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La Vie d'un Simple (Mémoires d'un Métayer)

Chapter 52: L
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About This Book

The memoir presents the life of a rural tenant through first-person recollections collected and lightly shaped by a narrator; it moves between domestic disputes, everyday farm labor, market journeys and seasonal hardships. Vivid character sketches of relatives and neighbors alternate with earthy anecdotes and precise details of tools, tasks and weather. Interwoven reflections convey stubborn routines, small kindnesses, and occasional selfishness, while a tone that combines warmth, caustic humor and sorrow seeks to portray peasant experience honestly and to counter urban misconceptions about rural intelligence and character.

L

Depuis mon embauche lointaine chez son père, depuis surtout qu'il était venu à la Creuserie pour ma jambe fracturée, le docteur Fauconnet m'avait toujours reconnu. Quand il me rencontrait à Bourbon, à l'époque des vacances, il ne manquait pas de me parler de ce «vieux chouan de Noris» mûr pour le dépôt, assurait-il.

M. Fauconnet avait le bras long—qu'il s'agisse d'obtenir une faveur, de faire réformer un conscrit à la révision, ou d'intervenir dans les affaires de justice.

Aussi les quémandeurs, aux vacances, affluaient-ils au château d'Agonges, qu'il habitait depuis la mort de son père.

Enfin l'on devait à son influence la mise en train d'un petit chemin de fer à voie étroite de Moulins à Cosne, qui desservait Bourbon et Saint-Aubin.

Mais l'ancien républicain intransigeant, si farouche dans son opposition à l'Empire, était devenu le bon bourgeois de gouvernement ayant la crainte et le mépris des extrêmes, du côté rouge comme du côté blanc.

Or, M. Noris étant mort, ses filles s'empressèrent d'affermer les deux domaines à un fermier général en vogue, qui nous donna congé.

Nous décidâmes, la Victoire et moi, de nous retirer dans une quelconque locature, laissant les deux garçons prendre une ferme à leur compte.

Justement, une du docteur se trouvait disponible: je m'employai à la leur faire donner. A des conditions d'ailleurs sévères,—car notre député, si féru du bonheur du peuple, écorchait comme un vulgaire Gouin les tenanciers de ses domaines.

Quelle grande marge il y a toujours entre les mots et les actes!

Pour moi je pus louer au Chat-huant ou «Chavant» de Saint-Aubin, un petit bien à trois vaches, de la même grandeur à peu près que celui où j'avais débuté jadis sur les Craux de Bourbon. Au prix fort; mais avec les revenus de mes petites économies—placées par le notaire sur hypothèque sérieuse—je comptais pouvoir joindre les deux bouts assez tranquillement.