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Le Baiser en Grèce

Chapter 12: Le combat d’amour
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About This Book

Une étude culturelle et historique des pratiques du baiser dans la Grèce antique, examinant le baiser conjugal, l'initiation des femmes, l'éducation spartiate des jeunes filles, le gynécée et les préceptes matrimoniaux, ainsi que la distinction sociale entre épouses, concubines et courtisanes. L'ouvrage analyse les rituels, les règles légales et les représentations artistiques du baiser, aborde la science et la philosophie de l'étreinte, les aspects vénaux et cérémoniels, et montre comment les normes sexuelles s'articulaient avec la religion, la famille et l'ordre civique.

Le combat d’amour

Palestre, sitôt qu’elle eut mis dormir sa maîtresse, s’en vint devers moi sans tarder ; et lors ce fut à nous de boire et de faire débauche de vin ensemble et de baisers ; par où nous étant confortés et préparés au déduit, Palestre se lève et me dit : songe, jeune homme, comme je m’appelle, et te souvienne que tu as affaire à Palestre. Or sus, on va voir en cette joute ce que tu sais faire, et si tu es appris aux armes comme gentil compagnon. — J’accepte ton défi, lui dis-je, et me dure mille ans que nous ne soyons aux prises. Déshabille-toi ; fais tôt… Lors elle : C’est moi qui suis le maître d’exercices et qui vais éprouver ton adresse et ta force en divers tours de lutte ; toi, fais devoir d’obéir et d’exécuter à point ce que je commanderai. — Commande, lui dis-je. — Cependant elle se déshabillait, et quand elle fut toute nue : Dépouille-toi, jouvenceau, et te frotte de cette huile. Allons, ferme, bon pied, bon œil. Accole ton adversaire, et d’un croc en jambe le renverse. Bon, bras à bras, corps à corps, flanc contre flanc ; appuie et toujours tiens le dessus. Çà, sous les reins cette main, l’autre sous la cuisse ; lève haut, donne la saccade, redouble, serre, sacque, choque, boute, coup sur coup ; point de relâche ; dès que tu sens mollir, étreins ; là, là, bellement ; allons ! au but ! te voilà quitte.

Au bout d’un instant, elle se lève en pieds ; et après s’être un peu soignée : Voyons, dit-elle, si tu es champion à l’épreuve en toutes joutes et combats jusqu’à outrance. Puis tombant à genoux sur le lit : Maintenant nous allons combattre à fer émoulu. Elle tombe aussitôt sur ses genoux en s’arrangeant sur le lit, et me tourne le dos. Çà, beau lutteur, me dit-elle vous voilà en présence, préparez-vous au combat, avancez ; portez-vous encore plus avant. Vous voyez votre adversaire nu, ne l’épargnez pas ; et d’abord il est à propos de l’enlacer fortement ; ensuite il faut le pencher, fondre sur lui, tenir ferme, et ne laisser aucun intervalle entre vous deux. S’il commence à lâcher prise, ne perdez pas un moment, enlevez-le et tenez-le en l’air en le couvrant de votre corps et continuant de le harceler ; mais surtout ne vous retirez pas en arrière avant que vous en ayez reçu l’ordre ; courbez son dos en voûte, contenez-le par dessous ; donnez-lui de nouveau le croc en jambe, afin qu’il ne vous échappe pas ; tenez-le bien et pressez vos mouvements : lâchez-le, le voilà terrassé, il est tout en nage. Je partis d’un grand éclat de rire, puis je repris : Mon maître, il me prend fantaisie de te prescrire à mon tour quelque petit exercice. Songe à m’obéir ponctuellement. Relève-toi et demeure assise ; avance une main officieuse ; caresse-moi légèrement, et promène-la sur moi ; enlace-moi bien, et fais-moi tomber dans les bras du sommeil.

Lucien.
La Luciade ou l’Ane
(Traduction Paul-Luis Courrier et Belin de Ballu.)