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La vie littéraire. Deuxième série cover

La vie littéraire. Deuxième série

Chapter 44: A
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About This Book

A series of newspaper causeries and essays in which the author combines personal confession, literary criticism, and philosophical reflection. He recounts his habit of candid self-revelation, embraces the coexistence of contradictory beliefs, and surveys contemporary literary trends, especially symbolist mysticism and its synaesthetic claims about sound and color. The essays balance skeptical distance and aesthetic sympathy, examining the tastes, excesses, and novel poetic experiments of younger writers, while offering meditations on the nature of art, truth, and the reader's response across a range of short critical studies and personal anecdotes.

ROMAN ET MAGIE[33]

[Note 33: Apulée romancier et magicien, par M. Paul Monceaux, Quantin, éditeur, 1 vol. in-8°.]

Avouons-le: nous avons tous au fond du coeur le goût du merveilleux. Les plus réfléchis d'entre nous l'aiment sans y croire, et ne l'en aiment pas moins. Oui, nous les sages, nous aimons le merveilleux d'un amour désespéré. Nous savons qu'il n'existe pas. Nous en sommes sûrs et c'est même la seule chose dont nous soyons sûrs, car s'il existait il ne serait plus le merveilleux, et il n'est tel qu'à la condition de n'être pas. Si les morts revenaient, il serait naturel et non pas merveilleux qu'ils revinssent. Si les hommes pouvaient se changer en bêtes, comme l'antique Lucius du conte, ce serait là une métamorphose naturelle et nous n'en serions pas plus étonnés que des métamorphoses des insectes. Il n'y a pas d'issue pour sortir de la nature. Et cette idée est en elle-même absolument désespérante. Le possible ne nous suffit pas et nous voulons l'impossible, qui n'est l'impossible qu'à la condition de ne jamais se réaliser. Mérimée a conté l'aventure de don Juan, qui, se promenant au bord du Tage en roulant une cigarette, demanda du feu à un passant occupé, sur l'autre rive, à fumer son cigare. «Volontiers,» dit celui-ci, et, d'un bras qui s'allongea jusqu'à traverser le fleuve, il tendit à don Juan son cigare allumé. Don Juan ne s'étonna pas, faisant profession de ne s'étonner de rien. S'il avait été philosophe, il ne se serait pas étonné davantage. Quand, à Paris, nous entendons la voix d'un ami qui, de Marseille, nous fait ses adieux par le téléphone avant de s'embarquer, nous ne pensons pas que cela soit merveilleux, et en effet cela n'était merveilleux que quand cela n'était pas. De deux choses l'une: ou l'aventure de don Juan n'est pas vraie, ce qui est assez probable, ou elle est vraie, et dans ce cas elle est aussi naturelle que nos communications par le téléphone, bien qu'un peu plus rare, j'en conviens. Mérimée nous laisse entendre que ce fumeur était le diable en personne. Je le veux bien. Vous voyez que j'accorde beaucoup. Mais si le diable existe, il est dans la nature comme vous et moi, car elle contient tout, et il est naturel qu'il allonge le bras par-dessus les fleuves. Si nos manuels de physiologie ne le disent pas, c'est qu'ils sont incomplets. Il est certain que tous les phénomènes ne sont pas décrits dans les livres. Je me promène quelquefois, par les belles nuits d'été, sur les quais de Paris, à l'ombre des colossales dentelles noires de Notre-Dame, au bord de ces eaux sombres où tremblent des milliers de reflets étincelants. La lune court dans les nuées; on entend gémir sous les arches le flot éblouissant et lugubre, et l'on songe à la fois à toutes les horreurs de la vie et à toutes les magies de la mort. Si le diable n'a pas seulement de feu pour les grands contempteurs de Dieu et de la vertu des femmes, s'il daigne vouloir séduire aussi un doux philosophe, il aura peut-être la politesse, quelque soir, de me tendre son cigare d'un quai de la Seine à l'autre. Alors, fidèle à mes principes, je tiendrai le fait pour naturel et j'en ferai une communication à l'Académie des sciences.

Voilà une résolution qui témoigne, je pense, d'une assez ferme intelligence et d'une raison qui ne veut point être étonnée. Pourtant il y a des moments, je le sais, où la froideur de la raison nous glace. Il y a des heures où l'on ne veut point être raisonnable, et j'avoue que ces heures-là ne sont pas les plus mauvaises. L'absurde est une des joies de la vie; aussi voyez que, de tous les livres humains, ceux dont la fortune est la plus constante et la plus durable sont des contes, et des contes tout à fait déraisonnables. Peau d'Ane, le Chat botté, les Mille et une Nuits, et, pourquoi ne pas le dire?… l'Odyssée, qui est aussi un conte d'enfant. Les voyages d'Ulysse sont remplis d'absurdités charmantes qu'on retrouve dans les Voyages de Sindbad le Marin.

Le merveilleux est un mensonge. Nous le savons et nous voulons qu'on nous mente. Cela devient de plus en plus difficile. Le bon Homère et les conteurs arabes ne nous trompent plus. Il faut aujourd'hui, pour nous séduire, des imaginations fertiles en ruses, des esprits très savants, très ingénieux; Edgard Poë, par exemple, et ses Histoires extraordinaires, ou Gilbert-Augustin Thierry avec Larmor, Marfa et cette Tresse blonde dont nous parlions tantôt.

Le vieil Apulée n'est pas non plus un imposteur médiocre, et celui-là aussi m'a donné, je l'avoue, l'illusion délicieuse du merveilleux. Je vais tout vous dire: Apulée, c'est mon péché. Je l'aime sans l'estimer, et je l'aime beaucoup. Il ment si bien! il vous met si bien la nature à l'envers, spectacle qui nous remplit de joie à nos heures de perversité. Il partage si pleinement, pour le satisfaire, ce goût dépravé de l'absurde, ce désir du déraisonnable que chacun de nous porte caché dans un repli de son coeur! Quand l'harmonie du monde vous a lassés par son inexorable fixité, quand vous trouvez la vie monotone et la nature ennuyeuse, ouvrez l'Ane d'or et suivez Apulée, je veux, dire Lucius, à travers ses voyages extraordinaires. Dès le départ, une atmosphère de démence vous empoisonne et vous fait délirer. Vous partagez la folie de cet étrange voyageur:

Me voilà donc au milieu de cette Thessalie, terre classique des enchantements, célèbre à ce titre dans le monde entier… Je ne savais où diriger mes voeux et ma curiosité; je considérais chaque chose avec une sorte d'inquiétude. De tout ce que j'apercevais dans la ville, rien ne me paraissait être tel que mes yeux me le montraient. Il me semblait que, par la puissance infernale de certaines incantations, tout devait avoir été métamorphosé. Si je rencontrais une pierre, mon imagination y reconnaissait un homme pétrifié; si j'entendais des oiseaux, c'étaient des hommes couverts de plumes; des arbres du boulevard, c'étaient des hommes chargés de feuilles; les fontaines, en coulant, s'échappaient de quelque corps humain. Je croyais que les portraits et les statues allaient marcher, les murailles parler, les boeufs annoncer l'avenir.

Après cela, étonnez-vous qu'il soit changé en âne? Saint Augustin y croyait plus qu'à demi.

«Nous aussi, dit-il, dans la Cité de Dieu, nous aussi, quand nous étions en Italie, nous entendions des récits de ce genre sur certain endroit de la contrée. On racontait que des cabaretières expertes en ces maléfices servaient parfois aux voyageurs, dans le fromage, des ingrédients qui les changeaient aussitôt en bêtes de somme. On faisait porter des fardeaux à ces malheureux, et, après un pénible service, ils reprenaient leur forme. Dans l'intervalle, leur âme n'était pas devenue celle d'une bête, ils avaient conservé la raison de l'homme. Apulée, dans l'ouvrage qu'il a intitulé l'Âne d'or, rapporte que cette aventure lui est arrivée; par la vertu de certaine drogue, il fut changé en âne, tout en gardant son esprit d'homme. On ne sait si l'auteur consigne là un fait réel ou un conte de sa façon.»

Certes, Apulée fait un conte, un conte imité du grec et ce n'est pas même lui qui a inventé ce Lucius et sa métamorphose, mais il y a mis le grain d'ellébore.

C'est un homme intéressant que cet Apulée, tel que nous le décrit M. Paul Monceaux dans une étude très complète et, ce me semble, très judicieuse; assurément fort agréable.

Cet Africain, contemporain des Antonins, esprit léger, facile, rapide, brillant, n'était pas au fond très original: il improvisait et compilait. S'il était fou, il faut convenir que tout le monde était un peu fou dans ce temps-là. Une curiosité maladive travaillait toutes les imaginations. Les prodiges d'Apollonius de Tyane avaient fait passer un frisson par le monde. Une foi anxieuse aux enchantements troublait les meilleurs esprits. Plutarque fait glisser des ombres dans les champs de l'histoire; l'âme ferme de Tacite est facilement ébranlée par des prodiges; le naturaliste Pline se montre aussi crédule que curieux. Phlégon de Tralles écrit pour un César astrologue un livre de Faits merveilleux et conte minutieusement l'aventure d'une morte qui déserte sa chambre funéraire pour le lit d'un jeune étranger. Or ce Trallien était estimé comme annaliste et comme géographe.

Le bonheur d'Apulée fut de naître, dans ce milieu troublé, avec une étonnante capacité à concevoir l'absurde et l'impossible. Il étudia toutes les science et n'en tira que des superstitions puériles. Physique, médecine, astronomie, histoire naturelle, tout chez lui se tournait en magie. Et comme il avait l'imagination vive et le style prestigieux, il lui fut donné d'écrire le chef-d'oeuvre des romans fantastiques.

Cet homme habile, frivole et vain, laissa la mémoire d'un magicien et d'un thaumaturge. À l'époque des grandes disputes religieuses, alors que chrétiens et païens opposaient les miracles aux miracles, les pères de l'Église ne nomment l'auteur de la Métamorphose qu'avec une haine mêlée d'effroi. Déjà Lactance, au milieu du IIIe siècle, s'écrie que les miracles d'Apulée se dressent en foule. Saint Jérôme place ce magicien auprès d'Apollonius de Tyane. Saint Augustin, qui le confond, peu s'en faut, nous l'avons vu, avec le héros du conte, déplore qu'un tel homme soit parfois opposé et même préféré au Christ. Pendant ce temps les adorateurs des dieux qui s'en allaient vénéraient le rhéteur de Madaura comme un de leurs derniers sages. Il était naturel qu'ils s'attachassent au philosophe qui s'était épris de tous les symboles et avait été admis à toutes les initiations. La statue d'Apulée s'élevait à Constantinople, dans le Zeuxippe, et l'Anthologie désigne en ces termes celui dont elle garde l'image: «Apulée, au regard méditatif, célèbre les silencieuses orgies de la Muse latine, lui que la Sirène ausonienne a rempli, comme son initié, d'une ineffable sagesse.» Nous avons peine à reconnaître dans ce distique l'auteur de ce petit roman magique et fort libre que je m'accuse de goûter en mes jours de déraison. Et M. Paul Monceaux nous contente mieux, quand, prenant la louange sur un ton moins haut, il nous montre cet extraordinaire Apulée sous les traits d'un habile rhéteur, beau «d'une insolente beauté méridionale», et même un peu commun, glorieux, éloquent, habile à saisir son public, trompeur se trompant soi-même par une suprême habileté, faisant tout croire et croyant tout.

Pourtant, il y a çà et là, ce me semble, dans les ouvrages qui nous restent de lui, quelques pages empreintes d'une gravité vraiment philosophique et où l'on croit entendre comme un dernier écho de cette sagesse grecque, que rien au monde n'a surpassé. Il y a bien longtemps que je n'ai relu le petit traité du Démon de Socrate. J'en ai conservé un souvenir agréable. Vous savez qu'Apulée croyait aux démons. Les démons, disait-il, habite des régions aériennes jusqu'au premier cercle de la Lune, où commence l'éther.

Ce sont là des rêveries permises. Les hommes seraient bien malheureux si on les empêchait de rêver à l'inconnaissable. Mais ce qui m'a le plus touché jadis, en lisant ce traité du Démon de Socrate, c'est une définition de l'homme qui s'y rencontre et que j'ai copiée. Je la trouve à point dans mes vieux papiers, ce qui est une espèce de miracle, car je n'ai point de dossiers et n'en aurai de ma vie, tant le papier barbouillé m'inspire d'horreur et d'ennui. Voici comment Apulée définit la condition des hommes:

«Les hommes, agissant par la raison, puissants par la parole, ont une âme immortelle, des organes périssables, un esprit léger et inquiet, un corps brut et infirme, des moeurs dissemblables, des erreurs communes, une audace opiniâtre, une espérance obstinée, de vains labeurs, une fortune inconstante; mortels à les prendre isolément, immortels par la reproduction de la race, emportés tour à tour par la suite des générations, leur temps est rapide, leur sagesse tardive, leur mort prompte. Dans leur vie gémissante ils habitent la terre.»

Ne sent-on pas là une mâle tristesse qui rappelle le premier aphorisme d'Hippocrate?

Et puis ce petit roman même, dont je n'admirais tout à l'heure que l'absurdité pittoresque et le merveilleux expressif, n'est-il pas philosophique à sa façon et jusque dans ses licences? Apulée ne serait-il pas, dans sa Métamorphose, l'ingénieux interprète dès dogmes palingénésiques; n'exposerait-il pas, sous une forme légère, la doctrine des épreuves et des expiations à travers des existences successives et même la transformation de Lucius ne serait-elle pas l'expression sensible des travaux de la vie humaine, des changements qui sans cesse modifient les éléments complexes de ce moi qui tend sans cesse à se connaître plutôt qu'il ne se connaît? Y aurait-il une sagesse cachée dans ce livre qui étale une folie si divertissante? Que sais-je?

M. OCTAVE FEUILLET

LE DIVORCE DE JULIETTE[34]

[Note 34: Le Divorce de Juliette,—Charybde et Scylla,—le Curé de
Bouron
. Calmann Lévy, éditeur. 1 vol. in-18.]

C'est là un petit volume que M. Octave Feuillet, plongé dans un deuil encore récent et qu'il ne quittera jamais, s'est laissé arracher par son éditeur.

Le Divorce de Juliette, comédie en trois actes et quatre tableaux, a beaucoup plu quand la Revue des Deux Mondes la donna. Réussirait-elle aussi bien sur la scène? D'excellents juges ont décidé qu'oui. Ils savent ces choses-là infiniment mieux que moi. Je ne suis pas pour les contredire. Mais, ayant un goût particulier pour le spectacle dans un fauteuil, je me tiens satisfait de la représentation à laquelle j'ai assisté les pieds au feu. Je me flatte d'avoir vu une Juliette assez jolie, bien qu'un peu maigre, comme il convient à sa jeunesse: elle n'a que vingt-deux ans. Juliette veut divorcer, et ce n'est pas sans raison. Si M. d'Épinoy l'a épousée, ç'a été, non pas parce qu'elle est charmante, mais uniquement pour aimer avec plus de sécurité la belle princesse de Chagres. Le prince avait des soupçons et il était homme à tuer M. d'Épinoy comme il avait précédemment tué, à Florence, ce pauvre diable de Borgo-Forte. M. d'Épinoy se maria pour détourner les soupçons du prince.

C'est la princesse qui avait eu cette excellente idée. M. d'Épinoy, une fois marié, le prince n'eut plus de soupçons et la princesse put aimer M. d'Épinoy avec une parfaite tranquillité. Mais on ne s'avise pas de tout. La princesse n'avait pas prévu que M. d'Épinoy pouvait aimer sa femme; c'est pourtant ce qui arrive, ou peu s'en faut, quand tout à coup Juliette découvre la liaison de son mari avec madame de Chagres et apprend qu'elle n'a été épousée elle-même que pour distraire l'attention du terrible prince qui, sans cette diversion, eût immanquablement tué M. d'Épinoy comme un autre Borgo-Forte, ce qui lui eût été sensible, car sa mort eût compromis la princesse. Le coup est rude, la pauvre petite femme aime son mari de tout son coeur. Mais elle est courageuse: elle a pris son parti. Elle divorcera. Elle y est bien résolue… Ah! c'est là que M. Octave Feuillet vous attend. Non, elle ne divorcera pas. Et tout s'arrangera. Elle aime: elle pardonne. L'amour a des trésors infinis de clémence. Et puis Roger, au fond, n'est pas aussi noir qu'il en avait l'air. Il est plus faible que méchant. Il était entre deux femmes, et c'est une situation dont il est difficile de se tirer avantageusement. Voyez tous les amoureux de Racine, Pyrrhus, Bajazet, Hippolyte, également pris entre deux amours qu'ils ont inspirés: leur position est très délicate, parfois même un peu ridicule, et ils passent de durs moments. M. d'Épinoy est moins innocent qu'Hippolyte et moins excusable que Pyrrhus, mais enfin il n'aime plus la princesse de Chagres et il aime Juliette, qui pardonne. Ce n'est pas là une conversion, car, comme me le confiait l'autre jour un très aimable vieillard, ce sont toujours les mêmes qui sont amoureux. Mais, quand ce serait une conversion, je ne la reprocherais pas à M. Octave Feuillet. L'auteur de M. de Camors aime à couronner par l'expiation ou le repentir ces fautes du coeur qu'il excelle à décrire. Quand bien même on sentirait là un peu trop l'artifice poétique et l'arrangement moral, je ne m'en plaindrais pas. Il m'est fort agréable, au contraire, que ces aventures profanes finissent, comme les récits des pieux légendaires, par le triomphe définitif du bien.

Ce n'est pas une idée médiocrement philosophique, certes, que celle de la rédemption finale des créatures. Et les dénouements heureux, les conclusions morales de M. Octave Feuillet sont irréprochables au point de vue symbolique. Le Divorce de Juliette n'est qu'une élégante esquisse, mais on y retrouve la main du maître. Je ne parle pas aujourd'hui de Charybde et Scylla, qui est imprimé à la suite: ce proverbe renferme en quatre scènes une spirituelle satire de nos lycées de filles et de l'enseignement supérieur qu'on y donne aux petites demoiselles. La question est intéressante; nous y viendrons quelque jour.

Ce que j'avais à coeur de dire dès à présent, ce que je veux dire bien haut, c'est mon admiration pour l'art achevé avec lequel M. Octave Feuillet compose ses romans. Ils ont la forme parfaite: ce sont des statues de Praxitèle. L'idée s'y répand comme la vie dans un corps harmonieux. Ils ont la proportion, ils ont la mesure, et cela est digne de tous les éloges.

On a voulu faire mieux depuis et l'on a fait des monstres. On est tombé dans la barbarie. On a dit: «Il faut être humain.» Mais qu'y a-t-il de plus humain, je vous prie, que la mesure et l'harmonie? Être vraiment humain, c'est composer; lier, déduire les idées; c'est avoir l'esprit de suite. Être vraiment, humain, c'est dégager les pensées sous les formes, qui n'en sont que les symboles; c'est pénétrer dans les âmes et saisir l'esprit des choses.

C'est pourquoi M. Octave Feuillet est plus humain dans son élégante symétrie et dans son idéalisme passionnel, que tous les naturalistes qui étalent indéfiniment devant nous les travaux de la vie organique sans en concevoir la signification. L'idéal c'est tout l'homme. Le Divorce de Juliette m'a fourni une occasion de rendre hommage au talent accompli de M. Octave Feuillet.

Ce qui me charme profondément dans l'oeuvre du maître, c'est ce bel équilibre, ce plan sage, cette heureuse ordonnance où je retrouve le génie français contre lequel on commet de toutes parts tant et de si monstrueux attentats.

J'éprouve comme une piété reconnaissante pour les talents ordonnés et lumineux, dont les oeuvres portent en elles cette vertu suprême: la mesure.

Ce matin, comme je me trouvais sur la montagne Sainte-Geneviève, au centre du vieux pays des études, j'entrai dans l'église Saint-Étienne-du-Mont, poussé par l'envie de voir d'élégantes sculptures et des vitraux charmants, entraîné par ce penchant irrésistible qui ramène sans cesse les esprits méditatifs aux choses qui leur parlent du passé, et, s'il faut donner une raison plus intelligible, conduit par le désir de relire l'épitaphe de Jean Racine dont j'ai l'honneur d'écrire en ce moment la vie. Cette épitaphe, composée en latin par Boileau, fut renversée avec l'église de Port-Royal-des-Champs où elle était posée: Elle porte encore la trace des violences qu'elle a subies; la pierre est brisée en vingt morceaux et le nom du poète profondément martelé. Violence qui nous semble aujourd'hui stupide! Sachons bien que nos violences, si nous avons le malheur d'en commettre, feront également pitié dans deux siècles. Cette épitaphe est admirable de simplicité, et l'on n'en peut lire sans émotion la dernière phrase. Boileau, après avoir consigné tous les titres de son ami à l'estime et à l'admiration des hommes, conclut, avec une philosophie chrétienne, par ces paroles touchantes: «Ô toi, qui que tu sois que la piété amène dans cette sainte maison, reconnais à ce que tu vois le peu qu'est la vie et donne à la mémoire d'un si grand homme moins des louanges que des prières. Tanti viri memoriam precibus potius quam elogiis prosequere.» Au sortir de cette vieille maison de pierre où les noms de Pascal et de Racine sont inscrits sous les ailes des jolis anges de Jean Goujon, en rentrant dans le monde des vivants, sous la pluie et la tempête, je me remis à songer aux choses de ce temps-ci, aux idées du jour, aux livres nouveaux, au Divorce de Juliette, dont l'éditeur venait de m'envoyer un exemplaire. Et ma pensée, allant du livre à l'auteur, je me représentai cette vie exemplaire si bien cachée, si bien défendue; que trahirent seuls les livres exquis qui en étaient les fruits. Je me figurais M. Octave Feuillet paisible, heureux sur son petit rocher de Saint-Lô, à l'ombre de sa vieille église aux dentelles de pierres noires, dans ces rues montueuses où l'on entend les foudriers cercler les fûts dans lesquels se fera le cidre des récoltes prochaines et où volent au soleil de lourdes abeilles qui laissent derrière elles l'odeur du sarrasin. Je le vois encore descendant le chemin poudreux qui mène à la rivière où se baignent les saules, et là rêvant de quelques-unes de ces figures audacieuses, perverses, charmantes et sitôt brisées, qui sont les préférées de son imagination.

Il vit là, caché fidèlement, auteur obscur de livres célèbres. Il fait de sa vie de famille une oeuvre consciencieuse et fine comme ses romans. Il ne voudrait jamais quitter les bords de la Vire, où chantait aux jours de deuil ce bon Basselin que les Anglais mirent à mort parce que ses chansons faisaient aimer la France. Il ne voudrait jamais quitter les deux flèches de Sainte-Croix, ni sa petite ville noire, boiteuse, bossue, bâtie de travers, mais entourée d'herbe tendre et d'eau pure, baignée d'un ciel doux et qui, comme toutes les villes normandes, est une jolie laide. Il ne vient à Paris qu'à grand regret et pour l'éducation de ses enfants. Mais dans le nouveau logis, une main délicate et fidèle a pieusement transporté tous les souvenirs de famille et de jeunesse; pas un lien n'est rompu, pas un fil brisé: le passé chéri est encore là tout entier. Suivrai-je le romancier poète dans sa retraite de Versailles, où il se reposait par le travail des travaux de la vie? C'est là qu'il a été atteint, il y a moins d'un an, par un deuil cruel, que deux existences porteront toujours. Le jour où M. Octave Feuillet a perdu un fils, il a pu savoir combien il était universellement aimé: les témoignages de sympathie et de respect affluaient de toutes parts dans sa maison. J'espère qu'il ne lira pas ce que j'écris ici dans la sincérité de mon coeur. On ne doit rouvrir les plaies que pour les panser, et mes paroles émues n'ont point, hélas! la vertu d'un baume ou d'un électuaire.

C'étaient là les pensées qu'au sortir de Saint-Étienne-du-Mont, sur la place du Panthéon, battue du vent et de la pluie, je roulais dans ma tête, et, me rappelant la belle inscription latine que je venais de lire, j'appliquais à l'auteur de Julia de Trécoeur ce que Boileau disait de la mémoire de son illustre ami. Si digne d'éloges, si heureuse, si fructueuse que soit une vie humaine, elle est soumise à de telles épreuves et frappée de coups si cruels qu'il faut plaindre ce qu'on a le plus envie d'admirer: Memoriam precibus potius quam elogis prosequere.

JEANNE D'ARC ET LA POÉSIE

VALERAND DE LA VARANNE M. ERNEST PRAROND [35]

[Note 35: Ernest Prarond, la Voie Sacrée, 1 vol. in-18.—Valerandi Varanii: De gestis Joannæ virginis Francæ egregiæ bellatricis, poème de 1516, remis en lumière, analysé et annoté par E. Prarond, 1 vol. in-18.]

On peut dire de M. Ernest Prarond, poète et savant abbevillois, qu'il aime de tout son coeur sa ville et les lettres. Il a consacré de longues années à peindre et à conter, son Abbeville et toutes les antiquités du Ponthieu. C'est une puissante douceur que de sentir revivre en soi les vieux âges. Je suis sûr que M. Ernest Prarond l'a éprouvée pleinement. Il possède cette ardente patience, cette curiosité toujours vive, cet amour ingénieux du passé, qui sont récompensés par des visions admirables. Il y a deux ans, en traversant Abbeville, je songeais sous les voûtes ruinées de l'élégante et frêle collégiale et à l'ombre du noir donjon carré de la maison de ville. Ces murs, me disais-je, vieux témoins des combats et des désirs des hommes, ces pierres parlantes dont, passant distrait, je devine à peine le sens vulgaire, que de secrets touchants n'ont-elles pas confié à l'historien poète des cinq villes et des trois cents villages du Ponthieu! Heureux ceux pour qui les pierres tombales n'ont que des paroles de vie et qui, sous la mousse qui recouvre des images à demi brisées, retrouvent des symboles éternels! Heureux les rares archéologues en qui la lettre n'a pas tué l'esprit!

C'est hier, il me semble, que j'ai vu M. Ernest Prarond pour la première fois; hier, vraiment, en 1871, au lendemain de la guerre et de la Commune, dans ce petit logis de la rue du Four-Saint-Germain où Charles Asselineau finissait de vivre avec la politesse d'un bourgeois de Paris et la grâce d'un lettré. Depuis, la vie ne m'a pas ménagé beaucoup de rencontres avec le poète abbevillois. Pourtant, la physionomie de M. Prarond est restée dans ma mémoire et j'aime à me la rappeler. C'est celle d'un homme robuste, très simple et très fin et de grand ton: un large visage ouvert où brille un oeil fâché. Cet oeil-là, je le retrouve dans les vers généreux du poète, vers parfois irrités. M. Prarond eut à ses débuts, aux environs de 1848, une manière gaie, un peu narquoise; ce que M. Philippe de Chennevières appelle «la leste bonhomie des vieux conteurs du nord de la France». Il s'est fait depuis un nouveau style, savant, compliqué, tourmenté, et certes original. Le bon public ne saurait se frotter, à ces doctes buissons sans s'y piquer un peu; mais les connaisseurs y goûtent, sous des écorces de formes bizarres, plus d'un fruit savoureux.

C'est hier, disions-nous, que j'ai rencontré M. Ernest Prarond dans le petit cabinet de travail où le bon Asselineau, entouré de dessins de Nanteuil, feuilletait les éditions romantiques qui lui rappelaient sa jeunesse. Pendant la Commune, il avait fait son service à la bibliothèque Mazarine avec une exactitude héroïque. Quand les fédérés roulaient dans la galerie, pleine de trésors littéraires, des tonneaux de pétrole, ils trouvaient devant eux un vieux monsieur très poli et très entêté qui les déterminait par la force du raisonnement à remporter leurs engins incendiaires. La bibliothèque fut sauvée, mais Asselineau mourut l'année suivante de douleur et de stupeur. Je me rappelle encore ce galant homme frappé mortellement dans son patriotisme et dans ses habitudes; mais poli, mais souriant, faisant en sage les honneurs de sa table modeste et songeant, j'imagine, à reprendre pour lui l'épitaphe que Boufflers fit mettre sur sa tombe: «Mes amis, croyez que je dors.»

Ce jour-là, je goûtai non sans infiniment de plaisir le tour imprévu de l'esprit de M. Ernest Prarond. Avec quelle subtilité son intelligence pénétrait les choses, et comme il savait rendre original même le patriotisme! Sa conversation avait l'éclat brisé de l'éclair. Depuis—car il y a de cela dix-huit ans qui se sont écoulés comme un jour—M. Prarond, retiré sous quelque vieux toit d'Abbeville, a poursuivi paisiblement ses sorcelleries de poète érudit et fait paraître d'innombrables ombres dans son miroir magique. Il est de la race de Faust et veut voir Hélène. Mais le diable n'a pas de pouvoir sur lui.

En fils pieux d'Abbeville, il s'est voué, dans ces dernières années, à l'illustration d'un vieux poème latin que publia en 1516, un autre fils d'Abbeville, Valerand de la Varanne, docteur en théologie de la Faculté de Paris, De gestis Joannæ virginis, francæ egregiæ bellatricis. Ce poème, composé sur les gestes de Jeanne d'Arc, par un clerc qui avait pu voir dans sa jeunesse des vieillards contemporains de la Pucelle, méritait d'être tiré de l'oubli et l'oeuvre est angélique que de nous en donner une édition lisible, correcte, surtout aimable. C'est ce qu'a fait, en Abbeville, M. Prarond, scoliaste d'une espèce singulière. Les gloses, sous sa plume, se tournaient en vers et c'est en sonnets et en odes qu'il illustrait son auteur. Il y prit garde à temps, et, détachant ces enluminures des marges, du vieux texte, il en fit un petit recueil à part, qu'il appela la Voie Sacrée, ne voulant pas, par un pieux scrupule, mettre le nom de l'héroïne sur les poésies qu'elle avait inspirées. Ce respect, joint à l'assiduité du culte, a été récompensé.

La Voie Sacrée est peut être ce que Jeanne d'Arc a dicté de plus vrai à un poète. L'inspiration de M. Ernest Prarond y garde, sans doute, ce je ne sais quoi de détourné, de sinueux, de fuyant qui destine toutes ses oeuvres à l'ombre douce des productions ésotériques: rien là qui puisse devenir populaire. Mais, pour les initiés, quel charme d'y découvrir çà et là des sens profonds et des vérités rares! Quand on a vécu comme j'ai fait plusieurs années avec la Pucelle et ses compagnons, on ne peut lire les quatorze poèmes de la Voie Sacrée, sans dire à l'auteur: «Eh! quoi, mon frère, vous avez donc vu aussi cet arbre des fées où Jeanne allait avec les filles du pays, le dimanche des Fontaines, alors qu'il était beau comme un lis, au dire des laboureurs. Vous étiez donc à Poitiers, quand Jeanne y parut dans sa victorieuse innocence; dans Orléans délivré, à la joie de Patay, à Reims, à Compiègne. Hélas! vous avez donc entendu la mer battre le pied de cette tour du Crotoy où Jeanne était prisonnière des Anglais?

»Oui, vous l'avez vue aux jours exécrables, cette baie de Somme si grise et si douce, étincelante d'oiseaux, où l'écume de la mer brodait une frange au royaume des lis, et vous avez entendu la voix de la sainte se mêler à la voix de l'Océan. Oui, vous avez vu la bannière de Jeanne d'Arc et vous l'avez décrite avec la simplicité d'un témoin véridique. Je l'ai vue comme vous, que n'ai-je su le dire? Au moins je veux répéter vos paroles tout empreintes de l'esprit des vieux âges:

LA BANNIÈRE

Tours—Orléans

    Jeanne, en avril, commande au peintre sa bannière:
    Je veux un tissu blanc, peint de telle manière
    Que dans un champ de lys Messire notre Dieu,
    Sur le trône du monde, y paraisse au milieu
    D'anges agenouillés. Je veux qu'on puisse lire
    Sur les côtés: Jésus, Marie. Il faut élire
    Une étoffe légère et qui, se déployant,
    Déroule bien ces noms, les fleurs, Dieu tout-voyant,
    Et les anges. Frangez l'orle avec de la soie,
    Afin de faire honneur à l'ordre qui m'envoie,
    Et vous-même ainsi, peintre, ouvrez aux bons combats.

    Mai fleurit. La Bastille est formidable. Au bas
    Un gentilhomme dit, sous l'assiégé qui raille:
    «Jeanne, votre étendard a touché la muraille.»
    Jeanne s'écrie alors: «Tout est vôtre: y entrez!»
    Et le flot des Français passe aux murs éventrés.

Voilà de quelle étrange et gracieuse façon M. Ernest Prarond commentait le vieux poème de Valerand de la Varanne. Mais, comme je l'ai dit, il publia à part sa glose poétique. Le texte latin, accompagné de notes et suivi d'une analyse, s'imprimait cependant, et le voici publié aujourd'hui. Remercions-en M. Prarond. Ce docteur en théologie de la Faculté de Paris, qui célébra en trois mille hexamètres celle qu'il nomme Darcia progenies et barricea dux était grand latiniste, mais il était bon Français.

Il célébra par des poèmes la victoire de Fornoue et la prise de Gênes. C'est en lisant le procès de Jeanne d'Arc, que l'idée lui vint de composer une épopée des gestes de la Pucelle. Il dit dans une des épîtres dédicatoires qui accompagnent son poème: «S'il plaît à quelqu'un de connaître plus à fond cette histoire, qu'il demande à l'abbaye de Saint-Victor le livre qui m'a été prêté pendant quelques jours.» Et l'on sait que ce livre était une copie des deux procès. C'est là la source véritable de cette merveilleuse histoire. Aussi le bon Valerand se fait-il généralement une idée assez juste de son héroïne. Il n'est pas trop extravagant et, à cela près qu'il veut toujours étaler sa science et son génie, c'est un fort honnête homme. Il faut lui pardonner son invocation à Apollon, aux Muses et à Pan, et souffrir qu'il mette les noms de Phébus et de Nérée dans la bouche des anges du paradis. Il faut surtout ne point s'étonner s'il compare sans cesse Jeanne à Camille et à Penthésilée. Christine de Pisan et Gerson l'avaient fait avant lui. Les beaux esprits du XVe siècle étaient beaucoup plus entêtés de la Grèce et de Rome qu'on ne s'imagine. N'avez-vous pas vu à Pierrefonds la cheminée des neuf preuses que Viollet-le-Duc a restituée d'après des monuments de l'époque? Penthésilée, la main sur son écu, y figure avec une héroïque élégance. En 1429, un clerc français habitait Rome et y rédigeait une chronique. À la nouvelle de la délivrance d'Orléans, il mit par écrit les exploits de la Pucelle et conclut que les hauts faits de la jeune fille paraîtraient d'autant plus admirables qu'on les mettrait en comparaison avec ceux des héroïnes sacrées ou profanes: Déborah, Judith, Esther, Penthésilée. «Notre Pucelle, dit-il, les surpasse toutes.» Il n'en est pas moins vrai que Valerand manque de naïveté, qu'il imite beaucoup trop Ovide et Stace, et qu'enfin il est parfaitement ridicule quand il fait dire à Jeanne d'Arc qu'elle n'est pas venue des rochers scytiques, qu'elle n'a habité ni Ortygie, ni les champs du Phase.

Scythicis non eruta veni Rupibus…………………………….. … Nec Ortygiam colui, nec Phasidis agros.

Par contre, il rend compte de l'enquête de Poitiers, qui malheureusement ne nous a pas été conservée et on peut supposer que ce qu'il en rapporte n'est pas entièrement imaginaire. Il paraphrase une lettre que Charles VII aurait écrite au pape Calixte III, pour obtenir le rescrit qui servit de base au procès de réhabilitation et il est vraisemblable qu'il n'a pas inventé cette lettre dont toute trace est perdue. Enfin Valerand peut être considéré comme un historien: il apporte des incertitudes nouvelles.

C'est un esprit modéré. À en juger par les préceptes qu'il suppose dictés à Charles VII par l'ombre de Charlemagne, il est partisan de la monarchie tempérée, j'allais dire constitutionnelle. Voulez-vous un résumé de ces préceptes?

«Sois pieux, honore la justice. Assure la liberté des juges; choisis-les incorruptibles; constitue des corps législatifs. Frappe les méchants, car l'indulgence encourage le crime. Châtie les orgueilleux. N'écoute point les délations et crains la flatterie. Sache triompher de ta colère et dis-toi: J'ai vaincu, dès que tu as pu vaincre. Sois chaste, contente-toi de la reine! Aie pitié des pauvres. Demande tout aux seules lois. Aime la paix et ne fais que des guerres justes. Protège le peuple contre les violents. Fixe d'équitables lois et sois le premier à les observer. Restreins le luxe: ce n'est pas la pourpre qui fortifie un royaume. Si la guerre t'oblige à lever de nouveaux impôts, épargne soigneusement par ailleurs. Le pouvoir royal a des bornes fixes. Fais taire les inimitiés qui enfantent les divisions dans le royaume. Sois clément aux vaincus; souvent la légèreté et la dureté du soldat français ont excité les haines de l'étranger. Ne désire pas trop qu'on te craigne; César et Néron furent redoutés: ils périrent. Ne te fie pas à la jeunesse, crois aux vieillards. Ainsi tu égaleras les aïeux et mériteras le ciel.»

Il n'est pas douteux que Valerand ne prête ses propres sentiments politiques à l'empereur Charlemagne. Et il faut reconnaître que notre docteur en théologie se fait une belle idée du souverain. Louis XI, assurément, en fournit plus d'un trait. Il fut un roi selon le coeur de Valerand, et par son amour pour les petits, et aussi, ce qui importe moins, par la pureté de ses moeurs privées; car, conformément au précepte de chasteté, assez déplacé dans la bouche de Charlemagne, le roi Louis le Onzième se contenta de la reine sa femme, «encore qu'elle ne fût pas telle, dit Comynes, qu'il ne pût y prendre un grand plaisir».

M. Prarond, dans son commentaire, compare le Mystère du siège d'Orléans, au De gestis Joannæ virginis et oppose très ingénieusement «aux hexamètres du légionnaire trop armé les courtes lignes à rime simplette de l'archer bourgeois». Et comme il préfère l'archer! Comme on sent qu'il donnerait tout Varanius pour ces huit petits vers seulement:

LE ROI

    Or ça, Jehanne, ma doulce fille,
    Vollez vous doncques estre armée?
    Vous sentez vous assez agille
    Que vous n'en soyez pas grevée?
    Porter harnoiz sur vostre doux (dos),
    Vous en serez bien toust lassée.
    Belle fille, qu'en dictes vous?

LA PUCELLE.

Au nom Dieu, le porteroy bien.

Et cela, en effet, est bien sonnant. S'il est des poésies relatives à la Pucelle qui nous intéressent et nous touchent, ce sont celles du XVe siècle, parce que ce sont des témoignages et qu'on y entend un accent inimitable. Je citerai, en première ligne, les vers de Christine de Pisan. Ce sont les seuls qui aient été faits du vivant de l'héroïne. Ils furent achevés le 31 juillet 1429, au moment où Charles VII, maître de Château-Thierry, pouvait, en trois jours de marche, conduire son armée devant Paris. Christine était vieille alors; elle vivait, depuis onze ans, cloîtrée dans une abbaye de l'Ile-de-France. Cette dame avait la tête pleine des doctes subtilités qui formaient toute la science de son temps; elle était un peu pédante, mais bonne, sérieuse et pleine de coeur. Les misères de la France la désolaient. Quand elle apprit là délivrance d'Orléans et la mission de la Pucelle, elle éprouva, pour la première fois depuis onze ans, un mouvement de joie:

Or, à prime me prens à rire.

C'est alors que du fond de sa retraite l'excellente femme écrivit des vers qu'on croit être les derniers qui soient sortis de sa main. Ils se ressentent de la vieillesse de l'auteur et des misères du temps. Ils sont pesants et maladroits. Mais-on y devine une joie grave, une pieuse allégresse; un profond sentiment du bien public, qui nous les rendent, respectables et chers.

Chose est bien digne de mémoire,

dit la poétesse recluse,

    Que Dieu par une vierge tendre
    Ait adès voulu—chose est voire (vraie),
    Sur France si grant grace estendre.
    Tu Jehanne de bonne heure née
    (Toi Jeanne, née en une bonne heure),
    Benoist (béni) soit cil (celui) qui te créa.
    Pucelle de Dieu ordonnée (envoyée)
    En qui le Saint-Esprit réa (fit rayonner)
    Sa grande grace; et qui ot et a (et qui eus et as)
    Toute largesse de hault don.
    M'onc requeste ne te véa (refusa)
    Que te rendra assez guardon.
    (Et il te donnera assez grande récompense.)

Ce qui réjouit par-dessus tout la bonne Christine, c'est que le salut vienne d'une femme. Elle en est tout heureuse, sans en être le moins du monde surprise, car elle avait toujours mis très haut l'honneur de son sexe et s'était montrée toute sa vie fort entêtée des privilèges que l'esprit chevaleresque accordait aux dames. Pour elle, comme pour beaucoup d'âmes de son temps, une dame honnête, une jeune fille pure peut devenir, par la volonté de Dieu, supérieure au mal, plus forte que les archers et les murailles des villes. Les exemples d'une telle vocation ne lui manquent pas. Nourrie dans les lettres sacrées et dans les lettres profanes, elle connaît les femmes fortes de la Bible, les sibylles de Rome et de Cumes, les amazones et les preuses. Elle met Jeanne la bergère au-dessus de toutes ces héroïnes qui l'annoncent et la préparent. Elle attend d'elle la délivrance du royaume, la résurrection de ce grand peuple plus malheureux qu'un chien. (Tout ce grand peuple chenin par femme est sours.) Mais, chrétienne en même temps que Française, elle ne borne pas à la défaite des Anglais la mission de Jeanne. Elle annonce que la Pucelle victorieuse conduira le roi de France à la conquête du tombeau de Jésus-Christ et ne mourra que sur la terre sanctifiée par la mort d'un Dieu.

    Des Sarrazins fera essart
    En conquérant la sainte terre;
    Le mènra Charles, que Dieu gard',
    Ains qu'il muire fera tel erre.
    Cils et cil qui la doit conquerre:
    Là doit elle finer sa vie
    Et l'un et l'autre gloire acquerre,
    Là sera la chose assovye.

C'était trop désirer; c'était trop attendre de la pauvre et sainte fille. On peut pressentir dès lors, en cette belle heure de gloire et d'espérance, les jours prochains d'amertume et de déception. Jeanne était condamnée à vaincre toujours. Pour elle la moindre défaite était une irréparable déchéance. Vaincue, elle ne pouvait trouver de refuge que dans le martyre.

Le peuple de France, il est consolant de le dire, n'oublia pas sa sainte après la passion qu'elle souffrit à Rouen, sous le régent d'Angleterre. Ce sont encore les vieux poètes du XVe siècle qui nous fournissent ce précieux témoignage de la piété des Français pour la mémoire de leur amie.

Le Mystère du siège d'Orléans, dont nous parlions tout à l'heure, fut représenté dans cette ville dès l'année 1435, le jour anniversaire de la délivrance de la cité. Ce mystère, où Dieu le père, la Vierge et les saints, se mêlent aux gens d'armes, est composé de vingt mille cinq cent vingt-neuf vers, dit M. Marius Sépot, que je veux croire sur parole. Ces vers sont le fait de plusieurs bonnes gens qui les fabriquèrent de leur mieux, avec beaucoup de naïveté. La pièce se termine au retour de Jeanne à Orléans, après la bataille de Patay, la plus rapide, la plus joyeuse, la plus allègre de nos victoires.

On me dit que l'habile directeur de l'Odéon, M. Porel, demande aux poètes une Jeanne d'Arc nouvelle. Je n'ai de conseil à donner ni aux poètes ni à M. Porel. Mais il me semble que la meilleure manière de mettre sur la scène cette admirable Jeanne, ce serait de faire, non un drame ou une tragédie, mais un simple mystère, composé de scènes détachées, qu'on prendrait dans les chroniques et qu'on traduirait en un langage tout à fait populaire, en vers très naïfs, s'il était possible. Il faudrait ne recourir à aucun artifice dramatique et faire succéder les tableaux sans les lier les uns aux autres, à peu près comme fait Shakespeare dans ses Histoires. On devrait, dans ce travail à la fois simple et minutieux, craindre surtout l'éloquence des mots, qui nuirait à celle des choses. Pour le ton général on s'inspirerait de la vieille et vénérable pièce dont je viens de parler. Le vers était volontiers prosaïque au XVe siècle. Il ne saurait l'être aujourd'hui. Peut-être conviendrait-il de le remplacer par de la prose chaque fois que parleraient des personnages humains. Seuls saint Michel, sainte Catherine sainte Marguerite, tous les saints, tous les anges, parleraient en vers et chanteraient des choeurs. Ils seraient visibles et présents, et révéleraient le sens mystique de l'action. Les choeurs des anges qui chantaient la musique de M. Gounod, autour du bûcher de Jeanne d'Arc, dans la pièce de M. Jules Barbier, ont fait un très bel effet à la Gaîté en 1873. Je voudrais que, cette fois, Michel, Catherine et Marguerite fussent tout à fait dans le goût du XVe siècle, que les deux saintes fussent des dames et représentassent l'âme de la vieille France. Il faudrait que toute la fleur de la poésie chrétienne sortît de leurs bouches et que leurs chants, d'un caractère religieux, fussent accompagnés par l'orgue. Quant à faire parler Jeanne d'Arc elle-même selon les lois d'une versification qui date de Ronsard, c'est ce qui choquera tous ceux qui aiment l'histoire avec délicatesse. Beaucoup de paroles de cette admirable fille nous ont été heureusement conservées. On ne peut les mettre en vers sans les défigurer, et ce serait grand dommage, car ce sont des perles et des joyaux de la plus pure langue française. Il faudrait seulement les rajeunir: le théâtre ne souffre pas les archaïsmes du discours. On est choqué d'entendre des vieux mots sur de jeunes lèvres. Pour qu'une telle oeuvre fût menée à bien, la collaboration d'un poète et d'un savant ne serait point inutile. Enfin, la pièce que je rêve est une chronique dialoguée et accompagnée de musique; car il faut joindre l'idéal au réel. C'est une oeuvre vraiment populaire et nationale. Je ne veux point qu'elle soit, à proprement dire, une oeuvre d'art. Je veux beaucoup plus et beaucoup mieux. Je veux qu'elle soit une oeuvre de foi et qu'elle parle aux âmes. Je demande que, pour bien faire, les auteurs se fassent momentanément des hommes du XVe siècle et que, selon l'expression du Chatterton d'Alfred de Vigny, ils consentent à «raccourcir leur vue».

Mais nous parlions des vieux poètes. Neuf ans après la mort de Jeanne, le prévôt de la cathédrale de Lausanne, nommé Martin le Franc, consacra à la glorification de l'héroïne un épisode de son poème le Champion des dames. Il est à noter que Martin le Franc était attaché au duc de Bourgogne, auquel il dédia son livre. Dans cet épisode, Jeanne est attaquée par un personnage dont le nom indique le caractère: il s'appelle Court-entendement. Elle est victorieusement défendue par Franc-vouloir. Ce fut elle, dit celui-ci,

    Ce fut elle qui recouvra
    L'honneur des Français tellement
    Que par raison elle en aura
    Renom perpétuellement.

Tous ces vers ressemblent à des châtaignes: ils on de la saveur, mais l'écorce en est épaisse et hérissée. En voici de plus faciles: Ils sont tirés des Vigiles du roi Charles VII, terminés par Martial d'Auvergne en 1484:

    En ceste saison de douleur
    Vint au roy une bergerelle
    Du villasge de Vaucouller
    Qu'on nommait Jehanne la Pucelle.
    C'estoit une povre bergière,
    Qui gardoit les brebis es champs,
    D'une douce et humble manière,
    En l'aage de dix-huit ans.
    Devant le roy on la mena,
    Ung ou deux de sa cognoissance,
    Et alors elle s'enclina
    En luy faisant la révérence.
    Le roy par jeu si alla dire:
    «Ha! ma mye, ce ne sui-je pas.»
    À quoi elle respondit: «Sire,
    C'estes vous, ne je ne faulx pas.
    Au nom de Dieu, si disoit-elle,
    Gentil roy, je vous meneray
    Couronner à Rains, qui que veille.
    Et siège d'Orleans leveray.»

Maintenant, il ne nous reste plus qu'à rappeler la ballade de Villon, pour compléter notre anthologie des vieux chantres de la bonne Jeanne, parmi lesquels on regrette de ne pas trouver ce duc d'Orléans qu'elle aima tant et à qui elle fit tant de bien sans l'avoir jamais connu. Comment, puisqu'il faisait des ballades, n'en fit-il point pour Jeanne?

À compter du XVIe siècle, la langue et les sentiments sont changés. Aucun poète ne trouve le ton juste pour chanter la Pucelle. Je citerai, par exemple, une épigramme de Malherbe:

    L'ennemy, tous droits violant,
    Belle amazone en vous bruslant
    Témoigna son âme perfide;
    Mais le destin n'eut point de tort:
    Celle qui vivoit comme Alcide,
    Devoit mourir comme il est mort.

Voilà, certes, un compliment ridicule. J'oubliais quatre vers attribués à mademoiselle de Gournay, la fille adoptive de Montaigne. Quicherat les admirait. M. le duc de Broglie ne croit pas «que le souvenir de la vierge d'Orléans en ait inspiré de plus touchants». Je suis très éloigné de partager cet avis. Pour qu'on en juge, je les citerai, bien qu'ils soient assez connus:

    —Peux-tu bien accorder, vierge du ciel chérie,
    La douceur de tes yeux et ce glaive irrité?
    —La douceur de mes yeux caresse ma patrie
    Et ce glaive en fureur lui rend sa liberté!

Le quatrain est bien tourné: c'est tout ce que j'en puis dire. Rien dans cette louche antithèse ne me rappelle la belle illuminée des champs, comme dit admirablement Louis Veuillot, cette fleur de lis si svelte, si robuste, si franche et si fraîche et d'un si grand parfum. Il est douteux d'ailleurs que l'épigramme, sous cette forme, soit de mademoiselle de Gournay. Une autre version, qui appartient assurément à cette dame, est détestable:

    —Pourquoy portes-tu, je te prie,
    L'oeil doux et le bras foudroyant?
    —Cet oeil mignarde ma patrie,
    Ce bras chasse l'Anglois fuyant.

Non! ce n'est pas là de la poésie. Et comment poétiserait-on cette divine Jeanne, déjà par elle-même tout empreinte et trempée de poésie?

Jeanne n'est faite que de poésie. Elle est sortie de la poésie populaire et chrétienne, des litanies de la Vierge et de la légende dorée, des merveilleuses histoires de ces épouses de Jésus-Christ qui mirent sur la robe blanche de la virginité la robe rouge du martyre. Elle est sortie des sermons fleuris dans lesquels les fils de saint François exaltaient la pauvreté, la candeur et l'innocence; elle est sortie de la féerie éternelle des bois et des fontaines, de ces contes naïfs des aïeules, de ces récits obscurs et frais comme la nature qui les inspire, où les filles des champs reçoivent des dons surnaturels; elle est sortie des chansons de la terre des chênes, où vivaient d'une vie mystérieuse Viviane et Merlin, Arthur et ses chevaliers; elle est sortie de la grande pensée qui fit épanouir la rose de feu au-dessus des portails des églises; elle est sortie des prophéties par lesquelles les pauvres gens du royaume de France pressentaient un avenir meilleur; elle est sortie de l'extase et des larmes de tout un peuple qui, dans les jours de misère, vit, comme Marie d'Avignon, des armes dans le ciel et n'espéra plus qu'en sa faiblesse.

Elle est pétrie de poésie, comme le lis de rosée; elle est la poésie vivante de cette douce France qu'elle aima d'un miraculeux amour.

TABLE ALPHABÉTIQUE

DES NOMS DES AUTEURS CITÉS OU MENTIONNÉS DANS CE VOLUME

A

ANAXAGORE.
ANAXARQUE.
APULÉE.
ARISTOPHANE.
ASSELINEAU (Charles).
ATHANASE (saint).
AUDIFFRET-PASQUIER (duc d').
AUGUSTIN (saint).

B

BABOU (Hippolyte).
BANVILLE (Théodore de).
BARBIER (Auguste).
BARBIER (Jules).
BARDOUX (A.).
BARTHÉLÉMY (l'abbé).
BASSELIN (Olivier).
BAUDELAIRE (Ch.).
BAYLE (P.).
BEAUMONT (Pauline de).
BECQ DE FOUQUIÈRES.
BELLOC.
BERNARD (Claude).
BERTHELOT.
BERTIN (Antoine).
BERTRAND (Aloïsius).
BICHAT.
BISMARCK (comte de).
BOCHER (E.).
BOILEAU (Nicolas).
BOREL (Petrus).
BOSSUET.
BOUCHOR (Maurice).
BOUFFLERS (le chevalier de).
BOUGAINVILLE (L.-A.-D.).
BOURDEAU (Louis).
BOURGET (Paul).
BROCHARD (Victor).
BROGLIE (duc DE).
BUFFET (L.).
BUFFON.
BYRON (lord).

C

CALDERON.
CALMETTES (Fernand).
CARAN D'ACHE.
CARLYLE.
CAYLUS (comte DE).
CERVANTES.
CHALLEMBE-LACOUR.
CHATEAUBRIAND.
CHÊNEDOLLÉ (C.-L. DE).
CHENEVIÈRES (Philippe DE).
CHÉNIER (André).
CHESNELONG.
CHOISEUL-GOUFFIER.
CHRISTINE DE PISAN.
CLAUDIEN.
COLLET (Mme Louise).
COMTE (Auguste).
COMYNES (Ph. DE).
CONSTANT (Benjamin).
COOK (le capitaine).
COPPÉE (François).
COQUELIN CADET.
CORMENIN.
CREUTZER.
CUSTINE (Mme DE).

D

DAGUESSEAU.
DALEMBERT.
DANTE.
DARLU.
DARTOIS.
DELILLE (l'abbé).
DÉMOCRITE.
DEREMBOURG (Hartwig).
DESCARTES.
DIDEROT.
DOSTOÏEVSKY.
DOUBLE (baron).
DOUCET (Camille).
DOUCET (Lucien).
DREYFUS (Camille).
DUCIS.
DUGAS-MONTBEL.
DUMAS PÈRE (Alexandre).
DUMAS FILS (Alexandre).
DU PARQUET (Mme).
DURUY (Victor).

E

EDEN.
ELLIOT (Mistress Grace).
EPICTÈTE.
ESCHYLE.
EURIPIDE.

F

FABRE (Joseph).
FAGON (G.-C.).
FAIN (baron).
FAUGERON.
FÉNELON.
FEUILLET (Octave).
FLANDRIN (H.).
FLAUBERT (Gustave).
FONTANES.
FRANÇOIS D'ASSISE (saint).
FREYCINET (S. de).

G

GALILÉE.
GASSENDI.
GAUCHER (Maxime).
GAUTIER. (Théophile).
GAZIER (A.).
GERSON (Jean).
GHIL (René).
GIRY.
GLABER (Raoul).
GLASSON.
GLADSTONE.
GLUCK.
GOETHE (W. von).
GOUNOD.
GOURNAY (Mlle de).
GRÉARD..
GROSLIER.
GUIGNAUT.
GYP.

H

HAHN.
HAUSSONVILLE (comte d').
HÉGEL.
HEREDIA (José-Maria de).
HÉRODOTE.
HEUZEY.
HIPPOCRATE.
HOLBACH (baron d').
HOMÈRE.
HOUSSAYE (Henry).
HOVELACQUE.
HROSWITA.
HUGO. (Victor).

I
INGRES.
J

JANMOT.
JARRY.
JEAN (le diacre).
JOHNSON.

K

KOCK (le commandant).

L

LACORDAIRE.
LACTANCE.
LAFITTE (Pierre).
LAFONTAINE (J. de).
LAISANT.
LAMARTINE (Alph. de).
LAMIRAULT.
LAMETTRIE (J.-O. de).
LANCELOT (Claude).
LAPLACE (P.-S. marquis de).
LAPRADE (V. de).
LAROUSSE (P.).
LATOUCHE.
LAURENT (H.).
LECONTE DE LISLE.
LE FRANC (Martin).
LEMAÎTRE (Jules).
LEMIERRE (A.-M.).
LEMONNIER (Camille).
LEMOYNE (André).
LE PETIT (Jules).
L'ESTOILE (Pierre de).
LETOURNEUR.
LEVASSEUR.
LIGNE (le prince de).
LITTRÉ (E.).
LOCKE.
LOMBROSO (Cesare).
LORIOT (Florentin).
LOUIS XVIII.
LUCE (Siméon).
LUCIEN DE SAMOSATE.
LYCOPHRON.

M

MAGENDIE.
MAGNIN.
MAGNUS (Hugo).
MAISTRE (Joseph de).
MALEBRANCHE.
MALHERBE.
MALLARMÉ (Stéphane).
MALOT (Hector).
MARGUERITE DE NAVARRE, duchesse d'Angoulême.
MARGUERITTE (Paul).
MARION (H.).
MARTEL (comtesse de).
MARTIAL D'AUVERGNE.
MASPERO (G.).
MAURIN (colonel).
MAUDSLEY.
MAUPASSANT (Guy de).
MEILHAC (H.).
MÉNARD (Louis).
MENDÈS (Catulle).
MÉRIMÉE (Prosper).
MICHEL-ANGE.
MICHELET.
MILLEVOYE (C.-H.).
MIRABEAU (comte de).
MIRRI, scribe égyptien.
MOLIÈRE.
MONCEAUX (Paul).
MORÉAS (Jean).
MORELLET (l'abbé).
MORICE (Charles).
MÜNTZ.
MUSSET (Alfred de).

N

NAPOL LE PYRÉNÉEN.
NAPOLÉON.
NICOT (Jean).

O

OHNET (Georges).
ORLÉANS (Charles d').
OSSIAN.

P

PARÎS (Gaston).
PARNY.
PASCAL.
PEYRAT (Napoléon). Voir Napol le Pyrénéen.
PHLÉGON DE TRALLES.
PIGEON (Amédée).
PLATON.
PLAUTE.
PLINE L'ANCIEN.
PLUTARQUE.
POË (Edgar).
PONCHON (Raoul).
PORPHYRE.
POTTIER (Edmond).
PRAROND (Ernest).
PREVOST-PARADOL.
PRODICOS.
PYRRHON.

Q
QUICHERAT (J.).
R

RABBE (Félix).
RACINE (Jean).
RALEIGH (Walter).
RAVAISSON.
RAYNAL (l'abbé).
REINACH (Salomon).
RENAN. (Ernest).
RENARD (Georges).
RESTIF DE. LA BRETONNE.
RICHEPIN (Jean).
RIVIÈRE (Henri).
ROUSSEAU (Jean-Jacques).

S

SABRAN (Mlle de).
SAINT-CYR DE RAISSAC.
SAINT-MARC-GIRARDIN.
SAINTE-BEUVE.
SAPPHO.
SARCEY (Francisque).
SARDOU (Victorien).
SAY (Léon).
SECCHI (le père).
SENIOR (Mistress).
SEPET (Marius).
SHAKESPEARE.
SIGNORET (Henri).
SILVESTRE (Armand).
SIMON (Jules).
SOCRATE.
SOLDI (Emile).
SOPHOCLE.
SOURY (Jules).
STAËL (Mme de).
STENDHAL.
SUARD (J.-B.-A.).
SULLY-PRUDHOMME.
SWEDENBORG.

T

TACITE.
TAINE (H.).
TÉRENCE.
THIERRY (Aug.).
THIERRY (Gilbert-Augustin).
THIERS (Ad.).
THUCYDIDE.

V

VALERAND DE LA VARANNE.
VANNIER (Léon).
VARNHAGEN (Rahel de).
VERNE (Mlle Paule).
VEUILLOT (Louis).
VEYRIES (Alphonse).
VICAIRE (Gabriel).
VIGÉE-LEBRUN (Mme).
VIGNY (Alf. de).
VILLON (François).
VIRGILE.
VOGÜÉ (vicomte Eugène-Melchior de).
VOLTAIRE.
VORAGINE (Jacques de).

W

WALTZ.
WEIL (Henri).
WILLETTE.

Z

ZOLA (Émile).

FIN DE LA TABLE ALPHABÉTIQUE

TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE.
M. ALEXANDRE DUMAS FILS.
«LES JOUETS D'ENFANTS», PAR M. CAMILLE LEMONNIER.
GUSTAVE FLAUBERT.
M. GUY DE MAUPASSANT.
«LE BONHEUR», PAR SULLY-PRUDHOMME.
MÉRIMÉE.
HORS DE LA LITTÉRATURE.
BIBLIOPHILIE.
LES CRIMINELS.
LA MORT ET LES PETITS DIEUX.
LA GRANDE ENCYCLOPÉDIE.
UN POÈTE OUBLIÉ: SAINT-CYR DE RAISSAC.
LES TORTS DE L'HISTOIRE.
SUR LE SCEPTICISME.
EURIPIDE.
LES MARIONNETTES DE M. SIGNORET.
LA MÈRE ET LA FILLE: «MADAME DE SABRAN ET MADAME DE CUSTINE». PAR M. A.
BARDOUX.
M. JULES LEMAÎTRE.
1814.
DEMAIN.
M. CHARLES MORICE.
LE GRAND SAINT ANTOINE.
ANTHOLOGIE.
LA SAGESSE DE GYP: «LES SÉDUCTEURS», «MADEMOISELLE LOULOU».
ANTHOLOGIE.
M. GASTON PARIS ET LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU MOYEN-AGE.
LEXIQUE.
LA PURETÉ DE M. ZOLA.
«LA TEMPÊTE».
«LA TRESSE BLONDE», PAR GILBERT-AUGUSTIN THIERRY.
«BRAVE FILLE», PAR FERNAND CALMETTES.
«HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL», TOME II, PAR ERNEST RENAN.
L'ÉLOQUENCE DE LA TRIBUNE:—LE SÉNAT.
ROMAN ET MAGIE.
M. OCTAVE FEUILLET: «LE DIVORCE DE JULIETTE».
JEANNE D'ARC ET LA POÉSIE.—VALERAND DE LA VARANNE.—M. ERNEST PRAROND.
TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS DES AUTEURS CITÉS.

FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES

619-17.—Coulommiers. Imp. Paul BRODARD.—1-18. 7042-8-17.

DU MÊME AUTEUR

Format grand in-18.

BALTHASAR. 1 vol.

CRAINQUEBILLE, PUTOIS, RIQUET. 1 vol.
LE CRIME DE SYLVESTRE BONNARD (Ouvrage couronné par L'Académie française).
    1 vol.
LES DÉSIRS DE JEAN SERVIEN. 4 vol.
LES DIEUX ONT SOIF. 1 vol.
L'ÉTUI DE NACRE. 1 vol.
HISTOIRE COMIQUE. 1 vol.
L'ILE DES PINGOUINS. 1 vol.
LE JARDIN D'ÉPICURE. 1 vol.
JOCASTE ET LE CHAT MAIGRE. 1 vol.
LE LIVRE DE MON AMI. 1 vol.
LE LYS ROUGE. 1 vol.
LES OPINIONS DE M. JÉRÔME COIGNARD. 1 vol.
PAGES CHOISIES. 1 vol.
PIERRE NOSIÈRE. 1 vol.
LE PUITS DE SAINTE-CLAIRE. 1 vol.
LA RÉVOLTE DES ANGES. 1 vol.
LA RÔTISSERIE DE LA REINE PÉDAUQUE. 1 vol.
LES SEPT FEMMES DE LA BARBE-BLEUE. 1 vol.
SUR LA PIERRE BLANCHE. 1 vol.
THAÏS. 1 vol.
LA VIE LITTÉRAIRE. 4 vol.

HISTOIRE CONTEMPORAINE

I.—L'ORME DU MAIL. 1 vol.
II.—LE MANNEQUIN D'OSIER. 1 vol.
III.—L'ANNEAU D'AMÉTHYSTE. 1 vol.
IV.—MONSIEUR BERGERET À PARIS. 1 vol.

Format grand in-8°.
VIE DE JEANNE D'ARC. 2 vol.

ÉDITIONS ILLUSTRÉES
CLIO (Illustrations en couleurs de Mucha). 1 vol.
HISTOIRE COMIQUE (Pointes sèches et eaux-fortes de Edgar
Chahine). 1 vol.
LES CONTES DE JACQUES TOURNEBROCHE (Illustrations en couleurs de Léon
Lebègue). 1 vol.

619-17.—- Coulommiers. Imp. PAUL BRODARD.—1-18.