émeute éclate,
Elle dit avoir vu le Christ tout près d'ici!
Et sais-tu qui la folle ose appeler ainsi?
Un fanatique obscur, qui, sans doute, conspire,
Un gueux de Nazareth!
LE CENTURION.
Ah! il fallait le dire!
Un gueux de Nazareth?… Mais je vois ce que c'est!
(A ses soldats.)
C'est l'homme, vous savez, le simple, qui passait
Pour guérir les lépreux, l'homme de Galilée!
Sa présence, en effet, nous était signalée.
LE PRÊTRE.
Des ordres contre lui doivent être reçus.
LE CENTURION.
Un certain Josué, n'est-ce pas, ou Jésus?
LE PRÊTRE.
C'est lui-même!
LE CENTURION.
Comment, c'est Jésus! Quand je pense
Que j'allais!… Mais alors, ça n'a pas d'importance!
Il ne nous porte pas ombrage, celui-là!
(Aux soldats.)
Ce n'est rien. C'est Jésus! Allons, détachez-la!
PHOTINE, délivrée immédiatement.
Ciel!
LE CENTURION.
C'est un pauvre Juif pris de mélancolie.
Moi-même, je le vis commettre une folie!…
Mais à Jérusalem, justement, il n'y a
Qu'un mois. J'étais de garde au fort Antonia
D'où nous surveillons tout ce qu'on fait dans le temple.
D'en haut j'avais suivi des yeux la blancheur ample
D'une robe de lin errante, et m'étais dit:
«C'est quelque Essénien arrivé d'En-Gaddi.
Il prêche: je le vois aux gestes de sa manche.»
—Douze robes suivaient, sombres, la robe blanche.
Et ce groupe, en causant, s'en vint jusqu'à ce lieu
Où des Juifs très dévots, pour honorer leur Dieu,
Font le change, installés à des petites tables,
En se servant de poids rarement véritables.
Sur le sol de ce temple étonnant, où l'on vend
De tout, du sel, de l'huile et du bétail vivant,
Traînent de vieux morceaux de cordes et de brides.
Tout d'un coup, je vis l'homme aux vêtements candides
Prendre un de ces morceaux, le tordre, et je le vis
Fouetter tous les vendeurs qui couvraient le parvis,
Et tous ces gros marchands, même les plus podagres,
Fuyaient, fouettés par lui, tel un troupeau d'onagres!
Et lui fouettait toujours, d'un geste furieux.
Et le peuple acclamait. C'était très curieux.
Nous autres, les Romains, cela nous faisait rire…
Cet homme ne peut pas inquiéter l'Empire.
Il défend que du temple on fasse un vil bazar,
Mais il dit: «A César ce qu'on doit à César!»
LE PRÊTRE.
Tu n'as pas entendu la femme?
LE CENTURION, riant et remontant.
Je préfère
Ne pas l'entendre!
LE PRÊTRE, essayant de le retenir.
Écoute-la!
LE CENTURION.
J'ai mieux à faire!
LE PRÊTRE.
Quoi donc?
LE CENTURION, railleur.
Mais lire, au frais, mon auteur familier.
Je lis, et l'ombre d'une feuille de figuier
—Large et tremblante main qui sur le livre passe—
Souligne d'un doigt bleu quelque beau vers d'Horace!
LE PRÊTRE.
Mais…
LE CENTURION, sèchement.
Qu'on ne vienne plus, surtout, me déranger.
(Au peuple.)
On vous permet ce Christ, il n'offre aucun danger.
(En sortant, à un soldat.)
Tu sais, le joli charpentier à tête blonde?…
Ce n'est pas celui-là qui troublera le monde!…
—En route!

SCÈNE V

Les Mêmes, moins LE CENTURION et les Soldats
PHOTINE.
Et maintenant, courons vite!
(Murmures.)
UN HOMME.
Oh! non!
PHOTINE.
Quoi?
UN AUTRE.
Un roi flattant César ne sera pas mon roi!
UN AUTRE.
C'est ainsi que le fils de David nous libère?
UN AUTRE.
Il conseille l'impôt?
UN AUTRE.
Il accepte Tibère?
PHOTINE.
Seigneur, Seigneur, les malheureux, écoute-les!
—De quel royaume avez-vous cru que je parlais?
Quoi! vous vous occupez de César, de l'Empire?
Comprenez donc un peu ce qu'on a voulu dire!
Vous qui serez les éternels Samaritains,
Ne pensez qu'au seul vrai royaume, qu'aux destins
Du royaume secret dont aucune province
Ne vous sera jamais prise par aucun prince!…
Puisqu'il faut tôt ou tard que vous soyez mangés,
Que vous importe que les fauves soient changés,
Et que celui, vers vous, dans l'ombre, qui se traîne,
Ce soit le renard juif ou la louve romaine?…
Ah! sans savoir le nom du maître de hasard,
Donnez avec dédain ce qu'on doit à César!
TOUS.
Oui! mais…
UN HOMME.
Mais le royaume?
PHOTINE.
Il n'est pas de ce monde;
Car ce n'est pas un roi, c'est un Dieu qui le fonde!
UN AUTRE.
Où le connaîtrons-nous, ce royaume irréel?
PHOTINE.
Un peu d'abord en vous, puis tout à fait au ciel!
PLUSIEURS.
En nous?
PHOTINE, allant de l'un à l'autre.
La graine est là, d'où monte l'arbre immense!
Vous n'avez qu'à vouloir, et le règne commence!
Pour tous! pour tous! Un peu d'amour, un peu de foi,
Et vous verrez quel beau royaume!… Toi,—toi,—toi!—
Toi, tu souffriras moins, maigre tailleur de pierres;
Car, dans le noir du masque abritant tes paupières,
Tes yeux posséderont quelques brins de lueur
Des gerbes de clartés futures!… Ciseleur,
Tes doigts se sentiront rafraîchis par les ailes
Des petits chérubins d'argent que tu cisèles!…
Toi, qui pour lambrisser les alcôves, scias
Les cèdres, les cyprès et les acacias,
Tu béniras les trous au mur de ton échoppe
Parce qu'il y frissonne une touffe d'hysope!…
Vous plaindrez ceux pour qui vous tissez, tisserands,
Et vous, passementiers, plus vous coudrez de rangs
D'inutiles galons aux frivoles étoffes,
Et plus vous sourirez, comme des philosophes!
Chacun trouvera joie à son humble métier.
Tu verniras l'argile avec amour, potier!
Pâtres, vous soignerez plus gaîment vos abeilles.
Vous sifflerez, vanniers, en tressant vos corbeilles!
LE PRÊTRE.
Mais ce n'est qu'un espoir, le royaume des cieux!
PHOTINE.
Qu'est-ce que vous avez à proposer de mieux?
CRIS DE TOUS.
Oui!… Suivons-la!… Le Christ!… Peut-être!… Le Royaume!…
Prenons des instruments!… Chantons!… Oui, tous!… Un psaume!
UN MARCHAND, à Photine.
Oh! moi, j'y vais sans croire, en curieux, pour voir!
PHOTINE.
Viens quand même!
AZRIEL.
J'y vais, par ennui, sans espoir,
Pour agir!…
PHOTINE.
Viens quand même!
UN JEUNE HOMME.
Et moi, c'est toi que j'aime!
Si je te suis, c'est pour ta beauté!
PHOTINE.
Viens quand même!
Suivez tous, en cueillant des branches d'oliviers.
Peu m'importe pourquoi, pourvu que vous suiviez!
LE PRÊTRE.
Eh bien! j'y vais aussi! Cet homme va peut-être
Fonder un nouveau culte et me nommer grand-prêtre!
PHOTINE.
Marchons en entonnant le psaume à l'Éternel,
Et prenez au verset: «Chantons sur le nébel…»
TOUTE LA FOULE, dans un immense cri d'enthousiasme.
Chantons sur le nébel dont le long manche s'orne
De nacre, de corail et d'or,
Sur le nébel, sur le kinnor,
Et chantons sur la flûte encor
Et sur la trompette de corne!…
(La foule s'engouffre, derrière Photine, sous la haute porte et le psaume va rouler au loin dans la campagne.)
Qu'en l'honneur de Celui qui vient juger les temps
Danse toute la Terre et tous ses habitants!…
Toute la Mer… et tout…
Rideau.